dimanche 7 décembre 2014

À propos de Victoire Dorer

On trouve au registre de la paroisse de Saint-Charles-des-Grondines, dans le comté de Portneuf,  deux actes de baptême qui pourraient être celui de Victoire Dorer.

Parents omis


Victoire Dorer a épousé Jean Hamelin le 23 janvier 1832 aux Grondines.  Ils ont eu dix enfants. Malheureusement, les noms des parents de Victoire ne sont pas mentionnés dans l'acte de mariage :



Cette omission est embêtante pour ses descendants qui sont nombreux. Un pan de leur tableau d'ascendance s'en trouve bloqué. Les noms des témoins au mariage ne nous aident pas non plus : ils ne son pas apparentés à des Dorer.

Un détail révélateur : le célébrant inscrit que Victoire est mineure mais, contrairement à la règle, ne mentionne pas le consentement de ses parents. Il aurait dû exiger leur consentement ou celui d'un tuteur. Ce détail m'amène à croire que le curé Charles Hot ne pouvait pas, ou encore ne voulait pas, révéler l'identité des parents de Victoire.

Victoire Dorer a été citée 13 fois au registre des Grondines entre 1832 et 1855, sous les identités suivantes :
  • Victoire St-Jean (8 fois)
  • Victoire Dorer (3 fois)
  • Victoire (2 fois)
Par ailleurs, j'ai vérifié les noms des parrains et marraines de ses dix enfants et il n'y a aucun Dorer dit Saint-Jean parmi eux, ni aucun conjoint de Dorer.

Voilà pour le mariage de Victoire Dorer. Pour ce qui est de sa naissance, deux actes du registre de Saint-Charles-des-Grondines nous offrent des pistes de recherche  : celle d'une naissance illégitime et celle d'un changement de prénom.

Naissance illégitime ?


L'absence des noms des parents d'un conjoint dans un acte de mariage peut être purement accidentelle, mais une telle omission peut aussi signifier que la naissance de cette personne était illégitime aux yeux de l'Église catholique. Si les parents d'un enfant n'avaient pas été nommés lors de son baptême, on ne voulait pas révéler leur identité lors de son mariage. C'était un stigmate que l'enfant portait toute sa vie.

Victoire avait 47 ans au recensement de 1861 à Grondines, ce qui situe l'année de sa naissance en 1813 ou 1814. Or, on trouve l'acte de baptême suivant dans le registre de Saint-Charles-des-Grondines en date du 13 octobre 1813 :



Cet acte de baptême sous condition de Marie Victoire illégitime, née de parents inconnus, ne nous donne aucun indice qui nous permette de poursuivre les recherches. Les noms du parrain et de la marraine ne nous apprennent rien sur l'identité de l'enfant.

Par ailleurs, j'ai remarqué que deux autres fois, lors des baptêmes de ses enfants, le curé avait omis le nom de famille de Victoire, en 1839 et 1841.

Mais pourquoi Victoire aurait-elle porté le nom de Dorer si ses parents étaient « inconnus » du célébrant lors de son baptême ? Je vois quatre possibilités théoriques :
  1. Son père s'appelait Dorer
  2. Sa mère s'appelait Dorer
  3. Sa mère a épousé un Dorer
  4. Victoire a été adoptée par des Dorer
À ma connaissance, une seule famille de Dorer vivait aux Grondines à cette époque. Joseph Doraire dit Saint-Jean a épousé Marie-Joseph Sauvageau le 3 mars 1794 à Deschambault, paroisse voisine des Grondines. Ils ont eu onze enfants aux Grondines, dont seulement cinq étaient encore vivants en 1813, année de la naissance de Victoire : une fille de 18 ans prénommée Marie-Joseph et quatre jeunes enfants.

Cette famille a quitté la région. On la retrouve à Saint-Pierre-les-Becquets en 1817 au mariage de leur fille Marie-Joseph Doraire dite Saint-Jean avec Augustin Dupuis.

Changement de prénom ?


Il existe une deuxième piste de recherche, celle du changement de prénom.

Joseph Doraire dit Saint-Jean et Marie-Joseph Sauvageau ont eu une fille prénommée Marie le 28 décembre 1812 aux Grondines. On perd ensuite sa trace.  Est-ce que cette Marie serait devenue la Victoire qui a épousé Jean Hamelin en 1832 ?



Conclusion


Les deux scénarios sont possibles. Malheureusement, dans les deux cas, on ne peut pas prouver que l'enfant baptisé est la Victoire Dorer qui s'est mariée en 1832.

À mon avis, la naissance illégitime est plus probable que le changement de prénom. Trois raisons me portent à privilégier ce scénario :

  • l'omission du nom des parents lors du mariage me semble volontaire : le célébrant aurait dû exiger et faire part d'un consentement pour une fille mineure mais il  ne l'a pas fait ; 
  • Victoire n'a pas conservé de liens avec les Dorer, aucun n'a été parrain ou marraine de ses dix enfants ;
  • dans une paroisse aussi petite que Grondines, le baptême d'une Victoire illégitime, l'année même de la naissance de Victoire Dorer, me semble trop improbable pour n'être qu'une coïncidence.

Mis à jour le 8 décembre 2014

mercredi 3 décembre 2014

Joseph Carufel mort pour la Nouvelle-France


Un court texte, inséré dans le registre de la paroisse de Saint-Antoine de la Rivière-du-Loup (Louiseville), fait état du décès de Joseph Carufel tué sur le champ de bataille le 28 avril 1760. Cette date correspond à la bataille de Sainte-Foy qui a été gagnée par les troupes du chevalier de Lévis, en route pour reprendre la ville de Québec aux Anglais.

"Le 28 avril 1760 a été tué sur le champ de bataille et enterré à ...  joseph Carufel âgé d'environ 28 ans."  signé P Audrau j



Ce n'est pas vraiment un acte de sépulture. Le jésuite Pierre Audrau, missionnaire à Maskinongé, ignorait où avait été enterré le corps de Joseph Carufel, peut-être dans une fosse commune après la bataille. Il a donc laissé un espace en blanc pour éventuellement ajouter le nom du lieu de sépulture s'il venait à le connaître.

La bataille de Sainte-Foy


Je crois que des troupes du régiment du Languedoc étaient stationnées près de Maskinongé en 1759-1760. En effet, plusieurs soldats de ce régiment ont été cités dans le registre de la Rivière-du-Loup, dans des actes relatifs à des habitants de Maskinongé : le capitaine Honoré-Louis de Cléricy (cité le 15 janvier et le 13 décembre 1759), le lieutenant Emmanuel de Cléricy (15 janvier 1759), le grenadier Olivier (28 janvier1760) et le capitaine des grenadiers D'Aiquebille (13 mars 1760). À l'époque, les soldats logeaient chez l'habitant.

Joseph De Carufel s'est-il engagé dans ce régiment ? Chose certaine, il faisait partie des 6000 hommes qui ont convergé vers Québec après la défaite des Plaines d'Abraham. Le chevalier François-Gaston de Lévis, qui avait pour mission de reprendre la capitale de la Nouvelle-France aux Anglais, commandait une armée composée de 2400 soldats réguliers, 2600 miliciens et 1000 alliés amérindiens.



La victoire de Sainte-Foy, que Joseph de Carufel a payée de sa vie le 28 avril 1760, allait permettre à l'armée de Lévis d'assiéger la ville de Québec. Mais le siège a dû être levé après deux semaines, à l'arrivée des renforts britanniques. Lorsqu'il aperçut la flotte anglaise remonter le fleuve Saint-Laurent, Lévis se serait écrié : La France nous a abandonnés ! Du moins, c'est ce qu'on nous a appris dans les manuels scolaires.

Les Sicard de Carufel


Le défunt Joseph Carufel (1732-1760), fils de Joseph Sicard de Caufel et d'Ursule Foucault, était marié à Louise Vanasse dite Vertefeuille, mais n'avait pas d'enfant. Un fils est mort en bas âge. Sa jeune veuve s'est remariée avec Jacques Dupuis onze mois plus tard, le 30 mars 1761. Elle a eu plusieurs enfants de ce second mariage.

Carufel appartenait à une famille de militaires issue de la petite noblesse française. Son grand-père, le seigneur Jean Sicard de Carufel (1664-1763), un ancêtre de ma conjointe, était un officier des troupes de la Marine, enseigne de la compagnie des Meloizes. Il a été capitaine de milice après sa retraite de l'armée. Je crois que tous les hommes de cette famille, fils et petits-fils du seigneur de Carufel, ont servi dans la milice canadienne, dont quelques-uns comme officiers.

Le grand-père Jean Sicard était originaire de Saint-Jacques de Castres dans le Haut-Languedoc, fils de Pierre Sicard De Carufel, avocat en parlement, et de Marie De Fargues. La seigneurie de Carufel que possédait sa famille se situait près de Fauch au nord de Castres.

En 1705, l'officier Jean Sicard s'est fait concéder une seigneurie en Nouvelle-France et lui a donné le nom de Carufel en souvenir de celle qui appartenait à sa famille en France. La nouvelle seigneurie de Carufel était située au nord de celle de Maskinongé et couvrait le territoire actuel de la paroisse de Saint-Justin.


mercredi 12 novembre 2014

Conçue par voie de fornication

Le prêtre récollet Bertin Mullet ne mâchait pas ses mots. En 1711, il était missionnaire à la Rivière Maskinongé, située à l'ouest de Trois-Rivières. Le 12 février de cette année, il a consigné l'acte suivant dans le registre de Trois-Rivières :



Qui était le père ? Le seul suspect possible est le fils de Pierre Blais et d'Anne Perrault, né en 1685 sur l'Île-d'Orléans.  Ce Jean Blais a passé un contrat de mariage avec Geneviève Martin le 25 octobre 1709 devant le notaire Chambalon de Berthier. Il était donc nouvellement marié au moment des faits. Je dois avouer que ce fornicateur compte parmi mes ancêtres, par son fils légitime Jean-Baptiste qui s'est marié à Trois-Rivières en 1742.

La mère, Marie Faye dite Sansquartier s'est mariée avec un autre homme, tout juste un mois avant la naissance de l'enfant. Elle a épousé François Banliac dit Lamontagne le 12 janvier 1711 à Trois-Rivières. La petite Marie a ensuite porté le nom de son beau-père Banliac. C'est sous le nom de Marie Banliac qu'elle a épousé Pierre Piet en 1739.

Il est rare que les actes de baptême des enfants illégitimes mentionnent le nom du père. La franchise du récollet Mullet allait avoir des conséquences juridiques. En 1749, l'héritage de Marie Banliac a été contesté devant les tribunaux, son beau-frère Michel Rabouin, époux de Geneviève Banliac, arguant que Marie n'y avait pas droit parce qu'elle était la fille naturelle de Jean Blais et non pas l'enfant de François Banliac. Il faisait valoir comme preuve l'acte de baptême rédigé en 1711 par le récollet Mullet. Je ne connais pas l'issue du procès.

Le document faisant état de cette contestation se trouve dans la biographie de Pierre Piet sur le site Nos Origines.

samedi 18 octobre 2014

Omissions, erreurs et fausses déclarations dans les actes de baptême

Avec l'acte de mariage de ses parents, l'acte de baptême d'un enfant est la référence normale pour établir sa filiation. Lorsque ces actes sont introuvables ou omettent des informations essentielles, le chercheur doit établir une preuve indirecte de filiation, un exercice qui s'avère souvent difficile. J'ai mis des mois à établir des preuves de filiation parce qu'un acte de baptême ou de mariage était manquant ou mal rédigé.

L'acte de baptême complet


Au XIXe siècle, l'acte de baptême complet devait contenir les informations suivantes :
  1. La date de la cérémonie
  2. La fonction de l'officiant (curé, vicaire, missionnaire, etc)
  3. Le prénom de l'enfant
  4. Le sexe de l'enfant
  5. Le jour de sa naissance (né ce jour, née hier, etc)
  6. Le statut matrimonial des parents (né du légitime mariage de ...)
  7. Le nom du père
  8. La profession du père  
  9. Le nom de la mère
  10. Le lieu de résidence des parents (de cette paroisse ou nom d'une autre paroisse)
  11. Le nom du parrain 
  12. Le nom de la marraine
  13. Leur lieu de résidence 
  14. La signature du père (ou la mention de son incapacité à signer)
  15. La signature du parrain (ou la mention de son incapacité à signer)
  16. La signature de la marraine (ou la mention de son incapacité à signer)
  17. La signature de l'officiant
Les actes du baptême du XIXe siècle ne contiennent pas toujours tous ces éléments, mais s'en approchent la plupart du temps. D'autres informations s'ajoutaient le cas échéant :
  1. L'ondoiement de l'enfant (certains bébés survivaient malgré tout)
  2. Le nom de la personne qui l'a ondoyé
  3. Le baptême sous condition 
  4. Le décès du père (feu, défunt)
  5. Un titre du père (seigneur, écuyer, officier de milice, etc)
  6. Le décès de la mère 
  7. La nationalité des parents (Anglais, Écossais, Sauvage)
  8. Le lien de parenté entre le parrain et l'enfant
  9. Le lien de parenté entre la marraine et l'enfant
  10. Le lien matrimonial entre le parrain et la marraine
  11. La mention de l'absence du père lors de la cérémonie

Omissions, erreurs et fausses déclarations


Par négligence ou par paresse, certains officiants omettaient de façon systématique beaucoup d'informations utiles. Les omissions les plus frustrantes pour un généalogiste : les noms des parents et les liens de parenté du parrain et de la marraine avec l'enfant. 

Mais il y a pire que les omissions : les informations inexactes qui  nous entraînent sur de fausses pistes. Un exemple d'erreur vraiment embêtante que j'ai déjà rencontrée: l'inversion des noms de la mère et de la marraine.

Des erreurs de bonne foi pouvaient se glisser dans les registres, mais certains officiants en faisaient beaucoup plus que d'autres. Malheureusement, dans certains cas, l'étude des registres nous amène à conclure que ces « erreurs » étaient volontaires.

J'ai consulté récemment deux registres paroissiaux qui ont été particulièrement mal tenus. Dans ces paroisses, les officiants omettaient beaucoup d'informations importantes et ne se donnaient pas la peine de faire signer les personnes présentes lors des cérémonies. Lors des baptêmes, ils écrivaient de façon systématique que le père, le parrain et la marraine ont déclaré ne savoir signer, sans égard à leur capacité de le faire. Ainsi, une même personne pouvait signer lors d'un mariage mais ne pas savoir le faire plus tard lors d'un baptême. Ces fausses déclarations répétées jettent un doute sur la validité des autres informations contenues dans leurs registres.

  • À Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie, le taux de signature du registre, c'est-à-dire le pourcentage des témoins qui ont signé au bas des actes, est passé de 11 % à moins de 2 % après l'entrée en fonction du curé Joseph-Damase Sicard de Carufel en 1866.
  • À Sainte-Flore en Mauricie, le taux de signature du registre est passé de 28 % à 3 % seulement après l'entrée en fonction du curé Ferdinand Verville en 1890.

Or, l'alphabétisation a fortement progressé à la fin du XIXe siècle et on observe une augmentation importante du taux de signature dans les autres paroisses de la région. J'y reviendrai dans un autre article.


jeudi 16 octobre 2014

Alphonse Picard, tanneur

Alphonse Destroismaisons dit Picard exerçait le métier de tanneur à Gentilly, dans le comté de Nicolet. Il est né le 10 septembre 1861 à Saint-Pierre-les-Becquets, un village situé à l'est de Gentilly.

Alphonse Destroismaisons dit Picard vers 1930


Il a appris son métier de son père Joseph Destroismaisons dit Picard (1809-1876) qui a été tanneur à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud, à Lauzon, puis à Saint-Pierre-les-Becquets, avant de s'installer à Gentilly quelque mois après la naissance d'Alphonse.

Le surnom Picard


Le surnom Picard vient de la province d'origine de l'ancêtre Philippe Destroismaisons, cordonnier, qui est né en 1638 dans le hameau des Trois Maisons près d'Amiens en Picardie. Plusieurs autres immigrants en Nouvelle-France ont porté ce surnom qui est associé aux patronymes Bourgeois, Caillé, Collet, Dubois, Lemaître, Olivier et  Philippon, notamment.

Les Destroismaisons ne sont pas apparentés aux Picard que l'on trouve dans certaines communautés autochtones du Québec. On a affirmé que la mère d'Alphonse, Marie-Carmelle Paradis, était une métisse adoptée. Je n'ai rien trouvé qui supporte cette affirmation. Son acte de baptême est au registre de Saint-Pierre-les-Becquets en date du 19 août 1828.

Des artisans


Les tanneurs appartenaient à la classe des artisans que l'on retrouvaient au XIXe siècle dans les villes et dans les principaux villages du Bas-Canada. Ils transformaient en cuir les peaux des animaux d'élevage : le boeuf, le mouton et le porc. Ils s'établissaient habituellement un peu à l'écart des agglomérations à cause des odeurs fortes que dégageait le trempage des peaux dans des produits chimiques.



Les principaux clients des tanneurs étaient les cordonniers qui utilisaient leurs cuirs pour en faire des souliers. Alphonse Picard a d'ailleurs épousé la fille d'un cordonnier, sa voisine Aurore Marchand, le 13 février 1888 à Gentilly. Les deux conjoints savaient lire et écrire, une compétence indispensable pour tenir un commerce. Ils ont d'ailleurs signé au bas de l'acte de mariage.



Aurore Marchand était aussi une artisane. Elle exerçait le métier de modiste, c'est-à-dire qu'elle fabriquait des chapeaux sur commande pour les dames. Elle a poursuivi cette activité après son mariage, aidée par ses filles.



La famille n'était pas riche, mais vivait bien. Les artisans avaient des revenus supérieurs à ceux des cultivateurs qui constituaient la majorité de la population. Au recensement de 1901, Alphonse Picard déclarait un revenu annuel de 400 $ auquel s'ajoutaient les 300 $ gagnés par sa femme modiste. Ils habitaient une grande maison en bois de huit pièces. Selon leur petite-fille Berthe Saintonge (1916-2011) qui les a visités dans les années 1920, le terrain qui entourait leur maison était un peu négligé : les mauvaises herbes y poussaient librement.

Alphonse et Aurore ont eu dix enfants, mais seulement six filles ont atteint l'âge adulte : Léda (1890), Marie-Berthe (1893), Alma (1895), Marie-Ange (1898), Marie-Jeanne (1900) et Lucille (1902). Elles ont été instruites par les Soeurs de l'Assomption qui tenaient un école primaire et un pensionnat pour jeunes filles à Gentilly. L'une d'entre elles, Marie-Berthe, est entrée dans cette communauté religieuse ; les cinq autres se sont mariées.

Aurore Marchand et sa fille Lucille vers 1918


Après la mort de sa femme en 1932, Alphonse Picard a vécu chez ses filles qui le recevaient à tour de rôle. À une époque, il passait ses hivers chez Léda (épouse de Lucien Fontaine) à Montréal et ses étés chez Alma (épouse de Félix Saintonge) à Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie où il s'occupait du potager.

Il est décédé à Montréal en 1956, à l'âge de 95 ans. Le secret de sa longévité : le lait caillé qu'il laissait vieillir sur le bord d'une fenêtre.


lundi 22 septembre 2014

Mes ancêtres du Limousin étaient soldats

Mes cinq ancêtres mâles originaires du Limousin étaient tous soldats : trois du régiment de Carignan-Salières et deux des troupes de la Marine.

Nom Prénom Naissance Lieu Parents Arrivée Régiment Sosa
Blet (Blais) Jean c1640 Sarrazac Pierre et Françoise Jardinier 1665 Carignan 2596a
Coupy (Goupil) Antoine c1673 Cornil Jean et Marie Chasseing c1698 Marine 1882g
Dubord Guillien c1636 Thiviers Louis et Catherine de la Brugière 1665 Carignan 1074a
Émery Antoine 1643 Sarrazac Mégny et Marguerite Pasquau 1665 Carignan 5210a
Tessier (Éringué) Mathieu c1660 Cognac-le-Froid Jacques et Laurence Boigeou c1687 Marine 1062a








Ce n'est pas un hasard. Je crois que le Limousin a fourni à la Nouvelle-France davantage de soldats que de civils. Les soldats étaient recrutés dans toutes les régions de France, tandis que les engagés (36 mois) provenaient surtout des régions proches des ports d'embarquement. Le Limousin est une région du centre de la France relativement éloignée des ports de mer. 



Le Limousin est le pays des noms de lieu en « ac » : Allasac, Ambazac, Bellac, Boussac, Canillac, Cosnac, Donzenac, Juillac, Lubersac, Magnac, Meymac, Rilhac, Sarrazac, Sornac, Ussac, etc. Ce suffixe est répandu en France dans les régions de langues d'oc où il marque l'emplacement ancien d'une villa gallo-romaine (Wikipédia). Son équivalent dans les régions de langues d'oil, plus au nord, est le suffixe « ay » ou « y » comme dans Mézeray, Champigny ou Sévigny.

Les soldats de Carignan


Les trois soldats du régiment de Carignan-Salières (Jean Blet, Guilien Dubord et Antoine Émery) sont arrivés en Nouvelle-France à l'été 1665 pour combattre les Iroquois. Ils appartenaient à des compagnies différentes, mais venaient du même coin du Limousin au Nord-Ouest de Périgueux : Jean Blet et Antoine Émery étaient du village de Sarrazac (300 h), tandis que Guillien Dubord était de Thiviers, petite ville voisine de Sarrazac. Il se connaissaient donc vraisemblablement.

En France, les découpages territoriaux sont multiples et changeants. J'hésite à utiliser le découpage administratif actuel (département de Dordogne) qui n'a pas grand chose à voir avec la réalité de 1665, année du départ du régiment de Carignan. Thiviers et Sarrazac se situaient au nord de l'ancien comté du Périgord, région aujourd'hui nommée Périgord vert. Les deux localités relevaient alors de l'évêché de Périgueux. C'est encore le cas aujourd'hui, Thiziers et Sarrazac font partie de la paroisse de Notre-Dame Des Hauts De L'Isle dans le diocèse de Périgueux.

Les paroisses actuelles  du diocèse de Périgueux.

Selon mes recherches, au moins quatre autres soldats de Carignan sont venus de cette paroisse : Pierre Barbary (Thiviers), Sicaire De Guire (Thiviers), Pierre Dextras (Sarrazac) et Jean Gazaille (Sarrazac). Un recruteur efficace est passé à cet endroit.

Jean Blet (ou Blais) dit Gazaille (c1640-1722) originaire de Sarrazac, est arrivé à Québec le 14 septembre 1665 à bord du navire Le Justice. Il appartenait à la compagnie de Saint-Ours qui a été stationnée dans la région de Montréal.

Guillien Dubord dit Lafontaine (c1636-1705), originaire de Thiviers, est arrivé à Québec le 12 septembre 1665 à bord du Saint-Sébastien. Il appartenait à la compagnie de La Fouille qui a été stationnée à l'embouchure de la Rivière du Loup sur la rive Nord du Lac Saint-Pierre à l'ouest de Trois-Rivières. Il est demeuré à cet endroit après sa démobilisation en 1668, comme censitaire de l'enseigne Charles De Goudon-Dujay devenu seigneur du lieu (voir La compagnie de La Fouille à Louiseville sur ce blog).

Antoine Émery dit Coderre (1643-c1715), originaire de Sarrazac, est arrivé à Québec le 19 août 1665 à bord du navire La Paix. Il appartenait à la compagnie de Contrecoeur qui a été stationnée dans la région de Montréal.

Les troupes de la marine


Les troupes de la marine sont arrivées plus tard en Nouvelle-France pour continuer la guerre contre les Iroquois menée d'abord par le régiment de Carignan. Trente-cinq compagnies de la marine se sont embarquées pour la Nouvelle-France à Rochefort entre 1683 et 1688, mais d'autres soldats sont arrivés plus tard pour compléter les effectifs.

Mes deux ancêtres limousins, soldats de la marine, étaient originaires de deux communes du diocèse de Limoges : Cornil (Corrèze) et Cognac-le-Froid (Haute-Vienne) :

Antoine Goupil ou Coupy dit Laviolette (c1673-1715), originaire de Cornil près de Tulle au sud de Limoges. La première mention de sa présence en Nouvelle-France date du 3 novembre 1698, jour de son mariage avec Marie Gaboury à La Durantaye.

Mathieu Tessier ou Éringué (c1660-1745), originaire de Cognac-le-Froid, tout près de Limoges en Haute-Vienne, aujourd'hui Cognac-la-Forêt. Il appartenait à la compagnie de Bouraillan arrivée en Nouvelle-France en 1687. Il a épousé Marguerite Carreau  le 25 novembre de la même année à Beauport.

Des dizaines de soldats de la marine ont fait souche en Nouvelle-France. Voici six autres noms qui comptent parmi mes ancêtres : Jean-Baptiste Leclerc dit Francoeur (cie de Cloches, originaire de Bretagne), Pierre Sylvain (cie de Périgny, originaire de Saintonge), Thomas Duhamel dit Sansfaçon (cie de Cabanac, originaire de Normandie), Robert Houy (cie de Bergères, originaire de l'Orléanais), François Duval (cie de Louvigny, originaire de Bretagne), Jean Crevier dit Saint-Jean (cie de Bégon, originaire du Quercy).

Sources :

jeudi 4 septembre 2014

Baptême et décès des prématurés

La mortalité périnatale était un phénomène encore fréquent au début du vingtième siècle. Les naissances prématurées en étaient la cause principale. Les femmes accouchaient à la maison et les familles n'avaient pas les connaissances ni l'aide médicale requises pour prendre soin d'un enfant de petit poids. Aujourd'hui, on les garde en incubateur pendant des semaines, sinon des mois.

On couchait le petit bébé derrière le poêle à bois pour qu'il ait bien chaud, mais on l'amenait à l'église par temps froid pour le faire baptiser le plus rapidement possible. Selon les préceptes de l'Église catholique, les enfants morts sans baptême étaient privés du Paradis et restaient à jamais prisonniers des Limbes. Il fallait donc se dépêcher de les faire baptiser.

On constate en parcourant les registres paroissiaux que certaines femmes perdaient leurs bébés à répétition, non pas à l'accouchement, mais dans les jours suivant la naissance, et souvent après le baptême de l'enfant. La répétition de ces naissances prématurées pouvait être causée par une malformation de l'utérus que l'on ne savait pas diagnostiquer.

Odélide Lampron, épouse d'Adélard Boucher, a accouché cinq fois, mais aucun de ses quatre premiers bébés n'a vécu plus de 48 heures. Ils ont tous été baptisés à l'église de la paroisse Saint-Pierre de Shawinigan, et non pas ondoyés à la maison, la veille de leur décès. Soulignons que ces baptêmes ont eu lieu à la fin d'octobre, en mars et en avril (ne te découvre pas d'un fil).










Prénom Jour Mois Année


Naissance Baptême Décès Sépulture










Georges 21 22 23 24 oct. 1904

Jeannette 12 12 13 14 mars 1906

Adélard 12 12 13 14 avril 1908

Adélard 19 19 20 21 avril 1909









Source : Registre de la paroisse Saint-Pierre de Shawinigan


Odélide Lampron est décédée le 10 janvier 1911 à Shawinigan, à l'âge de 25 ans, des suites de son cinquième accouchement. Je ne sais pas ce qu'il est advenu de ce cinquième enfant qui a été baptisé Adélard-Oscar-Omer le 8 janvier 1911 dans la paroisse Saint-Pierre. Je n'ai pas trouvé son acte de sépulture. 

Adélard Boucher s'est remarié avec Sara Pellerin le 29 juin 1914 à Saint-Boniface de Shawinigan.