jeudi 4 septembre 2014

Baptême et décès des prématurés

La mortalité périnatale était un phénomène encore fréquent au début du vingtième siècle. Les naissances prématurées en étaient la cause principale. Les femmes accouchaient à la maison et les familles n'avaient pas les connaissances ni l'aide médicale requises pour prendre soin d'un enfant de petit poids. Aujourd'hui, on les garde en incubateur pendant des semaines, sinon des mois.

On couchait le petit bébé derrière le poêle à bois pour qu'il ait bien chaud, mais on l'amenait à l'église par temps froid pour le faire baptiser le plus rapidement possible. Selon les préceptes de l'Église catholique, les enfants morts sans baptême étaient privés du Paradis et restaient à jamais prisonniers des Limbes. Il fallait donc se dépêcher de les faire baptiser.

On constate en parcourant les registres paroissiaux que certaines femmes perdaient leurs bébés à répétition, non pas à l'accouchement, mais dans les jours suivant la naissance, et souvent après le baptême de l'enfant. La répétition de ces naissances prématurées pouvait être causée par une malformation de l'utérus que l'on ne savait pas diagnostiquer.

Odélide Lampron, épouse d'Adélard Boucher, a accouché cinq fois, mais aucun de ses quatre premiers bébés n'a vécu plus de 48 heures. Ils ont tous été baptisés à l'église de la paroisse Saint-Pierre de Shawinigan, et non pas ondoyés à la maison, la veille de leur décès. Soulignons que ces baptêmes ont eu lieu à la fin d'octobre, en mars et en avril (ne te découvre pas d'un fil).










Prénom Jour Mois Année


Naissance Baptême Décès Sépulture










Georges 21 22 23 24 oct. 1904

Jeannette 12 12 13 14 mars 1906

Adélard 12 12 13 14 avril 1908

Adélard 19 19 20 21 avril 1909









Source : Registre de la paroisse Saint-Pierre de Shawinigan


Odélide Lampron est décédée le 10 janvier 1911 à Shawinigan, à l'âge de 25 ans, des suites de son cinquième accouchement. Je ne sais pas ce qu'il est advenu de ce cinquième enfant qui a été baptisé Adélard-Oscar-Omer le 8 janvier 1911 dans la paroisse Saint-Pierre. Je n'ai pas trouvé son acte de sépulture. 

Adélard Boucher s'est remarié avec Sara Pellerin le 29 juin 1914 à Saint-Boniface de Shawinigan. 

mardi 2 septembre 2014

La réincarnation d'Isaïe Lampron


Né le jour du décès de son frère homonyme


Il était d'usage courant au Canada français, où les naissances étaient nombreuses, que l'on redonne au nouveau-né le prénom d'un enfant décédé. Cette tradition a perduré jusqu'au début du vingtième siècle. J'ai déjà vu des familles qui ont donné le même prénom une troisième fois. C'est d'ailleurs une source de confusion pour les généalogistes.

Le cas d'Isaïe Lampron est unique parce que son frère homonyme est décédé le jour même de sa naissance. Les deux actes se suivent dans le registre de la paroisse de Saint-Boniface de Shawinigan en date du 18 mai 1877. La probabilité d'une telle coïncidence est infime.


Le premier Isaïe


Isaïe Lampron, fils d'Olivier et de Marie Caron, est décédé le 16 mai 1877 à l'âge de 15 mois. Voici son acte de sépulture :





Le deuxième Isaïe


Isaïe Lampron est né le 16 mai 1877 à Saint-Boniface, fils d'Olivier et de Marie Caron.  Voici son acte de baptême :



Ce deuxième Isaïe n'a pas vécu longtemps non plus. Il a été inhumé dans le cimetière de Saint-Boniface de Shawinigan le 13 septembre 1898, mort à l'âge de 21 ans.

Un an plus tôt, il avait épousé Virginie Lampron, fille de Benjamin et de Dina Melançon, le 23 juin 1897 à Manchester dans le New Hampshire. Les mariés étaient petits cousins. Virginie s'est remariée deux fois : avec Élisée Cantin en 1901 à Manchester, puis avec Joseph Girardin en 1912 à Grand-Mère, près de Shawinigan. Elle est décédée à Grand-Mère le 5 mai 1964 à l'âge de 85 ans.


Voir aussu sur ce blog : Les prénoms bibliques.

jeudi 28 août 2014

De choses et d'autres (11)

Chérie, on déshérite les enfants. Le 18 février 1878, devant le notaire Joseph-Hilaire Biron de Saint-Boniface de Shawinigan, Louis-Solyme Caron « lègue tous ses biens à Marie Lacerte son épouse, excluant de sa succession tous ses héritiers légitimes pour des raisons à lui connues ». Le même jour, Marie Lacerte fait un testament, en faveur de son mari, qui contient les mêmes dispositions. 

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Dirty jobs. Dans « Histoire des Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre », publiée en 1991 aux Éditions du Septentrion, Armand Chartier écrit qu'il « n'est pas rare de trouver des Canadiens-Français parmi les maçons, les briquetiers et les charpentiers de Manchester ou de Cambridge » (page 22).

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God is an American. Dans The Franco-American Heritage in Manchester N.H., publié en 1979, Thadeus Pietrowski écrit : Infortunately ... for the French ... Ste-Anne Church was founded by and for Irish catholics of Manchester and the sermon was always in english

Sainte-Anne a été fondée en 1843. Les choses allaient changer avec l'augmentation de l'immigration canadienne-française. À compter de 1849, des missionnaires de passage ont célébré des messe en français. Saint-Augustin, la première paroisse entièrement francophone de Manchester, a été fondée en 1871, puis Sainte-Marie en 1891. Il y eût jusqu'à huit paroisses francophones dans cette ville au tournant du siècle.

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Vers 1850-1900, les gens qui allaient travailler en Nouvelle-Angleterre laissaient des procurations à des parents ou à des amis qui devaient s'occuper de leurs affaires en leur absence. On trouve de nombreuses mentions de telles procurations dans les greffes de notaires de cette époque. Souvent, il s'agissait de liquider les biens d'un expatrié, signe qu'il ne prévoyait pas revenir « en Canada ».

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Le 19 février 1876 devant le notaire Joseph-Hilaire Biron, Hyacinthe Grondin, ci-devant de la paroisse de Saint-Thomas et habitant actuellement dans le Michigan, achète les droits de mine de plusieurs terres du 7e rang de Saint-Boniface de Shawinigan. Il compte exploiter le minerai de fer qui se trouve sur ces terrains. Grondin concède la moitié des bénéfices sur certains de ces terrains à Thomas Beaulieu cultivateur de Saint-Boniface « en retour des troubles qu'il s'est donné pour lui faire obtenir les droits de mine ».

samedi 2 août 2014

Les noms de guerre

L'historien Luc Lépine a étudié l'impact des noms de guerre des militaires français sur la patronymie québébécoise. Ces noms de guerre (Lafleur, Lafontaine, Laliberté, Laviolette, Sansfaçon, etc) sont devenus les surnoms et plus tard les patronymes de nombreuses familles du Québec. Je rapporte ici sa conclusion :

  • Les soldats français reçoivent un surnom lors de leur entrée dans l’armée. 
  • Ces surnoms sont idividuels. En France, ils ne se transmettent pas de père en fils.
  • Sous le régime francais, près de 30,000 soldats ont foulé le sol de la Nouvelle-France.
  • Les autorités ont tout fait pour inciter ces militaires à s’intégrer dans la société.
  • Nous estimons que plus de 70% de tous nos ancêtres francais étaient militaires à leur arrivée au pays.
  • La Nouvelle-France constitue une société quasi militaire. Les anciens militaires, devenus miliciens, servent sous leurs anciens officiers, devenus seigneurs.
  • Ces mêmes seigneurs continuent d’appeller leur censitaires par leurs noms de guerre.
  • Les noms de guerre se transmettent de père en fils, les fils ne servant pas dans l’armée mais dans la milice.
  • D’après nous, les noms de guerre des militaires français venus en Nouvelle-France constituent la grande majorité de tous les sobriquets que l’on retrouve dans la province de Québec.

jeudi 31 juillet 2014

Vue aérienne de Shawingan

Cette photographie aérienne d'une partie de la basse-ville de Shawinigan a été prise vers 1950. À gauche, sur la colline, l'église Saint-Pierre et l'auberge Cascades. À droite, trois rues : la cinquième et la quatrième rues à la verticale et la rue de la Station à l'horizontale. 



Voici deux repères qui permettent de dater cette carte postale : 1) on aperçoit en arrière-plan, au bout de la cinquième rue, le deuxième hôtel-de-ville qui a été bâti en 1947 ; 2) le supermarché Steinberg construit en novembre 1954 n'apparaît pas encore à gauche au pied de la colline Saint-Pierre.

Cette autre carte postale de la division Carbide de la Shawinigan Chemicals date de la même époque.


On voit bien que les cartes appartiennent à une même série d'après l'écriture du mot Shawinigan. Elles sont numérotées 40 et 35. J'en ai deux autres semblables montrant l'auberge Cascades (numéro 2) et les chutes de Shawinigan (numéro illisible). Il n'y pas de nom d'éditeur.

Une carte du même type (numéro 31), dont je n'ai qu'une photo, porte la signature de L.P. Gagné. Selon Fabien Larochelle dans Shawinigan depuis 75 ans, le photographe Léo-Paul Gagné était le fils de J.F. Gagné qui avait son studio sur la rue de la Station entre 1944 et 1957, année de son décès. Gagné (père) était le photographe attitré du quotidien Le Nouvelliste à Shawinigan.


Voir aussi sur ce blog : Les livrets de Loranger et Rousseau

mercredi 30 juillet 2014

De choses et d'autres (10)


Sixte Lereau était le sixième enfant de Simon et Jeanne Larousseau mariés à Québec en 1655.


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À l'été 1665, le soldat Paul Inard dit Provençal (c1647- ) de Saint-Rémi en Provence, débarque en Nouvelle-France. Un des rares immigrants provençaux.


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Comment peupler une colonie : Charles Godin, de Dieppe en Normandie, et Marie Boucher, mariés en 1656 à Québec ont eu 17 enfants dont 16 se sont mariés.


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J'ai mis à jour l'article sur les faux centenaires pour ajouter le cas de Charles Cadieux dit Courville (c1728-1815). J'écrivais dans cet article que je connais pas de centenaire avéré avant 1950, ce qui ne signifie pas qu'il n'y en pas eu. Lucie Delarosbil m'a signalé le cas de Théophile Chapados (1820-1918) qui est venu bien près.

mercredi 23 juillet 2014

Les tenanciers

Dans les documents anciens (registres paroissiaux, actes notariés, recensements, textes de lois, etc), le mot tenancier peut prendre deux significations différentes, selon le contexte et l'époque.

Dans le régime seigneurial


Le tenancier était celui qui exploitait une concession dans une seigneurie. À Yamachiche, entre 1788 et 1801, le curé Thomas Kimber utilisait couramment ce terme comme synonyme de cultivateur ou d'agriculteur : « épouse de Louis Rivard dit Loranger, tenancier de cette paroisse » (Registre de Yamachiche, 9 octobre 1797). Le territoire de la paroisse de Yamachiche couvrait la seigneurie de Grosbois concédée à Pierre Boucher en 1672.

On trouve aussi parfois franc-tenancier pour désigner les propriétaires non soumis aux règles du régime seigneurial : « Et qu'il soit de plus statué par l'autorité susdite que trois habitants francs-tenanciers dans la Ville des Trois-Rivières ... » (The Provincial Satutes of Lower Canada, 1836, page 379).

L'équivalent anglais de franc-tenancier est yeoman : « daughter of David Armstrong yeoman of Maskinonge ... » (Registre de la Protestant church of St. Antoine River du Loup, 9 janvier 1822). Les immigrants anglophones étaient réfractaires au régime seigneurial et s'établissaient le plus souvent en dehors des limites des seigneuries. L'administration britannique a d'ailleurs créé les townships ou cantons, des subdivisions carrées de 10 milles par 10 milles, à leur intention.

La carte suivante montre les limites des seigneuries de la vallée du Saint-Laurent vers 1745.



Le régime seigneurial  a été aboli dans le Bas-Canada en 1854. 

Le tenancier d'un établissement


Le mot tenancier peut aussi désigner celui qui tient un établissement. Il s'agit généralement d'un établissement soumis à une réglementation quelconque, mais pas toujours. Le sens est évident si le type d'établissement est mentionné dans le texte : moulin, auberge, etc.

Dans le cas du moulin banal, les deux significations se rejoignent puisque la responsabilité du tenancier du moulin était de moudre le grain que lui apportaient les tenanciers de la seigneurie.

Le moulin banal de Grondines (photo de Jean Sauvageau)


Aujourd'hui, dans l'usage courant, le mot tenancier désigne le propriétaire d'un bar, d'une taverne ou d'un bordel. C'est d'ailleurs la première signification qui me vient à l'esprit en lisant ce mot dans un document ancien.