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mercredi 30 avril 2014

Trouvée morte gelée

Un acte mystérieux que j'ai trouvé dans le registre de la paroisse de Saint-Boniface de Shawinigan :
« Le six janvier mil huit cent soixante-deux, nous prêtre soussigné, avons inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Félicité Bellemare, épouse de Charles Blais, morte accidentellement, trouvée gelée le deux du présent mois, à l'âge de quarante-cinq ans, comme il appert par le verdict de V. Guillet Écuyer Coroner, annexé au registre de cette paroisse. Présents Jean Plouf soussigné et André Lajoie qui n'a su signer. J. D. Comeau prtre »
Félicité Bellemare, surnommée Philie, veuve de Calixte Dubé, a épousé Charles Blais le 20 février 1860 à Saint-Sévère. Un mariage atypique : elle avait 45 ans et son jeune époux n'en avait que 22. Charles Blais était dit journalier, ce qui signifie qu'il n'avait pas de métier ni de terre à cultiver. Il était donc vraisemblablement pauvre.

Le couple a été recensé à Saint-Sévère à l'été 1861. Le décès est donc survenu peu après leur arrivée à Saint-Boniface. Félicité avait auprès d'elle deux enfants de son premier mariage : Caroline âgée de 13 ans et Joseph âgé de 8 ans.

Si le rapport du coroner a été annexé au registre, il n'a malheureusement pas été numérisé. Le notaire Valère Guillet a été coroner du district de Trois-Rivières de 1836 à 1878.

dimanche 16 mars 2014

Toussaint Bellemare ou « la nuit tous les chats sont gris »

Modifié le 17 mars 2014

C'est le troisième article que je consacre aux circonstances de la noyade de John Head, le fils du gouverneur général du Canada, en 1859. Celui-ci porte sur Toussaint Bellemare qui a plongé dans l'eau froide de la rivière pour ramener le noyé sur la rive. Il est devenu une célébrité sur le Saint-Maurice. Grand chasseur, nageur et guide de canots, un personnage que l'on ne devine pas en consultant les registres et les recensements.

Le récit de Gérin

Dans Deux voyages sur le Saint-Maurice, publié en 1889, Napoléon Caron racontait que M. Toussaint Bellemare avait repêché le corps du fils du gouverneur général Lord Edmund Head, noyé dans la rivière Saint-Maurice près de la chute de Grand-Mère. Il tenait cette information d'un autre récit de voyage sur le Saint-Maurice publié en 1872 par E. Gérin dans La Revue Canadienne
« À deux lieues au-dessus des Piles nous souhaitons le bonjour, en passant, à Toussaint Bellemare. Toussaint Bellemare est une des célébrités du St. Maurice. Il n'a pas de supérieur comme chasseur, comme nageur ou comme guide de canots. C'est lui qui retira de l'eau le corps du fils du Gouverneur Head lorsque cet infortuné jeune homme se noya à la Grand-Mère. Un sauvage était parvenu à trouver du bout d'une perche l'endroit où il gisait au fond de la rivière, mais c'est Bellemare qui, plongeant hardiment, rapporta sur le rivage le fils du représentant de notre souveraine.
Cette famille de Bellemare est presque toute employée dans le St. Maurice. On en retrouve quelques-uns à la Rivière-au-Rat ; d'autres sont employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
»

La nuit tous les chats sont gris

Ce cas illustre bien les limites de la recherche généalogique basée sur l'examen des registres paroissiaux et des recensements. Ces sources ne nous disent rien sur la personnalité des gens. Il faut trouver d'autres documents pour mettre un peu de chair autour de l'os, mais ces autres sources sont rarement disponibles.


Ce que l'on sait de Toussaint Bellemare

Toussaint Bellemare est né à Trois-Rivières en 1813. Il n'était donc plus un jeune homme lorsqu'il a plongé dans le Saint-Maurice pour repêcher le corps de John Walker Head en 1859. Il a épousé Françoise Saint-Laurent le 17 janvier 1839 à Trois-Rivières. À son mariage, il était dit journalier, fils de René Bellemare journalier et de Marguerite Doucet.

Toussaint Bellemare et sa famille ont remonté la rivière Saint-Maurice en suivant les progrès de la colonisation. Au recensement de 1852, le couple et ses cinq enfants résidaient au fief Saint-Étienne situé au nord de Trois-Rivières. Ils y étaient encore en avril 1860.

Au recensement de 1861, on les retrouve dans le sous-district « chantiers » au nord du comté de Champlain (cherchez Belleman dans le recensement). Ce territoire comprenait vraisemblablement les établissements sur le Saint-Maurice au nord de la paroisse de Sainte-Flore. Toussaint est dit cultivateur et la population qui l'entoure est constituée d'hommes de passage : des «foremen», des «labourer» dont la résidence est située en dehors du sous-district, probablement des bûcherons. L'endroit était donc relativement isolé.

Il y avait des cultivateurs parmi les bûcherons pour produire le foin nécessaire à l'alimentation des chevaux utilisés pour sortir les billots de la forêt. Le foin valait une fortune dans les chantiers du Saint-Maurice à cause des coûts de transport élevés. Il était donc rentable de produire localement les graminées fourragères peu exigeantes en matière de sol et de climat.

En 1871, la famille a été recensée, sous le nom de Belmar cette fois-ci, dans un sous-distict du comté de Champlain nommé Mékinac, toujours sur une ferme. Je crois que le « Mékinac » de 1871 correspond grosso modo au sous-district « Chantiers » de 1861. René Bellemare, le père de Toussaint âgé de 90 ans habite avec eux. Il y a deux autres couples mariés sous ce toit : leurs fils Pierre et René ont des épouses mais pas d'enfants. Trois filles célibataires : Marie (29 ans), Élise (19 ans) et Augustine (12 ans). Françoise Saint-Laurent, épouse de Toussaint Bellemare a eu son dernier enfant à l'âge de 46 ans.

Le lieu-dit La Pêche

En novembre 1870, Toussaint Bellemare a présenté une pétition au parlement de Québec. J'ignore le sujet de cette pétition, mais le recueil des Journaux de l'Assemblée nationale (volume 4) indique que Bellemare était de l'endroit appelé "La Pêche" sur la rivière Saint-Maurice.

Toussaint Bellemare est décédé le 11 juillet 1876. Ses funérailles ont eu lieu à Sainte-Flore, paroisse voisine des Piles. L'officiant a noté dans le registre que Toussaint était mort à la Pêche, Rivière Saint-Maurice à l'âge de soixante et onze ans.


Il est décédé, non pas alors qu'il pêchait sur le Saint-Maurice comme certains l'ont cru, mais plutôt en un lieu-dit La Pêche sur le Saint-Maurice. Par ailleurs, le curé de Sainte-Flore l'a vieilli de huit ans. Né en 1813, Toussaint avait 63 ans et non pas 71 lors de son décès.

Tout porte à croire que ce lieu-dit La Pêche était situé à l'embouchure de la Rivière à la Pêche sur le Saint-Maurice. C'est probablement à cet endroit que Gérin a visité Toussaint Bellemare vers 1871, deux lieues (environ dix kilomètres) au-dessus des Piles. L'étiquette Sur le Saint-Maurice pouvait signifier qu'il n'y avait par d'autre route que la rivière pour s'y rendre.

On trouve au nord de Saint-Jean-des-Piles, sur la rive Ouest du Saint-Maurice, l'embouchure de la rivière à la Pêche qui prend sa source dans le lac du même nom. Les résidents de cet endroit ont été expropriés lors de la création du Parc national de la Mauricie en 1970. Cette carte du parc montre le secteur de la rivière à la Pêche dans l'encadré en haut à droite.

Carte du secteur Rivière-à-la-Pêche du Parc national de la Mauricie


À la fin du XIXe siècle, les colons installés à cet endroit et plus haut sur les deux rives du Saint-Maurice étaient rattachés à la mission de Mékinac, un mot algonquin qui signifie tortue. Sur son site web, la municipalité de Saint-Roch de Mékinac présente un bref historique qui comporte le passage suivant :
« La prise de possession des terres progressa très lentement. Les colons peu nombreux s’étaient éparpillés à partir de la Pointe-à-la-Mine jusqu’à Rivière Mattawin sur la rive est, et la rive ouest à partir de la rivière La Pêche jusqu’en face du lac Caribou. »



Merci à André Hamel qui m'a beaucoup aidé dans cette recherche.

Note : Il n'y a pas de lien de parenté proche entre Toussaint Bellemare et le coloré ministre de l'Union Nationale Maurice Bellemare, qui fut conseiller municipal à Saint-Jean-des-Piles après son retrait de la politique provinciale.

mercredi 2 octobre 2013

Les chasseurs blancs

À l'origine du métissage des Algonquins Têtes-de-boule de la Haute-Mauricie. des coureurs des bois, employés des comptoirs de traite des fourrures, ont adopté le mode de vie des Amérindiens, partagé leurs territoires de chasse et intégré leur communauté. Ce sont les ancêtres blancs des familles autochtones Bellemare, Boucher, Dubé et Flamand, notamment.

L'apport génétique de ces chasseurs blancs a été déterminant parce que la population amérindienne de la Haute-Mauricie, décimée par les maladies et les famines, ne comptait vers 1830 que quelques dizaines de familles.

J'ai déjà présenté sur ce blog quelques articles sur des descendants de ces chasseurs blancs :

Dans Ma hache, ma femme et mon couteau croche, publié en 1977, l'anthropologue Norman Clermont raconte l'histoire de la population de Weymontachie en Haute-Mauricie et ses relations avec les postes de traite des compagnies du Nord-Ouest et de la Baie-d'Hudson. Il situe le territoire d'origine de ces Algonquins Têtes-de-boule au nord du Lac Supérieur. Ils ont occupé les territoires de chasse des Attikamekws (Poissons blancs) en Haute-Mauricie après l'extermination de ces derniers par les Iroquois à la fin du XVIIe siècle.

Clermont traite, à la page 90, de l'intégration des chasseurs blancs dans la population autochtone de Weymontachie :

Source: Norman Clermont, Ma femme, ma hache et mon couteau croche : deux siècles d'histoire à Weymontachie, Série Cultures Amérindiennes, Ministère des Affaire culturelles, 1977.

mercredi 10 avril 2013

Aller au fort

Joseph-Elzéar Bellemare, Histoire de Baie-Saint-Antoine dite Baie-du-Febvre 1683-1911 avec annotations de M. B. Sulte, Imprimerie La Patrie, Montréal, 1911.

"Aller au fort" serait une expression ancienne qui date des guerres franco-iroquoises. Elle viendrait de l'insécurité qui régnait en Nouvelle-France à cette époque, en particulier autour du Lac Saint-Pierre, la région la plus exposée aux raids des Iroquois.

Dans son histoire de Baie-du-Febvre publiée en 1911, l'abbé J.E. Bellemare nous explique à la page 8 l'origine de cette expression :
Dans ce temps de guerre avec les Iroquois et autres nations sauvages, tout groupe de colons un peu notable devait avoir son fort. On le construisait près de l'église ou du manoir. S'il advenait un incursion de ces ennemis féroces et sanguinaires, toute la petite colonie allait s'y blottir, surtout les femmes, les enfants et autres personnes sans défense. L'habitude de voir un fort près de l'église est tellement passée dans les moeurs de nos pères, qu'ils ont continué, même en temps de paix, à donner le nom de "fort" à tout village bâti près d'une église. Que de Canadiens disent encore : "Je vais au fort" pour "Je vais au village".

C'était raconté il y a plus de cent ans. L'expression "aller au fort" serait disparue depuis. Pour ma part, je ne l'ai jamais entendue ni lue ailleurs que dans cet ouvrage.

L'étude de J.E. Bellemare est très bien documentée et plutôt rigoureuse. Un peu de patriotisme enflammé et de bondieuseries, mais ce sont les défauts communs des travaux historiques de l'époque, en particulier de ceux qui ont été écrits par des ecclésiastiques. Bellemare a raconté plusieurs anecdotes intéressantes dans cet ouvrage. J'y reviendrai.

samedi 29 octobre 2011

Un site sur les Gélinas-Bellemare

La Société historique et généalogique Bellemare a mis en ligne un site d'information nommé Bertpage sur la famille Gélinas-Bellemare. Les responsables sont Bertrand Bellemare webmestre et le généalogiste Roger Bellemare.

J'ai examiné un peu les informations qu'on y trouve et ce site me semble fiable et bien fait.  Il s'est écrit tellement de sottises sur le web, au sujet de la prétendue origine juive de l'ancêtre Étienne Gélineau, qu'on en devient méfiant! En fait, cet ancêtre de la Saintonge appartenait à une famille de paysans, des laboureurs. Il a exercé plusieurs métiers avant d'émigrer, dont celui de sargier (vendeur de serge), ce qui ne fait pas de lui un juif pour autant.

Les auteurs présentent une hypothèse sur l'origine du surnom Bellemare qui viendrait de "belle mer" (bella mare en latin). Ce nom est assez répandu en Normandie. La mère de Jean-Baptiste Gélinas dit Bellemare, Françoise Charmesnil qui était originaire de Rouen en Normandie, lui aurait donné ce surnom.

Le site Bertpage présente aussi des informations sur les familles Béland de la Mauricie.

dimanche 23 octobre 2011

Familles pionnières du canton Shawenegan

Nous avons vu dans un message précédent qu'au recensement de 1851, effectué en janvier 1852, 19 familles étaient déjà établies dans le Canton Shawenegan, qui correspond au territoire actuel de Saint-Boniface de Shawinigan. Voici la liste de ces familles avec les  quelques informations que j'ai trouvées sur chacune d'elles :

Beaulieu (Hudon dit), Jean et Élisabeth Bournival mariés le 16 novembre 1847 à Saint-Barnabé-Nord. Elle s'est mariée à 14 ans  Ils avaient 2 enfants au recensement de 1852 dans le canton Shawenegan. Jean Hudon est décédé le 15 février 1853, à l'âge de 33 ans. Son acte de sépulture est au registre de Saint-Barnabé-Nord. Élisabeth Bournival s'est remariée avec Romuald Beauchemin le 24 octobre 1854 à Saint-Barnabé. Elle est décédé 6 mois plus tard, à Shawenegan, le 27 mars 1855 à l'âge de 22 ans. Son acte de sépulture a été enregistré à Saint-Barnabé-Nord.

Bellemare, Isaac et Julie Gélinas mariés le 16 septembre 1828 à Yamachiche. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 8 enfants tous nés à Saint-Barnabé-Nord. Isaac Bellemare était alors âgé de 53 ans, ce qui était un peu vieux pour commencer une nouvelle vie dans un pays de colonisation. Mais il avait quatre garçons à établir : Isaac (20 ans), Joseph (19 ans), Adolphe (17 ans) et Onésime (10 ans) pour qui il fallait trouver des terres.  Isaac Bellemare est décédé le 20 décembre 1867 à Saint-Boniface.

Boisvert, Raphaël et Marguerite Milet mariés le 25 février 1851 à Yamachiche. Ils n'avaient pas encore d'enfant au moment du recensement de janvier 1852. Le 19 octobre 1853, ils font baptiser à Saint-Barnabé-Nord une fille prénommée Élisabeth née la veille à Shawenegan. Raphaël Boisvert est décédé à Shawenegan le 22 juillet 1854, à l'âge de 23 ans. Il a été inhumé à Saint-Barnabé-Nord. Sa veuve s'est remariée avec Charles Doucet le 4 février 1856 à Yamachiche. Ils se sont établis à Saint-Étienne-des-Grès où ils ont fait baptiser 4 enfants entre 1857 et 1863. Marguerite Milet a été inhumée à Saint-Étienne le 9 mai 1884, à l'âge de 68 ans.

Caron, Louis et Elmire Dugré mariés le 14 octobre 1839 à Saint-Barnabé-Nord. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 3 enfants avec eux, tous nés à Yamachiche : Olivier (12 ans), Stéphanie (7 ans) et Caroline (4 ans). Ils avaient vécu quelques années à Saint-Grégoire de Nicolet après leur mariage. Louis Caron est décédé le 13 décembre 1888 à Saint-Boniface, à l'âge de 80 ans. Sa femme est morte onze mois plus tard, le 8 novembre 1889 à Saint-Boniface.

Caron, Louis-Solyme et Josephte Lacerte mariés le 25 février 1835 à Yamachiche. Curieusement, la femme de Louis-Solyme, n'a pas été inscrite au recensement de janvier 1852. C'est probablement une omission du recenseur. Ils avaient alors 8 enfants dont les 7 premiers sont nés à Yamachiche et Saint-Barnabé-Nord. Leur plus jeune Cyriac, âgé de 8 mois, a été le premier enfant né au Canton Shawinigan, le 9 mai 1851. Louis-Solyme Caron est peut-être arrivé dès 1850. Il est généralement considéré comme un des premiers colon de Saint-Boniface avec Augustin (Justin) Gélinas. Louis-Solyme Caron est décédé le 27 juillet 1891 à Saint-Boniface, à l'âge de 80 ans. En décembre 1890, selon le recensement paroissial effectué par le curé Charles Bellemare, Louis-Solyme vivait avec sa fille Marie, son gendre Olivier Lampron et leurs sept enfants.

Charest, Paul et Émerance Lafrenière mariés le 5 octobre 1840 à Saint-Léon-le-Grand. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 3 enfants nés à Saint-Léon-le-Grand et Saint-Paulin dans le comté de Maskinongé. Il n'y avait plus de Charest à Saint-Boniface au recensement paroissial de décembre 1890. Paul Charest est décédé, à l'âge de 80 ans,  le 30 avril 1896 à Saint-Léon-le-Grand dans le comté de Maskinongé.

Dugré, Olivier et Marie Landry. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 4 enfants tous nés à Saint-Barnabé-Nord. Selon l'album À propos de Saint-Boniface de Shawinigan, Olivier Dugré s'est établi sur le lot 4 du cinquième rang au printemps 1851 et il a exploité une industrie de potasse qui a été reprise par son fils Louis. Olivier Dugré est décédé le 29 mai 1876 à Saint-Boniface, à l'âge de 52 ans.

Dugré, Théophile et Émilie Milette mariés le 18 juin 1844 à Yamachiche. Ils ont eu un premier enfant, une fille prénommée Émilie, à Saint-Barnabé-Nord. Leur deuxième enfant, prénommé Auguste, est né à Shawinigan. Théophile Dugré était le beau-frère de Louis Caron (voir plus haut). Il est décédé le 6 août 1893 à Saint-Boniface à l'âge de 68 ans. Au recensement paroissial de Saint-Boniface, en décembre 1890, il vivait avec sa femme Émilie et hébergeait deux veuves : Félicité Martin, veuve d'Olivier Rivard, et Marcelline Hamel, veuve de François-Xavier Leclerc.

Gélinas, Abraham et Luce Audet-Lapointe mariés le 13 janvier 1835 à Yamachiche. Ils avaient 4 enfants au recensement de 1852, tous nés à Yamachiche. Luce Audet-Lapointe est décédée l'année suivante, le 6 juin 1853 à Shawenegan. Son décès a été inscrit au registre de Saint-Barnabé-Nord. Abraham Gélinas est décédé le 9 janvier 1878 à l'âge de 71 ans, à Saint-Mathieu qui était alors une mission relavant de la paroisse de Saint-Boniface.

Gélinas, Augustin, surnommé Justin, et Adélaïde Bellemare mariés le 31 juillet 1832 à Yamachiche. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 7 enfants tous nés à Yamachiche. Selon l'album À propos de Saint-Boniface de Shawinigan, Augustin Gélinas aurait obtenu sa concession du lot 2 du sixième rang le 17 mars 1850. Il est considéré comme le plus ancien colon de Saint-Boniface avec Louis-Solyme Caron. Justin Gélinas est décédé le 23 mars 1884 à Saint-Boniface, à l'âge de 78 ans.

Gélinas, Isaac et Domithilde Dupont mariés le 13 janvier 1852 à Yamachiche. Isaac s'est marié sous le prénom de Georges. Selon l'album À propos de Saint-Boniface-de-Shawinigan, Isaac Gélinas s'est établi sur le lot 118 du quatrième rang vers 1852. Ils ont été recensés à Sain-Boniface en décembre 1890 avec trois enfants adultes célibataires.

Gélinas, Louis et Félicité Desaulniers mariés le 25 aoüt 1851 à Louiseville. Ils n'avaient pas encore d'enfant au recensement de janvier 1852. Félicité Desaulniers est décédée le 1er décembre 1885 à Trois-Rivières. Leurs enfants se marient dans cette ville dans les années 1880-1890.

Gélinas, Thomas et Marie Rivard-Dufresne mariés le 22 octobre 1838 à Saint-Barnabé-Nord. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 7 enfants tous nés à Saint-Barnabé-Nord. Leur fille Philomène a épousé Louis-Onésime Caron, fils de Louis-Solyme et de Marie-Josephte Lacerte, le 2 août 1858 à Saint-Étienne-des-Grès. Marie Rivard-Dufresne est décédée à Saint-Boniface le 6 février 1880, à l'âge de 61 ans.

Jalbert, Pascal et Angèle Gagnon mariés le 24 avril 1843 à Yamachiche. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 6 enfants tous nés à Yamachiche. Il n'y avait plus de Jalbert à Saint-Boniface au recensement paroissial de décembre 1890. On les retrouve dans le comté de Nicolet dans les années 1860-1870.

Lafrenière, François et Adélaïde Gignac mariés le 27 mai 1833 à Saint-Barnabé-Nord. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 6 enfants tous nés à Saint- Barnabé-Nord. Ils ont quitté le canton pour Maniwaki dans le comté de Gatineau où leurs enfants se marient dans les années 1860.

Lefebvre-Boulanger, Gabriel et Angèle Gélinas mariés le 25 février 1840 à Yamachiche : 4 enfants. Gabriel Lefebvre était le beau-frère de Justin Gélinas (voir plus haut). Gabriel Lefebvre-Boulanger est décédé le 18 février 1878 à Saint-Boniface. Leur fille Olivine, épouse de Benjamin Rabouin, a été recensée à Saint-Boniface en décembre 1890.

Magnan, Jean-Baptiste (père) et Marie-Rosalie Lamoureux mariés le 18 janvier 1813 à Saint-Cuthbert dans le comté de Berthier. Ils ont quitté le canton peu de temps après le recensement. On les retrouve ensuite dans le comté de Maskinongé.

Martin, Louis et Émilie Pellerin mariés le 3 février 1846 à Yamachiche. Ils ont été recensé avec une fille de 4 mois née à Shawinigan le 31 aoüt 1851 et baptisée le 1er septembre à Trois-Rivières. Ils se sont établis dans le quatrième rang. Louis Martin a vendu sa terre à Olivier Lampron de Saint-Sévère le 12 décembre 1862, devant le notaire Uldéric Brunelle (voir L'arrivée d'Olivier Lampron à Saint-Boniface sur ce blog). On retrouve ensuite la famille Martin aux Piles.

Rivard-Dufresne, Jean-Baptiste et Mariane Gélinas mariés le 11 février 1842 à Saint-Barnabé-Nord. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 4 enfants tous nés à Saint-Barnabé-Nord. Jean-Baptiste Rivard-Dufresne était le beau-frère de Thomas Gélinas (voir plus haut). Je ne sais pas ce qu'il est advenu d'eux. Ils n'ont pas été recensés à Saint-Boniface en janvier 1890.

Voir aussi sur ce blog La population du Canton Shawenegan en 1852.

Les photos sont tirées de l'album souvenir À propos de Saint-Boniface de Shawinigan.

mardi 8 mars 2011

La visite des chantiers (2)

Charles-Théodore Bellemare, issu d'une famille aisée de Yamachiche, a été curé de Shawenegan (Saint-Boniface) de 1875 à 1894. Il entretenait une correspondance suivie avec son homologue Vital Bellemare, prêtre desservant de  la paroisse de Chambray en Normandie (voir La Normandie et le Québec vus du presbytère).

Dans une lettre écrite en février 1888, le curé de Shawenegan décrivait de façon très négative la visite annuelle qu'il devait faire en hiver dans les chantiers (voir La visite des chantiers). Peut-être intimidé par la rudesse des bûcherons et incapable d'établir la communication avec eux, ils les décrivaient alors comme la lie de la société et leur reprochait leur malpropreté.

Source de la photo : florelaurentienne.com

Cinq ans plus tard, son opinion et son attitude envers les bûcherons ont complètement changé.  De hautain qu'il était à son arrivée dans la paroisse, il est devenu plus familier et plus amical avec les fidèles. La visite des chantier est maintenant pour lui une fête et les bûcherons sont devenus de bons lurons qui font leur toilette avant l'arrivée du curé.  Le 16 février 1893, il écrivait à son correspondant normand :
Il est bon de vous dire que nous avons, cet hiver, sur la paroisse deux établissements en pleine forêt pour la coupe du bois. Ce sont deux grandes maisons, basses, la couverture surbaissée, bâties en bois rond, calfeutrées avec de la mousse et des étoupes. L'intérieur est vaste, avec une table d'une quarantaine de pieds de longueur et une rangée de lits à deux étages. Une quarantaine d'hommes occupent chacun de ces chantiers. Un de mes paroissiens, M. Morel, en est le contre-maître et les travaillants sont, pour la plupart de Shawenegan et de Saint-Étienne, ce qui fait qu'en arrivant dans ces chantiers, nous arrivons en pays de connaissance, et nous sommes bien reçus. La journée choisie par le prêtre pour visiter le chantier est annoncée d'avance ; le travail cesse un peu plus tôt et quand nous arrivons, vers 6 heures et demie chaque homme a fait sa toilette et nous commençons de suite les amusements avec tous ces bons lurons. Des contes, des chansons, quelquefois des danses, du violon, nous aident à passer bien agréablement les quelques heures données par encouragement à ces hommes qui peinent toute la journée à travers les neiges et les froids. Ils sont pourtant contents de leur sort, ils sont robustes, nos jeunes Canadiens (ce sont, en partie des jeunes gens), et quand, au printemps vous les voyez revenir du chantier, ils se présentent à vous, gros, gras, le teint plein de feu. S'ils travaillent fort, ils sont en général bien nourris, bien traités. Le lard, le boeuf, les pois, les haricots, la farine de première qualité pour le pain et les pâtisseries sont fournis par le bourgeois et s'il veut avoir des hommes il faut que sa cuisine soit chargée.

... nous arrivons vers 6 heures et demie. Après les salutations d'usage, quelques mots d'entretien avec le bourgeois, M. Ritchie, présent ce soir-là, et avec le contremaître, nous entrons dans la chambre des hommes où les bons chanteurs nous régalent des meilleurs morceaux de leur répertoire. Après les chansons, j'avise un mien cousin qui , comme moi, s'appelle Charles Bellemare, de nous conter quelques contes. Vous dire l'aspect du chantier quand je leur annonçai que Charles allait nous conter un conte, c'est un peu difficile. Nos Canadiens aiment les contes et l'on écoute le contenu comme à l'église l'on écoute le prêcheur. La renommée de Charles est bien connue, aussi dès que je leur annonçai qu'il avait donné son consentement, chacun de quitter sa place et de venir entourer mon homme, les uns s'asseyant sur les tables, les autres par terre, tous se plaçant de manière à avoir le conteur en vue, et Charles de commencer, avec son grand sérieux et son air de brigand ; mais le sérieux ne dura pas longtemps : Charles est un farceur et le cours de ses histoires nous amena bien des incidents où le chantier n'était pas assez grand pour contenir les éclats de rire des auditeurs ...Je récitai le chapelet avec toutes ces bonnes gens, je fis la prière du soir et leur donnai en quelques mots les avis que me suggéraient leur état et les renseignements que j'avais reçus du contremaître et nous leur disons : au revoir mes bons amis ! À 10 heures et quart, nous étions de retour à la maison ; M. Milot passa avec nous l'avant-midi et tantôt il nous disait adieu pour s'en aller voir sa vieille mère.

Voir aussi : La visite des chantiers et L'alambic du curé Bellemare

dimanche 18 juillet 2010

L'alambic du curé Bellemare

Au Québec, la fin du dix-neuvième siècle correspond à l'âge d'or des sociétés de tempérance. Des centaines de milliers de catholiques avaient fait le voeu de ne pas boire d'alcool et de ne pas fréquenter d'établissements qui vendaient des boissons alcooliques. Le clergé devait  alors donner l'exemple.  Un curé qui aurait été surpris à prendre un verre aurait pu perdre sa place.

L'attitude envers l'alcool était complètement différente en Normandie où un curé pouvait ouvertement opérer son propre alambic ! Dans sa lettre du 8 octobre 1887, Vital Bellemare (photo ci-contre), curé de Chambray en Normandie, s'étonne que son correspondant canadien, le curé Charles Bellemare de Saint-Boniface en Mauricie,  lui écrive ne pas boire d'alcool mais plutôt de l'eau fraîche et claire :

Ô misère ! Ô privation ! ils boivent de l'eau ! ! ! fraîche tant que vous voudrez, claire tant qu'il vous plaira mais ce composé d'hydrogène et d'oxygène est sans saveur pour les palais des Normands buveurs de bons cidres, de petit et de gros vin, et d'alcools falsifiés. Je ne m'explique pas que vous soyez réduits à un régime si calmant, pour des gens de pays froids, pour des fumeurs endurcis comme vous l'êtes ; mais la bière est donc bien chère ou bien difficile à fabriquer là-bas [...] Si je pouvais donc vous expédier quelque bonne pièce de ce cidre qu'en ce moment même mon père fabrique dans la cour du presbytère ? On va bientôt remplir les fûts vides ; la lie et déchet qui se trouve au fond, vous doutez-vous de ce que je vais en faire. Voici : il y a quelques années je me suis pourvu d'un alambic : nous montons le petit appareil dans le jardin, on chauffe, on dirige, et il nous vient cette bonne eau-de-vie de cidre appelée ici "calvados", pas falsifiée, celle-là ! Nous en avons déjà fabriqué des centaines de litres : mais hélas ! elle ne vieillit pas beaucoup. Tous les jours, au repas du midi, le café, à quatre que nous sommes sans compter quelques bouches gourmandes, qui viennent par-ci, par-là, nous aider, le litre d'eau-de-vie y passe chaque semaine [...] Il y a 2 ou 3 ans j'ai fabriqué ainsi, dans mes moments perdus, et papa aidant, toutes sortes de liqueurs que je serais aisé de vous faire goûter, mes chers amis : alcool de prunes, de prunelles sauvages, de mûres sauvages (baies de ronces), de merises, de poires, etc.

Source : La Normandie et le Québec vus du presbytère : correspondance inédite. Publications de l'Université de Rouen, 1987, page 56.

Voir aussi sur ce blog : La visite des chantiers ; La visite des chantiers (2) ; L'alcool à Yamachiche en 1851

vendredi 7 mai 2010

La visite des chantiers

Le 24 février 1888, le curé Charles Bellemare de Saint-Boniface de Shawinigan écrit à son correspondant le curé Vital Bellemare de Chambray en Normandie. Il lui raconte comment se déroule la visite paroissiale qu'il effectue à chaque année dans les chantiers de bûcherons :
"Vous saurez que ce n'est pas une mince besogne que celle de faire cette mission. On nomme chantier une cabane de bois rond bâtie en plein milieu de la forêt et pouvant abriter vingt, trente et même quarante travaillants. À côté du chantier et y attenant, il y a l'écurie pour les chevaux et de l'autre côté ce que les hommes appellent le "Fort pic" où se tiennent d'ordinaire le contremaître et le commis. On travaille à faire des billots depuis novembre jusqu'en mars ou avril, et ces hommes, la lie de la société, pour la plupart, n'ayant vu de prêtre depuis des mois et des mois, quelques-uns depuis des années, ayant passé leurs journées et surtout leurs soirées à blasphémer et à canailler de toutes les façons, ne sont pas toujours d'équerre à recevoir la visite du missionnaire qui arrive parmi eux absolument comme une brebis au milieu des loups. L'accueil parfois n'est pas enthousiaste, mais généralement assez respectueux. Il faut au missionnaire saluer chacun, lui donner la main, être toujours d'une grande gaieté malgré qu'il soit certaines fois accablé de fatigues après un long voyage à travers les bois. N'importe, il fait bonne contenance, il y a là des âmes à gagner, des consciences à écurer (quel besoin) et si le contre-maître donne l'exemple, il a la consolation, à son départ d'avoir confessé et communié tous ces garnements, fiers alors d'avoir fait leur devoir.

Le travail a duré une partie de la nuit, le missionnaire part et va recommencer la nuit suivante au chantier voisin. À part les fatigues du voyage et du travail de nuit, il y a aussi celle occasionnée par une compagnie absolument mauvaise et désagréable et dont se sauvent peu de personnes qui visitent les chantiers. Vous vous doutez certainement que ces habitations ne sont pas toujours des modèles de propreté. Or, imaginez trente ou quarante hommes qui vous passent une partie de l'hiver sans changer d'habits ; il vient un temps où chacun porte avec soi une multitude d'habitants plus ou moins insupportables et plus ou moins voraces. Comme ceux-ci aiment la viande fraîche, ils s'en donnent à coeur joie sur leur hôte des bois, et malheureusement aussi sur le missionnaire qui fait leur connaissance dès les premiers jours de la mission. C'est là un des plus grands supplices qu'il a à endurer. Un missionnaire demandait un jour à un de ces hommes à quoi il passait son temps le dimanche. - Je passe mon temps à me gratter, répondit celui-ci..."
Source : Nadine-Josette Chaline et al, La Normandie et le Québec vus du presbytère, Publications de l'Université de Rouen, 1987.

Voir aussi : La visite des chantiers (2) et L'alambic du curé Bellemare

Le Québec et la Normandie vus du presbytère

N.J. Chaline, R. Hardy et J. Roy, La Normandie et le Québec vus du presbytère : correspondance inédite, Publications de l'Université de Rouen, 1987, 211 pages.

On a découvert au séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières 8 volumes reliés renfermant la correspondance échangée par le curé Charles Bellemare de Saint-Boniface-de-Shawinigan et son homonyme le curé Vital Bellemare de Chambray-sur-Eure en Normandie. Amateur de généalogie, le curé de Saint-Boniface avait cherché dans un bottin du clergé français des prêtres qui portaient le même patronyme que lui. Il a écrit à Vital Bellemare pour s'enquérir de l'existence en  Normandie  d'un village nommé Belle-mare. 

Il n'y avait en réalité aucune parenté entre eux. Au Québec, Bellemare est un surnom de la famille Gélinas et non pas un patronyme venu de France. 

La correspondance ainsi amorcée allait durer 12 ans, de 1887 à 1899. En tout, 157 lettres ont été échangées, 79 de Charles et 78 de Vital, dont certaines comptent une vingtaine de pages. Dans leurs écrits, les deux "cousins" comparent leurs vies de prêtres, leurs paroisses, leurs familles, leurs loisirs.

Voir aussi : L'alambic du curé Bellemare ; La visite des chantiers ; La visite des chantiers (2)