lundi 9 mars 2015

Tabac et histoire du Canada

En 1926, l'Imperial Tobacco Company of Canada Limited a produit une série de 48 cartes en anglais relatant des épisodes de l'histoire du Canada. Elles étaient insérées dans les paquets de cigarettes ou de tabac. La plupart des cartes concernent l'histoire de la Nouvelle-France. Sur celle-ci, Samuel de Champlain se rend à Kirke en 1629, mettant fin au siège de la ville de Québec par les Anglais.





1 CABOT SAILS FROM BRISTOL, 1497
2 FIRST CANADIAN STEAMSHIP WAS BUILT IN MONTREAL IN 1809
3 CARTIER ENTICES DONNACONNA ON BOARD HIS VESSEL, 1536
4 CHAMPLAIN AND FRENCH PIONEERS ENTERTAIN MEMBERTON AND OTHER INDIANS AT PORT ROYAL, 1607
5 THE GREAT QUEBEC BRIDGE
6 CHAMPLAIN DISCOVERS LAKE CHAMPLAIN, ABOUT 1609
7 CHAMPLAIN SOJOURNS WITH THE INDIANS, 1615-1616
8 BUILDING THE FIRST CHURCH, 1615
9 PRINCESS PATRICIA INSPECTS HER REGIMENT
10 INDIANS GIVE WARNING OF KIRKES APPROACH, 1628
11 CHAMPLAIN SURRENDERS QUEBEC TO KIRKE, 1629
12 INDIANS ASSIST BREBEUF IN BUILDING HIS MISSION HOUSE, 1634
13 THE FIRST NUNS ARE WELCOMED TO QUEBEC, 1639
14 FOUNDING OF MONTREAL, LANDING OF EXPEDITION UNDER MAISONNEUVE, 1641
15 JEANNE MANCE
16 ADAM DOLLARDS HEROIC CHECK TO THE IROQUOIS, 1660
17 LANDING OF THE TRACY, 1665
18 STATES GENERAL CONVENED BY FRONTENAC, 1672
19 LASALLE PRESSES FORWARD ALONE TO OBTAIN SUCCOUR FOR HIS EXPEDITION, 1678
20 MASSACRE AND FIRE AT LACHINE, 1689
21 PHIPS ENVOY IS REBUFFED BY FRONTENAC, 1690
22 DEFENCE OF CASTLE DANGEROUS BY MADELEINE DE VERCHERES, OCTOBER 1692
23 CONSTRUCTION OF CITADEL AND FORTIFICATIONS AT QUEBEC, 1693
24 FRONTENAC BORNE ON THE SHOULDERS OF INDIANS IN HIS LAST EXPEDITION AGAINST THEIR ENEMIES, 1696
25 PEACE TREATY WITH INDIANS, 1701
26 VERENDRYES EXPEDITION FIRST VIEW OF THE ROCKIES, 1743
27 PEPPERELL CAPTURES LOUISBOURG, 1745
28 WASHINGTON DELIVERS PROTEST TO FRENCH COMMANDER, 1754
29 H.R.H. THE PRINCE OF WALES HONORS WAR HEROES IN WINNIPEG
30 INVESTMENT OF QUEBEC BY WOLFE
31 WOLFE WITH LANDING-PARTY CARRIED FORWARD BY THE TIDE, 1759
32 WOLFES ARMY SEALING THE CLIFFS, 1759
33 BATTLE OF QUEBEC, GENERAL FRASER LANDING HIS HIGHLANDERS, 1759
34 MONTCALM, WOUNDED, ENCOURAGES THE THRONG, 1759
35 SURRENDER OF CANADA TO BRITAIN, 1760
36 CARLETON ESCAPES FROM MONTREAL, 1775
37 AMERICAN INVASION, MONTGOMERYS BODY FOUND IN THE SNOW BEFORE QUEBEC, 1775
38 FIRST LEGISLATIVE ASSEMBLY, 1792
39 MACKENZIES FIRST SIGHT OF THE PACIFIC, 1793
40 DEATH OF BROCK AT QUEENSTOWN HEIGHTS, 1812
41 LAURA SECORD WARNS FITZGIBBON OF PROJECTED AMERICAN ATTACK, 1813
42 SALABERRYS VICTORY OF CHATEAUGUAY, 1813
43 THE PRINCE OF WALES LAYING FOUNDATION STONE OF THE HOUSES OF PARLIAMENT, OTTAWA, 1860
44 FENIANS DRIVEN BACK AT RICHARDS FARM, 1865
45 RED RIVER EXPEDITION. CAMP AT MALAWIN BRIDGE, 1870
46 NORTH-WEST REBELLION TROOPS MARCHING OVER THE ICE, LAKE SUPERIOR, 1885
47 JACQUES CARTIER PLANTS ARMS OF FRANCE AT GASPE BAY IN 1534
48 COLOURS PRESENTED TO CANADIAN CONTINGENT FOR SOUTH AFRICA, 1900

dimanche 8 mars 2015

Le repas du dimanche chez les grands-parents

Le repas familial du dimanche est une vieille tradition qui remonte à l'époque où l'on travaillait six jours par semaine. Le septième jour, on se faisait beau pour assister à la messe et ensuite aller visiter les grands-parents. C'était l'occasion pour les cousins de se rencontrer et de jouer ensemble.




Cette photo a été prise à Saint-Étienne-des-Grès en 1919. Elle montre quatre petits cousins endimanchés, les premiers-nés de la famille de Félix St-Onge et de Georgina Lavallée. Selon ce qui est écrit au verso, les quatre cousins sont, de gauche à droite : Jean-Roch St-Onge, Berthe St-Onge, Simone Plourde et Armand St-Onge. Voici quelques informations sur eux :
  1. Jean-Roch St-Onge était le fils aîné d'Albert et de Cora Lamy, né le 25 août 1917 à Shawinigan.
  2. Berthe St-Onge était la fille aînée de Félix fils et d'Alma Picard, née le 9 juillet 1916 à Saint-Étienne-des-Grès.
  3. Simone Plourde était la fille aînée d'Alphonse Plourde  et de Marie-Anna St-Onge, née le 22 mars 1915 à Saint-Étienne-des-Grès.
  4. Armand St-Onge était le fils aîné d'Alfred et de Célestina Paré, né le 7 juin 1916 à Saint-Étienne-des-Grès.
Edouardina St-Onge, épouse d'Uldoric Godin, avait des enfants plus âgés mais ils n'apparaissent pas sur la photo. Justement, sur la carte ci-après, Edouardina s'excusait auprès de se parents de ne pouvoir les visiter un dimanche. Elle devait assister au pique-nique des pompiers.



mardi 3 mars 2015

Soixante ans de mariage des van Zundert en 1962

J'aime beaucoup cette photo de deux vieillards heureux entourés de leurs cinq filles bien en chair. Un beau souvenir de famille de ma conjointe. 

Elle a été prise le 28 avril 1962 à Klundert aux Pays-Bas. C'était le soixantième anniversaire de mariage des grands-parents Jacobus van Zundert et Helena Fritjers. J'ai pu identifier avec certitude deux des cinq filles : soeur Wilhelmina van Zundert (1912-1989), debout au centre, et Adriana van Zundert (1904-1967), assise à droite, épouse de Johannes van der Poel.



Un article avait paru dans le journal local pour souligner cet événement. Remarquez les sabots aux pieds de la grand-mère, le béret et la pipe du grand-père.


lundi 5 janvier 2015

Les gardiens de la variole

Une épidémie de variole, aussi appelée grosse picote, a frappé Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie en 1902. Ces épidémies survenaient presque toujours durant l'hiver quand l'air frais et sec favorisait la propagation du virus. À cette époque, le village de Saint-Étienne était isolé durant une partie de la saison froide parce que le déneigement de la route qui menait à Trois-Rivières représentait une trop grande dépense pour la municipalité. Il n'y avait donc pas de secours à attendre de l'extérieur. Par ailleurs, une recrudescence de la variole a aussi été signalée dans la ville de Trois-Rivières cet hiver-là.

Il fallait isoler les malades pour arrêter la contagion. Le conseil municipal de Saint-Étienne a donc demandé à des citoyens de prêter leur maison pour loger les malades pendant la durée de l'épidémie. Wilfrid Marchand, Louis Garceau et Trefflé Bouchard père ont accepté de le faire contre rémunération. On les appelait les « gardiens de la variole».

Des reçus ont été émis pour les dépenses relatives à l'épidémie en septembre 1902. Voici un reçu signé par Wilfrid Marchand pour un montant de 10 dollars reçu « pour avoir été gardien pendant que la variol a sévie dans la paroisse de St-Étienne. » C'était une somme relativement importante, à peu près l'équivalent de 2000 dollars en monnaie d'aujourd'hui.


Les deux autres gardiens ont reçu 12 et 15 dollars pour le même travail.

Certains ont pu profiter de l'épidémie pour s'enrichir. On utilisait alors de la vapeur de souffre pour désinfecter la literie et les vêtements des malades. Le conseil municipal a effectué deux achats de souffre qui ont été payés le 22 septembre :
  • Joseph Hould en a vendu 76 livres pour 3 dollars et 93 cents, soit au prix unitaire de 5 cents la livre.
  • Onésime Bellemare en a vendu 10 livres pour 5 dollars, soit au prix unitaire de 50 cents la livre. La municipalité a donc payé 10 fois plus cher pour le souffre de Bellemare ! Il est possible qu'il y ait eu une pénurie de souffre due à l'épidémie, ce qui expliquerait l'écart de prix entre les deux achats.



Jean Milette, le secrétaire-trésorier de la municipalité, s'est versé à lui-même 46 dollars « pour salaire pendant que la picotte a sévi dans la paroisse. » C'était trois ou quatre fois plus que la rémunération reçue par les gardiens de la variole.

J'ai examiné le registre de Saint-Étienne-des-Grès pour y trouver le signalement de décès causés par la variole. Malheureusement, le curé Garceau ne mentionnait jamais les causes des décès. Je n'ai pas constaté d'augmentation significative du nombre des sépultures pendant l'année 1902. Il semble donc que les mesures qui ont été prises pour circonscrire l'épidémie aient été efficaces.

Les photographies des reçus sont tirées de Souvenances : Histoire du fief et de la paroisse de St-Étienne-des-Grès depuis 1673. Presse de Publicité Paquet, 1984.

dimanche 21 décembre 2014

Le petit-poisson de Noël

On pêche encore aujourd'hui en hiver, sur les glaces des rivières Sainte-Anne et Batiscan, le poulamon atlantique aussi appelé petit-poisson des chenaux. Son nom lui vient des chenaux qui sont formés par les îles à l'embouchure de la rivière Saint-Maurice, à Trois-Rivières. Au dix-neuvième siècle, on pêchait le poulamon atlantique à cet endroit pendant la période des fêtes, entre Noël et les Rois. On l'appelait alors le petit-poisson de Noël.

Le poulamon atlantique (Microgradus Tomcod)


En 1895, l'historien Benjamin Sulte nous a décrit cette pêche dans le volume 20 de ses Mélanges historiques :
" L'hiver, c'est un autre spectacle. La neige couvre les îles, les chenaux disparaissent sous une couche de glace. Dans ces lieux désolés, le lièvre et le renard tracent leurs pistes, que le chasseur suivra bientôt d'un oeil attentif. De temps à autre, une voiture passe sur le chemin de la traverse, balisé de petits sapins plantés dans le mol édredon qui recouvre les eaux durcies par l'action de l'hiver.
Mais, durant la semaine qui précède la fête de Noël, tout change, les îles s'animent en quelque sorte ; partout circule une population affairée ; on dresse des cabanages ; la tranche de fer et le godendard entament la glace sur une cinquantaine de points choisis à certaines distances les uns des autres ; le travail se continue jour et nuit jusqu'à ce que des ouvertures soient pratiquées au goût des pêcheurs, car il s'agit de pêcher le fameux petit-poisson de Trois-Rivières !
Chaque trou mesure de douze à quinze pieds de longueur sur cinq de largeur. On y enfonce un long coffre formé de quatre baguettes de bois de frêne revêtues de rêts ; l'un des bouts du coffre est ouvert et placé à l'encontre du poisson qui remonte le courant, et qui entre par masse dans ces appareils ; après quelques minutes d'attente, le pêcheur soulève la gueule du coffre, tire le tout hors de l'eau ; vous voyez alors frétiller sur la glace des centaines de petits êtres qui gèlent, en attendant la poêle à frire. On en prend plus de 40,000 boisseaux chaque hiver, en deux semaines seulement parce que, avant Noël, il n'est pas encore arrivé. et aux Rois, il achève sa course vers le rapide des Forges. Cette manne n'a qu'un temps. "

Pêche au poulamon, Trois-Rivières, Qc, 1890 (Musée McCord)

Déclin du petit-poisson des chenaux


Une dizaine d'années plus tard, Benjamin Sulte ajoutait une note en bas de page :
" Ces lignes étaient écrites en 1895. Depuis lors, les usines de Shawinigan Falls et de Grand-Mère ont pollué les eaux ; le petit-poisson venant de la mer, s'arrête pour frayer à la rivière Champlain et aux battures de Batiscan. Et il ne tardera pas à disparaître tout à fait."
Heureusement, sa prédiction ne s'est pas avérée. S'il a disparu des chenaux de Trois-Rivières, à cause de la pollution de la rivière Saint-Maurice, le petit-poisson de Noël remonte toujours à chaque année les rivières Sainte-Anne et Batiscan. 


dimanche 7 décembre 2014

À propos de Victoire Dorer

On trouve au registre de la paroisse de Saint-Charles-des-Grondines, dans le comté de Portneuf,  deux actes de baptême qui pourraient être celui de Victoire Dorer.

Parents omis


Victoire Dorer a épousé Jean Hamelin le 23 janvier 1832 aux Grondines.  Ils ont eu dix enfants. Malheureusement, les noms des parents de Victoire ne sont pas mentionnés dans l'acte de mariage :



Cette omission est embêtante pour ses descendants qui sont nombreux. Un pan de leur tableau d'ascendance s'en trouve bloqué. Les noms des témoins au mariage ne nous aident pas non plus : ils ne son pas apparentés à des Dorer.

Un détail révélateur : le célébrant inscrit que Victoire est mineure mais, contrairement à la règle, ne mentionne pas le consentement de ses parents. Il aurait dû exiger leur consentement ou celui d'un tuteur. Ce détail m'amène à croire que le curé Charles Hot ne pouvait pas, ou encore ne voulait pas, révéler l'identité des parents de Victoire.

Victoire Dorer a été citée 13 fois au registre des Grondines entre 1832 et 1855, sous les identités suivantes :
  • Victoire St-Jean (8 fois)
  • Victoire Dorer (3 fois)
  • Victoire (2 fois)
Par ailleurs, j'ai vérifié les noms des parrains et marraines de ses dix enfants et il n'y a aucun Dorer dit Saint-Jean parmi eux, ni aucun conjoint de Dorer.

Voilà pour le mariage de Victoire Dorer. Pour ce qui est de sa naissance, deux actes du registre de Saint-Charles-des-Grondines nous offrent des pistes de recherche  : celle d'une naissance illégitime et celle d'un changement de prénom.

Naissance illégitime ?


L'absence des noms des parents d'un conjoint dans un acte de mariage peut être purement accidentelle, mais une telle omission peut aussi signifier que la naissance de cette personne était illégitime aux yeux de l'Église catholique. Si les parents d'un enfant n'avaient pas été nommés lors de son baptême, on ne voulait pas révéler leur identité lors de son mariage. C'était un stigmate que l'enfant portait toute sa vie.

Victoire avait 47 ans au recensement de 1861 à Grondines, ce qui situe l'année de sa naissance en 1813 ou 1814. Or, on trouve l'acte de baptême suivant dans le registre de Saint-Charles-des-Grondines en date du 13 octobre 1813 :



Cet acte de baptême sous condition de Marie Victoire illégitime, née de parents inconnus, ne nous donne aucun indice qui nous permette de poursuivre les recherches. Les noms du parrain et de la marraine ne nous apprennent rien sur l'identité de l'enfant.

Par ailleurs, j'ai remarqué que deux autres fois, lors des baptêmes de ses enfants, le curé avait omis le nom de famille de Victoire, en 1839 et 1841.

Mais pourquoi Victoire aurait-elle porté le nom de Dorer si ses parents étaient « inconnus » du célébrant lors de son baptême ? Je vois quatre possibilités théoriques :
  1. Son père s'appelait Dorer
  2. Sa mère s'appelait Dorer
  3. Sa mère a épousé un Dorer
  4. Victoire a été adoptée par des Dorer
À ma connaissance, une seule famille de Dorer vivait aux Grondines à cette époque. Joseph Doraire dit Saint-Jean a épousé Marie-Joseph Sauvageau le 3 mars 1794 à Deschambault, paroisse voisine des Grondines. Ils ont eu onze enfants aux Grondines, dont seulement cinq étaient encore vivants en 1813, année de la naissance de Victoire : une fille de 18 ans prénommée Marie-Joseph et quatre jeunes enfants.

Cette famille a quitté la région. On la retrouve à Saint-Pierre-les-Becquets en 1817 au mariage de leur fille Marie-Joseph Doraire dite Saint-Jean avec Augustin Dupuis.

Changement de prénom ?


Il existe une deuxième piste de recherche, celle du changement de prénom.

Joseph Doraire dit Saint-Jean et Marie-Joseph Sauvageau ont eu une fille prénommée Marie le 28 décembre 1812 aux Grondines. On perd ensuite sa trace.  Est-ce que cette Marie serait devenue la Victoire qui a épousé Jean Hamelin en 1832 ?



Conclusion


Les deux scénarios sont possibles. Malheureusement, dans les deux cas, on ne peut pas prouver que l'enfant baptisé est la Victoire Dorer qui s'est mariée en 1832.

À mon avis, la naissance illégitime est plus probable que le changement de prénom. Trois raisons me portent à privilégier ce scénario :

  • l'omission du nom des parents lors du mariage me semble volontaire : le célébrant aurait dû exiger et faire part d'un consentement pour une fille mineure mais il  ne l'a pas fait ; 
  • Victoire n'a pas conservé de liens avec les Dorer, aucun n'a été parrain ou marraine de ses dix enfants ;
  • dans une paroisse aussi petite que Grondines, le baptême d'une Victoire illégitime, l'année même de la naissance de Victoire Dorer, me semble trop improbable pour n'être qu'une coïncidence.

Mis à jour le 8 décembre 2014

mercredi 3 décembre 2014

Joseph Carufel mort pour la Nouvelle-France


Un court texte, inséré dans le registre de la paroisse de Saint-Antoine de la Rivière-du-Loup (Louiseville), fait état du décès de Joseph Carufel tué sur le champ de bataille le 28 avril 1760. Cette date correspond à la bataille de Sainte-Foy qui a été gagnée par les troupes du chevalier de Lévis, en route pour reprendre la ville de Québec aux Anglais.

"Le 28 avril 1760 a été tué sur le champ de bataille et enterré à ...  joseph Carufel âgé d'environ 28 ans."  signé P Audrau j



Ce n'est pas vraiment un acte de sépulture. Le jésuite Pierre Audrau, missionnaire à Maskinongé, ignorait où avait été enterré le corps de Joseph Carufel, peut-être dans une fosse commune après la bataille. Il a donc laissé un espace en blanc pour éventuellement ajouter le nom du lieu de sépulture s'il venait à le connaître.

La bataille de Sainte-Foy


Je crois que des troupes du régiment du Languedoc étaient stationnées près de Maskinongé en 1759-1760. En effet, plusieurs soldats de ce régiment ont été cités dans le registre de la Rivière-du-Loup, dans des actes relatifs à des habitants de Maskinongé : le capitaine Honoré-Louis de Cléricy (cité le 15 janvier et le 13 décembre 1759), le lieutenant Emmanuel de Cléricy (15 janvier 1759), le grenadier Olivier (28 janvier1760) et le capitaine des grenadiers D'Aiquebille (13 mars 1760). À l'époque, les soldats logeaient chez l'habitant.

Joseph De Carufel s'est-il engagé dans ce régiment ? Chose certaine, il faisait partie des 6000 hommes qui ont convergé vers Québec après la défaite des Plaines d'Abraham. Le chevalier François-Gaston de Lévis, qui avait pour mission de reprendre la capitale de la Nouvelle-France aux Anglais, commandait une armée composée de 2400 soldats réguliers, 2600 miliciens et 1000 alliés amérindiens.



La victoire de Sainte-Foy, que Joseph de Carufel a payée de sa vie le 28 avril 1760, allait permettre à l'armée de Lévis d'assiéger la ville de Québec. Mais le siège a dû être levé après deux semaines, à l'arrivée des renforts britanniques. Lorsqu'il aperçut la flotte anglaise remonter le fleuve Saint-Laurent, Lévis se serait écrié : La France nous a abandonnés ! Du moins, c'est ce qu'on nous a appris dans les manuels scolaires.

Les Sicard de Carufel


Le défunt Joseph Carufel (1732-1760), fils de Joseph Sicard de Caufel et d'Ursule Foucault, était marié à Louise Vanasse dite Vertefeuille, mais n'avait pas d'enfant. Un fils est mort en bas âge. Sa jeune veuve s'est remariée avec Jacques Dupuis onze mois plus tard, le 30 mars 1761. Elle a eu plusieurs enfants de ce second mariage.

Carufel appartenait à une famille de militaires issue de la petite noblesse française. Son grand-père, le seigneur Jean Sicard de Carufel (1664-1763), un ancêtre de ma conjointe, était un officier des troupes de la Marine, enseigne de la compagnie des Meloizes. Il a été capitaine de milice après sa retraite de l'armée. Je crois que tous les hommes de cette famille, fils et petits-fils du seigneur de Carufel, ont servi dans la milice canadienne, dont quelques-uns comme officiers.

Le grand-père Jean Sicard était originaire de Saint-Jacques de Castres dans le Haut-Languedoc, fils de Pierre Sicard De Carufel, avocat en parlement, et de Marie De Fargues. La seigneurie de Carufel que possédait sa famille se situait près de Fauch au nord de Castres.

En 1705, l'officier Jean Sicard s'est fait concéder une seigneurie en Nouvelle-France et lui a donné le nom de Carufel en souvenir de celle qui appartenait à sa famille en France. La nouvelle seigneurie de Carufel était située au nord de celle de Maskinongé et couvrait le territoire actuel de la paroisse de Saint-Justin.