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mercredi 30 avril 2014

Trouvée morte gelée

Un acte mystérieux que j'ai trouvé dans le registre de la paroisse de Saint-Boniface de Shawinigan :
« Le six janvier mil huit cent soixante-deux, nous prêtre soussigné, avons inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Félicité Bellemare, épouse de Charles Blais, morte accidentellement, trouvée gelée le deux du présent mois, à l'âge de quarante-cinq ans, comme il appert par le verdict de V. Guillet Écuyer Coroner, annexé au registre de cette paroisse. Présents Jean Plouf soussigné et André Lajoie qui n'a su signer. J. D. Comeau prtre »
Félicité Bellemare, surnommée Philie, veuve de Calixte Dubé, a épousé Charles Blais le 20 février 1860 à Saint-Sévère. Un mariage atypique : elle avait 45 ans et son jeune époux n'en avait que 22. Charles Blais était dit journalier, ce qui signifie qu'il n'avait pas de métier ni de terre à cultiver. Il était donc vraisemblablement pauvre.

Le couple a été recensé à Saint-Sévère à l'été 1861. Le décès est donc survenu peu après leur arrivée à Saint-Boniface. Félicité avait auprès d'elle deux enfants de son premier mariage : Caroline âgée de 13 ans et Joseph âgé de 8 ans.

Si le rapport du coroner a été annexé au registre, il n'a malheureusement pas été numérisé. Le notaire Valère Guillet a été coroner du district de Trois-Rivières de 1836 à 1878.

mardi 18 mars 2014

Joseph Hill était sergent d'artillerie

La recherche sur les origines de la famille Hill de Trois-Rivières a beaucoup progressé dernièrement. Madeleine Gélinas Racicot m'a fait part d'un acte de baptême qu'elle a trouvé dans le registre de la Quebec Anglican Garnison de Québec. Il s'agit du baptême de Joseph Hill, fils de Joseph et de Ann, le 7 octobre 1831. Le père était sergent dans la septième compagnie du premier bataillon d'artillerie. Suivant la mauvaise habitude prise par les membres du clergé anglican, le patronyme de la mère n'est pas mentionné.

Baptême anglican de Joseph (fils) Hill en 1831 à Québec

Cet acte pouvait être relié à la famille Hill de Trois-Rivières, mais il fallait le prouver. Je viens de trouver cette preuve :  le baptême anglican de Sarah Hill à Trois-Rivières le 16 avril 1837 « daughter of Joseph Hill late sergeant artillery and Ann his wife was born june the fourteenth eighteen hundred and thirty five ».

Baptême anglican de Sarah Hill à Trois-Rivières en 1837

Curieusement, Sarah avait près de deux ans le jour de son baptême. Peut-être est-elle née lors d'un déplacement du régiment de son père. Par ailleurs, cet acte nous apprend que Joseph Hill avait quitté l'armée à la date du baptême (late sergeant). Il a ensuite travaillé comme journalier à Trois-Rivières.

J'ai dressé un tableau chronologique des principales informations que j'ai recueillies sur cette famille au  fil du temps. Les déménagements révélés par les lieux de naissance des enfants sont compatibles avec les déplacements d'un régiment britannique : Angleterre, Nouveau-Brunswick, Angleterre, Écosse, Québec et enfin Trois-Rivières. On pourra situer plus précisément la date de leur arrivée au Canada en suivant les déplacements du premier bataillon d'artillerie. D'après le tableau qui suit, ils seraient arrivés à Québec vers 1831 en provenance d'Écosse.

An Mois Jour Événement Lieu Source






1802 - - Naissance de Mary-Ann Charleton Angleterre Rec. 1852 Trois-Rivières
1823 - - Naissance de Mary-Ann (fille) N-Brunswick Rec. 1852 Trois-Rivières
1829 - - Naissance de James Angleterre Rec. 1861 Trois-Rivières
1831 - - Naissance de John Écosse Rec. 1852 Trois-Rivières
1831 9 7 Naissance de Joseph (fils) Québec Anglican Garnison Québec
1831 10 2 Baptême anglican de Joseph (fils) Québec Anglican Garnison Québec
1835 6 14 Naissance de Sarah Lieu inconnu Anglican T-Riv 1837-04-16
1837 4 16 Baptême anglican de Sarah Trois-Rivières Anglican
1847 6 23 Conversion de Mary-Ann (fille) Trois-Rivières Catholique
1849 5 5 Conversion de Joseph (fils) Trois-Rivières Catholique
1851 10 6 Mariage de John Trois-Rivières Anglican
1851 11 24 Mariage de Joseph (fils) Trois-Rivières Catholique
1852 - - Sarah servante Trois-Rivières Recensement 1852
1852 - - Mary-Ann (mère) servante Trois-Rivières Recensement 1852
1852 - - John journalier Trois-Rivières Recensement 1852
1856 9 8 Mariage de Mary-Ann (fille) Trois-Rivières Catholique
1856 8 12 Mariage de James St-Sévère Catholique
1861 6 1 Conversion de Sarah Trois-Rivières Catholique
1861 - - Sarah servante Trois-Rivières Recensement 1861
1861 - - James cultivateur St-Boniface Recensement 1861
1861 - - John journalier Trois-Rivières Recensement 1861
1864 6 18 Sépulture de Joseph (fils) Trois-Rivières Catholique
1871

James cultivateur Saint-Mathieu Recensement 1871
1871

John journalier Trois-Rivières Recensement 1871
1874 10 17 Sépulture de James St-Boniface Catholique
1891

John commerçant ferblantier Trois-Rivières Recensement 1891
1905 4 15 Sépulture de Mary-Ann (fille) Trois-Rivières Catholique


Ajoutons à cette chronologie que le sergent Joseph Hill est décédé entre le 16 avril 1837 et le 23 juin 1847. Je n'ai pas trouvé son acte de sépulture dans le registre anglican de Trois-Rivières. Son épouse, Mary Ann Charleton, est décédée entre le recensement de 1852 et le 8 septembre 1856.

Par ailleurs j'ai mis à jour un article précédent intitulé : Des conversions et des servantes : la famille Hill de Trois-Rivières.


dimanche 16 mars 2014

Toussaint Bellemare ou « la nuit tous les chats sont gris »

Modifié le 17 mars 2014

C'est le troisième article que je consacre aux circonstances de la noyade de John Head, le fils du gouverneur général du Canada, en 1859. Celui-ci porte sur Toussaint Bellemare qui a plongé dans l'eau froide de la rivière pour ramener le noyé sur la rive. Il est devenu une célébrité sur le Saint-Maurice. Grand chasseur, nageur et guide de canots, un personnage que l'on ne devine pas en consultant les registres et les recensements.

Le récit de Gérin

Dans Deux voyages sur le Saint-Maurice, publié en 1889, Napoléon Caron racontait que M. Toussaint Bellemare avait repêché le corps du fils du gouverneur général Lord Edmund Head, noyé dans la rivière Saint-Maurice près de la chute de Grand-Mère. Il tenait cette information d'un autre récit de voyage sur le Saint-Maurice publié en 1872 par E. Gérin dans La Revue Canadienne
« À deux lieues au-dessus des Piles nous souhaitons le bonjour, en passant, à Toussaint Bellemare. Toussaint Bellemare est une des célébrités du St. Maurice. Il n'a pas de supérieur comme chasseur, comme nageur ou comme guide de canots. C'est lui qui retira de l'eau le corps du fils du Gouverneur Head lorsque cet infortuné jeune homme se noya à la Grand-Mère. Un sauvage était parvenu à trouver du bout d'une perche l'endroit où il gisait au fond de la rivière, mais c'est Bellemare qui, plongeant hardiment, rapporta sur le rivage le fils du représentant de notre souveraine.
Cette famille de Bellemare est presque toute employée dans le St. Maurice. On en retrouve quelques-uns à la Rivière-au-Rat ; d'autres sont employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
»

La nuit tous les chats sont gris

Ce cas illustre bien les limites de la recherche généalogique basée sur l'examen des registres paroissiaux et des recensements. Ces sources ne nous disent rien sur la personnalité des gens. Il faut trouver d'autres documents pour mettre un peu de chair autour de l'os, mais ces autres sources sont rarement disponibles.


Ce que l'on sait de Toussaint Bellemare

Toussaint Bellemare est né à Trois-Rivières en 1813. Il n'était donc plus un jeune homme lorsqu'il a plongé dans le Saint-Maurice pour repêcher le corps de John Walker Head en 1859. Il a épousé Françoise Saint-Laurent le 17 janvier 1839 à Trois-Rivières. À son mariage, il était dit journalier, fils de René Bellemare journalier et de Marguerite Doucet.

Toussaint Bellemare et sa famille ont remonté la rivière Saint-Maurice en suivant les progrès de la colonisation. Au recensement de 1852, le couple et ses cinq enfants résidaient au fief Saint-Étienne situé au nord de Trois-Rivières. Ils y étaient encore en avril 1860.

Au recensement de 1861, on les retrouve dans le sous-district « chantiers » au nord du comté de Champlain (cherchez Belleman dans le recensement). Ce territoire comprenait vraisemblablement les établissements sur le Saint-Maurice au nord de la paroisse de Sainte-Flore. Toussaint est dit cultivateur et la population qui l'entoure est constituée d'hommes de passage : des «foremen», des «labourer» dont la résidence est située en dehors du sous-district, probablement des bûcherons. L'endroit était donc relativement isolé.

Il y avait des cultivateurs parmi les bûcherons pour produire le foin nécessaire à l'alimentation des chevaux utilisés pour sortir les billots de la forêt. Le foin valait une fortune dans les chantiers du Saint-Maurice à cause des coûts de transport élevés. Il était donc rentable de produire localement les graminées fourragères peu exigeantes en matière de sol et de climat.

En 1871, la famille a été recensée, sous le nom de Belmar cette fois-ci, dans un sous-distict du comté de Champlain nommé Mékinac, toujours sur une ferme. Je crois que le « Mékinac » de 1871 correspond grosso modo au sous-district « Chantiers » de 1861. René Bellemare, le père de Toussaint âgé de 90 ans habite avec eux. Il y a deux autres couples mariés sous ce toit : leurs fils Pierre et René ont des épouses mais pas d'enfants. Trois filles célibataires : Marie (29 ans), Élise (19 ans) et Augustine (12 ans). Françoise Saint-Laurent, épouse de Toussaint Bellemare a eu son dernier enfant à l'âge de 46 ans.

Le lieu-dit La Pêche

En novembre 1870, Toussaint Bellemare a présenté une pétition au parlement de Québec. J'ignore le sujet de cette pétition, mais le recueil des Journaux de l'Assemblée nationale (volume 4) indique que Bellemare était de l'endroit appelé "La Pêche" sur la rivière Saint-Maurice.

Toussaint Bellemare est décédé le 11 juillet 1876. Ses funérailles ont eu lieu à Sainte-Flore, paroisse voisine des Piles. L'officiant a noté dans le registre que Toussaint était mort à la Pêche, Rivière Saint-Maurice à l'âge de soixante et onze ans.


Il est décédé, non pas alors qu'il pêchait sur le Saint-Maurice comme certains l'ont cru, mais plutôt en un lieu-dit La Pêche sur le Saint-Maurice. Par ailleurs, le curé de Sainte-Flore l'a vieilli de huit ans. Né en 1813, Toussaint avait 63 ans et non pas 71 lors de son décès.

Tout porte à croire que ce lieu-dit La Pêche était situé à l'embouchure de la Rivière à la Pêche sur le Saint-Maurice. C'est probablement à cet endroit que Gérin a visité Toussaint Bellemare vers 1871, deux lieues (environ dix kilomètres) au-dessus des Piles. L'étiquette Sur le Saint-Maurice pouvait signifier qu'il n'y avait par d'autre route que la rivière pour s'y rendre.

On trouve au nord de Saint-Jean-des-Piles, sur la rive Ouest du Saint-Maurice, l'embouchure de la rivière à la Pêche qui prend sa source dans le lac du même nom. Les résidents de cet endroit ont été expropriés lors de la création du Parc national de la Mauricie en 1970. Cette carte du parc montre le secteur de la rivière à la Pêche dans l'encadré en haut à droite.

Carte du secteur Rivière-à-la-Pêche du Parc national de la Mauricie


À la fin du XIXe siècle, les colons installés à cet endroit et plus haut sur les deux rives du Saint-Maurice étaient rattachés à la mission de Mékinac, un mot algonquin qui signifie tortue. Sur son site web, la municipalité de Saint-Roch de Mékinac présente un bref historique qui comporte le passage suivant :
« La prise de possession des terres progressa très lentement. Les colons peu nombreux s’étaient éparpillés à partir de la Pointe-à-la-Mine jusqu’à Rivière Mattawin sur la rive est, et la rive ouest à partir de la rivière La Pêche jusqu’en face du lac Caribou. »



Merci à André Hamel qui m'a beaucoup aidé dans cette recherche.

Note : Il n'y a pas de lien de parenté proche entre Toussaint Bellemare et le coloré ministre de l'Union Nationale Maurice Bellemare, qui fut conseiller municipal à Saint-Jean-des-Piles après son retrait de la politique provinciale.

jeudi 14 novembre 2013

Des conversions et des servantes : les Hill de Trois-Rivières

Modifié le 18 mars 2014

J'ai déjà abordé brièvement l'histoire des Hill de Trois-Rivières dans Patronyme anglais en Mauricie, juste assez pour constater que cette famille est passée un peu sous le radar des généalogistes. On connaît bien James Hill et sa descendance, mais on sait peu de choses de ses parents, Joseph Hill et Mary-Ann Charlton. Des découvertes récentes dans les registres anglicans permettent d'étoffer un peu l'histoire de cette famille.

Selon mes recherches, Joseph Hill et sa femme Mary-Ann Charlton sont nés en Angleterre de religion anglicane. Joseph Hill était sergent dans la septième compagnie du premier bataillon d'infanterie britannique. Ils sont arrivés à Québec vers 1831 en provenance d'Écosse vraisemblablement. On trouve l'acte de baptême de leur fils Joseph dans le registre anglican de la garnison de Québec en date du 2 octobre 1831 (voir Joseph Hill était sergent dans l'artillerie).

Leur fille Sarah, née en 1835, a été baptisée à l'église anglicane de Trois-Rivières le 16 avril 1837. Joseph Hill avait alors quitté l'armée. Il a ensuite travaillé comme journalier à Trois-Rivières.

Voici la liste des enfants de Joseph Hill et de Mary-Anne Charlton (née en 1802 en Angleterre) :
  1. Mary-Ann (n c1823 Nouveau-Brunswick) m 1856 François-Xavier Châteauneuf
  2. James (n c1829 Angletrerre) m 1856 Félicité Gélinas et m 1864 Constance Milette
  3. John (n c1831 Écosse) m 1851 Domithilde Zaste
  4. Joseph (n 1831 Québec) Bas-Canada) m 1851 Arline Ayotte et m 1858 Elise Sincaster
  5. Sarah (n 1835 et b 1837 Trois-Rivières). Célibataire.


Des conversions

Il y avait à cette époque une importante population anglicane à Trois-Rivières à laquelle les Hill se sont joints, mais au moins trois de leurs enfants se sont convertis à la religion catholique. J'ai retrouvé les baptêmes de conversion de Mary-Ann en 1847, Joseph fils en 1849 et Sarah en 1861. Ces documents nous donnent en prime l'année de leur naissance et leur ancienne religion. Ils nous indiquent aussi si leurs parents étaient vivants ou non. Dans celui de Joseph fils, le 5 mai 1849, il est écrit fils de feu Joseph Hill et Ann Charlton. Joseph père est donc décédé avant cette date.


Conversion de Josep Hill fils le 5 mai 1849 à Trois-Rivières (Immaculée-Conception).



Je n'ai pas retrouvé de baptême de conversion pour James et John, ni pour les parents qui sont probablement demeurés anglicans.

Des servantes

Après le décès de Joseph père, son épouse Mary Ann Charlton et sa fille Sarah ont gagné leurs vies comme servantes dans des familles bourgeoises de Trois-Rivières.

En 1852, Mary-Ann Charlton, âgée de 50 ans, a été recensée sous le nom de Ann Hill. Elle était servante dans la maison du Shériff Ogden. Ce recensement nous confirme qu'elle est bien née en Angleterre de religion anglicane.

Recensement de 1852 à Trois-Rivières


La même année, la jeune Sarah Hill, âgée de 15 ans, était servante dans la maison du marchand irlandais John Keenan. Elle a déclaré être née à Trois-Rivières de religion protestante. C'était avant sa conversion. En 1861, elle était servante dans une famille Wright d'origine américaine à Trois-Rivières.

Descendance

Mary-Ann (1823-1891) s'est mariée tard. Elle a épousé François-Xavier Châteauneuf, un journalier de dix ans son cadet, en 1856. Selon l'annuaire de 1879, ils habitaient au 132 rue Bonaventure à Trois-Rivières. Ils ont eu au moins deux enfants : Marie (1858) et Ormina (1861).

James (1829-1874) a été cultivateur à Saint-Boniface. Il a eu quatorze enfants de ses deux femmes, dont huit ont atteint l'âge adulte. Sa descendance est nombreuse dans la région de Shawinigan. Son fils William s'est marié quatre fois. La fameuse cabane à sucre Chez Hill de Saint-Mathieu appartenait autrefois à un descendant de cette famille.

John  (1831- ) était journalier et habitait sur la rue Plaisante à Trois-Rivières, selon l'annuaire de 1879. En 1891, il était commerçant ferblantier toujours à Trois-Rivières. Sa femme, Domithilde Zaste, était une petite-fille du mercenaire allemand Heinrich Szass qui s'est établi à Berthier après sa démobilisation en 1783. Lors des recensements, Domithilde se disait d'origine allemande. Ils ont eu au moins six enfants à Trois-Rivières auxquels ils ont donné des prénoms anglophones : Mary Ann (1852), William Henry (1856), Elmire (1861), Delia (c1862), Elizabeth (1865) et John Philippe (1869).

Joseph fils (1834-1864) a eu au moins cinq enfants de ses deux mariages : Marie-Anne (1852), Joseph (1855), James (1858), Sara et un autre Joseph. Sa deuxième femme, Elise Sincaster était l'arrière-petite-fille de William Sangster un autre immigrant anglophone d'origine inconnue.

Sara (1835- ) ne s'est pas mariée. Je n'ai rien trouvé sur elle après le recensement de 1861.

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Note : Il y avait à la même époque un Thomas Hill à Saint-Étienne-des-Grès. Il a épousé Adéline Isabelle le 10 mai 1858 à l'Église protestante de Trois-Rivières. Les noms des parents ne sont pas mentionnés dans l'acte. Il s'est converti en 1868. Je n'ai pas réussi à le relier à la famille de Joseph Hill et Mary Ann Charlton. Thomas Hill n'a pas été recensé au Québec en 1852, il pourrait donc être arrivé plus tard.

mardi 8 octobre 2013

De choses et d'autres (8)

J'ai entendu des personnes de la génération de mes grands-parents, qui sont nées à la fin du 19ième siècle ou au début du 20ième siècle, prononcer curieusement certains mots. Ils disaient, par exemple, orguieux plutôt qu'orgueilleux. Faîtes une recherche sur le mot orguieux et vous allez trouver des citations d'ouvrages littéraires antérieurs à 1700 comme Ysaÿe le Triste, les Œuvres de Froissart ou les Vers sur la mort. 

Ces formes anciennes ont été conservées à la campagne au Canada français pendant plus de deux cents ans, mais je crois que la plupart sont aujourd'hui disparues. Du moins, je n'ai plus entendu prononcer orguieux depuis très longtemps.

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J'ai ajouté des informations sur William Telfer Bald dans Patronymes anglais en Mauricie. Le recensement de 1852 nous apprend qu'il menait grand train à Trois-Rivières.

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Étienne Gélineau est un ancêtre bien connu au Québec, en particulier dans la région de la Mauricie où sa descendance est nombreuse. Son patronyme a été déformé en Gélinas.  À ma connaissance, aucun de ses descendants ne porte le patronyme d'origine Gélineau.

Il existe au Québec une souche distincte de Gélineau qui descendent du cordonnier François Gélineau dit Lachapelle. Cette seconde famille, beaucoup moins nombreuse que la première, se retrouve surtout dans la région de Montréal et dans l'Outaouais. Les descendants de François Gélineau ont conservé son patronyme.

Les deux Gélineau étaient Saintongeais. Étienne venait de la ville de Saintes et François, de Saint-Paul de Clion, à une centaine de kilomètres plus au sud.

mardi 16 juillet 2013

Recensé deux fois

En 1852 à Yamachiche, Cyriac Caron, un forgeron âgé de vingt ans, a été recensé deux fois :
  • Chez sa soeur Rose Caron, épouse d'Alexis Lacerte et mère de deux petits : Philomène et Pierre Lacerte.
  • Chez ses parents Alexis Caron et Pélagie Rivard-Laglanderie.
L'année suivante, le 22 novembre 1853, Cyriac Caron a épousé Marie Biron dans la paroisse Sainte-Anne de Manchester dans le New Hampshire aux États-Unis. Voir sur ce blog : Qui était Marie Biron ?

Cyriac Caron 122g

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J'aime bien cette coutume qu'avaient les recenseurs d'attribuer au jeune enfant de sexe masculin le métier du père. Ainsi, à l'âge tendre de deux ans, Pierre Lacerte était déjà journalier comme son papa Alexis Lacerte, époux de Rose Caron.

lundi 4 mars 2013

Deux enfants-servantes

Une des images que l'on retient du dix-neuvième siècle est celle d'enfants travaillant dans les mines ou dans les manufactures. À cette époque, on quittait la maison paternelle à douze ans pour devenir apprenti. Des auteurs comme Charles Dickens, en Angleterre, et Mark Twain, aux États-Unis ont commencé à travailler à cet âge. Plus près de  nous, Benjamin Sulte a dû abandonner l'école pour gagner sa vie dès l'âge de dix ans.

De nos jours, ce phénomène est pratiquement disparu des pays riches mais encore très présent dans les pays pauvres.

Cosette dans Les Misérables


Louise Vallière

Louise Vallière était une enfant-servante de douze ans. Elle vivait dans la maison de Louis Gauthier à Hunterstown dans le comté de Maskinongé en 1852. Gauthier et sa femme Émilie Vallière avaient cinq jeunes enfants, dont le plus vieux avait six ans. Ils ont eu un nouvel enfant à chaque année depuis leur mariage en 1845.

Hunterstown est une ancienne municipalité, aujourd'hui intégrée à Saint-Paulin, près du contrefort des Laurentides. C'était plutôt un hameau qu'un village. Des familles de travailleurs s'étaient regroupées autour d'un gros moulin à scie, alimenté par la puissance hydraulique de la Rivière-du-Loup. Au recensement de 1852, il y avait 350 habitants. La plupart des chefs de familles étaient journaliers. Il y avait aussi un forgeron, un meunier et quelques cultivateurs.Tous les bâtiments, le moulin à farine, la forge et les résidences des employés appartenaient à la compagnie de Truman Kimpton qui avait acheté la majeure partie des terres du canton vers 1823. En bon anglais, c'était une company town.

Le recensement de 1852 nous donne l'occupation, l'âge et le lieu de naissance. Louise était une servante, âgée de douze ans, née à Saint-Léon-le-Grand, prés de Saint-Paulin. J'ai vérifié les naissances à Saint-Léon en 1840 et trouvé une Marie-Louise Vallière qui est née le 13 juillet. Elle était la fille de Joseph Vallière et d'Élisabeth Alarie, la plus jeune d'une famille nombreuse. Sa mère, Élisabeth Alarie, avait 48 ans. Elle est morte moins de deux ans après la naissance de Louise, le 24 avril 1842.

La maîtresse de maison chez qui elle travaillait comme servante, Émilie Vallière, était la soeur aînée de Louise. Quand elle a atteint ses dix-huit ans, Louise Vallière a épousé Augustin Gauthier, le frère de Louis Gauthier chez qui elle travaillait.

Louise Lemay

Louise Vallière n'était pas un cas unique. J'ai trouvé pire. Il y avait une autre enfant servante à Hunterstown en 1852. Louise Lemay était âgée de douze ans, selon le recensement, et née à Saint-Léon elle aussi. Elle vivait dans la maison de Jean-Baptiste Déchaine. Ce "Déchaine" était en réalité un Miville-Deschesnes.

La seule naissance d'une Louise Lemay que j'ai trouvée à Saint-Léon date du 10 octobre 1843. Elle aurait donc eu neuf ans et non pas douze. Pourquoi l'aurait-on vieilli devant le recenseur ? D'après mes recherches, aucune loi n'empêchait le travail des enfants à domicile. Mais il pouvait être gênant de déclarer qu'on se faisait servir par une fillette de neuf ans, fut-ce une parente.

Il y avait en tout quatre servantes à Hunterstown en 1852. Les deux autres étaient âgées de dix-huit et vingt-deux ans.

samedi 20 octobre 2012

Les mégissiers

Mégissier : Celui qui apprête les peaux, principalement d'ovins et de caprins, à l'exclusion des grosses peaux de bovins dont s'occupent les tanneurs.

Corroyeur : Celui qui corroie le cuir, qui l'assouplit après le tannage.


Dans l'article Des Hurons à Trois-Rivières, je me demandais ce qui avait pu attirer ces gens si loin de Lorette. La réponse se trouve dans le recensement de 1891. C'est le travail tout simplement. Ils étaient employés comme mégissiers, pour leur habileté à apprêter les peaux d'animaux. Le recensement ne dit pas pour qui ils travaillaient. C'était peut-être pour la Balcer Gloves Co. ou bien pour une autre manufacture de chaussures ou d'autres produits en cuir. Il y en avait plusieurs à Trois-Rivières.

Mégissier est le métier que leur a donné le recenseur qui semblait bien s'y connaître dans ce domaine. Pour leur part, les Hurons de Trois-Rivières se disaient plutôt corroyeurs, un métier dont la définition est assez proche de celle de mégissier. Dans les registres, on les dit parfois corroyeurs.


N'écoutant que mon courage, j'ai donc relevé les mégissiers du quartier Notre-Dame de Trois-Rivières dans le recensement de 1891. J'en ai trouvé cinq qui, je crois, avaient tous des origines huronnes. Il y en avait peut-être dans les autres quartiers de la ville.

Les Hurons de Trois-Rivières n'étaient pas tous mégissiers. Certains étaient charretiers d'autres journaliers. J'en ai même trouvé un qui était constable. Mais je crois que ce travail de mégissier est la raison pour laquelle ils se sont fixés à Trois-Rivières. Ils ont d'abord fréquenté cette ville sur une base saisonnière, comme trappeurs pour vendre leurs fourrures, puis se sont sédentarisés quand des emplois de mégissier ou de corroyeurs sont devenus disponibles pour eux.

Ces Hurons de Lorette étaient déjà très métissés avant leur arrivée à Trois-Rivières. Ils ne se définissaient pas eux-mêmes comme Amérindiens dans les registres et les recensements. Les plus vieux d'entre eux, comme Thomas Laveau, Siméon Romain et Georges Verrette, étaient mégissiers et se sont mariés à Trois-Rivières dans les années 1860. Les plus jeunes ont fait d'autres métiers. Finalement, la plupart se sont assimilés à la population de Trois-Rivières.

Voici donc mes cinq mégissiers du recensement de 1891 :  

Bastien, Édouard (37 ans), sa femme Étudienne (33 ans) et leurs 8 enfants mineurs. Leur patronyme était Sébastien et non Bastien. C'est peut-être une erreur du recenseur, mais plus probablement un changement dans le nom. Beaucoup de Sébastien ont changé leur nom pour Bastien. Édouard Sébastien était le fils de Joseph et de Caroline Blais qui ont vécu à Trois-Rivières. Caroline Blais s'est remariée avec Thomas Laveau avec qui elle a été recensée en 1891(ci-après).

Laveau, Thomas (57 ans) et sa femme Caroline (56 ans).

Romain, Siméon (57 ans), sa femme Delphine (58 ans) et leurs enfants : Théophile (27 ans), Arthur (25 ans), Arthémise (22 ans), Abbé (17 ans). Les garçons travaillaient comme forestiers et la fille Arthémise comme couturière dans une manufacture de coton. On trouve aussi voisins d'eux dans le quartier Notre-Dame, la famille de leur fils Octave Romain (29 ans) qui travaillait comme charretier.

Sioui, David  (36 ans), sa femme Marie (30 ans), leurs enfants : Clarinda (5 ans) et Tancrède (9 mois). Les parents de David habitent avec eux : Clément Sioui (76 ans) et Virginie (66 ans).

Verrette, Georges (58 ans), sa femme Marie (42 ans) et leurs 8 enfants. Leurs enfants plus âgés sont commis-voyageur, journalier, et employés dans des manufactures de gants et de chaussures. Georges Verrette, époux de Marie Francoeur, avait du sang huron par sa grand-mère paternelle Rose Zacharie Thomas, Il est décédé à Trois-Rivières en 1909. Au recensement de 1871 à Trois-Rivières, Georges Verrette se déclarait « rapporteur de fourrures ». 


Note 1 : Le recenseur du quartier Notre-Dame de Trois-Rivières en 1891, un certain N. Marchand qui est mort depuis longtemps, mérite des félicitations. J'ai rarement vu un recensement aussi bien fait.

Note 2 : Il y avait beaucoup de cordonniers dans ce quartier en 1891 : des cordonniers-tailleurs, cordonniers-monteurs, cordonniers-finisseurs, cordonniers-chevilleurs et cordonniers-talonneurs. C'étaient assurément des employés des usines de chaussures. Mais d'autres, qui ne méritaient peut-être pas le titre de cordonnier, étaient simplement désignés comme employés de manufacture de chaussures.

samedi 12 mai 2012

Des mendiants à la Pointe-du-Lac

On trouve dans le recensement de 1852 à la Pointe-du-Lac, près de Trois-Rivières, deux familles dont les membres ont déclaré exercer le métier de mendiant (le recenseur a plutôt écrit "mandian"). C'est la première fois que je trouve une telle mention dans un recensement.

Famille Alary

La première famille de mendiants portait le nom d'Alary. Michel Alary, le père, était âgé de 56 ans. Il est né à la Pointe-du-Lac. Sa femme, Angéle Villemaire, âgée de 39 ans, est née à Montréal. Ils avaient 5 enfants : Michel (22 ans), Marie (16 ans), Julie (13 ans), Clarine (9 ans) et Domithilde (7 ans), tous nés à la Pointe-du-Lac selon le recensement.

J'ai retrouvé leur mariage : Michel Alary, fils de François et de Marguerite Héroux, a épousé Angélique Vilmer, fille d'Étienne et de Thérèse Normandin, le 7 août 1826 à Trois-Rivières. Il y a peut-être une erreur sur l'âge de la femme Villemaire dans le recensement. Elle était probablement plus âgée que 39 ans.

Famille Sanspitié

La deuxième famille de mendiants portait le nom de Sanspitié (le recenseur a écrit Sanpitier). Elle était constituée de 5 personnes : Léon Sanspitié, Marguerite Saint-Jean, Louis Sanspitié, Léon Sanspitié et Marie Sanspitié. Le recenseur n'a pas inscrit leur âge, leur religion et leur paroisse d'origine. Ils ont déclaré résider à l'extérieur de la Pointe-du-Lac dans un lieu appelé Saint-André.

La famille Milliard-Sanspitié (drôle de nom pour un mendiant) était originaire du Bas-du-Fleuve, du comté de Kamouraska. J'ai retrouvé le mariage de Léon Milliard-Sanspitié, fils d'Henri et de Marie Bois, avec Marguerite St-Jean, fille de Louis et de Thérèse Benoît, le 25 juin 1844 à Nicolet. Quelques actes relatifs à leurs enfants témoignent d'un nomadisme certain. Ils se déplaçaient continuellement, probablement pour mendier de village en village. La mère accouchait en route : deux enfants prénommés Louis et Léon ont été baptisés à Nicolet en 1845 et à Château-Richer en 1847; un Joseph a été baptisé à Saint-Thomas de Joliette en janvier 1856; un enfant de 3 ans prénommé Georges est inhumé à Saint-Maurice en 1861.

Le lieu de résidence qu'ils ont déclaré au recensement de 1852 était probablement le Saint-André du comté de Kamouraska où vivaient des familles Milliard, descendants du basque Joannis Milliard. Aucune paroisse ne portait le nom de Saint-André en Mauricie.

Léon Milliard-Sanspitié était aussi connu sous les prénoms de Léon-Bruno et de Bruno.

Mis à jour le 6 février 2015.

mercredi 9 mai 2012

Le fort Michilimackinac

Le fort Michilimackinac, construit en 1715, était situé au sud du détroit de Mackinac qui relie les grands lacs Michigan et Huron, à l'extrémité nord de l'État du Michigan. C'était la plaque tournante du commerce des fourrures à l'époque de la Nouvelle-France et sous le Régime anglais. La plupart des Voyageurs qui se rendaient dans les Pays d'en Haut passaient par là pour se réapprovisionner avant de poursuivre leur route.


Les contrats d'engagement des Voyageurs mentionnent très souvent Michilimackinac comme destination ou comme lieu de passage vers l'Ouest. C'était la destination la plus fréquente des contrats que j'ai consultés dans la Banque de données sur les Voyageurs, pour la période de 1730 à 1818.

Comme ces Voyageurs rencontraient souvent des Amérindiennes, une importante population métisse s'est développée à proximité du fort. Au recensement du Michigan de 1830, j'ai trouvé dans le comté de Michilimackinac beaucoup de patronymes canadiens français : des Allard, André, Beaubien, Bertrand, Bisaillon, Blanchard, Boisvert, Bonet, Bouchard, Chamberlan, Champagne, Charbonneau, Chenier, Cloutier, Descôteaux, Desrivières, Durocher, Fontaine, Gauthier, Gauvreau, Gendron, Germain, Gervais, Girardin, Grégoire, Guillet, Hamelin, Homier, Hubert, Lachance, Laframboise, Lapierre, Laverdure, Lavigne, Lebeau, Leduc, Lorrain, Lusignant, Marchand, Martin, Morin, Nadeau, Paquette, Payan, Pelletier, Perrault, Picard, Pilote, Provost, Rainville, Robillard, Rousseau, Saint-Ange, Saint-Arnaud, Sénéchal, Tremblay, Trottier, Trudel, Vaillancourt, Vanier.

Curieusement, selon l'étude de Kerr et St-Onge mentionnée plus bas, il n'y avait pas vraiment d'identité métisse à Michilimackinac. Les sang-mêlé se disaient soit Amérindiens, soit Canadiens français ou encore Anglais.

Voir Lynn L. Morand, « Michilimackinac revisité », Cap-aux-Diamants : la revue d'histoire du Québec, n° 66, 2001, p. 43-45.

Voir aussi Gavin Kerr et Nicole St-Onge, Une communauté migratoire frontalière: les voyageurs de Penetanguishene, 1796-1828, Cahiers Francos-canadiens de l'Ouest vol. 12, No 1, 2000, p. 29-43.

lundi 9 avril 2012

Une petite Italie à Shawinigan en 1901

En 1901, peu avant l'incorporation de la ville, les premiers résidents de Shawinigan ont été recensés dans le district H-2 de Saint-Boniface. On voit apparaître dans les pages de recensement quelques centaines de pensionnaires (boarders) qui habitaient chez des familles du lieu. Je crois que ces pensionnaires étaient employés à la construction des installations de la Shawinigan Water and Power et des premières usines : la Pittsburg Reduction Co (Alcan) et la Belgo Pulp, notamment. C'étaient généralement des hommes seuls, parmi lesquels on trouve une forte proportion de noms anglophones. Certaines résidences plus importantes (des auberges?) logeaient  une quinzaine d'hommes pensionnaires, de même que des femmes qui avaient le statut de domestiques.

Les deux dernières pages du recensement sont couvertes d'une centaine de noms italiens : Lacovana, De Santis, Carlino, Pelegrini, etc. Aucun nom francophone ou anglophone parmi eux, ce qui signifie qu'ils résidaient ensemble à l'écart du reste de la population. Il est à noter que ces Italiens étaient locataires (lodgers) et non pas pensionnaires (boarders). Ils cohabitaient à plusieurs (entre quatre et neuf) dans des logements loués. Il n'y avait pas de femmes parmi eux, même si la plupart des Italiens se déclaraient mariés. Le colocataire le plus âgé était désigné chef du logis.

À cette époque, on employait des Italiens pour construire les chemins de fer. À Shawinigan, on terminait alors les voies ferrées qui allaient desservir les usines en construction. D'où venaient ces Italiens ? Peut-être de Montréal ou de New York, mais je crois plutôt que c'étaient des immigrants temporaires qui sont venus au Canada pour la durée des travaux de construction et sont ensuite retournés dans leur pays, comme le font de nos jours les travailleurs agricoles sud-américains. J'imagine qu'ils ont dû, dans un premier temps, construire leurs propres habitations car Shawinigan était alors un véritable boomtown où le logement était rare.

Travailleurs employés à la construction d'un chemin de fer au débu du XXe siècle

jeudi 21 janvier 2010

La modestie féminine

Lors de son mariage avec Elzéar Bourassa le 16 mai 1876 à Saint-Boniface, Odélie Gélinas a déclaré ne pas savoir signer. Or, elle savait signer, même qu'elle écrivait très bien. Je crois qu'elle l'a fait par modestie, pour ne pas porter ombrage à son mari qui était analphabète. Peut-être aussi par timidité. Elle n'avait que 17 ans.

L'acte de mariage nous apprend aussi que le père d'Elzéar était gravement malade ou invalide puisque c'est son fils aîné Joseph qui tient lieu de père au marié; le père d'Elzéar était alors âgé de 71 ans. De son côté, Odélie Gélinas était orpheline de père et c'est son beau-père Raphaël Lamy qui est son témoin.

On remarque sur la photo que les deux mariés portent des décorations ou médailles en forme de croix, ce qui pouvait signifier leur appartenance à un mouvement religieux, peut-être une ligue de tempérance.

Le jour du mariage, les parents d'Elzéar lui ont donné, devant le notaire Biron de Saint-Boniface, un montant de 400 $, ce qui était une somme assez importante à l'époque. Bien que ce ne soit pas spécifié dans le contrat, cette somme pouvait être une compensation financière pour les dépenses encourues par le jeune couple pour l'entretien des parents d'Elzéar.

Les mariés ont ensuite cohabité pendant une dizaine d'années avec des membres de la famille d'Elzéar. Au recensement du Canada effectué au printemps 1881, soit 5 ans après leur mariage, le recenseur a dénombré 6 personnes dans la maison qu'ils habitaient à Saint-Boniface :
  • Elzéar Bourassa âgé de 28 ans
  • Odélie Gélinas son épouse âgée de 21 ans
  • leurs filles Almida (3 ans) et Diana (3 mois)
  • la mère d'Elzéar, Émilie Grenier qui était alors veuve et âgée de 68 ans
  • Majorique Bourassa, le jeune frère d'Elzéar, célibataire et âgé de 24 ans.

Le père d’Elzéar, Joseph Bourassa, est décédé quelques années avant ce recensement; il est mort le 3 avril 1878, deux semaines après la naissance d’Almida, le premier bébé d’Odélie. La mère d’Elzéar, Émilie Grenier, a vécu encore plusieurs années; elle est décédée le 12 janvier 1888 à l’âge de 75 ans. Majorique, le frère d’Elzéar, a dû quitter la maison vers 1884, année de son mariage avec Marie-Ange Lambert de Saint-Léon.


L'acte de mariage

« Le seize mai mil huit cent soixante-seize, après la publication d’un ban de mariage, faite sans opposition quelconque, au prône de notre messe paroissiale, dispense des deux autres bans ayant été accordée le douze courant par Sa Grandeur Monseigneur Louis-François Laflèche, Évêque des Trois-Rivières, ne s’étant découvert aucun empêchement au dit mariage, et du consentement de la mère de l’épouse, nous, curé soussigné, avons reçu le mutuel consentement de mariage de Elzéar Bourassa cultivateur, fils majeur de Joseph Bourassa, cultivateur, et de Émilie Grenier, de cette paroisse, d’une part; et de Odélie Gélinas, fille mineure de feu Antoine Gélinas, cultivateur, et de Odile Descôteaux, aussi de cette paroisse, d’autre part; et leur avons donné la bénédiction nuptiale en présence du côté de l’époux, de Joseph Bourassa fils soussigné, et du côté de l’épouse de Raphael Lamy beau-père qui ainsi que les époux a déclaré ne savoir signer. »

mardi 17 novembre 2009

L'alcool à Yamachiche en 1851

Le notaire Petrus Hubert est né à Yamachiche le 18 août 1810, de Pierre Hubert et de Marie-Louise Carbonneau. Il a fait ses études au Séminaire de Nicolet de 1821 à 1828 et a été admis à la profession de notaire en 1834. Petrus Hubert est l'auteur du premier manuel de notariat canadien.

Il a été nommé responsable du recensement de la population de Yamachiche en 1851. Normalement, les recenseurs se contentaient de remplir des tableaux de données mais Petrus Hubert a cru bon d'ajouter un texte où il fait une appréciation morale des paroissiens qu'il a rencontrés.

Il énumère d'abord le nombre de commerces et d'établissements de toutes sortes : "Il n'y a pas d'auberges ni de tavernes, mais il y a 4 maisons de pension. Il y a 6 magasins, 8 boutiques de forgerons, 4 boutiques de tanneurs, 7 boutiques de cordonniers, 12 boutiques de menuisiers, 1 boutique de voituriers, 2 boutiques de potiers ..."

Yamachiche était en 1851 le centre urbain le plus important de la Mauricie après Trois-Rivières. De plus, le village était très bien situé sur le chemin du Roy, une des routes les plus passantes de l'époque. Qu'il n'y ait eu aucune auberge ou tavernes, c'est-à-dire aucun commerce vendant de l'alcool, est vraiment étonnant. On pourrait croire que des alambics fonctionnaient à plein régime dans le fond des rangs. Mais non! Petrus Hubert nous apprend que les problèmes liés à l'alcool ont été réglés grâce aux sociétés de tempérance :

"Nous avons la satisfaction de pouvoir constater, par l'expérience de nos visites domiciliaires en faisant ce rescensement, qu'il s'est opéré dans la paroisse depuis quelques années une amélioration frappante dans la condition des familles et des individus; on n'y a nulle part rencontré le spectacle d'une indigence et d'une misère désolante, comme il était arrivé auparavant d'éprouver en quelques endroits de pénibles impressions; et nous sommes convaincus que le retour du peuple à la sobriété par l'établissement des sociétés de tempérance y est de beaucoup dans l'heureuse transition morale et physique de la gène à l'aisance qu'ont subie les populations de cette grande paroisse."


Le mouvement de tempérance a débuté aux États-Unis vers 1808. Au Canada français, le principal apôtre de la tempérance a été l'abbé Charles Chiniquy (1809-1899). Fils de notaire, il a étudié au Séminaire de Nicolet de 1822 à 1829, en même temps que Petrus Hubert. Il a été vicaire ou curé dans plusieurs paroisses avant de se consacrer entièrement à la prédication. Il a fondé en 1840 la première société de tempérance à Beauport; ceux qui adhéraient à cette société s'engageaient à ne pas boire de boissons alcooliques et à ne pas fréquenter de cabarets. Doté d'un talent oratoire et d'une forte personnalité de type narcissique, Chiniquy était adulé par les foules. Il a eu des démélés avec les autorités religieuses après avoir été dénoncé, à plusieurs reprises, pour des inconduites sexuelles à l'endroit de "ménagères" qui travaillaient à son presbytère. À chaque dénonciation, ses supérieurs tentaient d'étouffer l'affaire en le déplaçant. Il a fini par s'exiler aux États-Unis, au Michigan, où il s'est converti au protestantisme dans l'Église presbytérienne.

Les sociétés de tempérance, qui avaient pour symbole une croix noire, étaient une manifestion de l'emprise accrue du clergé sur la population canadienne-française. Selon l'historien Jacques Saint-Pierre, vers 1850, elles comptaient environ 400 000 adeptes sur une population totale des 900 000 catholiques, ce qui est énorme. Mais les habitants trouvaient quand même le moyen de prendre un petit coup. Dans ses mémoires, Jos-Phydime Michaud raconte : "Avant 1914, chaque habitant faisait lui-même son gin et son whisky. La fabrication avait augmenté, surtout depuis la fermeture des hôtels à Kamouraska après la campagne de tempérance. La bouteille de whisky coûtait très cher et il était difficile de s’en procurer" (Kamouraska de mémoire… Souvenirs de la vie d’un village québécois).

Ajout : Il semble que les problèmes de comportement de Chiniquy aient commencé tôt, dès l'adolescence. Dans la Revue d'histoire de l'Amérique française (vol 12, no 4, 1959), W. J. Price raconte pourquoi le père adoptif de Chiniquy, le marchand Amable Dionne, qui finançait ses études au Séminaire de Nicolet, a rompu tous ses liens avec lui en 1825. Alors âgé de 16 ans, Chiniquy aurait attenté à la vertu de ses soeurs adoptives, les filles du marchand Dionne. Il a ensuite raconté que c'était à cause d'un petit montant d'argent (28 chelins) qu'il avait dépensé que son père adoptif l'avait renié. Impressionnés par son talent, les prêtres du Séminaire de Nicolet l'ont cru et ont décidé de le garder gratuitement comme pensionnaire.

Bizarre : Une ville du Michigan porte le nom de Temperance.

mercredi 11 novembre 2009

Les femmes du cordonnier Lacombe

Le cordonnier Edmond Lacombe (1863-1941), fils d'Onésime et de Louise Martin, était originaire de la paroisse de Saint-Barnabé-Nord en Mauricie. Il a eu deux épouses qui portaient des prénoms peu communs. Sa première femme, Deigneur Gélinas, lui a donné 18 enfants vivants. Sa deuxième femme, Fridoline Blais, a vécu cent ans.

Deigneur la féconde (1871-1929)

Le prénom de Deigneur Gélinas, fille de Thomas Gélinas et d'Alphie Bellemare, a été écrit de toutes les façons : Daigneur, Dagneur, Degneur, Digneur, Dégneure, Deneur, Dagnès, Meigneur, Lagnure, etc. J'ignore d'où il vient; c'était peut-être une déformation d'un prénom anglais qui étaient en vogue à cette époque.

Elle s'est mariée en 1887 à l'âge de 16 ans. Elle a eu son premier enfant dix mois plus tard et son dix-huitième à 44 ans : Lydia (née en 1887), Virginie (1888), Philémon (1890), Anna (1891), Alfred (1892), Camille (1893), Armédia (1894), Graziella (1896), Wilbray (1897), Rosée (1898), Aldéa (1899), Alphonse (1904), Généré (1905), Albert (1907), Simone (1908), Gérard (1911), Roland (1913) et Lucienne (1916).

Neuf enfants sont décédés avant d'atteindre l'âge adulte. L'année 1898 a été particulièrement éprouvante alors que trois petits, Camille (5 ans), Armédia (4 ans) et Graziella (18 mois) sont morts durant l'hiver, peut-être d'une grippe ou d'une autre maladie infectieuse. Cet hiver-là, la famille habitait à Saint-Mathieu-du-Lac-Bellemare, un village forestier situé au nord de Saint-Boniface-de-Shawinigan, et Deigneur était enceinte pour la dixième fois.

Après leur mariage, ils ont vécu d'abord à Saint-Boniface-de-Shawinigan (1887-1893), puis à Sainte-Flore et à Saint-Mathieu avant de s'établir définitivement à Grand-Mère. La carte postale qui suit présente une vue générale de la ville de Grand-Mère vers 1905-1910 (photo de J.A. Roy). On voit à l'arrière-plan l'usine de pâte Laurentide autour de laquelle la ville s'est développée.



Deigneur Gélinas est décédée à Grand-Mère le 11 janvier 1929 à l'âge de 57 ans. Edmond Lacombe est demeuré veuf pendant cinq ans. En 1935, il s'est remarié avec Fridoline Blais , une veuve âgée de 68 ans.


Fridoline la centenaire (1867-1967)

Contrairement à Deigneur, Fridoline Blais s'est mariée tard. Selon l'âge inscrit sur son acte de sépulture, elle serait née en mai 1867, l'année de la Confédération. Elle était la fille de Georges Blais et de Sophie Saint-Pierre de Saint-Barnabé. Au recensement de 1901, elle était encore célibataire (on disait alors vieille fille) et vivait seule avec sa mère à Yamachiche.

En 1904, à l'âge de 37 ans, elle a épousé un veuf Joseph Lacombe. Ensemble, ils ont eu une fille qu'ils ont prénommée Fridoline comme sa mère (la petite n'a pas aimé son prénom et en a changé plus tard pour celui de Jeannette). Ils ont vécu à Saint-Étienne-des Grès dans le comté de Saint-Maurice où Joseph est décédé en 1934.

L'année suivante, Fridoline Blais s'est remariée avec Edmond Lacombe, veuf de Deigneur Gélinas. Ce deuxième mariage a duré à peine 6 ans. Edmond est mort le 27 novembre 1941 à Grand-Mère.

Fridoline est décédée le 16 septembre 1967, l'année de l'Exposition universelle de Montréal. Elle a été inhumée à Saint-Étienne-des-Grès. Selon l'acte de sépulture, elle était âgée de 100 ans et 4 mois. Il est à noter que sa mère Sophie Saint-Pierre (1827-1924) a vécu elle aussi très longtemps, soit jusqu'à l'âge de 97 ans, ce qui démontre bien le caractère héréditaire de la longévité.

Voir aussi sur ce blog : Quand Grand-Mère était jeune.

jeudi 21 mai 2009

Le recensement de 1901

Le recensement du Canada de 1901 est disponible en ligne sur le site de Bibliothèque et Archives Canada (http://www.collectionscanada.gc.ca/). Il s'agit de photographies des pages du questionnaire qui sont difficiles à consulter.

Des bénévoles ont retranscrit cette information dans une base de données qui est accessible, en anglais seulement, sur le site d'Automated Genealogy (http://automatedgenealogy.com%29./). C'est un travail colossal. Les erreurs sont nombreuses mais un processus de révision est en cours pour les corriger. À terme, le but d'Automated Genealogy est de coupler cette information avec celles des autres recensements et avec d'autres sources de données nominatives comme le Dictionnaire biographique du Canada et les articles de journaux. Les généalogistes auraient ainsi accès en ligne à une variété d'informations sur un même individu ou une même famille.

J'ai relevé dans la banque de données d'Automated Genealogy les informations sur quelques familles que je connais et ajouté des corrections entre parathèse lorsqu'il y avait des erreurs. Ces erreurs peuvent avoir été faites par les recenseurs qui ont visité les familles en 1901 (certains écrivaient vraiment comme des cochons) ou encore par les bénévoles d'Automated Genealogy qui ont retranscrit les données. Il se peut aussi que des familles aient mal répondu aux questions qui leur étaient posées en 1901, la mauvaise prononciation des prénoms étant une source d'erreur fréquente. Mais dans l'ensemble c'est un excellent travail qui sera très utile aux généalogistes.

Saint-Étienne-des-Grès dans le comté de Saint-Maurice, la famille no 22 : St Onge (St-Onge ou Saintonge) Filex (Félix), sa femme Georgina (Georgianna), leurs enfants Marilouse (Marie-Louise), Edouardina, Alfred, Alvina, Failex (Félix), Arthur, Albert, Mariana (Marie-Anna), de même que Lavallée Exina (Alexina).

Saint-Boniface-de-Shawinigan dans le comté de Saint-Maurice, la famille no 25 : Lampron Olivier, sa femme Marie, son fils George (Georges) et sa fille ? (Eulalie). Dans la même paroisse, la famille no 30 : Bourassa Elzéar, sa femme Osélie (Odélie), ses enfants Diana, Sarah, Louise (Louisa), Philippe, Adjutor, Angélina, Maria, Anna, Antoine , Joseph (Josaphat).

Saint-Mathieu dans le comté de Saint-Maurice, la famille no 74 : Decoteau (Descôteaux) Maxime, sa femme Méry (Marie), ses enfants Atanas (Athanase), Abert (Albert), Adam (Adelme), Eméder (Amédée), Clodia (Élodia). Dans la même paroisse, la famille no 82 : Decoteau (Descôteaux) Thelsphor (Télesphore), sa femme Eulalie et son fils Rogatien. Il y a vraiment beaucoup d'erreurs dans cette paroisse, non seulement dans les noms des personnes mais aussi dans leur date de naissance. Ces données n'ont pas encore été révisées.

Gentilly dans le comté de Nicolet, la famille no 57 : Picard Alphonse, sa femme Aurore, ses filles Léda, Bertha, Alma, Marie A (Marie-Ange) et Jeanne, de même que son frère Ludger.

Sainte-Flore dans le comté de Champlain, la famille no 99 : Lavergne Adelard (Adélard), sa femme Exilda (Azilda), ses enfants Anna, Albertine, Flore, Albert et Lucien.

Pour certaines paroisse, dont Sainte-Flore, des liens hypertextes ont déjà été établis avec le recensement de 1911. On peut ainsi comparer les informations sur une personne ou une famille à dix ans d'intervalle. C'est génial!