mercredi 23 juillet 2014

Les tenanciers

Dans les documents anciens (registres paroissiaux, actes notariés, recensements, textes de lois, etc), le mot tenancier peut prendre deux significations différentes, selon le contexte et l'époque.

Dans le régime seigneurial


Le tenancier était celui qui exploitait une concession dans une seigneurie. À Yamachiche, entre 1788 et 1801, le curé Thomas Kimber utilisait couramment ce terme comme synonyme de cultivateur ou d'agriculteur : « épouse de Louis Rivard dit Loranger, tenancier de cette paroisse » (Registre de Yamachiche, 9 octobre 1797). Le territoire de la paroisse de Yamachiche couvrait la seigneurie de Grosbois concédée à Pierre Boucher en 1672.

On trouve aussi parfois franc-tenancier pour désigner les propriétaires non soumis aux règles du régime seigneurial : « Et qu'il soit de plus statué par l'autorité susdite que trois habitants francs-tenanciers dans la Ville des Trois-Rivières ... » (The Provincial Satutes of Lower Canada, 1836, page 379).

L'équivalent anglais de franc-tenancier est yeoman : « daughter of David Armstrong yeoman of Maskinonge ... » (Registre de la Protestant church of St. Antoine River du Loup, 9 janvier 1822). Les immigrants anglophones étaient réfractaires au régime seigneurial et s'établissaient le plus souvent en dehors des limites des seigneuries. L'administration britannique a d'ailleurs créé les townships ou cantons, des subdivisions carrées de 10 milles par 10 milles, à leur intention.

La carte suivante montre les limites des seigneuries de la vallée du Saint-Laurent vers 1745.



Le régime seigneurial  a été aboli dans le Bas-Canada en 1854. 

Le tenancier d'un établissement


Le mot tenancier peut aussi désigner celui qui tient un établissement. Il s'agit généralement d'un établissement soumis à une réglementation quelconque, mais pas toujours. Le sens est évident si le type d'établissement est mentionné dans le texte : moulin, auberge, etc.

Dans le cas du moulin banal, les deux significations se rejoignent puisque la responsabilité du tenancier du moulin était de moudre le grain que lui apportaient les tenanciers de la seigneurie.

Le moulin banal de Grondines (photo de Jean Sauvageau)


Aujourd'hui, dans l'usage courant, le mot tenancier désigne le propriétaire d'un bar, d'une taverne ou d'un bordel. C'est d'ailleurs la première signification qui me vient à l'esprit en lisant ce mot dans un document ancien.

mercredi 9 juillet 2014

Les Sébastien de Trois-Rivières

La famille Sébastien ou Bastien de Trois-Rivières a des origines huronnes. Les Sébastien faisaient partie d'un groupe de la Jeune Lorette (Sébastien, Laveau, Romain, Sioui, etc) qui ont travaillé à Trois-Rivières dans l'industrie du cuir, comme mégissiers notamment. Ces métis d'ascendance huronne se sont intégrés à la population trifluvienne par des mariages mixtes avec des Canadiens-français ou avec d'autres métis. Ils se disaient eux-mêmes Canadiens-français, et non pas Hurons, lors des recensements.

L'ancêtre de cette famille à Trois-Rivières est Jean-Baptiste Sébastien (fils du Huron Sébastien et de la Canadienne Marie Hotte) né à la Jeune Lorette vers 1786. Il s'est marié deux fois : avec Agathe Thomas le 13 février 1809 à Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette puis avec Louise Savard le 8 septembre 1823 au même endroit. Il a été inhumé le 19 juin 1848 dans la paroisse de l'Immaculée-Conception de Trois-Rivières. Sa deuxième femme, Louise Savard, a été inhumée dans la même paroisse le 9 décembre 1876.

Jean-Baptiste Sébastien s'est installé à Trois-Rivières avec Louise Savard vers 1840. Il eu une douzaine d'enfants de ses deux femmes. Plusieurs sont morts en bas âge. Je ne présente ici que les sept dont j'ai trouvé la trace à Trois-Rivières ou qui ont laissé une descendance dans cette ville :

D'Agathe Thomas
  1. Françoise Sébastien a épousé Basile Picard, fils de Laurent et de Charlotte Koska, le 25 septembre 1826 à Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette. Je n'ai pas trouvé trace d'elle à Trois-Rivières, mais trois enfants de sa fille Delphine, épouse de Siméon Romain, se sont mariés dans cette ville : Octave Romain (1886 Marie-Louise Collins), Arthémise Romain (1897 Joseph Abraham) et Arthur Romain (1898 Marie-Louise Hamel).
  2. Judith Sébastien a épousé Charles Picard, fils de Charles et de Marguerite Julien, le 26 novembre 1839 à Saint-Ambroise-de-la-Jeune-Lorette. Au moins deux de ses enfants se sont mariés à Trois-Rivières : Judith Picard avec Jacques Robitaille en 1866 et Luc Picard avec sa cousine Louise Sébastien en 1876.
De Louise Savard
  1. Abraham Sébastien né vers 1827 et décédé le 1 mars 1871 à Trois-Rivières. Peut-être handicapé. Il est demeuré chez sa mère et on ne lui attribue pas de profession dans les recensements.
  2. Joseph Sébastien né vers 1828. Il a épousé Caroline Blais de Yamachiche, fille de Jacques et d'Appoline Gélinas, le 7 février 1853 à Trois-Rivières. Quatre de ses enfants se sont mariés à Trois-Rivières : Louise (1876 Luc Picard), Édouard (1877 Étudienne Panneton), Georgiana (1884 Louis Racette), Églephire (1884 Edmond Lamothe et 1897 Pierre Soucy). Joseph Sébastien a été voyageur dans les Pays-d'en-Haut et journalier à Trois-Rivières.
  3. Marie-Anne (Henriette) Sébastien née vers 1828. Elle a épousé Antoine Noël, fils d'Antoine et d'Anasthasie Perrault, le 18 septembre 1848 à Trois-Rivières. Son mari était journalier dans cette ville. Leur fille Philomène Noël a épouse Alexandre Alarie en 1881 à Trois-Rivières.
  4. Philomène Sébastien née vers 1839. Elle a épousé Prudent Ouellet, fils de Cyrille et de Lucie Sirois, le 25 juillet 1858 à Trois-Rivières. Prudent Ouellet était un bourgeois de Trois-Rivières selon le recensement de 1861. Au moment de ce recensement, la veuve Louise Savard, mère de Philomène, ses frères Abraham et Joseph Sébastien et sa soeur Louise Sébastien habitaient avec eux dans une maison en bois à un étage.
  5. Marie-Louise Sébastien née vers 1837. Elle a épousé Alexandre Laveau, veuf de Caroline Montagnais,  le 10 novembre 1869 à Trois-Rivières. Elle a été inhumée le 16 décembre 1876 au même endroit. Son mari Alexandre Laveau et son fils Henri sont retournés vivre à la Jeune-Lorette (recensement de 1891), puis à Embrun en Ontario (recensement de 1901).
Tous les mariages de Trois-Rivières mentionnés plus haut ont été célébrés dans la paroisse de l'Immaculée-Conception.

vendredi 4 juillet 2014

De choses et d'autres (9)

Lu dans le journal Les Chutes de Shawinigan du 3 janvier 1951 :
« Un coup d'épée blesse et avec de bons soins, cette blessure se referme et guérit; mais rien ne peut guérir la blessure faite par un coup de langue. »
Dans la même veine, le proverbe :
« Un coup de langue est pire qu'un coup de lance. » 
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Il est important de signaler les erreurs que l'on trouve dans les banques de données accessibles en ligne comme BMS2000  pour améliorer le produit.

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Deux ouvrages sur la fin de la Nouvelle-France ici

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Réflexions d'une adolescente sur Twitter. Souvent drôle, parfois un peu vulgaire.

One More Joke 

- Parents spend 2 years teaching their child to walk and talk and then spend the next 16 years telling them to sit down and shut up
- "Clean your room, guests are coming over." Oh, I’m sorry. I didn’t realize the gathering would be held in my bedroom.


- Why do some couples make their status "single" every time they fight? I don't put "orphan" when I get into fights with my parents.

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On appelait garde-moteur les conducteurs de tramway et les conducteurs de train.

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jeudi 26 juin 2014

Qui était l'épouse de Robert Sinclair ?

Le mariage


Les actes du registre de l'église anglicane de Trois-Rivières sont souvent laconiques, parfois même sibyllins : une date et des noms, pas de patronymes pour les femmes. Mais celui du mariage de Robert Sinclair et de Mary Loranger occupe toute une page. On sent que le célébrant a pris des précautions inhabituelles pour établir le consentement du côté de la fille mineure. Quelque chose clochait. Il avait devant lui un homme seul d'origine inconnue et une fille orpheline de mère et visiblement enceinte. Le père de la mariée était présent, mais incapable de signer l'acte pour attester de son consentement.

« In the twenty third of october one thousand eigth hundred and fifteen was married by banns Robert Sinclair of the parish of Machiche miller who is of age and has no parents in the country and Mary Loranger of the same parish Spinster who is not of age and has the consent of his father his only surviving parent who decared himself unable to sign his name as the said Mary. In the presence of Louis Loranger his father and Encas Vincens uncle by marriage of the said Mary who declared himself unable to sign his name. By me ... ». 

Au bas de l'acte, on trouve la formule « This marriage was solemnized between » à droite de laquelle Robert Sinclair a signé. Le révérend a pris la peine de répéter que la mariée, son père et son oncle par alliance ne savaient pas signer et apposé ses initiales à côté de chacun des trois noms.



Le premier enfant du couple Sinclair-Loranger, prénommé Guillaume, a reçu un baptême catholique à Yamachiche le 3 décembre 1815, six semaines après le mariage de ses parents. Sept autres enfants suivront.

Qui était Mary Loranger ?


On cherche ici une fille de moins de 21 ans de Yamachiche dont le père se nommait Louis Loranger et dont la mère était décédée. Marie-Louise Rivard-Loranger, fille de Louis tenancier et d'Antoinette (Toinette) Delisle correspond parfaitement à cette description. Fille naturelle, elle a été baptisée à Yamachiche le 21 mars 1795, trois mois avant le mariage de ses parents. La mère, comme la fille, était donc enceinte avant de se marier. 

Antoinette Delisle est décédée le 8 octobre 1797, probablement des suites de son deuxième accouchement ; un fils prénommé Louis-Laurent est né le 8 août précédent. Marie-Louise était donc orpheline de mère à son mariage en 1815. Son père s'est remarié avec Marguerite Vaillancourt le 4 novembre 1799 à Yamachiche. 

Marie-Louise Rivard-Loranger, alias Mary Loranger, a été inhumée le 23 avril 1877 à La Baie-du-Febvre, à l'âge 85 ans selon l'acte. Elle en avait en réalité 82. 

mercredi 25 juin 2014

Received into the Protestant Church

Ceux qui font des recherches sur les Loyalistes américains, réfugiés dans le Bas-Canada à compter de 1781, ont pu constater la difficulté de suivre les déplacements de ces familles d'une paroisse à l'autre et d'une confession chrétienne à l'autre.

J'ai retracé dans le registre de la Protestant Episcopal Congregation de Louiseville, dans le comté de Maskinongé, 30 cérémonies d'accueil de descendants de Loyalistes et d'autres anglophones qui avaient auparavant reçu un baptême catholique. Ces actes, datés du 21 décembre 1821 au 16 juillet 1823, portent tous la mention « received into the Protestant Church ».

Le révérend William, ministre de la Protestant Episcopal Congregation de Louiseville (appelons-la la PEC pour faire court), était un homme très consciencieux et son registre contient de succulents détails sur ses paroissiens.  J'ai déjà trouvé dans ce registre la sépulture de John Ross identifié par le révérend William comme vétéran de la bataille de Québec (voir Sépulture d'un vétéran de la bataille de Québec sur ce blog). Comble de précision, William nous donnait aussi son grade et le nom de son régiment. Seule lacune, les registres protestants ne mentionnent jamais le patronyme de la mère, identifiée seulement par son prénom. On trouve encore cet usage de nos jours dans les familles anglo-saxonnes.

Le registre protestant de Louiseville commence en 1821. Les baptêmes catholiques des personnes reçues dans la foi protestante ont eu lieu entre 1782 et 1823 à Saint-Joseph de Maskinongé ou à Saint-Antoine de la Rivière-du-Loup (Louiseville) pour la plupart. Parmi ces personnes, on compte 6 adultes et 24 enfants répartis dans 15 familles. J'ai ajouté entre parenthèses le patronyme de la mère qui n'est pas mentionné dans le registre. Voici donc les noms des parents des personnes « received into the Protestant Church » à Louiseville entre le 21 décembre 1821 et le 16 juillet 1823 : 
  1. Charles Armstrong et Mary (Marie Béland
  2. David Armstrong et Isabella (Dunn)
  3. Joseph Armstrong et Mary (Marie-Anne Brisset)
  4. Samuel Armstrong et Agatha (Agathe Brisset)
  5. Charles Dunn et Mary (Hebbard)
  6. Charles Dunn et Rebecca (Logie)
  7. William Dunn et Elizabeth (Armstrong)
  8. Robert Elliott et Elizabeth (Élisabeth Savoie)
  9. John England et Margaret (Turner)
  10. John Hebbard et Mary (Armstrong)
  11. Benjamin Page et Elizabeth (Hebbard)
  12. Robert Sinclair et Mary (Marie Rivard-Loranger)
  13. John Sullivan et Margaret (?)
  14. Dennis Sweeney et Mary (restés en Irlande)
  15. Robert Turner et Margaret (Dunn)

Un clan familial


Les patronymes des parents suggèrent des liens de parenté entre eux. Au moins 9 des 15 couples étaient apparentés aux Armstrong, aux Dunn, ou aux deux familles. Les « patriarches » de ce clan étaient les Loyalistes Charles Dunn, époux de Rebecca Loggie, et Jesse Armstrong, époux d'Alda Van Wormer et d'Hannah Crocker.

La fréquence inhabituelle de jumeaux parmi les personnes reçues est sans doute une conséquence de cette parenté. Parmi les 24 enfants, il y avait 3 couples de jumeaux, soit un taux de 25 %, alors que l'incidence des naissances gémellaires est normalement d'environ 2 %. Les parents de ces jumeaux étaient :
  • Robert Turner et Margaret (Dunn)
  • Joseph Armstrong et Mary (Brisset)
  • David Armstrong et Isabella (Dunn)
On trouve d'autres couples de jumeaux dans les familles Armstrong et Dunn.

D'une confession chrétienne à l'autre


L'analyse de ces actes (received into the Protestant Church) m'a permis d'en apprendre davantage sur leurs comportements en matière de pratique religieuse.

La PEC reconnaissait la validité du baptême catholique. Les actes recensés ne sont pas des baptêmes, mais plutôt des cérémonies d'accueil pour des gens qui ont déjà été baptisés. En comparaison, l'Église catholique était beaucoup plus rigide. Elle refusait de marier des couples baptisés dans des religions chrétiennes différentes et refusait aussi la sépulture aux chrétiens d'autres confessions.

Ces descendants de Loyalistes n'attachaient pas beaucoup d'importance à la dénomination de l'Église, pourvu qu'elle soit chrétienne. Ils pouvaient se marier à l'église anglicane de Trois-Rivières, faire baptiser leurs enfants à l'église catholique de Maskinongé et fréquenter ensuite l'église épiscopale de Louiseville. La proximité du lieu de culte et l'accueil qu'on leur faisait étaient semble-t-il plus importants que la confession. Après avoir fait baptiser leurs enfants dans la foi catholique, certains sont revenus à la foi protestante quand une église épiscopale s'est ouverte près de chez eux à Louiseville en 1821.

La consonance des prénoms


Certains des fidèles qui ont fréquenté la PEC étaient plus intégrés à la population canadienne-française qu'il n'y paraît.

Il faut se méfier de la consonance des prénoms. Des enfants ont reçu des prénoms français lors de leur baptême catholique, à Maskinongé ou ailleurs, et ensuite des prénoms anglais lors de leur entrée à la PEC. Quels étaient leurs véritables prénoms d'usage ?

Même remarque pour les conjointes. Marie Rivard-Loranger, Élisabeth Savoie, Marie Béland, Marie Brisset et Agatne Brisset étaient des Canadiennes-françaises dont les prénoms ont été anglicisés par le révérend William. Je crois que ces épouses francophones n'ont pas vraiment fréquenté la PEC, laissant y aller leurs maris protestants. Elles ont reçu une sépulture catholique.

William Hogg, un vétéran du 25th Foot Soldiers, qui a fréquenté la PEC à la fin de sa vie (1825) était connu dans son village de Saint-Léon-le-Grand sous l'identité de Guillaume Hogue. Lui aussi avait épousé une Canadienne-française, Marie-Louise Pépin, à l'église anglicane St.James de Trois-Rivières. 

dimanche 22 juin 2014

Inauguration du local des guides de Shawinigan

Quelqu'un devra un jour prendre le temps d'écrire l'histoire du mouvement scout en Mauricie ou, comme on disait autrefois, dans le diocèse de Trois-Rivières. En attendant, pour mémoire, je retranscris cet article paru dans le journal Les Chutes de Shawinigan du 17 janvier 1951 :
Le local des guides sera béni sous peu.  Depuis environ trois ans, les Guides Catholiques de Shawinigan ont leur propre local sur la rue Lévis. Elles sont les propriétaires d'une bâtisse dont seul le second étage était occupé par leur mouvement. Or, vu l'expansion toujours grandissante des effectifs du guidisme en notre ville, l'étage du rez-de-chaussée vient d'être aménagé pour servir lui aussi de local régulier et permanent. On projette donc de faire bénir de façon solennelle ce double local des Guides. L'étage supérieur sera utilisé par les Guides Aînées qui sont au nombre d'une quarantaine, tandis que le bas servira aux Guides Cadette et aux Jeannettes qui forment un total de quelque 125 membres.

samedi 21 juin 2014

La cie de La Fouille à Louiseville

Source : Wikipédia
L'année 2015 marquera le 350e anniversaire de l'arrivée du régiment de Carignan-Salières en Nouvelle-France. Si on a prétendu, en exagérant un peu, que les filles du roi furent les mères de la colonie, on pourrait affirmer, en exagérant aussi, que les soldats de Carignan en furent les pères.

En Mauricie, les pères en question furent, entre autres, les soldats de la compagnie de La Fouille qui ont colonisé la région de Louiseville.

Dans son Histoire de Louiseville publiée en 1961, une des meilleures monographies de paroisse qu'il m'ait été donné de lire, Germain Lesage racontait l'établissement sur la rivière du Loup (en-haut) de la compagnie du régiment de Carignan-Salières commandée par le Capitaine Jean-Maurice Philippe de Vernon, Sieur de La Fouille.

Le régiment de Carignan-Salières est arrivé en Nouvelle-France à l'été 1665 pour défendre la colonie contre les attaques des Iroquois. Les compagnies formant ce régiment ont été réparties sur le territoire. Je cite l'auteur : « Avant la prise des glaces, Talon se hâte de distribuer les différentes compagnies dans les forts du Richelieu et dans les districts de Québec, de Trois-Rivières et de Montréal ». 

En octobre 1665, la compagnie de La Fouille a été envoyée à l'embouchure de la rivière du Loup, dans le district de Trois-Rivières, pour veiller sur le Lac Saint-Pierre par lequel s'infiltraient les Iroquois. Sa première mission a été de construire un fort à cet endroit avant l'hiver. Elle comprenait 4 officiers, dont l'enseigne Charles de Goudon de Jeu (ou Dujay), Vicomte de Manereuil, et 32 soldats.

Selon Germain Lesage, l'Intendant Jean Talon avait promis au Vicomte de Manereuil de lui concéder ces terres en seigneurie s'il s'établissait à demeure à la rivière du Loup. Fort de cette promesse, l'enseigne a commencé à distribuer des lots aux soldats de sa compagnie qui acceptaient de demeurer à cet endroit avec lui après leur engagement. Ainsi, chacun pouvait commencer à défricher son propre coin de forêt, tout en travaillant à la construction du fort.

Au terme de leur engagement, plusieurs des soldats de La Fouille ont préféré vivre ailleurs en Nouvelle-France, comme Jean Laspron dit Lacharité qui a reçu une concession à la Baie-du-Febvre de l'autre côté du Lac Saint-Pierre. Selon Lesage, aucun n'est retourné en France.

Au moins 12 des soldats de La Fouille ont reçu des concessions à la Rivière-du-Loup (aujourd'hui Louiseville) dans la seigneurie de Manereuil. Les noms donnés par l'auteur Germain Lesage, tels qu'il les a lus sur les listes de censitaires de Manereuil, sont déformés. Je les ai corrigés d'après le Dictionnaire Jetté. J'ai aussi ajouté à cette liste quelques informations sur les familles :

Banliac (Bansillard) dit Lamontagne, François ( -1717), Angoumois d'origine. Il a épousé Marie-Madeleine Doyon, fille de Jean et de Marthe Gagnon, vers 1677. Un fils. Banliac s'est remarié avec Marie-Angélique Pelletier, fille de François et de Marie-Madeleine Morisseau vers 1680. Neuf enfants. Descendance Banliac, Lamontagne,  Milette, Latour, Dupuis et Gignard, notamment.

Brard ou Bérard dit La Réverdra, Jean, originaire de l'Orne en France. Il a épousé Charlotte Coy, une fille du roi originaire de Paris, vers 1669. Trois enfants. Descendance Bertrand dans la région de Montréal.

Brunion (Brugnon) dit la Pierre, Pierre (-1687), d'origine inconnue. Il a épousé Charlotte Coy, veuve de Jean Brard (voir plus haut), le 24 avril 1678 à Sorel. Six enfants. Descendance Bertrand, Mandeville, Papineau, dans la région de Montréal.

Gerlaise (de) dit Saint-Amant, Jean-Jacques (-1722), Belge d'origine. Il a épousé Jeanne Trudel, fille de Jean et de Marguerite Thomas, après le contrat de mariage du 12 septembre 1667 (Aubert). Jeanne Trudel, née en 1656, n'avait qu'onze ans lors de ce contrat. Neuf enfants. Descendance Benoît, Desjarlais, Lamirande, Lesage, notamment.

Germaneau, Joachim, originaire du Limousin en France. Trafiquant de fourrures. Il a épousé la métisse Élisabeth Couc, fille de Pierre Couc et de Marie Miteouamigoukoué, le 30 avril 1684 à Sorel. Deux enfants. Sa fille Marie-Jeanne Germaneau a eu des enfants de père inconnu à Montréal.

Guyon dit Latremblade, Paul ( -1694), originaire de l'Aunis en France. Célibataire décédé à l'Hôtel-Dieu de Québec le 11 décembre 1694.

Huitonneau (ou Vintonneau) dit Laforêt, Jean. Célibataire. Recensé en 1681 à Bécancour.

Letellier (ou Tellier) dit Lafortune, Jean ( -1704), Normand d'origine. Il a éposé Marie Gratiot née à Trois-Rivières en 1662, fille de Jacques et de Madeleine Michelande, le 28 avril 1677 à Boucherville. Quatre enfants de ce premier lit. Il s'est marié deux autres fois : avec Anne Chénier en 1688 et avec Renée Lorion en 1691. Cinq enfants de son troisième mariage. Il s'est établi à Repentigny.

Marais dit Labarre, Marin, Normand d'origine. Il a épousé Marie Deschamps vers 1672 à Louiseville. Deux filles. Descendance Rondeau à Contrecoeur.

Mageau (Maseau) dit Maisonseule, Louis ( -1700). Originaire du Poitou. Il a épousé Marguerite Jourdain, veuve de Bernard Delpèche, le 8 janvier 1689 à Repentigny. Descendance dans la région de Montréal.

Paviot dit la Pensée, Jacques d'origine inconnue. Il a épousé Anne Michel, d'origine inconnue elle aussi, vers 1668 à Contrecoeur. (Une erreur de Germain Lesage : Paviot appartenait à la compagnie de Contrecoeur et non pas à celle de La Fouille).

Villefroy dit Manseau, Didier. Célibataire d'origine inconnue. Il a été recensé au Cap-de-la-Madeleine en 1681.

À ma connaissance, de ces douze soldats censitaires de la seigneurie de Manereuil, seulement deux ont fait souche dans la région de la Mauricie : François Banliac et Jean-Jacques Gerlaise.


Sources :
- Ma base de données généalogiques
- Lesage, Germain, Histoire de Louiseville 1665-1960 ; Presbytère de Louiseville, 1961, 450 pages.
- Jetté, René, Dictionnaire généalogique des familles du Québec des origines à 1730 ; Les Presse de l'Université de Montréal, 1983, 1176 pages.
- Dumas, Sylvio, Les filles du roi en Nouvelle-France ; La Société historique de Québec, Cahiers d'Histoire no 24, 1972, 381 pages.
- Migrations