lundi 5 janvier 2015

Les gardiens de la variole

Une épidémie de variole, aussi appelée grosse picote, a frappé Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie en 1902. Ces épidémies survenaient presque toujours durant l'hiver quand l'air frais et sec favorisait la propagation du virus. À cette époque, le village de Saint-Étienne était isolé durant une partie de la saison froide parce que le déneigement de la route qui menait à Trois-Rivières représentait une trop grande dépense pour la municipalité. Il n'y avait donc pas de secours à attendre de l'extérieur. Par ailleurs, une recrudescence de la variole a aussi été signalée dans la ville de Trois-Rivières cet hiver-là.

Il fallait isoler les malades pour arrêter la contagion. Le conseil municipal de Saint-Étienne a donc demandé à des citoyens de prêter leur maison pour loger les malades pendant la durée de l'épidémie. Wilfrid Marchand, Louis Garceau et Trefflé Bouchard père ont accepté de le faire contre rémunération. On les appelait les « gardiens de la variole».

Des reçus ont été émis pour les dépenses relatives à l'épidémie en septembre 1902. Voici un reçu signé par Wilfrid Marchand pour un montant de 10 dollars reçu « pour avoir été gardien pendant que la variol a sévie dans la paroisse de St-Étienne. » C'était une somme relativement importante, à peu près l'équivalent de 2000 dollars en monnaie d'aujourd'hui.


Les deux autres gardiens ont reçu 12 et 15 dollars pour le même travail.

Certains ont pu profiter de l'épidémie pour s'enrichir. On utilisait alors de la vapeur de souffre pour désinfecter la literie et les vêtements des malades. Le conseil municipal a effectué deux achats de souffre qui ont été payés le 22 septembre :
  • Joseph Hould en a vendu 76 livres pour 3 dollars et 93 cents, soit au prix unitaire de 5 cents la livre.
  • Onésime Bellemare en a vendu 10 livres pour 5 dollars, soit au prix unitaire de 50 cents la livre. La municipalité a donc payé 10 fois plus cher pour le souffre de Bellemare ! Il est possible qu'il y ait eu une pénurie de souffre due à l'épidémie, ce qui expliquerait l'écart de prix entre les deux achats.



Jean Milette, le secrétaire-trésorier de la municipalité, s'est versé à lui-même 46 dollars « pour salaire pendant que la picotte a sévi dans la paroisse. » C'était trois ou quatre fois plus que la rémunération reçue par les gardiens de la variole.

J'ai examiné le registre de Saint-Étienne-des-Grès pour y trouver le signalement de décès causés par la variole. Malheureusement, le curé Garceau ne mentionnait jamais les causes des décès. Je n'ai pas constaté d'augmentation significative du nombre des sépultures pendant l'année 1902. Il semble donc que les mesures qui ont été prises pour circonscrire l'épidémie aient été efficaces.

Les photographies des reçus sont tirées de Souvenances : Histoire du fief et de la paroisse de St-Étienne-des-Grès depuis 1673. Presse de Publicité Paquet, 1984.

dimanche 21 décembre 2014

Le petit-poisson de Noël

On pêche encore aujourd'hui en hiver, sur les glaces des rivières Sainte-Anne et Batiscan, le poulamon atlantique aussi appelé petit-poisson des chenaux. Son nom lui vient des chenaux qui sont formés par les îles à l'embouchure de la rivière Saint-Maurice, à Trois-Rivières. Au dix-neuvième siècle, on pêchait le poulamon atlantique à cet endroit pendant la période des fêtes, entre Noël et les Rois. On l'appelait alors le petit-poisson de Noël.

Le poulamon atlantique (Microgradus Tomcod)


En 1895, l'historien Benjamin Sulte nous a décrit cette pêche dans le volume 20 de ses Mélanges historiques :
" L'hiver, c'est un autre spectacle. La neige couvre les îles, les chenaux disparaissent sous une couche de glace. Dans ces lieux désolés, le lièvre et le renard tracent leurs pistes, que le chasseur suivra bientôt d'un oeil attentif. De temps à autre, une voiture passe sur le chemin de la traverse, balisé de petits sapins plantés dans le mol édredon qui recouvre les eaux durcies par l'action de l'hiver.
Mais, durant la semaine qui précède la fête de Noël, tout change, les îles s'animent en quelque sorte ; partout circule une population affairée ; on dresse des cabanages ; la tranche de fer et le godendard entament la glace sur une cinquantaine de points choisis à certaines distances les uns des autres ; le travail se continue jour et nuit jusqu'à ce que des ouvertures soient pratiquées au goût des pêcheurs, car il s'agit de pêcher le fameux petit-poisson de Trois-Rivières !
Chaque trou mesure de douze à quinze pieds de longueur sur cinq de largeur. On y enfonce un long coffre formé de quatre baguettes de bois de frêne revêtues de rêts ; l'un des bouts du coffre est ouvert et placé à l'encontre du poisson qui remonte le courant, et qui entre par masse dans ces appareils ; après quelques minutes d'attente, le pêcheur soulève la gueule du coffre, tire le tout hors de l'eau ; vous voyez alors frétiller sur la glace des centaines de petits êtres qui gèlent, en attendant la poêle à frire. On en prend plus de 40,000 boisseaux chaque hiver, en deux semaines seulement parce que, avant Noël, il n'est pas encore arrivé. et aux Rois, il achève sa course vers le rapide des Forges. Cette manne n'a qu'un temps. "

Pêche au poulamon, Trois-Rivières, Qc, 1890 (Musée McCord)

Déclin du petit-poisson des chenaux


Une dizaine d'années plus tard, Benjamin Sulte ajoutait une note en bas de page :
" Ces lignes étaient écrites en 1895. Depuis lors, les usines de Shawinigan Falls et de Grand-Mère ont pollué les eaux ; le petit-poisson venant de la mer, s'arrête pour frayer à la rivière Champlain et aux battures de Batiscan. Et il ne tardera pas à disparaître tout à fait."
Heureusement, sa prédiction ne s'est pas avérée. S'il a disparu des chenaux de Trois-Rivières, à cause de la pollution de la rivière Saint-Maurice, le petit-poisson de Noël remonte toujours à chaque année les rivières Sainte-Anne et Batiscan. 


dimanche 7 décembre 2014

À propos de Victoire Dorer

On trouve au registre de la paroisse de Saint-Charles-des-Grondines, dans le comté de Portneuf,  deux actes de baptême qui pourraient être celui de Victoire Dorer.

Parents omis


Victoire Dorer a épousé Jean Hamelin le 23 janvier 1832 aux Grondines.  Ils ont eu dix enfants. Malheureusement, les noms des parents de Victoire ne sont pas mentionnés dans l'acte de mariage :



Cette omission est embêtante pour ses descendants qui sont nombreux. Un pan de leur tableau d'ascendance s'en trouve bloqué. Les noms des témoins au mariage ne nous aident pas non plus : ils ne son pas apparentés à des Dorer.

Un détail révélateur : le célébrant inscrit que Victoire est mineure mais, contrairement à la règle, ne mentionne pas le consentement de ses parents. Il aurait dû exiger leur consentement ou celui d'un tuteur. Ce détail m'amène à croire que le curé Charles Hot ne pouvait pas, ou encore ne voulait pas, révéler l'identité des parents de Victoire.

Victoire Dorer a été citée 13 fois au registre des Grondines entre 1832 et 1855, sous les identités suivantes :
  • Victoire St-Jean (8 fois)
  • Victoire Dorer (3 fois)
  • Victoire (2 fois)
Par ailleurs, j'ai vérifié les noms des parrains et marraines de ses dix enfants et il n'y a aucun Dorer dit Saint-Jean parmi eux, ni aucun conjoint de Dorer.

Voilà pour le mariage de Victoire Dorer. Pour ce qui est de sa naissance, deux actes du registre de Saint-Charles-des-Grondines nous offrent des pistes de recherche  : celle d'une naissance illégitime et celle d'un changement de prénom.

Naissance illégitime ?


L'absence des noms des parents d'un conjoint dans un acte de mariage peut être purement accidentelle, mais une telle omission peut aussi signifier que la naissance de cette personne était illégitime aux yeux de l'Église catholique. Si les parents d'un enfant n'avaient pas été nommés lors de son baptême, on ne voulait pas révéler leur identité lors de son mariage. C'était un stigmate que l'enfant portait toute sa vie.

Victoire avait 47 ans au recensement de 1861 à Grondines, ce qui situe l'année de sa naissance en 1813 ou 1814. Or, on trouve l'acte de baptême suivant dans le registre de Saint-Charles-des-Grondines en date du 13 octobre 1813 :



Cet acte de baptême sous condition de Marie Victoire illégitime, née de parents inconnus, ne nous donne aucun indice qui nous permette de poursuivre les recherches. Les noms du parrain et de la marraine ne nous apprennent rien sur l'identité de l'enfant.

Par ailleurs, j'ai remarqué que deux autres fois, lors des baptêmes de ses enfants, le curé avait omis le nom de famille de Victoire, en 1839 et 1841.

Mais pourquoi Victoire aurait-elle porté le nom de Dorer si ses parents étaient « inconnus » du célébrant lors de son baptême ? Je vois quatre possibilités théoriques :
  1. Son père s'appelait Dorer
  2. Sa mère s'appelait Dorer
  3. Sa mère a épousé un Dorer
  4. Victoire a été adoptée par des Dorer
À ma connaissance, une seule famille de Dorer vivait aux Grondines à cette époque. Joseph Doraire dit Saint-Jean a épousé Marie-Joseph Sauvageau le 3 mars 1794 à Deschambault, paroisse voisine des Grondines. Ils ont eu onze enfants aux Grondines, dont seulement cinq étaient encore vivants en 1813, année de la naissance de Victoire : une fille de 18 ans prénommée Marie-Joseph et quatre jeunes enfants.

Cette famille a quitté la région. On la retrouve à Saint-Pierre-les-Becquets en 1817 au mariage de leur fille Marie-Joseph Doraire dite Saint-Jean avec Augustin Dupuis.

Changement de prénom ?


Il existe une deuxième piste de recherche, celle du changement de prénom.

Joseph Doraire dit Saint-Jean et Marie-Joseph Sauvageau ont eu une fille prénommée Marie le 28 décembre 1812 aux Grondines. On perd ensuite sa trace.  Est-ce que cette Marie serait devenue la Victoire qui a épousé Jean Hamelin en 1832 ?



Conclusion


Les deux scénarios sont possibles. Malheureusement, dans les deux cas, on ne peut pas prouver que l'enfant baptisé est la Victoire Dorer qui s'est mariée en 1832.

À mon avis, la naissance illégitime est plus probable que le changement de prénom. Trois raisons me portent à privilégier ce scénario :

  • l'omission du nom des parents lors du mariage me semble volontaire : le célébrant aurait dû exiger et faire part d'un consentement pour une fille mineure mais il  ne l'a pas fait ; 
  • Victoire n'a pas conservé de liens avec les Dorer, aucun n'a été parrain ou marraine de ses dix enfants ;
  • dans une paroisse aussi petite que Grondines, le baptême d'une Victoire illégitime, l'année même de la naissance de Victoire Dorer, me semble trop improbable pour n'être qu'une coïncidence.

Mis à jour le 8 décembre 2014

mercredi 3 décembre 2014

Joseph Carufel mort pour la Nouvelle-France


Un court texte, inséré dans le registre de la paroisse de Saint-Antoine de la Rivière-du-Loup (Louiseville), fait état du décès de Joseph Carufel tué sur le champ de bataille le 28 avril 1760. Cette date correspond à la bataille de Sainte-Foy qui a été gagnée par les troupes du chevalier de Lévis, en route pour reprendre la ville de Québec aux Anglais.

"Le 28 avril 1760 a été tué sur le champ de bataille et enterré à ...  joseph Carufel âgé d'environ 28 ans."  signé P Audrau j



Ce n'est pas vraiment un acte de sépulture. Le jésuite Pierre Audrau, missionnaire à Maskinongé, ignorait où avait été enterré le corps de Joseph Carufel, peut-être dans une fosse commune après la bataille. Il a donc laissé un espace en blanc pour éventuellement ajouter le nom du lieu de sépulture s'il venait à le connaître.

La bataille de Sainte-Foy


Je crois que des troupes du régiment du Languedoc étaient stationnées près de Maskinongé en 1759-1760. En effet, plusieurs soldats de ce régiment ont été cités dans le registre de la Rivière-du-Loup, dans des actes relatifs à des habitants de Maskinongé : le capitaine Honoré-Louis de Cléricy (cité le 15 janvier et le 13 décembre 1759), le lieutenant Emmanuel de Cléricy (15 janvier 1759), le grenadier Olivier (28 janvier1760) et le capitaine des grenadiers D'Aiquebille (13 mars 1760). À l'époque, les soldats logeaient chez l'habitant.

Joseph De Carufel s'est-il engagé dans ce régiment ? Chose certaine, il faisait partie des 6000 hommes qui ont convergé vers Québec après la défaite des Plaines d'Abraham. Le chevalier François-Gaston de Lévis, qui avait pour mission de reprendre la capitale de la Nouvelle-France aux Anglais, commandait une armée composée de 2400 soldats réguliers, 2600 miliciens et 1000 alliés amérindiens.



La victoire de Sainte-Foy, que Joseph de Carufel a payée de sa vie le 28 avril 1760, allait permettre à l'armée de Lévis d'assiéger la ville de Québec. Mais le siège a dû être levé après deux semaines, à l'arrivée des renforts britanniques. Lorsqu'il aperçut la flotte anglaise remonter le fleuve Saint-Laurent, Lévis se serait écrié : La France nous a abandonnés ! Du moins, c'est ce qu'on nous a appris dans les manuels scolaires.

Les Sicard de Carufel


Le défunt Joseph Carufel (1732-1760), fils de Joseph Sicard de Caufel et d'Ursule Foucault, était marié à Louise Vanasse dite Vertefeuille, mais n'avait pas d'enfant. Un fils est mort en bas âge. Sa jeune veuve s'est remariée avec Jacques Dupuis onze mois plus tard, le 30 mars 1761. Elle a eu plusieurs enfants de ce second mariage.

Carufel appartenait à une famille de militaires issue de la petite noblesse française. Son grand-père, le seigneur Jean Sicard de Carufel (1664-1763), un ancêtre de ma conjointe, était un officier des troupes de la Marine, enseigne de la compagnie des Meloizes. Il a été capitaine de milice après sa retraite de l'armée. Je crois que tous les hommes de cette famille, fils et petits-fils du seigneur de Carufel, ont servi dans la milice canadienne, dont quelques-uns comme officiers.

Le grand-père Jean Sicard était originaire de Saint-Jacques de Castres dans le Haut-Languedoc, fils de Pierre Sicard De Carufel, avocat en parlement, et de Marie De Fargues. La seigneurie de Carufel que possédait sa famille se situait près de Fauch au nord de Castres.

En 1705, l'officier Jean Sicard s'est fait concéder une seigneurie en Nouvelle-France et lui a donné le nom de Carufel en souvenir de celle qui appartenait à sa famille en France. La nouvelle seigneurie de Carufel était située au nord de celle de Maskinongé et couvrait le territoire actuel de la paroisse de Saint-Justin.


mercredi 12 novembre 2014

Conçue par voie de fornication

Le prêtre récollet Bertin Mullet ne mâchait pas ses mots. En 1711, il était missionnaire à la Rivière Maskinongé, située à l'ouest de Trois-Rivières. Le 12 février de cette année, il a consigné l'acte suivant dans le registre de Trois-Rivières :



Qui était le père ? Le seul suspect possible est le fils de Pierre Blais et d'Anne Perrault, né en 1685 sur l'Île-d'Orléans.  Ce Jean Blais a passé un contrat de mariage avec Geneviève Martin le 25 octobre 1709 devant le notaire Chambalon de Berthier. Il était donc nouvellement marié au moment des faits. Je dois avouer que ce fornicateur compte parmi mes ancêtres, par son fils légitime Jean-Baptiste qui s'est marié à Trois-Rivières en 1742.

La mère, Marie Faye dite Sansquartier s'est mariée avec un autre homme, tout juste un mois avant la naissance de l'enfant. Elle a épousé François Banliac dit Lamontagne le 12 janvier 1711 à Trois-Rivières. La petite Marie a ensuite porté le nom de son beau-père Banliac. C'est sous le nom de Marie Banliac qu'elle a épousé Pierre Piet en 1739.

Il est rare que les actes de baptême des enfants illégitimes mentionnent le nom du père. La franchise du récollet Mullet allait avoir des conséquences juridiques. En 1749, l'héritage de Marie Banliac a été contesté devant les tribunaux, son beau-frère Michel Rabouin, époux de Geneviève Banliac, arguant que Marie n'y avait pas droit parce qu'elle était la fille naturelle de Jean Blais et non pas l'enfant de François Banliac. Il faisait valoir comme preuve l'acte de baptême rédigé en 1711 par le récollet Mullet. Je ne connais pas l'issue du procès.

Le document faisant état de cette contestation se trouve dans la biographie de Pierre Piet sur le site Nos Origines.

samedi 18 octobre 2014

Omissions, erreurs et fausses déclarations dans les actes de baptême

Avec l'acte de mariage de ses parents, l'acte de baptême d'un enfant est la référence normale pour établir sa filiation. Lorsque ces actes sont introuvables ou omettent des informations essentielles, le chercheur doit établir une preuve indirecte de filiation, un exercice qui s'avère souvent difficile. J'ai mis des mois à établir des preuves de filiation parce qu'un acte de baptême ou de mariage était manquant ou mal rédigé.

L'acte de baptême complet


Au XIXe siècle, l'acte de baptême complet devait contenir les informations suivantes :
  1. La date de la cérémonie
  2. La fonction de l'officiant (curé, vicaire, missionnaire, etc)
  3. Le prénom de l'enfant
  4. Le sexe de l'enfant
  5. Le jour de sa naissance (né ce jour, née hier, etc)
  6. Le statut matrimonial des parents (né du légitime mariage de ...)
  7. Le nom du père
  8. La profession du père  
  9. Le nom de la mère
  10. Le lieu de résidence des parents (de cette paroisse ou nom d'une autre paroisse)
  11. Le nom du parrain 
  12. Le nom de la marraine
  13. Leur lieu de résidence 
  14. La signature du père (ou la mention de son incapacité à signer)
  15. La signature du parrain (ou la mention de son incapacité à signer)
  16. La signature de la marraine (ou la mention de son incapacité à signer)
  17. La signature de l'officiant
Les actes du baptême du XIXe siècle ne contiennent pas toujours tous ces éléments, mais s'en approchent la plupart du temps. D'autres informations s'ajoutaient le cas échéant :
  1. L'ondoiement de l'enfant (certains bébés survivaient malgré tout)
  2. Le nom de la personne qui l'a ondoyé
  3. Le baptême sous condition 
  4. Le décès du père (feu, défunt)
  5. Un titre du père (seigneur, écuyer, officier de milice, etc)
  6. Le décès de la mère 
  7. La nationalité des parents (Anglais, Écossais, Sauvage)
  8. Le lien de parenté entre le parrain et l'enfant
  9. Le lien de parenté entre la marraine et l'enfant
  10. Le lien matrimonial entre le parrain et la marraine
  11. La mention de l'absence du père lors de la cérémonie

Omissions, erreurs et fausses déclarations


Par négligence ou par paresse, certains officiants omettaient de façon systématique beaucoup d'informations utiles. Les omissions les plus frustrantes pour un généalogiste : les noms des parents et les liens de parenté du parrain et de la marraine avec l'enfant. 

Mais il y a pire que les omissions : les informations inexactes qui  nous entraînent sur de fausses pistes. Un exemple d'erreur vraiment embêtante que j'ai déjà rencontrée: l'inversion des noms de la mère et de la marraine.

Des erreurs de bonne foi pouvaient se glisser dans les registres, mais certains officiants en faisaient beaucoup plus que d'autres. Malheureusement, dans certains cas, l'étude des registres nous amène à conclure que ces « erreurs » étaient volontaires.

J'ai consulté récemment deux registres paroissiaux qui ont été particulièrement mal tenus. Dans ces paroisses, les officiants omettaient beaucoup d'informations importantes et ne se donnaient pas la peine de faire signer les personnes présentes lors des cérémonies. Lors des baptêmes, ils écrivaient de façon systématique que le père, le parrain et la marraine ont déclaré ne savoir signer, sans égard à leur capacité de le faire. Ainsi, une même personne pouvait signer lors d'un mariage mais ne pas savoir le faire plus tard lors d'un baptême. Ces fausses déclarations répétées jettent un doute sur la validité des autres informations contenues dans leurs registres.

  • À Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie, le taux de signature du registre, c'est-à-dire le pourcentage des témoins qui ont signé au bas des actes, est passé de 11 % à moins de 2 % après l'entrée en fonction du curé Joseph-Damase Sicard de Carufel en 1866.
  • À Sainte-Flore en Mauricie, le taux de signature du registre est passé de 28 % à 3 % seulement après l'entrée en fonction du curé Ferdinand Verville en 1890.

Or, l'alphabétisation a fortement progressé à la fin du XIXe siècle et on observe une augmentation importante du taux de signature dans les autres paroisses de la région. J'y reviendrai dans un autre article.


jeudi 16 octobre 2014

Alphonse Picard, tanneur

Alphonse Destroismaisons dit Picard exerçait le métier de tanneur à Gentilly, dans le comté de Nicolet. Il est né le 10 septembre 1861 à Saint-Pierre-les-Becquets, un village situé à l'est de Gentilly.

Alphonse Destroismaisons dit Picard vers 1930


Il a appris son métier de son père Joseph Destroismaisons dit Picard (1809-1876) qui a été tanneur à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud, à Lauzon, puis à Saint-Pierre-les-Becquets, avant de s'installer à Gentilly quelque mois après la naissance d'Alphonse.

Le surnom Picard


Le surnom Picard vient de la province d'origine de l'ancêtre Philippe Destroismaisons, cordonnier, qui est né en 1638 dans le hameau des Trois Maisons près d'Amiens en Picardie. Plusieurs autres immigrants en Nouvelle-France ont porté ce surnom qui est associé aux patronymes Bourgeois, Caillé, Collet, Dubois, Lemaître, Olivier et  Philippon, notamment.

Les Destroismaisons ne sont pas apparentés aux Picard que l'on trouve dans certaines communautés autochtones du Québec. On a affirmé que la mère d'Alphonse, Marie-Carmelle Paradis, était une métisse adoptée. Je n'ai rien trouvé qui supporte cette affirmation. Son acte de baptême est au registre de Saint-Pierre-les-Becquets en date du 19 août 1828.

Des artisans


Les tanneurs appartenaient à la classe des artisans que l'on retrouvaient au XIXe siècle dans les villes et dans les principaux villages du Bas-Canada. Ils transformaient en cuir les peaux des animaux d'élevage : le boeuf, le mouton et le porc. Ils s'établissaient habituellement un peu à l'écart des agglomérations à cause des odeurs fortes que dégageait le trempage des peaux dans des produits chimiques.



Les principaux clients des tanneurs étaient les cordonniers qui utilisaient leurs cuirs pour en faire des souliers. Alphonse Picard a d'ailleurs épousé la fille d'un cordonnier, sa voisine Aurore Marchand, le 13 février 1888 à Gentilly. Les deux conjoints savaient lire et écrire, une compétence indispensable pour tenir un commerce. Ils ont d'ailleurs signé au bas de l'acte de mariage.



Aurore Marchand était aussi une artisane. Elle exerçait le métier de modiste, c'est-à-dire qu'elle fabriquait des chapeaux sur commande pour les dames. Elle a poursuivi cette activité après son mariage, aidée par ses filles.



La famille n'était pas riche, mais vivait bien. Les artisans avaient des revenus supérieurs à ceux des cultivateurs qui constituaient la majorité de la population. Au recensement de 1901, Alphonse Picard déclarait un revenu annuel de 400 $ auquel s'ajoutaient les 300 $ gagnés par sa femme modiste. Ils habitaient une grande maison en bois de huit pièces. Selon leur petite-fille Berthe Saintonge (1916-2011) qui les a visités dans les années 1920, le terrain qui entourait leur maison était un peu négligé : les mauvaises herbes y poussaient librement.

Alphonse et Aurore ont eu dix enfants, mais seulement six filles ont atteint l'âge adulte : Léda (1890), Marie-Berthe (1893), Alma (1895), Marie-Ange (1898), Marie-Jeanne (1900) et Lucille (1902). Elles ont été instruites par les Soeurs de l'Assomption qui tenaient un école primaire et un pensionnat pour jeunes filles à Gentilly. L'une d'entre elles, Marie-Berthe, est entrée dans cette communauté religieuse ; les cinq autres se sont mariées.

Aurore Marchand et sa fille Lucille vers 1918


Après la mort de sa femme en 1932, Alphonse Picard a vécu chez ses filles qui le recevaient à tour de rôle. À une époque, il passait ses hivers chez Léda (épouse de Lucien Fontaine) à Montréal et ses étés chez Alma (épouse de Félix Saintonge) à Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie où il s'occupait du potager.

Il est décédé à Montréal en 1956, à l'âge de 95 ans. Le secret de sa longévité : le lait caillé qu'il laissait vieillir sur le bord d'une fenêtre.