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dimanche 8 mars 2015

Le repas du dimanche chez les grands-parents

Le repas familial du dimanche est une vieille tradition qui remonte à l'époque où l'on travaillait six jours par semaine. Le septième jour, on se faisait beau pour assister à la messe et ensuite aller visiter les grands-parents. C'était l'occasion pour les cousins de se rencontrer et de jouer ensemble.




Cette photo a été prise à Saint-Étienne-des-Grès en 1919. Elle montre quatre petits cousins endimanchés, les premiers-nés de la famille de Félix St-Onge et de Georgina Lavallée. Selon ce qui est écrit au verso, les quatre cousins sont, de gauche à droite : Jean-Roch St-Onge, Berthe St-Onge, Simone Plourde et Armand St-Onge. Voici quelques informations sur eux :
  1. Jean-Roch St-Onge était le fils aîné d'Albert et de Cora Lamy, né le 25 août 1917 à Shawinigan.
  2. Berthe St-Onge était la fille aînée de Félix fils et d'Alma Picard, née le 9 juillet 1916 à Saint-Étienne-des-Grès.
  3. Simone Plourde était la fille aînée d'Alphonse Plourde  et de Marie-Anna St-Onge, née le 22 mars 1915 à Saint-Étienne-des-Grès.
  4. Armand St-Onge était le fils aîné d'Alfred et de Célestina Paré, né le 7 juin 1916 à Saint-Étienne-des-Grès.
Edouardina St-Onge, épouse d'Uldoric Godin, avait des enfants plus âgés mais ils n'apparaissent pas sur la photo. Justement, sur la carte ci-après, Edouardina s'excusait auprès de se parents de ne pouvoir les visiter un dimanche. Elle devait assister au pique-nique des pompiers.



lundi 5 janvier 2015

Les gardiens de la variole

Une épidémie de variole, aussi appelée grosse picote, a frappé Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie en 1902. Ces épidémies survenaient presque toujours durant l'hiver quand l'air frais et sec favorisait la propagation du virus. À cette époque, le village de Saint-Étienne était isolé durant une partie de la saison froide parce que le déneigement de la route qui menait à Trois-Rivières représentait une trop grande dépense pour la municipalité. Il n'y avait donc pas de secours à attendre de l'extérieur. Par ailleurs, une recrudescence de la variole a aussi été signalée dans la ville de Trois-Rivières cet hiver-là.

Il fallait isoler les malades pour arrêter la contagion. Le conseil municipal de Saint-Étienne a donc demandé à des citoyens de prêter leur maison pour loger les malades pendant la durée de l'épidémie. Wilfrid Marchand, Louis Garceau et Trefflé Bouchard père ont accepté de le faire contre rémunération. On les appelait les « gardiens de la variole».

Des reçus ont été émis pour les dépenses relatives à l'épidémie en septembre 1902. Voici un reçu signé par Wilfrid Marchand pour un montant de 10 dollars reçu « pour avoir été gardien pendant que la variol a sévie dans la paroisse de St-Étienne. » C'était une somme relativement importante, à peu près l'équivalent de 2000 dollars en monnaie d'aujourd'hui.


Les deux autres gardiens ont reçu 12 et 15 dollars pour le même travail.

Certains ont pu profiter de l'épidémie pour s'enrichir. On utilisait alors de la vapeur de souffre pour désinfecter la literie et les vêtements des malades. Le conseil municipal a effectué deux achats de souffre qui ont été payés le 22 septembre :
  • Joseph Hould en a vendu 76 livres pour 3 dollars et 93 cents, soit au prix unitaire de 5 cents la livre.
  • Onésime Bellemare en a vendu 10 livres pour 5 dollars, soit au prix unitaire de 50 cents la livre. La municipalité a donc payé 10 fois plus cher pour le souffre de Bellemare ! Il est possible qu'il y ait eu une pénurie de souffre due à l'épidémie, ce qui expliquerait l'écart de prix entre les deux achats.



Jean Milette, le secrétaire-trésorier de la municipalité, s'est versé à lui-même 46 dollars « pour salaire pendant que la picotte a sévi dans la paroisse. » C'était trois ou quatre fois plus que la rémunération reçue par les gardiens de la variole.

J'ai examiné le registre de Saint-Étienne-des-Grès pour y trouver le signalement de décès causés par la variole. Malheureusement, le curé Garceau ne mentionnait jamais les causes des décès. Je n'ai pas constaté d'augmentation significative du nombre des sépultures pendant l'année 1902. Il semble donc que les mesures qui ont été prises pour circonscrire l'épidémie aient été efficaces.

Les photographies des reçus sont tirées de Souvenances : Histoire du fief et de la paroisse de St-Étienne-des-Grès depuis 1673. Presse de Publicité Paquet, 1984.

samedi 18 octobre 2014

Omissions, erreurs et fausses déclarations dans les actes de baptême

Avec l'acte de mariage de ses parents, l'acte de baptême d'un enfant est la référence normale pour établir sa filiation. Lorsque ces actes sont introuvables ou omettent des informations essentielles, le chercheur doit établir une preuve indirecte de filiation, un exercice qui s'avère souvent difficile. J'ai mis des mois à établir des preuves de filiation parce qu'un acte de baptême ou de mariage était manquant ou mal rédigé.

L'acte de baptême complet


Au XIXe siècle, l'acte de baptême complet devait contenir les informations suivantes :
  1. La date de la cérémonie
  2. La fonction de l'officiant (curé, vicaire, missionnaire, etc)
  3. Le prénom de l'enfant
  4. Le sexe de l'enfant
  5. Le jour de sa naissance (né ce jour, née hier, etc)
  6. Le statut matrimonial des parents (né du légitime mariage de ...)
  7. Le nom du père
  8. La profession du père  
  9. Le nom de la mère
  10. Le lieu de résidence des parents (de cette paroisse ou nom d'une autre paroisse)
  11. Le nom du parrain 
  12. Le nom de la marraine
  13. Leur lieu de résidence 
  14. La signature du père (ou la mention de son incapacité à signer)
  15. La signature du parrain (ou la mention de son incapacité à signer)
  16. La signature de la marraine (ou la mention de son incapacité à signer)
  17. La signature de l'officiant
Les actes du baptême du XIXe siècle ne contiennent pas toujours tous ces éléments, mais s'en approchent la plupart du temps. D'autres informations s'ajoutaient le cas échéant :
  1. L'ondoiement de l'enfant (certains bébés survivaient malgré tout)
  2. Le nom de la personne qui l'a ondoyé
  3. Le baptême sous condition 
  4. Le décès du père (feu, défunt)
  5. Un titre du père (seigneur, écuyer, officier de milice, etc)
  6. Le décès de la mère 
  7. La nationalité des parents (Anglais, Écossais, Sauvage)
  8. Le lien de parenté entre le parrain et l'enfant
  9. Le lien de parenté entre la marraine et l'enfant
  10. Le lien matrimonial entre le parrain et la marraine
  11. La mention de l'absence du père lors de la cérémonie

Omissions, erreurs et fausses déclarations


Par négligence ou par paresse, certains officiants omettaient de façon systématique beaucoup d'informations utiles. Les omissions les plus frustrantes pour un généalogiste : les noms des parents et les liens de parenté du parrain et de la marraine avec l'enfant. 

Mais il y a pire que les omissions : les informations inexactes qui  nous entraînent sur de fausses pistes. Un exemple d'erreur vraiment embêtante que j'ai déjà rencontrée: l'inversion des noms de la mère et de la marraine.

Des erreurs de bonne foi pouvaient se glisser dans les registres, mais certains officiants en faisaient beaucoup plus que d'autres. Malheureusement, dans certains cas, l'étude des registres nous amène à conclure que ces « erreurs » étaient volontaires.

J'ai consulté récemment deux registres paroissiaux qui ont été particulièrement mal tenus. Dans ces paroisses, les officiants omettaient beaucoup d'informations importantes et ne se donnaient pas la peine de faire signer les personnes présentes lors des cérémonies. Lors des baptêmes, ils écrivaient de façon systématique que le père, le parrain et la marraine ont déclaré ne savoir signer, sans égard à leur capacité de le faire. Ainsi, une même personne pouvait signer lors d'un mariage mais ne pas savoir le faire plus tard lors d'un baptême. Ces fausses déclarations répétées jettent un doute sur la validité des autres informations contenues dans leurs registres.

  • À Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie, le taux de signature du registre, c'est-à-dire le pourcentage des témoins qui ont signé au bas des actes, est passé de 11 % à moins de 2 % après l'entrée en fonction du curé Joseph-Damase Sicard de Carufel en 1866.
  • À Sainte-Flore en Mauricie, le taux de signature du registre est passé de 28 % à 3 % seulement après l'entrée en fonction du curé Ferdinand Verville en 1890.

Or, l'alphabétisation a fortement progressé à la fin du XIXe siècle et on observe une augmentation importante du taux de signature dans les autres paroisses de la région. J'y reviendrai dans un autre article.


vendredi 18 avril 2014

Sept piastres pour une charrue

En 1866, Pierre Imbault, fondeur de Joliette, vendait des charrues à des cultivateurs de Saint-Étienne-des-Grès pour la somme de sept piastres payable dans un an sans intérêt. Charles Imbault, mouleur de Joliette, agissait comme représentant du fondeur. 

Une ancienne charrue à deux chevaux (Source : AlloCiné)

Cinq cultivateurs de Saint-Étienne-des-Grès devaient à Imbault sept piastres chacun pour des charrues livrées en mai 1866 : Louis Précourt, Joseph Gélinas, Louis Lemire fils, Clément Bellemare et Augustin Bourassa. Leurs dettes ont été transportées au forgeron Désiré Saintonge de Saint-Étienne-des Grès, mon arrière-grand-oncle, dans un contrat signé devant le notaire Uldéric Brunelle en date du 7 février 1867, dans l'avant-midi.

Pierre Imbaul dit Imbleau

La fonderie de Joliette a été fondée en 1844 par Pierre Imbault dit Imbleau (1807-1873), fils de Pierre et de Julie Terreau des Forges du Saint-Maurice, près de Trois-Rivières. Il a vraisemblablement appris le métier de fondeur en travaillant aux Vieilles Forges. Il a d'abord épousé Cécile Fournoit, fille d'Alexis et d'Angélique Beaudry, le 10 mai 1829 à Trois-Rivières, puis Éléonore Duplessis, veuve d'Olivier Saint-Pierre, le 5 août 1845 au même endroit. Au moins quatre enfants du premier lit sont nés aux Forges Saint-Maurice entre 1830 et 1837. Charles Imbault dit Imbleau, qui était son représentant à Saint-Étienne-des-Grès, est issu du deuxième mariage.

Source : Joliette illustrée (1897)


Au sujet du forgeron Désiré Saintonge de Saint-Étienne-des-Grès, voir aussi sur ce blog : La jument est vendue et Familysearch.

dimanche 16 mars 2014

Toussaint Bellemare ou « la nuit tous les chats sont gris »

Modifié le 17 mars 2014

C'est le troisième article que je consacre aux circonstances de la noyade de John Head, le fils du gouverneur général du Canada, en 1859. Celui-ci porte sur Toussaint Bellemare qui a plongé dans l'eau froide de la rivière pour ramener le noyé sur la rive. Il est devenu une célébrité sur le Saint-Maurice. Grand chasseur, nageur et guide de canots, un personnage que l'on ne devine pas en consultant les registres et les recensements.

Le récit de Gérin

Dans Deux voyages sur le Saint-Maurice, publié en 1889, Napoléon Caron racontait que M. Toussaint Bellemare avait repêché le corps du fils du gouverneur général Lord Edmund Head, noyé dans la rivière Saint-Maurice près de la chute de Grand-Mère. Il tenait cette information d'un autre récit de voyage sur le Saint-Maurice publié en 1872 par E. Gérin dans La Revue Canadienne
« À deux lieues au-dessus des Piles nous souhaitons le bonjour, en passant, à Toussaint Bellemare. Toussaint Bellemare est une des célébrités du St. Maurice. Il n'a pas de supérieur comme chasseur, comme nageur ou comme guide de canots. C'est lui qui retira de l'eau le corps du fils du Gouverneur Head lorsque cet infortuné jeune homme se noya à la Grand-Mère. Un sauvage était parvenu à trouver du bout d'une perche l'endroit où il gisait au fond de la rivière, mais c'est Bellemare qui, plongeant hardiment, rapporta sur le rivage le fils du représentant de notre souveraine.
Cette famille de Bellemare est presque toute employée dans le St. Maurice. On en retrouve quelques-uns à la Rivière-au-Rat ; d'autres sont employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
»

La nuit tous les chats sont gris

Ce cas illustre bien les limites de la recherche généalogique basée sur l'examen des registres paroissiaux et des recensements. Ces sources ne nous disent rien sur la personnalité des gens. Il faut trouver d'autres documents pour mettre un peu de chair autour de l'os, mais ces autres sources sont rarement disponibles.


Ce que l'on sait de Toussaint Bellemare

Toussaint Bellemare est né à Trois-Rivières en 1813. Il n'était donc plus un jeune homme lorsqu'il a plongé dans le Saint-Maurice pour repêcher le corps de John Walker Head en 1859. Il a épousé Françoise Saint-Laurent le 17 janvier 1839 à Trois-Rivières. À son mariage, il était dit journalier, fils de René Bellemare journalier et de Marguerite Doucet.

Toussaint Bellemare et sa famille ont remonté la rivière Saint-Maurice en suivant les progrès de la colonisation. Au recensement de 1852, le couple et ses cinq enfants résidaient au fief Saint-Étienne situé au nord de Trois-Rivières. Ils y étaient encore en avril 1860.

Au recensement de 1861, on les retrouve dans le sous-district « chantiers » au nord du comté de Champlain (cherchez Belleman dans le recensement). Ce territoire comprenait vraisemblablement les établissements sur le Saint-Maurice au nord de la paroisse de Sainte-Flore. Toussaint est dit cultivateur et la population qui l'entoure est constituée d'hommes de passage : des «foremen», des «labourer» dont la résidence est située en dehors du sous-district, probablement des bûcherons. L'endroit était donc relativement isolé.

Il y avait des cultivateurs parmi les bûcherons pour produire le foin nécessaire à l'alimentation des chevaux utilisés pour sortir les billots de la forêt. Le foin valait une fortune dans les chantiers du Saint-Maurice à cause des coûts de transport élevés. Il était donc rentable de produire localement les graminées fourragères peu exigeantes en matière de sol et de climat.

En 1871, la famille a été recensée, sous le nom de Belmar cette fois-ci, dans un sous-distict du comté de Champlain nommé Mékinac, toujours sur une ferme. Je crois que le « Mékinac » de 1871 correspond grosso modo au sous-district « Chantiers » de 1861. René Bellemare, le père de Toussaint âgé de 90 ans habite avec eux. Il y a deux autres couples mariés sous ce toit : leurs fils Pierre et René ont des épouses mais pas d'enfants. Trois filles célibataires : Marie (29 ans), Élise (19 ans) et Augustine (12 ans). Françoise Saint-Laurent, épouse de Toussaint Bellemare a eu son dernier enfant à l'âge de 46 ans.

Le lieu-dit La Pêche

En novembre 1870, Toussaint Bellemare a présenté une pétition au parlement de Québec. J'ignore le sujet de cette pétition, mais le recueil des Journaux de l'Assemblée nationale (volume 4) indique que Bellemare était de l'endroit appelé "La Pêche" sur la rivière Saint-Maurice.

Toussaint Bellemare est décédé le 11 juillet 1876. Ses funérailles ont eu lieu à Sainte-Flore, paroisse voisine des Piles. L'officiant a noté dans le registre que Toussaint était mort à la Pêche, Rivière Saint-Maurice à l'âge de soixante et onze ans.


Il est décédé, non pas alors qu'il pêchait sur le Saint-Maurice comme certains l'ont cru, mais plutôt en un lieu-dit La Pêche sur le Saint-Maurice. Par ailleurs, le curé de Sainte-Flore l'a vieilli de huit ans. Né en 1813, Toussaint avait 63 ans et non pas 71 lors de son décès.

Tout porte à croire que ce lieu-dit La Pêche était situé à l'embouchure de la Rivière à la Pêche sur le Saint-Maurice. C'est probablement à cet endroit que Gérin a visité Toussaint Bellemare vers 1871, deux lieues (environ dix kilomètres) au-dessus des Piles. L'étiquette Sur le Saint-Maurice pouvait signifier qu'il n'y avait par d'autre route que la rivière pour s'y rendre.

On trouve au nord de Saint-Jean-des-Piles, sur la rive Ouest du Saint-Maurice, l'embouchure de la rivière à la Pêche qui prend sa source dans le lac du même nom. Les résidents de cet endroit ont été expropriés lors de la création du Parc national de la Mauricie en 1970. Cette carte du parc montre le secteur de la rivière à la Pêche dans l'encadré en haut à droite.

Carte du secteur Rivière-à-la-Pêche du Parc national de la Mauricie


À la fin du XIXe siècle, les colons installés à cet endroit et plus haut sur les deux rives du Saint-Maurice étaient rattachés à la mission de Mékinac, un mot algonquin qui signifie tortue. Sur son site web, la municipalité de Saint-Roch de Mékinac présente un bref historique qui comporte le passage suivant :
« La prise de possession des terres progressa très lentement. Les colons peu nombreux s’étaient éparpillés à partir de la Pointe-à-la-Mine jusqu’à Rivière Mattawin sur la rive est, et la rive ouest à partir de la rivière La Pêche jusqu’en face du lac Caribou. »



Merci à André Hamel qui m'a beaucoup aidé dans cette recherche.

Note : Il n'y a pas de lien de parenté proche entre Toussaint Bellemare et le coloré ministre de l'Union Nationale Maurice Bellemare, qui fut conseiller municipal à Saint-Jean-des-Piles après son retrait de la politique provinciale.

mercredi 14 mars 2012

Des loups la nuit

Quand je suis allé le voir quelques mois avant son décès, le vieux Monsieur Lampron du chemin des Dalles à Saint-Étienne-des-Grès m'a raconté une autre anecdote qui montre bien que la vie des enfants comportait davantage de risques dans son temps. Les garçons surtout devaient commencer très jeunes à assumer des responsabilités d'adultes en dehors de la maison.

Voici l'histoire qu'il m'a raconté. Son père lui avait demandé d'aller chercher des bardeaux de cèdre au moulin à scie de Saint-Mathieu. Le chemin le plus court pour y aller passait par la montagne au bout du chemin du quatrième rang de Saint-Boniface. Cet ancien « chemin de bois » qui traversait une érablière était juste assez large pour laisser passer les voitures à chevaux. C'est devenu ajourd'hui une piste pour les motoneiges.

Monsieur Lampron, alors âgé de neuf ou dix ans, était parti très tôt le matin « pour revenir de clarté », disait-il. Mais un problème au moulin à scie avait retardé son retour et l'obscurité, « la noirceur »,  l'avait surpris en pleine forêt. Dans la montagne entre Saint-Mathieu et Saint-Boniface, on ne distinguait plus le chemin bordé par les arbres. Des loups hurlaient. L'enfant effrayé s'était blotti au fond du chariot en pleurant, convaincu qu'il allait âtre dévoré par les loups.


Il est difficile la nuit dans la montagne de localiser les hurlements des loups et de se se faire une idée précise de la distance qui nous sépare de la meute. Heureusement, le cheval n'a pas paniqué. Il a poursuivi sa route et ramené l'enfant vivant mais traumatisé à la maison de son père.

Il paraît que la pression de la machoire d'un loup est trois fois plus forte que celle d'un chien.

mardi 13 mars 2012

La démocratie municipale

Quelques mois avant son décès, le vieux Monsieur Lampron du chemin des Dalles m'a raconté un souvenir des élections municipales à Saint-Étienne-des-Grès dans les années 1930. Son fils l'aidait à raconter.

Cette année-là, un des deux candidats à la mairie était mon grand-père Joseph-Félix Saintonge. Le vote avait lieu dans un petit bureau où se tenaient un secrétaire d'élection et les deux candidats à la mairie. À tour de rôle, les électeurs entraient dans le bureau et désignaient à haute voix le candidat de leur choix. Les candidats savaient donc précisément qui votaient contre eux. C'était intimidant pour les électeurs.

Monsieur Lampron hésitait à m'avouer qu'il n'aimait pas mon grand-père Félix : « C'était pas mon homme, il écoutait pas.» Il avait donc désigné l'autre candidat et mon grand-père avait été battu de peu. Les jours suivant l'élection, Monsieur Lampron était gêné d'aller au magasin général qui était tenu par ma grand-mère Alma Picard qu'il aimait bien. Il ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle savait et qu'elle lui en voulait d'avoir voté contre son mari.

Alma Picard ( 1895-1976)

jeudi 5 mai 2011

Saint-Étienne chasse les sauterelles

La huitième plaie d'Égypte selon l'Exode
La paroisse de Saint-Étienne-des-Grès a souvent été frappée par des invasions de sauterelles qui détruisaient les récoltes. Ces invasions, plus fréquentes qu'ailleurs, étaient peut-être dues à la nature des sols qui sont généralement sablonneux à cet endroit. Pour les familles de cultivateurs, l'arrivée de ces nuées d'insectes signifiait une année de misère.

Voici deux entrefilets, parus à la fin du dix-neuvième siècle, qui traitent de ce fléau et de la solution qui a été trouvée pour l'enrayer :  « On nous écrit de St-Étienne, comté de St-Maurice, que les sauterelles ont fait des ravages considérables. Cependant, à la suite de prières publiques, on s’aperçoit qu’elles disparaissent rapidement. »  (Le Constitutionnel, 26 juillet 1869). « On nous apprend de Shawenegan et de St-Étienne que les sauterelles font des ravages dans ces paroisses. Les cultivateurs font des prières pour les chasser. »  (Le Journal des Trois-Rivières 16 août 1888).  

L'abbé Irénée Trudel, curé de 1912 à 1927, a organisé une fête le jour de la Saint-Étienne pour protéger la paroisse contre les invasions de sauterelles. En 1920, le 26 décembre est devenu un "jour férié". Les habitants du lieu devaient obligatoirement assister à la messe ce jour-là et on organisait des réjouissances populaires. (voir le site de la municipalité)

Un orthoptère de la famille des Tettigoniidae
Par moquerie, les habitants des villages voisins ont affublé ceux de Saint-Étienne du surnom de sauterelles. Aujourd'hui, ce surnom est devenu un objet de fierté. On trouve à Saint-Étienne-des-Grès un Centre de la petite enfance La Petite Sauterelle, des guides Les Sauterelles, une troupe de théatre Les Sauterelles et même un Festival des Sauterelles !

Descendant d'une famille de Saint-Étienne-des-Grès, j'ai aussi un peu de sang de sauterelle dans les veines.

Voir aussi sur ce blog : En attendant le train.

mardi 21 décembre 2010

La grosse boîte rouge de bonbons Viau


Viau Limitée vendait des "bonbons surfins" dans de grosses boîtes rondes en fer-blanc de couleur rouge vif, ornées d'une fleur-de-lys dorée. Elles contenaient  environ 20 livres de bonbons durs multicolores qui étaient consommés dans le temps des Fêtes. Comme le couvercle fermait bien, les boîtes vides pouvaient être utilisées pour conserver des aliments. Ma mère y mettait les beignes de Noël au froid dans la "dépense".


Je crois que ces boîtes datent des années 1940-1950. Sur le site Héritage Montréal, on aperçoit des contenants de format semblable sur une photo en noir et blanc qui a été prise en 1935. L'entreprise fondée en 1867 a adopté le nom de Viau Limitée en 1936.

 Ajout du 25 décembre 2010 : La boîte date des années 1940. Elle était vendue aux commerces qui revendaient ensuite les bonbons au poids. Une boîte identique à celle qui est illustrée provenait du magasin général de Félix St-Onge à Saint-Étienne-des-Grès.

Voir aussi sur ce blog : Les bonbons mélangés.

mercredi 1 décembre 2010

En attendant le train

En 1879, la construction du chemin de fer Quebec, Montreal, Ottawa & Occidental (acquis plus tard par le Canadien Pacifique) avait donné à Trois-Rivières un accès rapide à la capitale et à la métropole sur la rive Nord du Saint-Laurent. On commença,  la même année, la construction d'un nouveau tronçon pour relier Trois-Rivières aux Grandes-Piles, le pied de la navigation sur le Haut-Saint-Maurice.

Le Chemin de fer des Piles devait longer la rivière pour contourner les trois chutes qui faisaient obstacle à la navigation à La Gabelle, à Shawinigan et à Grand-Mère. Deux tracés étaient alors possibles en partant de Trois-Rivières : soit sur la rive Nord du Saint-Maurice  par les paroisses de Saint-Maurice, de Saint-Narcisse et le Lac-à-la Tortue, soit sur la rive Sud par les paroisses de Saint-Étienne-des-Grès, de Saint-Boniface et de Sainte-Flore. L'enjeu était majeur pour les villages situés des deux côtés de la rivière.

À Saint-Étienne-des-Grès, comme ailleurs sur la rive Sud du Sain-Maurice, la déception avait été grande  quand le tracé de la rive Nord avait été retenu.  Mais dix ans plus tard, une nouvelle occasion s'est présentée avec le projet de prolongement du Chemin de fer des Basses Laurentides (acquis plus tard par le Canadien National) des Piles jusqu'à Trois-Rivières sur la rive Sud de la rivière. Pour ne pas "manquer le train" une fois de plus, les habitants de Saint-Étienne-des-Grès ont pris l'initiative d'accorder gratuitement un droit de passage sur leurs propriétés. Ces droits ont été consignés par le notaire Uldéric Brunelle. En voici une exemple :

Le 11 avril 1890, le forgeron Félix St-Onge, mon arrière-grand-père, cédait à la Corporation de la paroisse de St-Étienne-des-Grès un droit de passage sur sa propriété (lot 196 du cadastre). Ce droit de passage, d'une lisière de 75 pieds de largeur,  devait servir uniquement "pour le chemin de fer des Basses-Laurentides, partant de la cité des Trois-Rivières et traversant les paroisses de St-Étienne, St-Boniface et Ste-Flore". Le greffe du notaire Brunelle contient une série d'actes de même nature signés par les habitants de la paroisse.

Le préambule de ce contrat montre bien l'intérêt que portaient les citoyens au projet de chemin de fer : "considérant les bénéfices considérables que retireraient les paroissiens et habitants de St-Étienne-des-Grès par suite de la construction d'un chemin de fer qui passerait sur le territoire de la dite paroisse, et voulant les favoriser et fournir à la Corporation de la dite paroisse les moyens d'obtenir et assurer la construction d'un chemin de fer ... "

Le prolongement souhaité du Chemin de fer des Basses Laurentides ne s'est pas réalisé. Il a fallu attendre en 1906, avec la construction du Chemin de fer de la Vallée du St-Maurice (acquis plus tard par le Canadien Pacifique), entre Shawinigan et Trois-Rivières, pour que le train arrive enfin à Saint-Étienne-des-Grès. La nouvelle voie traversait le Saint-Maurice par un pont construit sur le rocher des Grès.  J'ai lu sur le site internet de la municipalité qu'un centre de ski avec remonte-pente avait alors été aménagé aux Grès pour attirer les skieurs de Trois-Rivières qui arrivaient par le train.

Le transport des passagers sur cette ligne a été abandonné au printemps de 1960, faute de clientèle. L'autobus était alors plus rapide que le train.

Voir sur ce blog La vieille gare du CP

Sources :
- Greffe du notaire Uldéric Brunelle.
- Larochelle, Fabien. Shawinigan depuis 75 ans. Shawinigan, 1975, p 467-478.
- Verrette, René. Entre le rêve et la réalité : l'implantation du réseau ferroviaire mauricien. Cap-aux-Diamants, no 54, 1998, p 18-23.


jeudi 25 novembre 2010

Aux Grandes-Piles en voiture

Elzéar Gérin (1843-1886), frère de l'auteur Antoine Gérin-Lajoie, est né à Yamachiche. Il a été avocat, journaliste, député conservateur du comté de St-Maurice à la Législature de Québec et conseiller législatif à Ottawa. C'était un apôtre du progrès économique, reconnu pour ses discours en faveur de l'industrie forestière et pour la construction de chemins de fer.

Gérin a publié en janvier 1872, dans la Revue Canadienne, un article intitulé "Le St-Maurice : notes de voyage". Son récit nous donne un portrait de la vallée du Saint-Maurice vingt ans après l'ouverture de cette région à la colonisation.  Le voyage commence le 1er août 1871. Un premier segment s'effectue en voiture de Trois-Rivières jusqu'aux Grandes-Piles et un second, sur une barge des Piles jusqu'à La Tuque. Voici quelques extraits du premier segment de son voyage :
(...) St-Étienne! joli village, avec haute-ville et basse-ville, belle église en pierre toute flambant neuve. Un peu plus haut que le village on voit à droite la route qui conduit aux Grès. Là encore, il y a un poste considérable de travailleurs. Le moulin est bâti sur un des plus beaux pouvoirs d'eau qu'on puisse désirer. (...) Les terres ne sont pas bien bonnes à St-Étienne. le sable est généralement sec et peu fertile. À Shawinigan, le sable est plus frais et la moisson est meilleure. Il y a un joli village à St-Boniface aussi. L'église est construite sur le versant méridional d'une chaîne des Laurentides.

Plus haut que Shawinigan il y a encore une paroisse qui sera fondée dans un an. La place de l'église est marquée et le clocher de St-Mathieu s'élèvera bientôt au sein de la forêt. Au-dessus de St-Paulin, surgit en même temps la paroisse de St-Alexis. Quelques jeunes gens de Montréal ont pris des terres entre St-Mathieu et St-Alexis, sur le bord du lac des Souris, et ils s'accordent à dire que la terre est excellente pour la colonisation. Dans le lac ils prennent du poisson autant qu'ils veulent. Voilà jusqu'où la colonisation a pénétré. Et dire qu'il y a vingt ans, il fallait un guide pour aller de Trois-Rivières à Shawinigan. Qui peut prévoir les développements que prendra le territoire du St-Maurice dans les vingt ans à venir ?

Ste-Flore vient à peine de naître et déjà c'est une belle paroisse.  Presque toute la paroisse est formée d'une vallée qui se trouve entre deux chaînes des Laurentides. Le sol est excellent. Il y a des côtes cependant, qui sont rudes à traverser, mais n'importe, nous sommes aux Grandes-Piles avant six heures du soir.

(...) Les Piles! Saluons les Piles, c'est le siège d'une ville future et d'une ville qui deviendra grande. Que le chemin de fer des Piles passe d'un côté du St-Maurice ou de l'autre, cette place n'en restera pas moins le pied de la navigation.

Source : Pierre Dupin, Anciens chantiers du Saint-Maurice, Éditions du Bien Public, Trois-Rivières, 1953
Quand Gérin parle de Shawinigan, c'est du canton qu'il s'agit puisque la ville n'a été fondée que trente ans après son voyage. Il ne mentionne pas la chute qui était une attraction touristique à l'époque. Si je comprend bien son itinéraire, la voiture a emprunté l'ancienne route de Saint-Mathieu qui traversait les montagnes au bout du quatrième rang de Saint-Boniface pour atteindre ensuite le village de Sainte-Flore.

mercredi 10 mars 2010

Mortalité et renouveau

La mortalité infantile était très élevée à la fin du XIXe siècle. La première semaine de vie d'un enfant était particulièrement critique; il n'était pas rare de voir des familles perdre trois ou quatre nouveaux-nés. Les maladies contagieuses et la consommation de lait cru contaminé par des bactéries pathogènes étaient les principales causes de mortalité chez les enfants.

On remarque en fouillant dans les registres paroissiaux une pratique assez répandue qui consistait à redonner le prénom d'un enfant mort au nouveau-né suivant. Certains couples le faisaient de façon systématique. C'était le cas de Félix Martineau-Saintonge, forgeron à Saint-Étienne-des-Grès, et de sa femme Georgiana Paquet-Lavallée qui ont été durement touchés par les morts d'enfants.Le recensement de 1881 nous donne la liste des personnes qui vivaient dans leur maison au printemps de cette année-là. Ils avaient alors cinq enfants: Marie-Louise (née en 1874), Alfred (1875), Félix-Édouard (1877), Alvina (1878) et Édouardina (1880). Ils hébergeaient aussi un apprenti-forgeron de 13 ans nommé Philippe Dubé.
L'année 1882 a été tragique pour cette famille. Les quatre plus jeunes de leurs cinq enfants sont décédés en l'espace de quelques mois seulement. Édouardina, alors âgée de 16 mois, est décédée la première le 28 janvier, suivie d'Alfred le 13 avril et de Félix et Alvina qui ont été enterrés ensemble le 16 mai 1882. Seule l'aînée Marie-Louise, qui était alors âgée de 8 ans, a survécu à cette tragédie. La photo ci-contre date de cette époque. On y voit le père assis sur une chaise avec sa femme debout derrière lui et leur unique enfant Marie-Louise debout à sa droite.
Le 28 août de la même année, Georgiana a donné naissance à une fille qui sera baptisée Édouardina comme celle qui est décédée quelques mois plus tôt. Les trois enfants qui suivront porteront aussi les prénoms de ceux qui sont décédés pendant l'année 1882, soit Alfred en 1884, Alvina en 1886, et Félix en 1888. Puis, viendront Arthur en 1891, Albert en 1894 et Marie-Anna en 1895.

Les actes de sépulture des enfants ne précisaient pas la cause de leur mort mais il s'agissait fort probablement d'une épidémie, du moins pour les trois plus vieux qui sont décédés en avril et mai 1882. On signalait ce printemps-là une épidémie de scarlatine à Trois-Rivières. Le Journal des Trois-Rivières rapportait le 25 mai 1882 : « Les fièvres scarlatines font de terribles ravages en cette ville et enlèvent un grand nombre d’enfants. » La scarlatine est une infection bactérienne qui se transmet par les voies respiratoires. L'infection survient surtout pendant la saison froide.

mardi 9 mars 2010

De l'importance d'un jubilé

Un correspondant anonyme a fait parvenir la lettre qui suit au Journal des Trois-Rivières en juillet 1865. Il vante les mérites de travailleurs de La Gabelle qui ont sacrifié leur emploi pour pouvoir faire un jubilé à Saint-Étienne-des-Grès.

Le jubilé était une période décrétée par l'Église catholique pendant laquelle les fidèles pouvaient obtenir des indulgences pour la rémission de leurs péchés. Cette période revenait à tous les 25 ans pour que chaque génération puisse en profiter. C'était donc un événement religieux important que les catholiques les plus fervents ne voulaient pas manquer.

Le style de la lettre nous porte à croire que le correspondant anonyme était un membre du clergé qui voulait raconter une histoire édifiante aux lecteurs du journal. Voici le texte :
« L’on m’a rapporté de la manière la plus positive qu’un grand nombre de travailleurs employés dans l’un des chantiers du St-Maurice, connu vulgairement sous le nom de Gabelle, ont fait en cette circonstance ce qu’on peut appeler un “coup d’état”. Ces braves gens se réunirent donc et résolurent de demander au bourgeois de vouloir bien suspendre leurs travaux pendant quelques heures pour qu’il leur fût loisible d’aller faire leur jubilé [à St-Etienne]; celui-ci ne partageant pas leur esprit de foi, refusa froidement la faveur qu’on lui demandait; alors transportés d’une louable indignation, ces bons travailleurs lui déclarent franc et net qu’ils n’entendent pas être gênés dans l’accomplissement de leurs devoirs de piété et qu’il est bien entendu que pour eux la religion a le pas sur les dollars. En conséquence, ils offrent à régler avec ce coupable maître du chantier (que sans doute on ne sera pas tenté de prendre pour la personnification de la liberté de conscience) s’appuyant sur ce que leur action de générosité serait pour eux la meilleure lettre de recommandation pour trouver ailleurs des situations aussi avantageuses. Celui-ci, blessé par la noble contenance de ces braves gens, les congédie tous sur le champ, leur faisant entendre qu’après comptes réglés, il n’a rien à faire avec eux. “C’est bien, répond l’un d’entre eux, croyez-vous que nous allons vendre nos âmes ici pour un vile salaire de quelques sous par jour?”

J’ai eu le plaisir de voir ces excellents chrétiens s’approcher de la table sainte avec la plus grande ferveur, s’estimant heureux de souffrir cette perte temporelle qui aurait pu entraîner des résultats préjudiciables, à eux et à leur famille, pour profiter de ces dons précieux de la grâce que le vrai sage met bien au-dessus des richesses de ce monde. »

L'article du Journal des Trois-Rivières est tiré des Bases de données en histoire de la Mauricie du Centre interuniversitaire d'études québécoises.

Voir aussi sur ce blog Les Quarante heures.

samedi 13 février 2010

La Chandeleur

J'ai toujours aimé les traditions qui marquent les saisons. Mais la Chandeleur, le 2 février, était pour moi une fête oubliée, un peu mystérieuse. On m'a déjà dit que c'était autrefois, à Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie, la fin officielle de la période de réjouissances du temps des Fêtes qui commençait le 24 décembre; ça faisait quand même 40 jours de fêtes!

J'ai découvert sur un site belge La serre outil que c'est, en Europe, une journée où l'on mange des crêpes. On trouve d'ailleurs sur ce site une recette très appétissante de crêpes Suzette. Selon Jean Provencher (Les quatre saisons dans la Vallée du Saint-Laurent) on mangeait aussi des crêpes au Canada-français le jour de la Chandeleur, une vieille tradition venue de France. Il semble bien que cette tradition se soit perdue au Québec.

On connaît le proverbe québécois : à la Chandeleur la neige est à sa hauteur. Cette journée a inspiré plusieurs autres proverbes qui riment avec Chandeleur :

* À la Chandeleur, l'hiver se meurt ou prend vigueur.
* À la Chandeleur, le jour croît de deux heures.
* À la Chandeleur, grande neige et froideur.
* À la Chandeleur, le froid fait douleur.
* À la Chandeleur, au grand jour, les grandes douleurs.
* À la Chandeleur, Quéré fait des crêpes jusqu'à pas d'heure.
* Rosée à la Chandeleur, l'hiver a sa dernière heure.

C'était dans l'Antiquité la fête de la fertilité au sortir de l'hiver. La coutume ancienne était d'allumer des flambeaux ou des cierges à minuit en signe de purification : la festum candelarum, d'où le nom de chandeleur. L'Église catholique a récupérée cette fête païenne en l'associant d'abord à la présentation de Jésus au temple et plus tard à la purification de la Vierge. Ce jour-là, les chrétiens rapportaient chez eux des chandelles bénites pour protéger leur foyer.

Selon Provencher, la cérémonie se déroulait comme suit :
«Les cierges bénis puis allumés, on défile dans l'église de chaque côté de la nef au chant de l'antienne Lumen ad revelationem gentium (écouter). Le curé, flanqué des enfants de choeur ouvre la marche. Suivent les hommes et les femmes. Et, après la procession, la messe. Les cierges de la Chandeleur sont apportés à la maison et gardés précieusement. Ils fournissent protection comme les rameaux, l'eau bénite et le crucifix. Quelqu'un tombe-t-il malade, faut-il veiller un mort, qu'on allume un cierge de la Chandeleur. Quand survient l'orage, que le tonnerre gronde, on fait de même. Le cierge de la Chandeleur préserve du malheur.»
Aux États-Unis, la fête de la Chandeleur a été remplacée, le 2 février, par le jour de la marmotte.

jeudi 11 février 2010

Le docteur Réal St-Onge

J'ai trouvé dans mes papiers un article de journal qui rend hommage au docteur Réal St-Onge de Saint-Étienne-des-Grès qui était mon parrain (on peut lire cet hommage en cliquant sur l'image ci-contre).

Réal St-Onge était le deuxième enfant de Félix St-Onge et d'Alma Picard ; une fille, Berthe, qui vit encore à Saint-Étienne-des-Grès, l'avait précédé. Il est décédé le 21 septembre 1990, quelques jours avant son 73e anniversaire de naissance. L'article de journal n'est pas daté mais je crois qu'il a pu être publié dans le courrier des lecteurs du Nouvelliste de Trois-Rivières à la fin du mois de septembre 1991, pour souligner le premier anniversaire du décès. C'est signé Edmond Blais de Saint-Boniface.

Réal St-Onge était un médecin de campagne à l'ancienne qui visitait ses patients à domicile, non seulement à Saint-Étienne-des-Grès mais aussi à Saint-Boniface de Shawinigan et dans les environs. Il était très connu et apprécié dans la région. Il a été un des fondateurs de la ligue de baseball rurale Albert-Gaucher. Un parc porte son nom à Saint-Étienne-des-Grès.

mercredi 10 février 2010

Un cas d'homonymie à Saint-Étienne-des-Grès

Deux frères, Joseph et Victor Milot, ont épousé deux Marie Lefebvre en 1869 et 1877, ce qui est une source de confusion pour les généalogistes. Un chercheur un peu pressé a conclu que Joseph et Victor étaient une seule et même personne; il a donc créé un nouveau personnage "Joseph-Victor" Milot ! Pour compliquer le tout, Victor Milot devenu veuf se remarie avec Virginie Bastarache en 1880. Voici les trois mariages en question :

  1. Joseph Milot, fils d'Édouard Milot et de Marie Rivard, épouse Marie Lefebvre, fille de Pierre Lefebvre et d'Ursule Boisvert, le 28 novembre 1869 à Saint-Étienne-des-Grès. Ils font baptiser 5 enfants à Saint-Étienne-des-Grès de 1870 à 1880. Ils déménagent ensuite à Pointe-du-Lac où ils font baptiser 4 autres enfants.
  2. Victor Milot, fils d'Édouard Milot et de Marguerite Rivard, épouse Marie Lefebvre, fille de Jean-Baptiste Lefebvre et d'Élisabeth Lacerte, le 30 octobre 1877 à Yamachiche.
  3. Victor Milot, veuf de Marie Lefebvre, épouse Virginie Bastarache, fille d'Uldoric Bastarache et de Caroline Boisvert, le 26 octobre 1880 à Saint-Étienne-des-Grès. Ils font baptiser 8 enfants à Saint-Étienne-des-Grès de 1881 à 1896.
Joseph et Victor Milot étaient bien frères même si le prénom de leur mère diffère dans les actes de mariage (Marie et Marguerite). Par ailleurs, leurs épouses, les deux Marie Lefebvre, étaient cousines germaines; c'est probablement ce lien de parenté qui a permis à Victor de rencontrer la deuxième Marie.

Plusieurs membres de cette famille ont vécu en Nouvelle-Angleterre. Les deux frères Joseph et Victor, sont allés à Granitville dans le Massachusets où on mentionne leur présence en 1905 et 1910. Odélide Milot, la fille de Victor était à Manchester dans le New Hampshire en 1953; sa fille Médora est décédée dans cette ville en 2008 (avis de décès ici).


Voir aussi sur ce blog : Un cas d'homonymie à Yamachiche

lundi 18 janvier 2010

Saint-Étienne-des-Grès 1859-2009

Tout comme Saint-Boniface, Saint-Étienne-des-Grès fêtait ses 150 ans en 2009. Cependant, la municipalité n'a pas produit d'album souvenir mais seulement un diaporama de photographies anciennes présenté sur DVD. Ceux qui s'intéressent à l'histoire de cette municipalité peuvent essayer de trouver un exemplaire de l'album "Histoire du fief et de la paroisse de St-Étienne-des-Grès depuis 1673" qui a été produit par la Société d'histoire locale lors du 125e anniversaire en 1984. C'est un ouvrage très intéressant dont la reliure est malheureusement fragile.

L'année 1673 dans le titre du livre fait référence à la concession de la seigneurie de La Vérandrie, dite aussi La Gabelle. Le site de La Gabelle était alors un lieu de rendez-vous avec les Amérindiens pour le commerce de la fourrure. La seigneurie a été réunie au domaine des Forges du Saint-Maurice en 1737 sous le nom de fief Saint-Étienne. Ce territoire était interdit à la colonisation; il servait de réserve pour l'approvisionnement des Forges en minerai de fer, en charbon et en bois. Un premier établissement a été créé aux Grès sur le bord de la rivière Saint-Maurice vers 1851 (le document est imprécis sur les dates). Une centaine de familles y ont formé un village industriel autour des installations appartenant à l'entrepreneur Georges Baptist. Cet établissement a été fermé en 1883. Les premiers colons de Saint-Étienne-des-Grès sont arrivés au début des années 1850. En 1857, un presbytère et une sacristie ont été construits qui servaient aussi aux habitants des paroisses de Saint-Boniface et de Sainte-Flore situées plus au nord.

Mise à jour du 24 octobre 2011
Un album souvenir du 150ième anniversaire de Saint-Étienne-des-Grès a été publié. Voir les commentaires ci-dessous.

mercredi 3 juin 2009

La jument est vendue

Désiré St-Onge, fils de François et de Josephte Allard, était forgeron à Saint-Étienne-des-Grès dans le comté de Saint-Maurice. Il a épousé Zoé Milette le 8 janvier 1861 à Yamachiche et acheté, l'année suivante, une maison sur le chemin royal à Saint-Étienne. Désiré et Zoé ont fait baptiser 3 enfants dans cette paroisse :Valida (1862-1866), Pierre-Joseph-Émile (1864) et Vilina (1867).
Le 7 février 1867 en après-midi, Charles Imbault, qui exerçait le métier de mouleur à Joliette, se rend chez lui en compagnie du notaire Uldéric Brunelle pour le sommer de reprendre une jument, sous poil rouge, que le forgeron lui avait vendue le matin même pour la somme de 28 louis courants, payés comptant. Imbault veut annuler la transaction parce qu'il s'est aperçu que la jument boîtait de la patte gauche du devant, ce qui constitue selon lui un vice rédhibitoire connu sous le nom de courbature. Il menace de le traîner en justice s'il ne le rembourse pas. Désiré St-Onge a simplement répondu: la jument est vendue. Avant de partir, le notaire lui a laissé une protestation écrite (greffe du notaire Uldéric Brunelle, acte no 1150).
Le 31 mai suivant, Désiré St-Onge vend une jument à Jean-Baptiste Gauthier, cultivateur de Saint-Étienne, pour la somme de 80 piastres. Il prend soin de préciser dans le contrat que la jument est vendue et livrée sans garantie d'âge ni de qualité. (greffe de Brunelle, acte no 1288)

En 1868, Désiré St-Onge est à Oconto dans le Wisconsin, probablement à l'emploi d'une compagnie forestière. Il a fait parvenir une procuration à sa femme pour qu'elle règle ses affaires à Saint-Étienne. Le 2 décembre 1868, toujours chez le notaire Brunelle, Zoé vend la propriété du chemin royal à Petrus Odilon Desilets, marchand à Saint-Étienne. Elle se garde le droit de l'habiter encore 6 mois sans payer aucun loyer. On perd ensuite leur trace. On peut supposer que Zoé est allée retrouver son mari à Oconto au printemps 1869 après avoir passé un dernier hiver à Saint-Étienne.