mercredi 21 septembre 2016

Les inondations de 1873 sur le Saint-Maurice

En mai 1873, le journal Le Constitutionnel de Trois-Rivières faisait état d'une crue exceptionnelle des eaux de la rivière Saint-Maurice et de dommages causés aux infrastructures qui avaient été mises en place par le gouvernement fédéral dans les années 1850 : les estacades et la fameuse glissoire qui permettait aux billots de franchir les chutes de Shawinigan. Un moulin à scie avait aussi été emporté au poste des Grès, près du village de Saint-Étienne-des-Grès.

Le 28 mai 1873 :
« Les estacades de la rivière Jacques Cartier et de la rivière Ste-Anne ont été emportées; dans le St-Maurice, nous avons perdu environ 50 000 billots. Les travaux du gouvernement sont détruits ou endommagés : à Shawinigan, à Grand-Mère, aux Piles, à la Tuque de même qu’à l’embouchure du St-Maurice. Les estacades des deux chenaux ont été rompues près des ponts. Mais jusqu’à présent, la partie principale a tenu bon et il y a aujourd'hui environ 175 000 billots retenus dans les booms. Aux Grès, il n’y a qu’un moulin qui ait été emporté, l’autre est intact. L’eau est plus haute sur le St-Maurice qu’on ne l’avait vu depuis 1846; mais l’on s’attend qu’elle va se mettre à baisser sérieusement aujourd'hui, sinon nous pouvons nous attendre aux pires désastres. Dans la Batiscan, les travaux ont bien tenu jusqu'à ce jour. »
Des billots retenus par des estacades sur le Saint-Maurice.

Deux jours plus tard, soit le 30 mai,  Le Constitutionnel fait état de nouveaux dommages causés par la crue des eaux :
 « Maisons, granges, hangars, magasins, tout ce qu’il y avait sur la ferme de M. Hall, à la rivière Croche, a été emporté par l’eau. Les granges pleines de foin de MM. Ritchie et Cull à La Tuque, ont également été emportées, ainsi que les magasins et autres édifices construits par M. Stoddard. On rapporte aussi que la glissoire de Shawinigan a été emportée par le courant. »
En médaillon, la glissoire des chutes de Shawinigan.


Les fermes endommagées étaient situées sur les terres basses des affluents du Saint-Maurice. Elles servaient à produire le foin nécessaire à l'entretien des chevaux employés dans les camps forestiers. Les villages de la vallée du Saint-Maurice, situés sur des hauteurs, n'avaient pas été touchés. Les villes de Shawinigan, Grand-Mère et La Tuque n'existaient pas encore.

Les deux articles du journal Le Constitutionnel sont tirés des Bases de données en histoire de la Mauricie. La première carte postale a été publiée par The Valentine and Sons Publishing Co. et la seconde, par le photographe Pinsonneault de Trois-Rivières.



dimanche 28 août 2016

Le prix d'Anne-Marie : Le manoir de Villerai

J'ai acheté ce vieux bouquin, intitulé Le manoir de Villerai, pour la somme de 10 dollars chez un brocanteur de la région de Maskinongé. Le livre a été manipulé, une note griffonnée sur une page, mais la reliure presque centenaire est encore très solide. Il est daté de 1925 et a été publié dans La Bibliothèque canadienne de La Librairie Beauchemin. J'ai découvert que l'édition originale était beaucoup plus ancienne.

L'auteure madame Leprohon, est née Rosanna Eleanor Mullins à Montréal en 1829. Elle a épousé Jean-Lukin Leprohon, un médecin francophone en 1851. Son cinquième roman Le Manoir de Villerai a d'abord été publié en anglais en 1860, puis en français en 1861. Un exemplaire de la première édition française de 1861 est conservé à la bibliothèque de l'Assemblée nationale. L'excellente traduction est de E. L. de Bellefeuille, « avec la bienveillante permission de l'auteur ».


C'est un roman d'amour à la mode du XIXe siècle, teinté de morale chrétienne, comme il convient chez une auteure qui a été éduquée par les Dames de la Congrégation de Montréal. Madame Leprohon déplore « l'audacieuse immoralité de l'école de Sue et de Balzac » et préfère « les ouvrages d'hommes tels Fénélon, Racine, etc. qui ont employé leur génie à l'instruction de leurs semblables, et à la gloire de Celui qui le leur avait donné».

Un roman très moralisateur donc, mais non pas dénué d'intérêt. En le lisant, j'ai découvert trois bonne raisons de continuer jusqu'à la fin.

1) Parce que c'est vraiment bien écrit et que la lecture est agréable.

2) Parce que le roman présente un intérêt historique évident. L'action se déroule pendant les dernières années de la Nouvelle-France. Entre autres, la bataille de Carillon, la prise de Québec, la victoire de Lévis et sa capitulation sont pertinentes au récit, parce qu'elles expliquent les absences du héros Gaston de Montarville qui est capitaine dans le régiment du Roussillon.

Curieusement, à peine un siècle plus tard, la chute de la Nouvelle-France était déjà perçue comme un événement très ancien. On ne dirait pas aujourd'hui que la première guerre mondiale est un événement très ancien. Il s'est donc produit un changement, dans la perception du temps, depuis l'époque où madame Leprohon a écrit ce roman. L'augmentation de la longévité en est probablement la cause. Le dernier vétéran canadien de la première guerre mondiale est décédé en 2010.

3) Par curiosité, j'ai voulu découvrir quels nouveaux artifices l'auteure pouvait inventer pour empêcher la réunion des amoureux avant la fin du récit. Jusqu'au dénouement, la grande beauté de Rose Lauzon ne lui attire que des ennuis. Elle n'ose espérer revoir un jour celui qu'elle aime et se résigne à mener une vie de recluse. Je me suis amusé à compter le nombre de fois où le visage de Rose pouvait rougir ou bien pâlir, trahissant ses émotions. 

Jean-Louis Lessard a consacré un article à ce roman sur Laurentiana.

Les prix scolaires


Les lecteurs de romans canadiens était peu nombreux en 1925. Pour rentabiliser leurs opérations, les éditeurs cherchaient à placer leurs livres parmi les prix qui étaient remis aux élèves à la fin de l'année scolaire. L'accès à ce marché exigeait des auteurs qu'ils fassent preuve d'une morale chrétienne à toute épreuve. 

Les romans publiés par La Librairie Beauchemin dans la Bibliothèque canadienne étaient souvent distribués comme prix scolaires de fin d'année. Mon exemplaire du Manoir de Villerai a été remis à l'élève Anne-Marie Lemire, en récompense pour ses succès, par l'inspecteur d'école Alphonse Lemaître-Auger, le 10 mai 1928.





Les romans d'amour étaient remis aux filles et les romans d'action, aux garçons. Une Anne-Marie Lemire est née à Pierreville dans le comté de Yamaska en 1915. Lemaître-Auger, le patronyme de l'inspecteur, était commun dans ce comté de la rive sud du Saint-Laurent.

Un signet singulier


En feuilletant de vieux bouquins, j'ai déjà trouvé des images pieuses, des coupures de journaux et même une carte de membre de la Société de la Bonne Mort dont j'ai déjà parlé sur ce blogue. Dans mon exemplaire du roman Le manoir de Villerai, j'ai découvert un billet de correspondance du tramway de Montréal. Il a été inséré par une personne, peut-être bien par Anne Marie Lemire elle-même, qui a lu ce prix de fin d'année.


À Montréal, les dernières lignes de tramway ont été démantelées dans les année 1950.



mardi 9 août 2016

Se marier ou coiffer la Sainte-Catherine

Les conventions sociales étaient encore très fortes dans le Québec des années 1940-1950. La voie normale pour une jeune fille était de se marier dès l'âge de 18 ou 19 ans. Celle qui n'avait pas de prétendant, qui croyait avoir entendu l'appel de Dieu ou qui voulait faire honneur à ses parents pouvait choisir la vie religieuse. À 25 ans sonné, les filles restantes étaient étiquetées, stigmatisées vieilles filles

Selon une tradition ancienne, Sainte-Catherine d'Alexandrie, une vierge et martyre qui n'a pas réellement existé, était la patronne des filles à marier de plus de vingt cinq ans, surnommées les catherinettes. Au Moyen-âge, les catherinettes arboraient un couvre-chef de couleur jaune et verte.

Le jour de son 25e anniversaire, la catherinette était l'objet de moqueries. On lui faisait lourdement sentir que son célibat était un échec personnel.



Des mariages in-extremis


On a connu des mariages pour cause de grossesse ou encore pour éviter la conscription. Mais il y eut aussi des mariages précipités de jeunes femmes qui approchaient leurs 25 ans.

Un exemple parmi d'autres. Contrairement à la plupart des jeunes filles de sa génération, qui rêvaient du Prince charmant, Simone n'était pas pressée de se marier. Elle recevait certainement des propositions, car elle était jolie, mais la vie d'épouse et de mère ne l'intéressait pas du tout. Elle s'est quand même mariée en 1951, trois jours seulement avant de coiffer la Sainte-Catherine.


mercredi 20 juillet 2016

Duplessis en guerre contre la margarine

Il n'y a pas si longtemps, jusqu'en 2008 en fait, le Québec était le seul endroit au monde où l'ajout d'une couleur jaune dans la margarine était interdit, une concession faite au lobby des producteurs laitiers. Marie-Lyse Paquin a raconté l'origine de cette réglementation loufoque dans un article intitulé La saga de la margarine. 

Source : La saga de la margarine.

En 1949, le gouvernement unioniste de Maurice Duplessis, très proche des milieux agricoles, avait complètement interdit la fabrication et la vente de la margarine au Québec. Un interdit qui a ensuite été levé au début des années 1960 par le gouvernement libéral de Jean Lesage.

Cet épineux dossier a suscité des débats passionnés au cours des années 1950. Le 6 avril 1951, dans La Voix de Shawinigan, le premier ministre Duplessis faisait un plaidoyer en faveur du maintien de l'interdiction de la margarine et menaçait les contrevenants : 
« La vente de la margarine est toujours formellement interdite au Québec. Il n'y a pas de tolérance et il n'y en aura pas Nous considérons que les cultivateurs doivent recevoir pleine et entière justice. C'est leur rendre justice que de contribuer au bien-être de la classe agricole et à la prospérité de l'industrie laitière, qui est un des principaux fondement de l'agriculture. Une loi, votée en 1949, prohibe la fabrication, la vente et la mise en vente de la margarine et autres succédanés du beurre. Je demande donc à tous de se soumettre à cette loi d'intérêt public et cela dans leur propre intérêt. Il ne saurait y avoir d'excuse pour qui que ce soit, et les transgresseurs en subiront les conséquences. Elles seront coûteuses pour eux, mais ils seront les responsables. »

mardi 19 juillet 2016

Roman d'un curé de campagne

L'auteur est un prêtre qui a écrit un roman de prêtre.

Le Roman d'un curé de campagne a été publié en 1963. Il n'a pas suscité beaucoup d'intérêt et le nom de son auteur Eugène Rivest (un pseudonyme ?) est demeuré pratiquement inconnu, sauf peut-être dans les milieux ecclésiastiques.

Son défaut le plus évident est qu'il rappelle beaucoup trop, par son sujet et par son titre, le Journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos qui a reçu le Grand prix du roman de l'Académie française en 1936. Les similitudes entre les deux romans sont nombreuses.























Rivest aurait pu dissiper le doute en reconnaissant s'être inspiré de Bernanos et en expliquant qu'il avait voulu transposer son histoire de curé de campagne dans un contexte canadien. Mais il ne l'a pas fait. Au contraire, il a prétendu que seul un prêtre peu écrire un bon roman de prêtre : « C'est un domaine trop sacré et trop mystérieux. Impossible de traiter convenablement du prêtre, à moins d'être prêtre » (page 83). Bernanos était un laïc.


Résumé


Les paroissiens de Saint-Zéphirin, peu pratiquants et rongés par l'avarice, font la vie dure à leur curé. Cinq prêtres se sont succédés en quelques années. L'un d'entre eux est mort de pneumonie parce que les marguilliers refusaient de chauffer l'église sur semaine. Un autre a fait une dépression et un troisième s'est complètement désintéressé de son ministère.

En 1946, le jeune abbé Antoine Fortier, fraîchement sorti du séminaire et nouvellement nommé à Saint-Zéphirin, va tenter de raviver la ferveur religieuse de ses paroissiens.

Le chef des méchants est l'homme le plus riche de la paroisse, Major Gratton surnommé le gendarme, un personnage qui rappelle le Séraphin Poudrier de Claude-Henri Grignon. Il se permet d'insulter le prêtre devant témoin, le traitant de baveux. Même Séraphin n'aurait jamais osé dire baveux à son curé.

Parallèlement aux ennuis du prêtre, une intrigue romanesque très mineure se développe entre le sacristain Serge Labrie et la jeune Violette, une représentante du « sexe pieux » qui fréquente l'église à tous les matins. « Ce n'est pas dans les grills mais à l'église qu'on rencontre les meilleures filles ». Il y a de l'humour, peut-être involontaire, dans ce roman.

Le milieu


Le curé se sent étranger au milieu de ses paroissiens. Il affiche une attitude condescendante envers eux. L'auteur ne s'en est peut-être pas rendu compte tellement ce sentiment de supériorité était répandu autrefois dans le clergé catholique.

La description du milieu paroissial du début du XXe siècle m'a intéressé davantage que les intrigues religieuse et amoureuse. Voici des extraits de passages qui ont retenu mon attention.

- Le village

« ... cette affreuse agglomération de vieilles maisons qui se ressemblaient toutes et qui étaient liées, les unes aux autres, par un même relent de moisissure et d'ennui ... On n'était plus à la campagne ni, diraient les citadins, en province. On était au « village ». Quand ils jugeaient venue l'heure de « se donner » ou de vendre leur ferme, les habitants transportaient leurs pénates en ce suprême refuge. Le croque-mort aurait une distance moins longue à franchir, et exigerait moins, pour conduire leur dépouille dans le terrain de famille. Et ils songeaient à sanctifier leurs vieux jours en se rapprochant de l'église ... 

... Comme à n'importe quelle heure du jour, l'unique rue du village était déserte. Le calme morne d'un cimetière.

À peine pouvait-on apercevoir deux ou trois petits « rentiers », courbés ou boiteux, une main sur un vieux bâton noueux qui servait de canne, l'autre qui soutenait l'inséparable pipe. Ces fantômes de mort apparaissaient comme les derniers, les seuls témoins de la vie dans ce village de Saint-Zéphirin. Le matin, ils se dirigeaient vers l'église. Au cours de la journée, ils promenaient leur ennui chez le marchand ou chez le barbier. » (page 7) 

- Les commères

« Mais chaque maison constituait un observatoire. Personne n'échappait à l'oeil inquisiteur qui se dissimulait derrière les rideaux des fenêtres. Les commères savaient et répétaient qu'un « étrange » avait traversé leur village la veille. » (page 8)

- Une enfant donnée

« De constitution délicate, le visage mince et souriant, elle avait quitté sa famille qui habitait Saint-Exupère, pour servir de bâton de vieillesse à l'oncle et à la tante de sa mère, monsieur et madame Michel Lalime. Ce vieux couple n'avait jamais eu d'enfants, alors que les parents de Violette suffisaient à peine à la charge de leur nombreuse famille. » (page 10).

Pourquoi les héroïnes de roman étaient-elles toujours de constitution délicate ?

- Le presbytère

« L'immense presbytère de dix-huit pièces, bâti selon la conception du siècle précédent de façon à pouvoir accueillir tous les curés voisins pendant trois jours complets, à l'occasion des Quarante-Heures, et pendant toute une semaine, à l'occasion de la retraite paroissiale, avait l'apparence d'un club. Il lui semblait aussi triste, ce jour-là, qu'il avait pu être, jadis, le théâtre de réunions joyeuses et enrichissantes. » (page 19). 


- L'école du rang

« Mais en 1946, ces pauvres cabanes, dépourvues du confort et de l'hygiène les plus élémentaires, ne sont-elles pas les vestiges d'un âge révolu tout autant que les témoins de sacrifices héroïque.

La poignée de la porte tomba à terre, comme il la tournait. Dans une salle dont les murs n'avaient pas reçu de peinture depuis longtemps et qui dégageait une odeur âcre, quinze enfants, aux allures gauches et au regard fauve, répartis en sept divisions ... À mesure que le curé tentait de les apprivoiser, ils se regardaient les uns et les autres d'un air inquiet. » (page 32).

La commission scolaire locale refusait de transporter les enfants dans une école du village pour sauver de l'argent. 

- L'enchère des bancs d'église

« Le jeune Serge Labrie convoitait le banc de son père. Celui-ci avait quitté Saint-Zéphirin pour la paroisse voisine depuis bientôt un an. La loi des fabriques exige, en pareil cas, que le banc soit mis en vente, mais accorde à l'aîné des fils le droit de retraire le banc au prix de la dernière enchère. » (page 54).

Le verbe ancien retraire signifie retirer.

vendredi 8 juillet 2016

Les Chevaliers de Champlain et La Patente

L'ordre de Jacques-Cartier (OJC), surnommé La Patente, était une société secrète patriotique fondée en 1926 à Vanier et dissoute en 1965. Son crédo : « religion, fraternité, discrétion ». En 1956, l'Ordre a créé les Chevaliers de Champlain pour faire concurrence aux Chevaliers de Colomb, un mouvement catholique d'origine irlando-américaine qui s'implantait au Canada français.

Bâtir un peuple meilleur


Les Chevaliers de Champlain, issus de l'OJC, étaient donc une manifestation de l'ancien nationalisme canadien-français, celui d'avant la Révolution tranquille. Cette organisation a eu une existence éphémère, de 1956 jusqu'à la dissolution de l'Ordre en 1965. Certaines sections locales ont survécu un peu plus longtemps.

La mission des Chevaliers de Champlain était « d'augmenter le prestige des Canadiens catholiques d'expression française » et leur devise : « bâtir un peuple meilleur »


La terminologie du mouvement était empruntée à l'histoire de la Nouvelle-France. Chaque section locale portait le nom d'Abitation, selon l'orthographe utilisé par Samuel de Champlain pour désigner l'édifice qu'il a fait construire sur le site de Québec en 1608. Les Abitations étaient réparties en Intendances, structure régionale correspondant aux territoires des diocèses. Un Conseil souverain, dirigé par le Grand Intendant, chapeautait le mouvement.

À Trois-Rivières


La première Abitation a été fondée à Trois-Rivières en 1956 par des Chevaliers de Colomb dissidents, avec l'appui de l'OJC et de l'évêque Mgr Georges-Léon Pelletier. Le document suivant est une carte de convocation pour une réunion mensuelle de l'Abitation Laviolette de Trois-Rivières.


Le programme de l'assemblée du 17 décembre 1961 prévoyait une messe au Séminaire et un déjeuner au Château de Blois, l'endroit le plus chic de Trois-Rivières.


Les Chevaliers cherchaient à recruter des gens influents. La carte ci-haut est adressée à Joseph-Arthur Lemire qui a été maire de Saint-Étienne-des-Grès, un village situé près de Trois-Rivières.

Rayonnement


Le mouvement a connu un certain rayonnement dans les petites villes du Québec, mais il n'a pas réussi à s'implanter à Montréal. L'image élitiste que projetait l'OJC a pu nuire au recrutement des membres.

A l'apogée, au début des années soixante, il y aurait eu une cinquantaine d'Abitations, plus ou moins actives. En plus de celle de Trois-Rivières, j'ai trouvé des mentions des Chevaliers de Champlain à Alma, Chicoutimi, Joliette, L'Épiphanie, Longeuil, Pointe-Gatineau, Repentigny, Rivière-du-Loup, Sept-Îles et Tracy. La plus récente de ces mentions est à Tracy en 1975, dix ans après la disparition de l'OJC.

Des Dames aussi


Un pendant féminin a été créé : les Dames Hélène de Champlain, du nom de l'épouse du fondateur de Québec, Hélène Boulé. J'ai trouvé des mentions de ces Dames à Chicoutimi, Joliette, Pointe-Gatineau, Rimouski, Sept-Îles et Tracy. Elles se sont notamment impliquées dans la diffusion du livre québécois.

Exécutif des Dames de Champlain de Pointe-Gatineau en 1963

La photographie de l'exécutif des Dames de Champlain de Pointe-Gatineau provient de ce blog.


jeudi 23 juin 2016

Le bon voisinage

À Saint-Étienne-des-Grès, mon grand-père Félix St-Onge et Ferdinand Milette étaient des amis. On les voit sur cette photographie assis, mon grand-père à gauche et Ferdinand à droite. Elle a été prise chez le photographe Pinsonneault de Trois-Rivières vers 1908. Les trois autres jeunes gens debout, probablement de Saint-Étienne-des-Grès eux aussi, n'ont pas encore été identifiés.

Félix St-Onge, Ferdinand Milette et trois amis vers 1908.

Après leurs mariages, Félix et Ferdinand ont été voisins sur la rue Principale de Saint-Étienne-des-Grès. Leurs enfants sont aussi devenus des amis, par affinité bien sûr, mais aussi parce que ma grand-mère Alma Picard interdisait à ses enfants, mes oncles et mes tantes, de sortir de la cour arrière de la maison. Leur choix d'amis se résumait donc aux voisins immédiats sur la rue Principale. 

Ma grand-mère, qui était une ancienne maîtresse d'école, donnait à ses enfants une éducation bourgeoise très rigide, en décalage avec celle que recevaient la plupart des autres enfants du village. Très peu de familles du voisinage trouvaient grâce à ses yeux. 

La photo suivante a été prise vers 1939. On reconnait, sur la deuxième rangèe : Angèle Milette, ma tante Jacqueline St-Onge, Louis-Joseph Milette et ma tante Berthe St-Onge. Yolande St-Onge est au deuxième rang de la première rangée.

Enfants Milette er St-Onge vers 1939

Ma tante Berthe St-Onge, l'aînée de la famille, a fréquenté Louis-Joseph Milette, fils de Ferdinand, pendant plusieurs années. On les voit ici ensemble devant le barrage hydroélectrique de La Gabelle vers 1940. Finalement, Louis-Joseph, surnommé Titou, en a épousé une autre en 1942. Il a repris la maison de son père décédé en 1939.


Berthe St-Onge et Louis-Joseph (Titou) Milette vers 1940

Ma grand-mère Alma Picard a été alitée pendant plusieurs années avant son décès en 1976. Sa fille Jacqueline, qui en prenait soin, la transportait dans ses bras, de la chaise longue de la cuisine jusqu'à son lit dans la chambre voisine dont la fenêtre donnait chez les voisins Milette. Elle demandait à sa mère : « de quel côté voulez-vous vous coucher ? » Et ma grand-mère répondait :  « la cuisine » ou bien « chez Titou ».