Affichage des articles dont le libellé est écologie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est écologie. Afficher tous les articles

dimanche 21 décembre 2014

Le petit-poisson de Noël

On pêche encore aujourd'hui en hiver, sur les glaces des rivières Sainte-Anne et Batiscan, le poulamon atlantique aussi appelé petit-poisson des chenaux. Son nom lui vient des chenaux qui sont formés par les îles à l'embouchure de la rivière Saint-Maurice, à Trois-Rivières. Au dix-neuvième siècle, on pêchait le poulamon atlantique à cet endroit pendant la période des fêtes, entre Noël et les Rois. On l'appelait alors le petit-poisson de Noël.

Le poulamon atlantique (Microgradus Tomcod)


En 1895, l'historien Benjamin Sulte nous a décrit cette pêche dans le volume 20 de ses Mélanges historiques :
" L'hiver, c'est un autre spectacle. La neige couvre les îles, les chenaux disparaissent sous une couche de glace. Dans ces lieux désolés, le lièvre et le renard tracent leurs pistes, que le chasseur suivra bientôt d'un oeil attentif. De temps à autre, une voiture passe sur le chemin de la traverse, balisé de petits sapins plantés dans le mol édredon qui recouvre les eaux durcies par l'action de l'hiver.
Mais, durant la semaine qui précède la fête de Noël, tout change, les îles s'animent en quelque sorte ; partout circule une population affairée ; on dresse des cabanages ; la tranche de fer et le godendard entament la glace sur une cinquantaine de points choisis à certaines distances les uns des autres ; le travail se continue jour et nuit jusqu'à ce que des ouvertures soient pratiquées au goût des pêcheurs, car il s'agit de pêcher le fameux petit-poisson de Trois-Rivières !
Chaque trou mesure de douze à quinze pieds de longueur sur cinq de largeur. On y enfonce un long coffre formé de quatre baguettes de bois de frêne revêtues de rêts ; l'un des bouts du coffre est ouvert et placé à l'encontre du poisson qui remonte le courant, et qui entre par masse dans ces appareils ; après quelques minutes d'attente, le pêcheur soulève la gueule du coffre, tire le tout hors de l'eau ; vous voyez alors frétiller sur la glace des centaines de petits êtres qui gèlent, en attendant la poêle à frire. On en prend plus de 40,000 boisseaux chaque hiver, en deux semaines seulement parce que, avant Noël, il n'est pas encore arrivé. et aux Rois, il achève sa course vers le rapide des Forges. Cette manne n'a qu'un temps. "

Pêche au poulamon, Trois-Rivières, Qc, 1890 (Musée McCord)

Déclin du petit-poisson des chenaux


Une dizaine d'années plus tard, Benjamin Sulte ajoutait une note en bas de page :
" Ces lignes étaient écrites en 1895. Depuis lors, les usines de Shawinigan Falls et de Grand-Mère ont pollué les eaux ; le petit-poisson venant de la mer, s'arrête pour frayer à la rivière Champlain et aux battures de Batiscan. Et il ne tardera pas à disparaître tout à fait."
Heureusement, sa prédiction ne s'est pas avérée. S'il a disparu des chenaux de Trois-Rivières, à cause de la pollution de la rivière Saint-Maurice, le petit-poisson de Noël remonte toujours à chaque année les rivières Sainte-Anne et Batiscan. 


lundi 18 novembre 2013

Nous te plumerons

Où il est question de Martha la dernière tourte et de la récréation chez les Ursulines de Trois-Rivières.

Un oiseau grégaire

La tourte (Ectopistes migratorius) aimait la compagnie. C'est d'ailleurs ce qui a causé sa perte. À chaque année, à l'automne et au printemps, les tourtes se rassemblaient par millions, tellement que le ciel en était obscurci. Un chasseur pouvait facilement en tuer des centaines en tirant à l'aveugle dans les airs ou encore, en les frappant au sol avec un bâton. Une maladie est venue aggraver le tout, de sorte que le dernier spécimen de cet oiseau migrateur du Nord-Est de l'Amérique, cousin du pigeon, est mort au zoo de Cincinnati en 1914. Elle s'appelait Martha.

Photo de Martha, la dernière tourte morte en 1914.

Selon un document ancien, les Ursulines de Trois-Rivières auraient joué un rôle dans la disparition de la tourte.


Les pensionnaires s'amusent

En 1857, au pensionnat des Ursulines de Trois-Rivières, les distractions étaient rares. Les jeunes filles effectuaient de petits travaux pour se rendre utiles quand une récréation leur était accordée :
« De fois à autres, ce plaisir leur était accordé. Parfois la récréation avait lieu au réfectoire des religieuses, pour trier du blé d'hostie ; un autre jour, à la cuisine, pour plumer des tourtes que les serviteurs apportaient à pleines charrettes » (Annales des Ursulines de Trois-Rivières, tome IV, p 69).


mercredi 24 juillet 2013

L'herbe à dindes dans le pré fleuri

J'ai converti un bout de terrain dont je ne me servais pas en pré fleuri, tout simplement en cessant d'y tondre la pelouse. Ou plutôt, je ne la tond qu'une seule fois à l'automne, quand les herbes sont sèches, pour éviter la pousse d'arbres et d'arbustes.

Pas besoin de semer des mélanges de graines coûteux, des fleurs sauvages de toutes les couleurs y viennent toutes seules en grand nombre : achillée millefeuille, aster, brunelle, épervière, érigéron, fraisier, jargeau, marguerite, renoncule, verge d'or. La population de plantes florifères augmente avec les années. La tonte d'automne aide à disperser leurs graines.

La vedette, ces jours-ci, est l'achillée millefeuille (achillea millefolium) surnommée herbe à dindes au Québec. Elle  produit un bel effet lorsque les plants sont rassemblés en colonies. Les fleurs sont généralement blanches et parfois rosées. La photo qui suit est un gros plan des corymbes.

Photo d'Adrienne

Selon le frère Marie-Victorin, dans La Flore Laurentienne publiée en 1935, l'herbe à dindes est ainsi nommée parce qu'elle servait au Québec à alimenter cette volaille. Aux Iles-de-la-Madeleine, on l'appelle herbe à dindons.

lundi 22 avril 2013

La Voix Nationale : les framboises

La revue La Voix Nationale faisait un portrait idyllique de la vie à la campagne pour encourager la colonisation. Voici un extrait d'un article sur les framboises paru en août 1952 :
« Pourquoi les poètes, qui composèrent des chansons sur le temps des cerises, ont-ils oublié la framboise, ce petit fruit rouge, si juteux, si délicieux ? Ils auraient pu exploiter ce sujet et de si heureuse manière. Le départ en bande de jeunes et moins jeunes pour la cueillette; le transport en charrette, où chacun et chacune munis de sa chaudière se laissent balloter doucement en chantant de belles chansons du terroir ; chansons entrecoupées de temps à autre par la voix traînante du charretier "Doucement la grise !" ; l'arrêt à la petite source pour boire dans le creux de sa main, ou directement courbé sous la chute ; les ronces et les épines que Dame Nature a placées près des framboises comme une protection ; tous ces détails donnent à la cueillette des framboises un genre poétique de fraîcheur et d'entrain. »

Source : Wikipédia

samedi 13 avril 2013

Le désert et l'ermite

On appelle Haut du Quatre les montagnes situées entre Saint-Boniface et Saint-Mathieu au bout du Quatrième rang de Saint-Boniface. L'endroit, parsemé de lacs, est généralement impropre à l'agriculture, mais on y trouve des érablières qui ont été exploitées autrefois par les habitants du rang. C'est à cet endroit qu'un groupe de felquistes s'entraînait à la guérilla à l'été 1964 (voir Des felquistes au Lac Martel).

Le désert à Martel

Le nom du lac où les felquistes s'étaient cachés vient d'un dénommé Martel qui possédait une terre adjacente au bout du Quatrième rang de Saint-Boniface. C'était la dernière terre agricole au pied des Laurentides. On disait aussi « désert à Martel » pour désigner un petit lopin qu'il avait défriché sur le bord du chemin municipal. Il y avait une grange autrefois à cet endroit. Le terme désert vient du verbe ancien déserter qui signifie défricher. Le lopin, laissé en friche pendant des décennies, est devenu une plantation de mélèzes qui a été transformée en marécage par des castors laborieux.

Juste en face du désert devenu marécage, de l'autre côté du chemin municipal, coule la décharge du Lac Lampron qui se jette dans la Rivière Blanche. Au temps des sucres, cette décharge forme une cascade qui est très jolie. À l'automne, l'endroit est excellent pour récolter le pimbina (fruit de la viorne trilobée) dont on fait une gelée.

L'ermite Mastaï

Plus haut dans la montagne, un ermite prénommé Mastaï habitait une cabane. Il avait défriché une petite prairie autour, juste assez pour nourrir un cheval et faire un petit potager. Il devait chasser pour compléter son alimentation. J'ai vu les ruines de cette cabane à la fin des années soixante-dix. Il y avait, au travers des débris de planches vermoulues, une petite table de bois qui avait été rongée par un animal, peut-être un loup. L'endroit était abandonné depuis longtemps.

Les gens que j'ai interrogés ne connaissaient pas son nom de famille. Ils l'appelaient simplement Mastaï. Ce prénom a connu une certaine popularité à la fin du dix-neuvième siècle, en même temps qu'Isaï, autre prénom biblique. J'ai dans ma banque de données généalogiques quatre Mastaï, mais ils étaient tous mariés. L'ermite devait être célibataire ou bien veuf ; peu de femmes auraient accepté de vivre dans ces conditions de pauvreté extrême en plein vingtième siècle.

On trouve non loin de là des ravines et des grottes qui ont été creusées par un ancien cours d'eau. L'une des grottes traverse complètement une colline. Un enfant peut s'y faufiler et en ressortir de l'autre côté.

 

mardi 26 mars 2013

Des felquistes au Lac Martel

En 1964, François Schirm, surnommé le Général, dirigeait l'Armée révolutionnaire du Québec (ARQ), le bras armé du Front de libération du Québec (FLQ). En juillet, il a ouvert un camp d'entraînement du FLQ en forêt à Saint-Boniface-de-Shawinigan. Cet ancien militaire français, né en Hongrie, voulait développer la guérilla au Québec. Son armée comptait une douzaine de personnes. 

Le camp du FLQ était situé dans une cabane sur le bord du Lac Martel, au bout du Quatrième rang de Saint-Boniface. C'est le genre de lac peu profond où les orignaux vont se baigner. Il est entouré de montagnes. À l'époque, c'était un endroit très isolé ; il fallait marcher une vingtaine de minutes en forêt pour s'y rendre et descendre une pente abrubte qui menait au lac. Vers 1975, on apercevait encore les ruines de la cabane, notamment des sommiers de lits en métal, sur un promontoire. 

Vue aérienne du Lac Martel

Le 29 août 1964, cinq des membres du groupe ont pris part à un vol d'armes à l'armurerie de l'International Firearms Co de la rue Bleury à Montréal. L'opération a tourné au désastre. Des policiers qui patrouillaient le secteur les ont surpris pendant qu'ils chargeaient les armes dans un véhicule. Deux employés du magasin ont été tués au cours de la fusillade :  le gérant Leslie D. MacWilliams et le commis Alfred Pinisch. Selon les témoignages, le gérant aurait été tué par un jeune homme armé d'une carabine M-1, tandis que le commis aurait été tué par un policier qui l'a pris pour un des voleurs.  Le Général François Schirm, a été blessé d'une balle à une jambe.

Les cinq voleurs étaient François Schirm (32 ans), Gilles Brunet (28 ans), Cyriaque Delisle (26 ans), Marcel Tardif (22 ans) et Edmond Guénette (20 ans), tous de la région de Montréal. Les quatre premiers ont été arrêtés sur le champ, mais le jeune Guénette a réussi à s'enfuir. Une chasse à l'homme a été déclenchée par les différents corps de police pour le retrouver.

Sa cavale aura duré quelques jours seulement. Selon le Shawinigan Standard du 9 septembre 1964, Guénette et huit compagnons ont été arrêtés au Lac Martel par le détachement de Shawinigan de la Sûreté du Québec. Cette arrestation aurait eu lieu le mardi précédant la parution du journal, soit le premier septembre 1964. Une escouade formée de 15 agents de la Police de Montréal, de la Sûreté du Québec et de la Gendarmerie royale du Canada a ensuite effectué des perquisitions dans la région de Shawinigan.

Pourquoi se cachaient-ils à Saint-Boniface, à deux heures de route de Montréal où avaient lieu les attentats ?  Il fallait bien connaître les lieux pour trouver la cachette du Lac Martel. Je suppose qu'un ou plusieurs des membres du groupe étaient du coin. À ma connaissance, les identités de ces huit personnes n'ont pas été mentionnées dans les journaux. Selon le Shawinigan Standard, certains d'entre eux avaient des cartes périmées du Rassemblement pour l'Indépendance Nationale (RIN).

Dans  FLQ. Histoire d'un mouvement clandestin, publié en 1982, Louis Fournier nomme « six campeurs » qui ont été arrêtés au Lac Martel en même temps que Guénette, soit deux travailleurs, Jean-Guy Lefevre (25 ans) et Marc-André Parisé du Saguenay (20 ans), de même que quatre étudiants de Montréal : Claude Nadeau, Yvon Hussereau, Bernard Mataigne et Louis-Philippe Aubert.  Certains d'entre eux étaient des récidivistes. Accusés de conspiration pour commettre un vol, les six ont été libérés, faute de preuve, en janvier 1965. Il semble bien que les deux autres personnes, qui, selon le Shawinigan Standard, ont été arrêtées avec Guénette, n'ont pas été traduite en justice.

Selon Fournier, l'emplacement du camp aurait été révélé par Marcel Tardif, un des quatre felquistes arrêtés à Montréal. De toute façon, ce n'était qu'une question de temps avant que la police ne trouve leur repère. La cachette était bonne, mais leur plan avait une faille majeure : il fallait se rendre au village ou à Shawinigan pour s'approvisionner. Les gens du coin, qui sont très curieux de nature, les voyaient circuler et les auraient tôt ou tard dénoncés à la police. On m'a d'ailleurs raconté que des felquistes faisaient du pouce pour se rendre en ville, un bon moyen de se faire remarquer.

François Schirm et Edmond Guénette ont été condamnés à mort pour les meurtres des deux employés. Leur peine a ensuite été commuée en prison à vie. Guénette a finalement été libéré en 1975 et Schirm, en 1978. La photo suivante montre un groupe de felquistes au pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines en 1975. On aperçoit au premier plan,  Paul Rose à gauche et François Schirm à droite. Le chauve de la deuxième rangée est Edmond Guénette, le jeune homme au fusil M-1 qui aurait tué le gérant de l'armurerie.

Source :Louis Fournier, F.L.Q. Histoire d'un mouvement clandestin. (1982)

Selon Fournier, le camp de Saint-Boniface était approvisionné par une cellule de financement du FLQ qui faisait des hold-up. Trois frères de l'Est de Montréal (Gaston, Serge et Christian Savard) ont été arrêtés pour ce motif.




dimanche 26 février 2012

Disparition du pin blanc au lac Wyagamac

J'ai déjà traité sur ce blog de la disparition du pin blanc qui était autrefois l'espèce dominante des forêts de la Mauricie (voir Le pin blanc). Dans la Flore Laurentienne publiée en 1935, le frère Marie-Victorin expliquait ce phénomène par la surexploitation de l'espèce à laquelle s'est ajoutée une maladie parasitaire, la rouille du pin blanc.

Un rapport du ministère des Terres et Forêts datant de 1908 donne une autre explication : il en attribue la cause à de mauvaises méthodes d'exploitation forestière. Voici un extrait de ce rapport qui porte sur la région du lac Wyagamac à l'est de La Tuque :

Le pin blanc est très rare; les marchands de bois n’ont laissé debout que les arbres ou trop éloignés ou trop pourris, leur coupe étant impossible ou peu profitable. Cette essence s’est peu reproduite, on trouve ici et là des bouquets de jeunes plants qui paraissent souffrir de l‘ombre épaisse que font les têtes de sapins.

Là où on fait des coupes, le sol est jonché de têtes d’arbres non débranchées et de toutes sortes de débris qui sont le résultat d’une exploitation mal [le mot n’est pas écrit] et mal conduite: à tous ces détritus viennent s’ajouter les arbres que le vent a déracinés; on voit aussi les éclaircis occupés par une masse confuse qui empêche les semences de prendre terrain, ou de se développer lorsqu’elles ont pu germiner. 

Source : Bases de données en histoire de la Mauricie. Région du St-Maurice: description des cantons arpentés, explorations de territoires et levers de plans de rivières, 1889-1908, Québec, Ministère des terres et forêts, Service des arpentages et Service du cadastre, 1908: 15-16.

jeudi 18 août 2011

Le Longicorne noir

Le Longicorne noir (Monochamus scutellatus) est un gros coléoptère (2 à 3 cm) qui vit normalement dans les forêts de conifères. Il se nourrit des arbres morts ou malades et joue donc un rôle utile dans la formation de l'humus forestier. On l'identifie facilement grâce à la tache blanche qu'il porte sur le dos, d'où son nom anglais White-spotted sawyer.

Il était très abondant en juillet cet été. On pouvait même l'apercevoir en ville. Celui qui apparaît sur les photos qui suivent est un mâle qu'on reconnaît à ses antennes deux fois plus longues que celles des femelles. Il a bien voulu poser pour nous sur une feuille de hosta.




Les photos sont d'Adrienne.

jeudi 7 juillet 2011

L'amour chez les criocères

Le criocère du lis (Lilloceris lilii) est un petit coléoptère, cousin de la coccinelle, très photogénique avec ses élytres d'un rouge vif. Mais c'est un véritable fléau qui est responsable de la quasi disparition des lis de nos jardins. Les adultes perforent les feuilles jusqu'à défolier complètement les plants. Les larves rongent aussi les bourgeons floraux et les fleurs.


Cette petite peste a été introduite d'Europe. Elle aurait été signalée pour la première fois à Montréal en 1945 et s'est ensuite répandue lentement dans le sud du Québec. Elle fait des ravages dans les jardins de la ville de Québec depuis une quinzaine d'années.


Confucius (551-479 avant Jésus-Christ) disait avec raison qu'une image vaut mille mots.

Les photos sont d'Adrienne.

Voir aussi sur ce blog L'insecte qui reluit.

mardi 7 juin 2011

Mon merle a fait son nid

Un Merle d'Amérique (Turdus migratorius) a fait son nid à l'abri des intempéries sur une corde de bois près de mon chalet. Ce merle a été surnommé rouge-gorge par les premiers colons à cause de sa ressemblance avec un oiseau de même couleur, mais plus petit, qui vit en Europe.

Le 21 mai 2011 : Quatre oeufs turquoise. La mère se déplace dans les arbres autour mais garde quand même un oeil sur le nid.


Le 28 mai 2011 : Les oeufs viennent d'éclore. Les petits presque nus avec quelques touffes de duvet se blottissent dans le fond du nid pour se réchauffer. La femelle se fait plus présente.


Le 5 juin 2011 : Les petits ont beaucoup grossi grâce à un régime alimentaire constitué principalement de lombrics bien gras. Ils sortent maintenant la tête du nid pour être nourris. Il y en a au moins 3 et peut-être même 4, ce qui est excellent puisque que le taux moyen de survie des oisillons de merles est de l'ordre de 25 %. La femelle se fait plus menaçante quand on approche du nid (tchip tchip tchip).


Le 12 juin 2011 : Le nid est maintenant vide. Les oisillons se sont envolés 15 jours seulement après l'éclosion. Doit-on s'attendre à une deuxième ponte dans le même nid ?


Les photos sont d'Adrienne.

jeudi 5 mai 2011

Saint-Étienne chasse les sauterelles

La huitième plaie d'Égypte selon l'Exode
La paroisse de Saint-Étienne-des-Grès a souvent été frappée par des invasions de sauterelles qui détruisaient les récoltes. Ces invasions, plus fréquentes qu'ailleurs, étaient peut-être dues à la nature des sols qui sont généralement sablonneux à cet endroit. Pour les familles de cultivateurs, l'arrivée de ces nuées d'insectes signifiait une année de misère.

Voici deux entrefilets, parus à la fin du dix-neuvième siècle, qui traitent de ce fléau et de la solution qui a été trouvée pour l'enrayer :  « On nous écrit de St-Étienne, comté de St-Maurice, que les sauterelles ont fait des ravages considérables. Cependant, à la suite de prières publiques, on s’aperçoit qu’elles disparaissent rapidement. »  (Le Constitutionnel, 26 juillet 1869). « On nous apprend de Shawenegan et de St-Étienne que les sauterelles font des ravages dans ces paroisses. Les cultivateurs font des prières pour les chasser. »  (Le Journal des Trois-Rivières 16 août 1888).  

L'abbé Irénée Trudel, curé de 1912 à 1927, a organisé une fête le jour de la Saint-Étienne pour protéger la paroisse contre les invasions de sauterelles. En 1920, le 26 décembre est devenu un "jour férié". Les habitants du lieu devaient obligatoirement assister à la messe ce jour-là et on organisait des réjouissances populaires. (voir le site de la municipalité)

Un orthoptère de la famille des Tettigoniidae
Par moquerie, les habitants des villages voisins ont affublé ceux de Saint-Étienne du surnom de sauterelles. Aujourd'hui, ce surnom est devenu un objet de fierté. On trouve à Saint-Étienne-des-Grès un Centre de la petite enfance La Petite Sauterelle, des guides Les Sauterelles, une troupe de théatre Les Sauterelles et même un Festival des Sauterelles !

Descendant d'une famille de Saint-Étienne-des-Grès, j'ai aussi un peu de sang de sauterelle dans les veines.

Voir aussi sur ce blog : En attendant le train.

jeudi 14 avril 2011

L'insecte qui reluit

Dans le message précédent (Pâques selon Verhaeren),  «l'insecte qui reluit de brindille en brindille» m'a fait penser à la cicindèle à six points, un insecte pour le moins brillant. Par une belle journée  du mois de mai, on peut les voir par dizaines se chauffer au soleil sur les chemins sablonneux. Le nom latin de ce coléoptère de la famille des Carabides, Cicindela Sexguttata, fait référence aux six taches blanches que l'on aperçoit sur ses élytres d'un turquoise métallique. C'est un prédateur redoutable, qui se déplace rapidement, sur ses pattes comme en vol. Il y a d'autres espèces de cicindèles au Québec, mais aucune n'est aussi spectaculaire que Sexguttata. C'est l'insecte qui incarne le mieux le retour des beaux jours.

vendredi 9 juillet 2010

Flora Urbana

Roger Latour, photographe naturaliste urbain, a créé un blog Flora Urbana consacré à la flore urbaine de la ville de Montréal. Il est aussi l'auteur du guide  La flore urbaine publié chez Fides en 2009.

J'aime sa conception de l'écologie :
"Un terrain vague est justement un mélange biogéographique d’espèces y compris des échappées de jardin et, occasionnellement, des plantations citoyennes. Un terrain vague est en plus un mélange de processus biologiques spontanés et d’intentions humaines."

Si l'on regarde bien, il y a un univers à découvrir dans les terrains vagues, les terre-pleins, les fonds de cour et les ruelles d'une ville.

mardi 4 mai 2010

L'envahissement des érablières


À Saint-Boniface-de-Shawinigan, dans le haut du quatrième rang, une érablière qui était autrefois exploitée par la famille Lampron pour la production de sirop d'érable est maintenant peuplée de hêtres à grandes feuilles (Fagus grandifolia), un bel arbre à l'écorce grise et lisse dont le tronc ressemble à la patte d'un éléphant. Le changement est apparent en automne quand la couleur brun cuivré des feuilles du hêtre domine le rouge vif de l'érable à sucre.

Selon une recherche qui a été effectuée par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (ici), l'envahissement des érablières par le hêtre serait une conséquence des pluies acides qui  rendent  le sol forestier moins fertile, ce qui  entraîne le dépérissement des érables à sucre (Acer saccharum). Le hêtre à grandes feuilles, beaucoup moins exigeant en matière de sol,  prend possession de l'espace qui est ainsi libéré. D'après Louis Duchesne, ingénieur forestier et chercheur au Ministère (ici), on compte présentement deux pousses d'érable pour une pousse de hêtre dans certaines régions du Québec. Ce ratio était de sept pour un dans les années 1960.

Il s'agit donc d'un phénomène relativement récent. Dans la Flore laurentienne publiée en 1930, le botaniste Marie-Victorin n'en fait pas mention. Il explique au contraire comment l'érable à sucre réussit à former des forêts pures :
"L'érable à sucre est l'arbre magnifique qui forme en tant d'endroits du pays laurentien les forêts pures (érablières) qui sont un de ses charmes. Il affectionne les terrains élevés mais frais et riches ; il occupe souvent les moraines bien drainées sur les rebords du Bouclier laurentien, mais il atteint chez nous son plus grand développement au sud de la province, sur les premiers contreforts des Appalaches, dans la belle région dite des Bois-Francs. Les jeunes pousses de l'érable à sucre tolérant parfaitement l'ombre des progéniteurs, il s'ensuit que les érablières sont des formations permanentes qui se régénèrent indéfiniment en supprimant automatiquement les autres espèces de haute futaie..."

dimanche 7 mars 2010

Le Pin blanc

En 1806, l'Empereur Napoléon a établi le Blocus Continental pour ruiner l'Angleterre en l'empêchant de commercer avec le reste de l'Europe. Ce blocus a forcé l'Angleterre à chercher du bois au Canada pour approvisionner ses chantiers maritimes. L'Outaouais et la Mauricie possédaient alors les plus belles forêts de pin de l'empire britannique.

Le Pin blanc est le plus grand conifère de l'est du Canada. Au XIXe siècle, c'était une espèce particulièrement recherchée pour la construction maritime. En Mauricie, les Pins blancs étaient coupés en billots de douze pieds pour ensuite être flottés sur la rivière Saint-Maurice jusqu'à Trois-Rivières où ils étaient sciés avant d'être expédiés en Angleterre. Cette exploitation forestière à grande échelle a permis d'ouvrir à la la colonisation de nouveaux territoires. Elle a cependant entraîné la presque disparation d'une espèce qui dominait autrefois la forêt mauricienne. Les grandes pinèdes ont complètement disparu du paysage. Selon Parcs Canada, le Pin blanc représenterait aujourd'hui seulement 1 % des arbres que l'on trouve dans la Parc National de la Mauricie au nord de Shawinigan. Ceux qui ont survécu au XIXe siècle étaient trop petits ou inaccessibles pour l'exploitation forestière.

Dans la Flore Laurentienne, Marie-Victorin écrivait en 1935 au sujet du Pin blanc (Pinus Strobus) :
L'une de nos plus précieuses essences forestières. L'arbre croît rapidement et atteint parfois des dimensions extraordinaires (hauteur 90 m ; diamètre 250 cm). Ses grandes dimensions, sa résistance à la décomposition, la légèreté et l'homogénéité de son bois, la finesse de son grain, la facilité avec laquelle il se travaille, la qualité de ne pas gauchir et de ne pas se fendiller en séchant, le rendent propre à une infinité d'usages : construction de navires, charpenterie, menuiserie, tonnellerie, tournage, etc. - Le Pin blanc a joué un rôle de premier plan dans la vie économique du Canada français. Durant tout le XIXe siècle, l'abattage et le flottage de ce précieux bois ont occupé une véritable armée de bûcherons. Cette grande industrie forestière a donné naissance à nombre d'autres, en même temps qu'elle a rendu possible la colonisation. L'ère du Pin blanc est aujourd'hui passée; à l'exploitation intensive est venu s'ajouter une maladie parasitaire causée par le Cronartium ribicola, Rouille hétéroïque qui fait d'abord un stage sur les Groseillers sauvages.
Voir aussi sur ce blog : Disparition du pin blanc au lac Wyagamac.

mercredi 24 février 2010

Les Laurentides sont un Éden

Frère Marie-Victorin, Flore Laurentienne, Deuxième édition mise à jour par Ernest Rouleau, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1964.

Conrad Kirouac (1885-1944), mieux connu sous le nom de Frére Marie-Victorin, a publié en 1935 sa Flore laurentienne qui demeure un manuel de référence en matière de botanique au Québec. L'exemplaire que j'ai en main est la deuxième édition mise à jour par Ernest Rouleau et publiée aux Presses de l'Université de Montréal en septembre 1964. Il existe une édition papier plus récente, qui date de 1995, de même qu'une édition en ligne (ici). Je reviendrai sur cette mise en ligne de la Flore Laurentienne qui a été réalisée par Nichole Ouellette.

On connait Marie-Victorin le naturaliste et fondateur du Jardin botanique de Montréal, mais Conrad Kirouac était aussi un littéraire. Il a publié deux recueils de nouvelles : "Récits laurentiens" en 1919 et "Croquis laurentiens" en 1920. Il y a plusieurs niveaux de lecture dans sa Flore Laurentienne. Voici un extrait de l'Esquisse générale que l'on trouve à la page 73 de l'édition de 1964 :

Les Laurentides sont un Éden, un Éden boréal et un peu sévère peut-être, mais où la vie déborde, riche, fraîche, vigoureuse. Arrêtons-nous ici un instant à imaginer la silencieuse remontée des unités militantes de la forêt canadienne vers le nord. C'est un grand tableau biologique déployé sur le mur des temps révolus.

D'abord parurent, sombres et drus, ces rudes pionniers: l'Épinette noire et l'Épinette blanche, le Sapin baumier et le Mélèze, et plus tard, beaucoup plus tard, la majesté myriadaire des Pins. Puis, suivirent les Peupliers et les Bouleaux, les Aulnes et les Viornes, les Cornouillers et les Airelles. Et l'Érable à sucre prit possession des moraines bien draînées sur les flancs des collines; l'Érable rouge se fixa sur les alluvions fraîches des vallées, et l'Érable argenté se pencha sur la course des fleuves. Si bien qu'après des siècles et des siècles, la constitution définitive de la forêt dans ses différents climax fit de notre pays une grande masse de verdure continue. Et voici maintenant, sur les pas des grands arbres, les légions graciles des Graminées, la multitude des Carex, les robustes Eupatoires, les opulentes Verges d'or, et combien de centaines d'autres plantes, poussées en avant par l'esprit de conquête qui est l'âme de tout ce qui vit.


(Cet extrait a été cité sur l'Encyclopédie de l'Agora)


dimanche 21 février 2010

Aux arbres de chez nous

Jean-Louis Lessard a mis en ligne un cours de littérature québécoise (ici). Le cours se divise en 6 périodes allant des écrits de la Nouvelle-France (1534-1763) au postmodernisme (1980-2000). Il situe les oeuvres littéraires dans l'histoire et par rapport aux idéologies qui dominaient à l'époque où elles ont été écrites.

Dans le chapitre portant sur la période du terroir (1840-1945), on trouve une page qui présente six poèmes ayant pour thème l'arbre. Je reproduis ici le premier de ces textes intitulé Aux arbres de chez nous qui a été écrit par Albert Ferland (1872-1943). Il a été publié en 1909 dans le recueil "L'âme des bois". Ce recueil faisait partie d'un cycle "Le Canada chanté".

C'est peut-être uniquement la pause et les moustaches mais Ferland ressemble au peintre Salvador Dali sur cette photo. Voici son poème :

AUX ARBRES DE CHEZ NOUS

O le vert lumineux des feuilles que vous faites,
Arbres puissants des monts, des grèves, des marais.
Quand Mai revient sourire aux austères forêts,
Et fait chanter l'Amour dans la terre où vous êtes,
O le vert lumineux des feuilles que vous faites!

C'est bien, les Arbres bons, soyez verts, soyez beaux!
Votre œuvre est grande, et l'homme avec amour l'accueille;
Feuillez, feuillez, feuillez, gloire à l'Arbre qui feuille
Pour la source et les nids, pour l'homme et les troupeaux!
Veuillez, Arbres feuillant, splendeur des renouveaux!

Aimez notre pays, Pins noirs et beaux Érables.
Peuplez la plaine. Altiers et forts, gardez les eaux.
Sans vous nos lacs géants se feraient misérables,
Et les jours n'auraient plus le miroir des ruisseaux.
Aimez notre pays, Pins noirs et beaux Érables.

Vivez chez nous, vivez, vivez, Arbres vivants!
Frangez d'un vert profond la fuite des prairies;
Faites des fleurs, semez votre âme aux quatre vents;
Toujours aimés, soyez sans fin dans ma patrie;
Vivez chez nous, vivez, vivez, Arbres vivants!

mardi 19 janvier 2010

La salicaire ne mérite pas sa réputation

Dans la revue Contact de l'Université Laval (Hiver 2010), le biologiste Claude Lavoie fait état de ses recherches sur l'impact de la salicaire sur l'environnement. Cette plante, introduite vers 1830, est réputée très dommageable pour les milieux naturels. Monsieur Lavoie a consulté 907 articles de journaux et 38 articles scientifiques consacrés aux impacts écologiques de cette espèce. Il conclut que "certaines espèces indigènes peuvent souffrir de sa présence, mais il est exagéré de dire qu'elle a causé la disparition d'autres espèces ou qu'elle a un impact négatif important sur les habitats humides". Elle s'installerait la plupart du temps dans des milieux qui ont déjà été perturbés par l'activité humaine.

Je suis content de l'apprendre parce que je me sentais un peu coupable d'en avoir planté une variété horticole (Lythrum salicaria "Robert") à mon chalet. La variété Robert a des fleurs rose vif plutôt que mauve.

mardi 12 janvier 2010

Vocabulaire de la chasse à l'orignal en Mauricie

Monsieur Serge Fournier, professeur au Cégep de Shawinigan, a publié en 1985 une étude sur le vocabulaire utilisé par les chasseurs d'orignaux de la Mauricie. L'étude est basée sur les témoignages de vingt chasseurs et trappeurs expérimentés qui ont passé la plus grande partie de leur existence en Mauricie. La plupart sont nés entre 1900 et 1930.

Il y a des anglicismes (ex : buck, swamp), des emprunts aux langues amérindiennes (moskeg, ouache), des termes qui viennent des anciens dialectes de France (étrette, forçures), de même que des innovations québécoises (portager, tondreux).

En voici quelques exemples :

Amourettes : testicules des animaux
Arrachis : arbres arrachés par le vent
Babiches : lèvres de l'orignal
Coureur des côtes : chasseur d'orignal
Dur : foie des animaux
Étrette : rétréci, passage étroit sur un lac
Forçures : gros viscères d'un animal
Frontière : courroie qui s'appuie sur le front pour porter la venaison
Gorgoton : gosier des animaux
Moskeg : marécage
Ouache : cache du chasseur
Portager : transporter à dos d'hommes
Reinquiers : bas du dos, épine dorsale des animaux
Renversis : arbres renversés par le vent
Repoussis : aire de la fôret en regénération
Savane : herbes longues en milieu marécageux
Tondreux : glandes du castor utilisées pour attirer le gibier

La prononciation ette dans étrette (étroit) est très ancienne. Selon l'auteur, elle viendrait du Moyen-Âge dans la région de Paris. On la retrouve aussi au Québec dans frette (froid) et drette (droit).

Les chasseurs disaient "baiser le cul de la vieille" quand ils revenaient bredouille de la chasse. La même expression était utilisée pour signifier qu'une personne avait perdu à un jeu de cartes sans faire une seule levée. Les chasseurs qui n'avaient pas tué disaient aussi "faire un voyage blanc" ou encore "manger du steak de pistes".

Beaucoup de ces mots ou expressions sont aujourd'hui rarement employés ou en voie de disparition; on ne les trouve pas dans les dictionnaires du parler québécois actuel. J'en ai retrouvé plusieurs dans le Glossaire du parler français au Canada qui a été publié en 1930 par la Société du parler français au Canada et qui a été mis en ligne par Monsieur Mario Lemoine (ici). Le même site héberge aussi deux dictionnaires encore plus anciens : le Glossaire franco-canadien et vocabulaire de locutions vicieuses utilisées au Canada d'Oscar Dunn qui a été publié en 1880, de même que le Dictionnaire canadien-français de Sylva Clapin qui date de 1894.