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mardi 1 septembre 2015

Savoir signer au XIXe siècle

Au XIXe siècle, les actes des registres paroissiaux se terminaient souvent par la mention suivante :



Mon ancêtre ne savait pas signer ! Est-ce normal ? Pour répondre à cette question, j'ai compilé le pourcentage de signatures dans les registres de trois paroisses de la Mauricie entre 1841 et 1891. L'année de l'ouverture du registre apparaît sous le nom de chaque paroisse.


St-Léon St-Sévère St-Boniface

1802 1856 1861




1841 8,7 * *
1851 11,0 * *
1861 15,3 20,0 7,4
1871 41,6 30,0 39,9
1881 57,8 43,6 45,6
1891 67,4 45,7 58,3

Savoir signer son nom n'est pas une preuve de scolarisation mais, à tout le moins, l'indice d'un début d'alphabétisation, la manifestation d'une volonté d'écrire. Je retiens de cette compilation des signatures les conclusions suivantes :

  1. Alphabétisation : Le taux de signature augmente très rapidement à la fin du XIXe siècle. S'il était « normal » de ne pas savoir signer en 1861, c'était devenu un peu plus gênant en 1891.
  2. Classe sociale : Bien sûr, la capacité de signer variait selon la classe sociale : les commerçants et les artisans signaient davantage que les paysans.
  3. Valeurs familiales : On observe aussi des écarts importants entre les familles d'un même milieu. Tous les membres de certaines familles paysannes savaient signer alors que des familles voisines en étaient incapables. La scolarisation de la mère et l'importance que les parents accordaient à l'éducation des enfants pourraient expliquer ces différences. 
  4. Sexe : Je n'ai pas fait de compilation selon le sexe, mais j'ai remarqué, en parcourant les registres, que les marraines et les mariées signaient un peu plus souvent que les parrains et les mariés. 
  5. Colonisation : Les nouvelles paroisses avaient généralement des taux de signature plus faibles. Je crois que cet écart est dû à la composition de la population : les nouvelles paroisses étaient d'abord peuplées par des colons peu instruits auxquels s'ajoutaient, graduellement, des commerçants et des artisans qui signaient davantage.
  6. Négligence : Certains curés ne se donnaient pas la peine de faire signer les témoins. J'ai dû écarter deux paroisses dont les registres ont été visiblement mal tenus : Saint-Étienne-des-Grès, sous l'administration du curé Joseph De Carufel (1866-1884), et Sainte-Flore à l'époque du curé Ferdinand Verville (1890-1903). 


Méthodologie :

Chaque mariage comporte quatre possibilités de signature : celles des mariés et celles des pères des mariés ou bien, le cas échéant, des témoins qui les remplaçaient. Je n'ai pas compté les signatures des autres témoins.

Chaque baptême comporte trois possibilités de signature, soit celles du parrain et de la marraine et celle du père, s'il était présent. Lorsque le père de l'enfant était déclaré absent, je n'ai considéré que deux possibilités de signature, ne pouvant présumer de la capacité du père.

Je n'ai pas compilé les signatures des actes de sépulture parce que les témoins étaient souvent les mêmes personnes : les fossoyeurs.



mercredi 19 août 2015

La pauvreté des registres anglicans

Voici un acte de sépulture, daté du 20 mai 1844, dans le registre de l'église anglicane de Trois-Rivières  :
« William son of William Somerville farmer was drowned in the canal of the Batiscan Forges on the thirtieth of april and was buried may the twentieth eighteen hudred and forty four. »
Comparés aux registres catholiques, les registres anglicans sont d'une pauvreté affligeante. Un registre catholique aurait ajouté l'âge du défunt, le nom de sa mère et la paroisse de résidence des parents. Le même acte aurait été formulé à peu près comme suit :
« Le 20 mai mil huit cent quarante quatre, par nous soussigné recteur de la paroisse, a été inhumé le corps de William Somerville, fils de William Somerville cultivateur de la paroisse de ( ...) et de (...) son épouse légitime, noyé accidentellement dans le canal des forges de Batiscan le 30 avril dernier à l'âge de (...).
Un prêtre catholique aurait précisé que la noyade était accidentelle pour exclure la possibilité du suicide, auquel cas l'inhumation en terre consacrée était refusée au défunt. Une façon de se prémunir contre une éventuelle contestation du droit de sépulture.

Les Somerville dont il est question dans l'acte étaient originaires d'Irlande. Ils ont exploité un moulin à farine situé près des Forges de Batiscan où William s'est noyé. En 1844, année de la noyade, les forges étaient abandonnées depuis longtemps. 

Par ailleurs, il s'est écoulé trois semaines entre le décès et l'inhumation, ce qui signifie qu'on a mis du temps à retrouver le corps. La noyade étant survenue au printemps, William a pu être entraîné par le courant loin du lieu de l'accident.

samedi 18 octobre 2014

Omissions, erreurs et fausses déclarations dans les actes de baptême

Avec l'acte de mariage de ses parents, l'acte de baptême d'un enfant est la référence normale pour établir sa filiation. Lorsque ces actes sont introuvables ou omettent des informations essentielles, le chercheur doit établir une preuve indirecte de filiation, un exercice qui s'avère souvent difficile. J'ai mis des mois à établir des preuves de filiation parce qu'un acte de baptême ou de mariage était manquant ou mal rédigé.

L'acte de baptême complet


Au XIXe siècle, l'acte de baptême complet devait contenir les informations suivantes :
  1. La date de la cérémonie
  2. La fonction de l'officiant (curé, vicaire, missionnaire, etc)
  3. Le prénom de l'enfant
  4. Le sexe de l'enfant
  5. Le jour de sa naissance (né ce jour, née hier, etc)
  6. Le statut matrimonial des parents (né du légitime mariage de ...)
  7. Le nom du père
  8. La profession du père  
  9. Le nom de la mère
  10. Le lieu de résidence des parents (de cette paroisse ou nom d'une autre paroisse)
  11. Le nom du parrain 
  12. Le nom de la marraine
  13. Leur lieu de résidence 
  14. La signature du père (ou la mention de son incapacité à signer)
  15. La signature du parrain (ou la mention de son incapacité à signer)
  16. La signature de la marraine (ou la mention de son incapacité à signer)
  17. La signature de l'officiant
Les actes du baptême du XIXe siècle ne contiennent pas toujours tous ces éléments, mais s'en approchent la plupart du temps. D'autres informations s'ajoutaient le cas échéant :
  1. L'ondoiement de l'enfant (certains bébés survivaient malgré tout)
  2. Le nom de la personne qui l'a ondoyé
  3. Le baptême sous condition 
  4. Le décès du père (feu, défunt)
  5. Un titre du père (seigneur, écuyer, officier de milice, etc)
  6. Le décès de la mère 
  7. La nationalité des parents (Anglais, Écossais, Sauvage)
  8. Le lien de parenté entre le parrain et l'enfant
  9. Le lien de parenté entre la marraine et l'enfant
  10. Le lien matrimonial entre le parrain et la marraine
  11. La mention de l'absence du père lors de la cérémonie

Omissions, erreurs et fausses déclarations


Par négligence ou par paresse, certains officiants omettaient de façon systématique beaucoup d'informations utiles. Les omissions les plus frustrantes pour un généalogiste : les noms des parents et les liens de parenté du parrain et de la marraine avec l'enfant. 

Mais il y a pire que les omissions : les informations inexactes qui  nous entraînent sur de fausses pistes. Un exemple d'erreur vraiment embêtante que j'ai déjà rencontrée: l'inversion des noms de la mère et de la marraine.

Des erreurs de bonne foi pouvaient se glisser dans les registres, mais certains officiants en faisaient beaucoup plus que d'autres. Malheureusement, dans certains cas, l'étude des registres nous amène à conclure que ces « erreurs » étaient volontaires.

J'ai consulté récemment deux registres paroissiaux qui ont été particulièrement mal tenus. Dans ces paroisses, les officiants omettaient beaucoup d'informations importantes et ne se donnaient pas la peine de faire signer les personnes présentes lors des cérémonies. Lors des baptêmes, ils écrivaient de façon systématique que le père, le parrain et la marraine ont déclaré ne savoir signer, sans égard à leur capacité de le faire. Ainsi, une même personne pouvait signer lors d'un mariage mais ne pas savoir le faire plus tard lors d'un baptême. Ces fausses déclarations répétées jettent un doute sur la validité des autres informations contenues dans leurs registres.

  • À Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie, le taux de signature du registre, c'est-à-dire le pourcentage des témoins qui ont signé au bas des actes, est passé de 11 % à moins de 2 % après l'entrée en fonction du curé Joseph-Damase Sicard de Carufel en 1866.
  • À Sainte-Flore en Mauricie, le taux de signature du registre est passé de 28 % à 3 % seulement après l'entrée en fonction du curé Ferdinand Verville en 1890.

Or, l'alphabétisation a fortement progressé à la fin du XIXe siècle et on observe une augmentation importante du taux de signature dans les autres paroisses de la région. J'y reviendrai dans un autre article.


jeudi 26 juin 2014

Qui était l'épouse de Robert Sinclair ?

Le mariage


Les actes du registre de l'église anglicane de Trois-Rivières sont souvent laconiques, parfois même sibyllins : une date et des noms, pas de patronymes pour les femmes. Mais celui du mariage de Robert Sinclair et de Mary Loranger occupe toute une page. On sent que le célébrant a pris des précautions inhabituelles pour établir le consentement du côté de la fille mineure. Quelque chose clochait. Il avait devant lui un homme seul d'origine inconnue et une fille orpheline de mère et visiblement enceinte. Le père de la mariée était présent, mais incapable de signer l'acte pour attester de son consentement.

« In the twenty third of october one thousand eigth hundred and fifteen was married by banns Robert Sinclair of the parish of Machiche miller who is of age and has no parents in the country and Mary Loranger of the same parish Spinster who is not of age and has the consent of his father his only surviving parent who decared himself unable to sign his name as the said Mary. In the presence of Louis Loranger his father and Encas Vincens uncle by marriage of the said Mary who declared himself unable to sign his name. By me ... ». 

Au bas de l'acte, on trouve la formule « This marriage was solemnized between » à droite de laquelle Robert Sinclair a signé. Le révérend a pris la peine de répéter que la mariée, son père et son oncle par alliance ne savaient pas signer et apposé ses initiales à côté de chacun des trois noms.



Le premier enfant du couple Sinclair-Loranger, prénommé Guillaume, a reçu un baptême catholique à Yamachiche le 3 décembre 1815, six semaines après le mariage de ses parents. Sept autres enfants suivront.

Qui était Mary Loranger ?


On cherche ici une fille de moins de 21 ans de Yamachiche dont le père se nommait Louis Loranger et dont la mère était décédée. Marie-Louise Rivard-Loranger, fille de Louis tenancier et d'Antoinette (Toinette) Delisle correspond parfaitement à cette description. Fille naturelle, elle a été baptisée à Yamachiche le 21 mars 1795, trois mois avant le mariage de ses parents. La mère, comme la fille, était donc enceinte avant de se marier. 

Antoinette Delisle est décédée le 8 octobre 1797, probablement des suites de son deuxième accouchement ; un fils prénommé Louis-Laurent est né le 8 août précédent. Marie-Louise était donc orpheline de mère à son mariage en 1815. Son père s'est remarié avec Marguerite Vaillancourt le 4 novembre 1799 à Yamachiche. 

Marie-Louise Rivard-Loranger, alias Mary Loranger, a été inhumée le 23 avril 1877 à La Baie-du-Febvre, à l'âge 85 ans selon l'acte. Elle en avait en réalité 82. 

mercredi 30 avril 2014

Trouvée morte gelée

Un acte mystérieux que j'ai trouvé dans le registre de la paroisse de Saint-Boniface de Shawinigan :
« Le six janvier mil huit cent soixante-deux, nous prêtre soussigné, avons inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Félicité Bellemare, épouse de Charles Blais, morte accidentellement, trouvée gelée le deux du présent mois, à l'âge de quarante-cinq ans, comme il appert par le verdict de V. Guillet Écuyer Coroner, annexé au registre de cette paroisse. Présents Jean Plouf soussigné et André Lajoie qui n'a su signer. J. D. Comeau prtre »
Félicité Bellemare, surnommée Philie, veuve de Calixte Dubé, a épousé Charles Blais le 20 février 1860 à Saint-Sévère. Un mariage atypique : elle avait 45 ans et son jeune époux n'en avait que 22. Charles Blais était dit journalier, ce qui signifie qu'il n'avait pas de métier ni de terre à cultiver. Il était donc vraisemblablement pauvre.

Le couple a été recensé à Saint-Sévère à l'été 1861. Le décès est donc survenu peu après leur arrivée à Saint-Boniface. Félicité avait auprès d'elle deux enfants de son premier mariage : Caroline âgée de 13 ans et Joseph âgé de 8 ans.

Si le rapport du coroner a été annexé au registre, il n'a malheureusement pas été numérisé. Le notaire Valère Guillet a été coroner du district de Trois-Rivières de 1836 à 1878.

mardi 18 mars 2014

Joseph Hill était sergent d'artillerie

La recherche sur les origines de la famille Hill de Trois-Rivières a beaucoup progressé dernièrement. Madeleine Gélinas Racicot m'a fait part d'un acte de baptême qu'elle a trouvé dans le registre de la Quebec Anglican Garnison de Québec. Il s'agit du baptême de Joseph Hill, fils de Joseph et de Ann, le 7 octobre 1831. Le père était sergent dans la septième compagnie du premier bataillon d'artillerie. Suivant la mauvaise habitude prise par les membres du clergé anglican, le patronyme de la mère n'est pas mentionné.

Baptême anglican de Joseph (fils) Hill en 1831 à Québec

Cet acte pouvait être relié à la famille Hill de Trois-Rivières, mais il fallait le prouver. Je viens de trouver cette preuve :  le baptême anglican de Sarah Hill à Trois-Rivières le 16 avril 1837 « daughter of Joseph Hill late sergeant artillery and Ann his wife was born june the fourteenth eighteen hundred and thirty five ».

Baptême anglican de Sarah Hill à Trois-Rivières en 1837

Curieusement, Sarah avait près de deux ans le jour de son baptême. Peut-être est-elle née lors d'un déplacement du régiment de son père. Par ailleurs, cet acte nous apprend que Joseph Hill avait quitté l'armée à la date du baptême (late sergeant). Il a ensuite travaillé comme journalier à Trois-Rivières.

J'ai dressé un tableau chronologique des principales informations que j'ai recueillies sur cette famille au  fil du temps. Les déménagements révélés par les lieux de naissance des enfants sont compatibles avec les déplacements d'un régiment britannique : Angleterre, Nouveau-Brunswick, Angleterre, Écosse, Québec et enfin Trois-Rivières. On pourra situer plus précisément la date de leur arrivée au Canada en suivant les déplacements du premier bataillon d'artillerie. D'après le tableau qui suit, ils seraient arrivés à Québec vers 1831 en provenance d'Écosse.

An Mois Jour Événement Lieu Source






1802 - - Naissance de Mary-Ann Charleton Angleterre Rec. 1852 Trois-Rivières
1823 - - Naissance de Mary-Ann (fille) N-Brunswick Rec. 1852 Trois-Rivières
1829 - - Naissance de James Angleterre Rec. 1861 Trois-Rivières
1831 - - Naissance de John Écosse Rec. 1852 Trois-Rivières
1831 9 7 Naissance de Joseph (fils) Québec Anglican Garnison Québec
1831 10 2 Baptême anglican de Joseph (fils) Québec Anglican Garnison Québec
1835 6 14 Naissance de Sarah Lieu inconnu Anglican T-Riv 1837-04-16
1837 4 16 Baptême anglican de Sarah Trois-Rivières Anglican
1847 6 23 Conversion de Mary-Ann (fille) Trois-Rivières Catholique
1849 5 5 Conversion de Joseph (fils) Trois-Rivières Catholique
1851 10 6 Mariage de John Trois-Rivières Anglican
1851 11 24 Mariage de Joseph (fils) Trois-Rivières Catholique
1852 - - Sarah servante Trois-Rivières Recensement 1852
1852 - - Mary-Ann (mère) servante Trois-Rivières Recensement 1852
1852 - - John journalier Trois-Rivières Recensement 1852
1856 9 8 Mariage de Mary-Ann (fille) Trois-Rivières Catholique
1856 8 12 Mariage de James St-Sévère Catholique
1861 6 1 Conversion de Sarah Trois-Rivières Catholique
1861 - - Sarah servante Trois-Rivières Recensement 1861
1861 - - James cultivateur St-Boniface Recensement 1861
1861 - - John journalier Trois-Rivières Recensement 1861
1864 6 18 Sépulture de Joseph (fils) Trois-Rivières Catholique
1871

James cultivateur Saint-Mathieu Recensement 1871
1871

John journalier Trois-Rivières Recensement 1871
1874 10 17 Sépulture de James St-Boniface Catholique
1891

John commerçant ferblantier Trois-Rivières Recensement 1891
1905 4 15 Sépulture de Mary-Ann (fille) Trois-Rivières Catholique


Ajoutons à cette chronologie que le sergent Joseph Hill est décédé entre le 16 avril 1837 et le 23 juin 1847. Je n'ai pas trouvé son acte de sépulture dans le registre anglican de Trois-Rivières. Son épouse, Mary Ann Charleton, est décédée entre le recensement de 1852 et le 8 septembre 1856.

Par ailleurs j'ai mis à jour un article précédent intitulé : Des conversions et des servantes : la famille Hill de Trois-Rivières.


dimanche 16 mars 2014

Toussaint Bellemare ou « la nuit tous les chats sont gris »

Modifié le 17 mars 2014

C'est le troisième article que je consacre aux circonstances de la noyade de John Head, le fils du gouverneur général du Canada, en 1859. Celui-ci porte sur Toussaint Bellemare qui a plongé dans l'eau froide de la rivière pour ramener le noyé sur la rive. Il est devenu une célébrité sur le Saint-Maurice. Grand chasseur, nageur et guide de canots, un personnage que l'on ne devine pas en consultant les registres et les recensements.

Le récit de Gérin

Dans Deux voyages sur le Saint-Maurice, publié en 1889, Napoléon Caron racontait que M. Toussaint Bellemare avait repêché le corps du fils du gouverneur général Lord Edmund Head, noyé dans la rivière Saint-Maurice près de la chute de Grand-Mère. Il tenait cette information d'un autre récit de voyage sur le Saint-Maurice publié en 1872 par E. Gérin dans La Revue Canadienne
« À deux lieues au-dessus des Piles nous souhaitons le bonjour, en passant, à Toussaint Bellemare. Toussaint Bellemare est une des célébrités du St. Maurice. Il n'a pas de supérieur comme chasseur, comme nageur ou comme guide de canots. C'est lui qui retira de l'eau le corps du fils du Gouverneur Head lorsque cet infortuné jeune homme se noya à la Grand-Mère. Un sauvage était parvenu à trouver du bout d'une perche l'endroit où il gisait au fond de la rivière, mais c'est Bellemare qui, plongeant hardiment, rapporta sur le rivage le fils du représentant de notre souveraine.
Cette famille de Bellemare est presque toute employée dans le St. Maurice. On en retrouve quelques-uns à la Rivière-au-Rat ; d'autres sont employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson.
»

La nuit tous les chats sont gris

Ce cas illustre bien les limites de la recherche généalogique basée sur l'examen des registres paroissiaux et des recensements. Ces sources ne nous disent rien sur la personnalité des gens. Il faut trouver d'autres documents pour mettre un peu de chair autour de l'os, mais ces autres sources sont rarement disponibles.


Ce que l'on sait de Toussaint Bellemare

Toussaint Bellemare est né à Trois-Rivières en 1813. Il n'était donc plus un jeune homme lorsqu'il a plongé dans le Saint-Maurice pour repêcher le corps de John Walker Head en 1859. Il a épousé Françoise Saint-Laurent le 17 janvier 1839 à Trois-Rivières. À son mariage, il était dit journalier, fils de René Bellemare journalier et de Marguerite Doucet.

Toussaint Bellemare et sa famille ont remonté la rivière Saint-Maurice en suivant les progrès de la colonisation. Au recensement de 1852, le couple et ses cinq enfants résidaient au fief Saint-Étienne situé au nord de Trois-Rivières. Ils y étaient encore en avril 1860.

Au recensement de 1861, on les retrouve dans le sous-district « chantiers » au nord du comté de Champlain (cherchez Belleman dans le recensement). Ce territoire comprenait vraisemblablement les établissements sur le Saint-Maurice au nord de la paroisse de Sainte-Flore. Toussaint est dit cultivateur et la population qui l'entoure est constituée d'hommes de passage : des «foremen», des «labourer» dont la résidence est située en dehors du sous-district, probablement des bûcherons. L'endroit était donc relativement isolé.

Il y avait des cultivateurs parmi les bûcherons pour produire le foin nécessaire à l'alimentation des chevaux utilisés pour sortir les billots de la forêt. Le foin valait une fortune dans les chantiers du Saint-Maurice à cause des coûts de transport élevés. Il était donc rentable de produire localement les graminées fourragères peu exigeantes en matière de sol et de climat.

En 1871, la famille a été recensée, sous le nom de Belmar cette fois-ci, dans un sous-distict du comté de Champlain nommé Mékinac, toujours sur une ferme. Je crois que le « Mékinac » de 1871 correspond grosso modo au sous-district « Chantiers » de 1861. René Bellemare, le père de Toussaint âgé de 90 ans habite avec eux. Il y a deux autres couples mariés sous ce toit : leurs fils Pierre et René ont des épouses mais pas d'enfants. Trois filles célibataires : Marie (29 ans), Élise (19 ans) et Augustine (12 ans). Françoise Saint-Laurent, épouse de Toussaint Bellemare a eu son dernier enfant à l'âge de 46 ans.

Le lieu-dit La Pêche

En novembre 1870, Toussaint Bellemare a présenté une pétition au parlement de Québec. J'ignore le sujet de cette pétition, mais le recueil des Journaux de l'Assemblée nationale (volume 4) indique que Bellemare était de l'endroit appelé "La Pêche" sur la rivière Saint-Maurice.

Toussaint Bellemare est décédé le 11 juillet 1876. Ses funérailles ont eu lieu à Sainte-Flore, paroisse voisine des Piles. L'officiant a noté dans le registre que Toussaint était mort à la Pêche, Rivière Saint-Maurice à l'âge de soixante et onze ans.


Il est décédé, non pas alors qu'il pêchait sur le Saint-Maurice comme certains l'ont cru, mais plutôt en un lieu-dit La Pêche sur le Saint-Maurice. Par ailleurs, le curé de Sainte-Flore l'a vieilli de huit ans. Né en 1813, Toussaint avait 63 ans et non pas 71 lors de son décès.

Tout porte à croire que ce lieu-dit La Pêche était situé à l'embouchure de la Rivière à la Pêche sur le Saint-Maurice. C'est probablement à cet endroit que Gérin a visité Toussaint Bellemare vers 1871, deux lieues (environ dix kilomètres) au-dessus des Piles. L'étiquette Sur le Saint-Maurice pouvait signifier qu'il n'y avait par d'autre route que la rivière pour s'y rendre.

On trouve au nord de Saint-Jean-des-Piles, sur la rive Ouest du Saint-Maurice, l'embouchure de la rivière à la Pêche qui prend sa source dans le lac du même nom. Les résidents de cet endroit ont été expropriés lors de la création du Parc national de la Mauricie en 1970. Cette carte du parc montre le secteur de la rivière à la Pêche dans l'encadré en haut à droite.

Carte du secteur Rivière-à-la-Pêche du Parc national de la Mauricie


À la fin du XIXe siècle, les colons installés à cet endroit et plus haut sur les deux rives du Saint-Maurice étaient rattachés à la mission de Mékinac, un mot algonquin qui signifie tortue. Sur son site web, la municipalité de Saint-Roch de Mékinac présente un bref historique qui comporte le passage suivant :
« La prise de possession des terres progressa très lentement. Les colons peu nombreux s’étaient éparpillés à partir de la Pointe-à-la-Mine jusqu’à Rivière Mattawin sur la rive est, et la rive ouest à partir de la rivière La Pêche jusqu’en face du lac Caribou. »



Merci à André Hamel qui m'a beaucoup aidé dans cette recherche.

Note : Il n'y a pas de lien de parenté proche entre Toussaint Bellemare et le coloré ministre de l'Union Nationale Maurice Bellemare, qui fut conseiller municipal à Saint-Jean-des-Piles après son retrait de la politique provinciale.

mercredi 19 février 2014

À travers le registre de Saint-Léon (1)

Dans À travers les registres publié en 1886 l'abbé Cyprien Tanguay présentait les notes qu'il avait recueillies en dépouillant les registres paroissiaux du Québec avant 1800. La première de ces notices, présentées selon l'ordre chronologique, se lisait comme suit : 
1545 : Jean de Nantes, venu avec M. de Roberval, convaincu de vol, est mis aux fers.
J'ai adopté la même démarche, à une échelle réduite, en dépouillant le registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de  Saint-Léon-le-Grand. 

Une pépinière d'ancêtres

Pour ma famille, Saint-Léon-le-Grand dans le comté de Maskinongé est une pépinière d'ancêtres. Onze couples d'ascendants de mes enfants ont vécu à cet endroit entre 1802 et 1830. C'est la raison pour laquelle j'ai passé beaucoup de temps à examiner ce registre en particulier. Voici la liste de ces couples d'ascendants avec la date et le lieu de leur mariage : 

Allard Charles Félicité Turcotte 1809 Saint-Cuthbert
Dubé Bernard Thérèse Chrétien 1781 Saint-Jean-Port-Joli
Gélinas Alexis Thérèse Dubé 1802 Saint-Léon
Lambert Gervais Cath. Desaulniers 1806 Louiseville
Lavergne Ambroise Madeleine Joyal 1761 Louiseville
Lavergne Louis Marguerite Leblanc 1797 Yamachiche
Leclerc François Archange Caron 1795 Saint-Jean-Port-Joli
Lemaître Pierre Madeleine Sylvain 1760 Louiseville
Rivard François Pélagie Villemure 1804 Yamachiche
Rivard François Ursule Ledroit 1763 Yamachiche
Saintonge François M-Charlotte Leclerc 1806 Louiseville

Et comme toujours en généalogie, quand on cherche une chose on en trouve une autre. Le plupart des actes que j'ai relevés, et qui sont présentés plus bas, concernent d'autres paroissiens de Saint-Léon qui ne me sont pas apparentés.

Les débuts de la paroisse

La paroisse de Saint-Léon-le-Grand a été détachée du territoire de Saint-Antoine-de-Padoue de la Rivière-du-Loup (Louiseville). Une première chapelle en bois a été construite à cet endroit par les habitants du lieu-dit de Chacouna en 1801. Le registre des baptêmes, mariages et sépultures a été ouvert le 15 février 1802.

Jusqu'en 1805, Saint-Léon était une mission desservie par le curé de Louiseville et ses vicaires. Un de ces vicaires était l'abbé Louis Delaunay (1761-1837) qui sera nommé curé de Saint-Léon en 1806. Comme vicaire d'abord, puis comme prêtre résidant et enfin comme curé, Delaunay aura été en charge du registre de Saint-Léon pendant 35 ans, soit du 16 octobre 1802 jusqu'à son décès en 1837.

L'église construite entre 1819 et 1824 et agrandie en 1914 (Le Nouvelliste 2 mars 2011).

Louis Delaunay était un modèle de rigueur et de précision dans sa tenue de registre, mais il écrivait souvent les noms de ses paroissiens de façon fantaisiste : Beloin pour Blouin, Brillière pour Brière, Cahier pour Cayer, Desonier pour Desaulniers, Ginas pour Gélinas, etc.

Éphéméride

20 mars 1802 :  Le quatrième acte inscrit dans le registre de la nouvelle paroisse est le baptême de Léon illégitime. Il y en aura plusieurs de ces baptêmes d'enfants illégitimes pendant les premières années de Saint-Léon, la plupart venaient de Louiseville et même de Yamachiche. Il était plus discret de les faire baptiser dans une paroisse où la famille de l'enfant était moins connue.



La formule employée était toujours la même : « né de parents inconnus ». Les noms du parrain et de la marraine sont des indices qui aident parfois à identifier la famille ou l'entourage de la mère, mais souvent ces rôles étaient tenus par des personnes étrangères à l'enfant qui étaient disponibles lors de la cérémonie. Ces parrains et marraines d'emprunt étaient présents pour les formalités et aussi pour les convenances.

17 février 1803 : Baptême de Jean Paterne Maillet. Le prénom de l'enfant est un adjectif qui vient du latin pater et signifie qui appartient à un père. Le père en question, Bénoni Maillet, était un agriculteur qui ne savait pas signer. Le parrain était Jean-Baptiste Ledroit qui a tenu ce rôle pour de nombreux enfants. Il signait jean Baptiste le Droitte d'une main assurée et prononçait donc son patronyme de cette façon.



24 novembre 1803 : Baptême d'Augustin Welfert, fil de Sébastien et de Marie Ferron. Le père était un mercenaire allemand qui s'est marié à Louiseville le 15 septembre 1788. La famille était établie sur une ferme à Saint-Léon. Marie Welfert, âgée d'une dizaine d'années et soeur de l'enfant, a été désignée marraine.

14 mai 1804 : Baptême de Marie Meunier, fille de Jean-Baptiste et de Marie-Louise Beloin (Blouin). Le père est dit sabotier dans cette paroisse. Le couple Meunier-Blouin s'est marié à la Pointe-du-Lac le 23 juillet 1799

Selon le site de la Maison Saint-Gabriel, l'usage des sabots en bois était alors répandu chez les paysans parce qu'ils étaient bon marché et aussi imperméables, contrairement aux fameux « souliers de boeuf » qui prenaient l'eau facilement. Les beaux souliers en cuir étaient réservés aux grandes occasions.

À suivre ...

mercredi 15 janvier 2014

Pauvres mendiants

Louis Delaunay a été curé de Saint-Léon-le-Grand de 1806 jusqu'à sa mort en 1837. Il a rédigé l'acte de sépulture de l'Écossais Jean Stuart qui est décédé à Saint-Léon  le premier mars 1813, à l'âge de 63 ans. Dans un élan de pitié sans doute, il a qualifié le défunt de pauvre mendiant. Delaunay a précisé que Stuart est décédé alors qu'il se trouvait chez Antoine Lesage, agriculteur de Saint-Léon.

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Comment devenait-on un pauvre mendiant en 1813 ? Par malchance, infirmité ou maladie, pour survivre en l'absence de sécurité sociale. Il fallait d'abord se faire accepter comme tel par la communauté, ce qui n'était pas aussi facile qu'aujourd'hui. Certaines paroisses émettaient un permis de mendicité aux « quêteux » qui, pour l'obtenir, devaient démontrer de bonnes moeurs. Les gens n'accueillaient pas les inconnus, et encore moins les ivrognes.

Il pouvait aussi arriver que l'on naisse mendiant. Nous avons déjà vu que deux familles avec enfants exerçaient cette activité à la Pointe-du-Lac en 1852 (voir Des mendiants à la Pointe-du-Lac sur ce blog).

Selon l'acte de sépulture, Jean Stuart était marié avec Marie-Josephte Courvillon. Je n'ai trouvé aucune trace de ce couple. À ma connaissance, il n'y avait ni Stuart ni Courvillon dans la région. D'ailleurs, l'acte n'indique pas que le couple vivait à Saint-Léon. Stuart était peut-être simplement de passage dans cette paroisse au moment de son décès. Certains mendiants faisaient des tournées de paroisses qu'ils répétaient à chaque année. On aimait les recevoir à la maison parce qu'ils apportaient des nouvelles et des potins des villages qu'ils avaient visités.

Treize ans plus tard, l'abbé Delaunay a utilisé la même expression pour désigner un autre défunt, Louis Gauthier, mort le 1er mai 1826, à l'âge de 63 ans lui aussi. Ce pauvre mendiant était l'époux de Madeleine Arsenault.

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Contrairement au premier cas, il s'agit ici d'un couple de la région. Le mariage Gautier-Arsenault a été célébré 18 septembre 1809 à Louiseville, paroisse voisine de Saint-Léon. Louis Gauthier s'est marié à un âge avancé, à 46 ans. Madeleine Arsenault, âgée de 25 ans au moment du mariage, était la veuve de Jean-Baptiste Soulard.

Selon le recensement du Bas-Canada de 1825, Louis Gauthier ne vivait pas seul. Il partageait son logement avec une femme mariée, probablement Madeleine Arsenault, et deux autres personnes qui étaient absentes au moment du recensement. Le recensement de 1825 ne donne pas l'identité de ces personnes ni leurs liens avec le chef de famille.

mardi 24 décembre 2013

De l'usage du charnier à Shawinigan en 1911

 Des détails inhabituels

J'aime trouver des détails inhabituels dans les registres paroissiaux. Certains officiants étaient plus généreux que d'autres en cette matière. Ainsi, dans la paroisse Saint-Pierre de Shawinigan, le curé Boulay et ses vicaires Meunier et Ladouceur ajoutaient de façon systématique des précisions que l'on ne trouve  habituellement pas dans les registres.

L'acte de sépulture rédigé le 9 janvier 1911 par le vicaire Meunier, pour le décès d'un enfant anonyme d'Harmel Gauthier, contient deux détails inhabituels. Il nous dit que :
  1. l'enfant a été « ondoyé à la maison par le Dr Garceau », ce qui nous donne l'identité du médecin de la famille ;
  2. son corps a été « déposé dans le charnier de cette paroisse »


L'usage du charnier

C'était l'usage, en hiver, de déposer les corps des défunts dans un petit bâtiment, appelé charnier, construit derrière l'église ou dans le cimetière de la paroisse, mais il est rare qu'on le mentionne dans les actes de sépulture. Habituellement, l'officiant se contentait d'écrire la formule habituelle « avons inhumé dans le cimetière de cette paroisse » même si, en réalité, l'inhumation devait attendre jusqu'au printemps pour que le sol dégèle.

Le charnier de la paroisse Sainte-Marie-Madeleine à Trois-Rivières.


Le transport des corps

Tout l'hiver 1911, les officiants de Shawinigan ont consigné que les corps des défunts - j'en ai compté 106 - ont été « déposés dans le charnier de cette paroisse ». Puis, le 25 avril, on trouve la première mention de l'année d'un corps « inhumé dans le cimetière de cette paroisse ». La terre du cimetière était devenue suffisamment meuble pour que l'on puisse la creuser. Deux jours plus tôt, on utilisait encore le charnier.

Il fallait maintenant disposer de la centaine de corps déposés dans le charnier pendant les mois d'hiver, avant qu'ils ne dégèlent. À chaque année, les officiants de la paroisse Saint-Pierre rédigeaient un acte pour consigner le transport des corps du charnier au cimetière. En 1911, cet acte a été rédigé le 2 mai ; il mentionne que les corps ont été déposés au charnier depuis le 17 novembre jusqu'au 23 avril.



Un indicateur des changements climatiques

La période d'utilisation du charnier variait d'une année à l'autre en fonction des conditions climatiques. En 1910, le transport des corps déposés dans le charnier avait été effectué une dizaine de jours plus tôt, soit le 20 avril et l'acte mentionne que les corps ont été déposés du 26 novembre au 9 avril. À Shawinigan, la période de gel aurait donc été plus courte d'environ 3 semaines en 1910 qu'en 1911.


La photo du charnier provient du Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

dimanche 1 décembre 2013

Joseph Carbonneau (1) : du côté de l'Épître, près du ban d'oeuvre

Joseph Carbonneau (1737-1808), un ancêtre de ma conjointe (Sosa 922), s'est marié trois fois avec des femmes plus jeunes que lui. Lors de la sépulture de sa troisième épouse Marie-Christine Biron le 24 novembre 1797, le curé de Yamachiche Thomas Kimber a écrit :
... a été inhumé dans l'Église de cette paroisse du côté de l'Épitre près du ban d'oeuvre le corps de Marie Biron, morte de Mort subite d'avant hier au soir. Épouse de Joseph Carbonneau père, ancien Sindic de la Batire de cette Église, âgée d'environ quarante-cinq ans ...



Du côté de l'Épitre près du ban d'oeuvre

Pourquoi Joseph Carbonneau a-t-il enterré sa femme à l'intérieur de l'église et non pas dans le cimetière adjacent ? Je cite une réponse trouvée sur le blog généanet :
« Depuis le Moyen âge, dans un contexte d'ignorance et de superstition, l'âme d'un corps placé dans l'église était supposée aller plus vite et plus prés de dieu au paradis ; ceci moyennant finance, les places les plus proches du choeur étant les plus chères ; les familles achetaient un caveau à tel emplacement ; leurs enfants et descendants, dans leur testament, 'élisaient leur sépulture dans telle tombe où sont enterrés leurs prédécesseurs", parfois en précisant l'emplacement à l'intérieur de l'église par exemple 'à cöté de la chapelle Ste Catherine" (trouvé dans un testament). »
Le côté de l'épître est le côté droit de l'autel en faisant face à celui-ci. Le banc d'oeuvre était situé au premier rang dans la nef, souvent en face de la chaire où le curé prêchait. Plus orné que les autres bancs, il était réservé aux notables de la paroisse, aux syndics et aux marguillers.

Un banc d'oeuvre (Musée des religions de Nicolet)

Joseph Carbonneau avait enterré ses deux premières femmes dans le cimetière de l'ancienne église de Yamachiche en 1767 et en 1771. Que sa troisième épouse ait été enterrée dans la nef de la nouvelle église et si près du choeur témoigne d'une certaine ascension sociale, probablement liée à son rôle de syndic. À suivre ...

jeudi 14 novembre 2013

Des conversions et des servantes : les Hill de Trois-Rivières

Modifié le 18 mars 2014

J'ai déjà abordé brièvement l'histoire des Hill de Trois-Rivières dans Patronyme anglais en Mauricie, juste assez pour constater que cette famille est passée un peu sous le radar des généalogistes. On connaît bien James Hill et sa descendance, mais on sait peu de choses de ses parents, Joseph Hill et Mary-Ann Charlton. Des découvertes récentes dans les registres anglicans permettent d'étoffer un peu l'histoire de cette famille.

Selon mes recherches, Joseph Hill et sa femme Mary-Ann Charlton sont nés en Angleterre de religion anglicane. Joseph Hill était sergent dans la septième compagnie du premier bataillon d'infanterie britannique. Ils sont arrivés à Québec vers 1831 en provenance d'Écosse vraisemblablement. On trouve l'acte de baptême de leur fils Joseph dans le registre anglican de la garnison de Québec en date du 2 octobre 1831 (voir Joseph Hill était sergent dans l'artillerie).

Leur fille Sarah, née en 1835, a été baptisée à l'église anglicane de Trois-Rivières le 16 avril 1837. Joseph Hill avait alors quitté l'armée. Il a ensuite travaillé comme journalier à Trois-Rivières.

Voici la liste des enfants de Joseph Hill et de Mary-Anne Charlton (née en 1802 en Angleterre) :
  1. Mary-Ann (n c1823 Nouveau-Brunswick) m 1856 François-Xavier Châteauneuf
  2. James (n c1829 Angletrerre) m 1856 Félicité Gélinas et m 1864 Constance Milette
  3. John (n c1831 Écosse) m 1851 Domithilde Zaste
  4. Joseph (n 1831 Québec) Bas-Canada) m 1851 Arline Ayotte et m 1858 Elise Sincaster
  5. Sarah (n 1835 et b 1837 Trois-Rivières). Célibataire.


Des conversions

Il y avait à cette époque une importante population anglicane à Trois-Rivières à laquelle les Hill se sont joints, mais au moins trois de leurs enfants se sont convertis à la religion catholique. J'ai retrouvé les baptêmes de conversion de Mary-Ann en 1847, Joseph fils en 1849 et Sarah en 1861. Ces documents nous donnent en prime l'année de leur naissance et leur ancienne religion. Ils nous indiquent aussi si leurs parents étaient vivants ou non. Dans celui de Joseph fils, le 5 mai 1849, il est écrit fils de feu Joseph Hill et Ann Charlton. Joseph père est donc décédé avant cette date.


Conversion de Josep Hill fils le 5 mai 1849 à Trois-Rivières (Immaculée-Conception).



Je n'ai pas retrouvé de baptême de conversion pour James et John, ni pour les parents qui sont probablement demeurés anglicans.

Des servantes

Après le décès de Joseph père, son épouse Mary Ann Charlton et sa fille Sarah ont gagné leurs vies comme servantes dans des familles bourgeoises de Trois-Rivières.

En 1852, Mary-Ann Charlton, âgée de 50 ans, a été recensée sous le nom de Ann Hill. Elle était servante dans la maison du Shériff Ogden. Ce recensement nous confirme qu'elle est bien née en Angleterre de religion anglicane.

Recensement de 1852 à Trois-Rivières


La même année, la jeune Sarah Hill, âgée de 15 ans, était servante dans la maison du marchand irlandais John Keenan. Elle a déclaré être née à Trois-Rivières de religion protestante. C'était avant sa conversion. En 1861, elle était servante dans une famille Wright d'origine américaine à Trois-Rivières.

Descendance

Mary-Ann (1823-1891) s'est mariée tard. Elle a épousé François-Xavier Châteauneuf, un journalier de dix ans son cadet, en 1856. Selon l'annuaire de 1879, ils habitaient au 132 rue Bonaventure à Trois-Rivières. Ils ont eu au moins deux enfants : Marie (1858) et Ormina (1861).

James (1829-1874) a été cultivateur à Saint-Boniface. Il a eu quatorze enfants de ses deux femmes, dont huit ont atteint l'âge adulte. Sa descendance est nombreuse dans la région de Shawinigan. Son fils William s'est marié quatre fois. La fameuse cabane à sucre Chez Hill de Saint-Mathieu appartenait autrefois à un descendant de cette famille.

John  (1831- ) était journalier et habitait sur la rue Plaisante à Trois-Rivières, selon l'annuaire de 1879. En 1891, il était commerçant ferblantier toujours à Trois-Rivières. Sa femme, Domithilde Zaste, était une petite-fille du mercenaire allemand Heinrich Szass qui s'est établi à Berthier après sa démobilisation en 1783. Lors des recensements, Domithilde se disait d'origine allemande. Ils ont eu au moins six enfants à Trois-Rivières auxquels ils ont donné des prénoms anglophones : Mary Ann (1852), William Henry (1856), Elmire (1861), Delia (c1862), Elizabeth (1865) et John Philippe (1869).

Joseph fils (1834-1864) a eu au moins cinq enfants de ses deux mariages : Marie-Anne (1852), Joseph (1855), James (1858), Sara et un autre Joseph. Sa deuxième femme, Elise Sincaster était l'arrière-petite-fille de William Sangster un autre immigrant anglophone d'origine inconnue.

Sara (1835- ) ne s'est pas mariée. Je n'ai rien trouvé sur elle après le recensement de 1861.

*****

Note : Il y avait à la même époque un Thomas Hill à Saint-Étienne-des-Grès. Il a épousé Adéline Isabelle le 10 mai 1858 à l'Église protestante de Trois-Rivières. Les noms des parents ne sont pas mentionnés dans l'acte. Il s'est converti en 1868. Je n'ai pas réussi à le relier à la famille de Joseph Hill et Mary Ann Charlton. Thomas Hill n'a pas été recensé au Québec en 1852, il pourrait donc être arrivé plus tard.

jeudi 7 novembre 2013

Un ancêtre bâtard

Avoir un ancêtre bâtard était autrefois une honte, c'est aujourd'hui un amusement, presque une fierté. Pour le généalogiste, ce peut être un obstacle insurmontable si l'identité du père n'est pas connue.

Un de mes ancêtres, Jacques Crevier dit Saint-Jean (Sosa 700) était un « enfant naturel », ce qui signifie que son père et sa mère n'étaient pas mariés ensemble au moment de sa conception. C'est le sens que l'on donnait autrefois au mot bâtard : un enfant conçu hors des normes sociales. Si l'un de ses parents avait été marié, on l'aurait qualifié d' « enfant adultérin » selon la terminologie du droit ancien. De nos jours, avec la baisse de taux de nuptialité, la moitié des enfants naissent hors-mariage et ces termes anciens ne sont plus guère utilisés.

Le baptême 

Jacques a été baptisé sous le nom de Bonin  le 8 octobre 1707 à Varennes. Il était le fils de Jacques Bonin et de Marie-Rose Prévost. Dans l'acte de baptême qui suit, le curé Claude Volant de Saint-Claude n'a pas fait mention de l'illégitimité de l'enfant, mais n'a pas écrit les mots habituels « du légitime mariage »  Par contre, l'officiant a inscrit le nom du père, ce qui signifie que son identité était de notoriété publique.



Le père Jacques Bonin

L'enfant a reçu non seulement le nom, mais aussi le prénom de son père biologique, ce qui me porte à croire que les parents étaient en bons termes. Rien n'indique que le père était présent lors du baptême, mais les convenances ne l'auraient peut-être pas permis. Jacques Bonin père n'a pas laissé d'autre trace en Nouvelle-France que ce fils. On ne trouve aucune autre mention de lui ni avant, ni après le baptême. Il est peut-être retourné en France.

Parmi les six autres Bonin qui ont immigré en Nouvelle-France, trois étaient originaires de La Rochelle et un de la Saintonge voisine. On sait que beaucoup de huguenots ont émigré de cette ville après la révocation de l'édit de Nantes en 1685. Si Jacques Bonin avait été protestant, s'il avait fui les persécutions religieuses en France, aurait-il pu épouser Rosalie Prévost sans abjurer sa foi ? Ou bien était-il déjà marié en France ? Ce ne sont que des hypothèses, bien sûr.

La mère Rosalie Prévost

Marie-Rose ou Rosalie était âgée de 19 ans à la naissance de son fils. Elle était la fille d'Eustache Prévost, un soldat du régiment de Carignan, et d'Élisabeth Guertin. Cette dernière a aussi eu un enfant naturel, ou plutôt adultérin, avec un dénommé Jacques Hubert marchand de fourrures, en 1678. C'était donc une tradition familiale. Je crois que le mari était alors voyageur dans les Pays-d'en-Haut. On en vient à douter de la validité de nos tableaux d'ascendance !

Rosalie Prévost épousera Jean Crevier dit Saint-Jean le 31 mai 1713 à Montréal. Ils auront douze enfants ensemble. Le petit Jacques adoptera alors le patronyme de son beau-père : Jacques Bonin deviendra Jacques Crevier. Il perdra ainsi sont étiquette de bâtard. Plus tard, à son mariage avec Thérèse Prud'homme le 23 octobre 1737 à Saint-Sulpice, Jacques est dit fils de Jean Crevier et de Rosalie Prévost habitants de la coste St-Michel. Son père adoptif et son demi-frère Jean-Baptiste sont présents au mariage.


Comment nommer un bâtard ?

Anciennement, certains généalogistes l'ont identifié sous le patronyme de Prévost, celui de sa mère, même s'il a été baptisé Bonin. Je suppose qu'ils ne pouvaient accepter, pour des raisons d'ordre moral, qu'un enfant reçoivent le nom d'un homme qui n'est pas l'époux de sa mère. D'ailleurs, le curé de Varennes a peut-être erré en 1707 en baptisant un enfant naturel sous le nom de son père biologique. L'usage était plutôt, je crois, de donner le patronyme de la mère ou pas de patronyme du tout.

mardi 20 août 2013

La belle Françoise

C'est la belle Françoise, lon gai. C'est la belle Françoise Qui veut s'y marier, maluron lurette. Qui veut s'y marier, maluron luré.  (Garolou).
  
D'un point de vue généalogique, Françoise Dubois-Lafrance qui a épousé Pierre Houde en 1733 est un cas problème et ce, pour deux raisons : il n'y a pas d'acte de baptême à son nom, du moins je n'en ai pas trouvé, et le prénom de sa mère n'est pas le même dans son acte de mariage que dans son contrat de mariage passé la veille.

L'identité de sa mère

Dans son acte de mariage, le 6 juillet 1733 à Sainte-Croix de Lotbinière, Françoise Lafrance est la fille de François Lafrance et de Marie-Françoise Lambert. Mais dans son contrat de mariage, devant le notaire Choret le 5 juillet 1733, Marie-Françoise Dubois-Lafrance est plutôt la fille de François Dubois-Lafrance et de Marie-Anne Lambert.


En général, je me fie davantage aux notaires qu'aux curés pour la rectitude des faits. Dans ce cas-ci, il est évident que le notaire avait raison et le curé avait tort. Ce dernier a probablement répété par erreur le prénom de la mariée Françoise en écrivant celui de sa mère. Je n'ai trouvé nulle part ailleurs la mention d'un couple formé de François Dubois-Lafrance et Marie-Françoise Lambert.

Sa naissance

Je n'ai pas trouvé de baptême au nom de Françoise Dubois, fille de François et d'Anne Lambert.

René Jetté, dans le Dictionnaire généalogique des familles du Québec, donne 7 enfants à ce couple : Marie-Josèphe (1712), Marie-Anne (1713), Joseph-François (1714), Marie-Louise (1716), François (1718), Marie-Josèphe (1719) et Gervais (1728). Les deux premières et le dernier sont morts en bas âge, ce qui ne laisse que 4 enfants : Joseph, Marie-Louise, François et Marie-Josèphe, tous nés entre 1714 et 1719. Aucun de ces enfants ne porte le prénom de Françoise.

Dans le Dictionnaire généalogique des familles canadiennes, Cyprien Tanguay situe, par erreur, la naissance de Françoise Dubois en l'année 1718. Cette date est plutôt celle de la naissance de François Dubois le cinquième enfant du couple.

Plusieurs sites de recherches généalogiques font un rapprochement entre la mystérieuse Françoise et la Marie-Louise née en 1716. Ils se fient à l'acte de sépulture de Françoise, le 30 mars 1753 à Sainte-Croix, qui mentionne qu'elle est décédée à l'âge de 37 ans. C'est peut-être exact, mais difficile à prouver. Dans les actes de sépultures anciens, l'âge du défunt est souvent une simple approximation.

D'autres enfants perdus

On note un intervalle de 9 ans, un trou noir, entre le baptême de Marie-Josèphe à Saint-Nicolas en 1719 et celui de Gervais à Sainte-Croix en 1728. C'est long 9 ans sans naissance, compte tenu de l'absence de moyens contraceptifs à l'époque de la Nouvelle-France.  Il est possible que des actes de baptêmes aient été inscrits et perdus dans une autre paroisse pendant cet intervalle.

Françoise n'est pas la seule enfant du couple Dubois-Lambert pour qui on n'a pas retrouvé d'acte de baptême. J'en connais deux autres :
  • Marie-Angélique qui a épousé Gervais Beaudoin le 21 août 1741 à Sainte-Croix de Lotbinière (contrat devant le notaire Choret le 20 août) ;
  • Marie-Thérèse qui a épousé Joseph Denevers-Boisvert le 28 octobre 1748 dans la même paroisse (contrat devant le notaire Choret le 24 octobre).
On observe une même démarche pour tous les enfants du couple qui se son mariés, y compris Françoise : ils ont tous passé un contrat devant le notaire Jean-Baptiste Choret de Sainte-Croix la veille ou quelques jours seulement avant le mariage.

Françoise Dubois-Lafrance  625a

dimanche 7 avril 2013

L'affaire Bertault

Jacques Bertault a marié de force sa fille Isabelle, âgée de 12 ans, le 12 août 1671 à Trois-Rivières. Ce fut une grave erreur. Après quelques mois, il s'est avéré que l'époux, un maçon dénommé Julien Latouche, ne travaillait pas, buvait et battait sa jeune épouse qui se refusait à lui.

Bertault et sa femme Gilette Baune ont alors décidé de reprendre leur fille et de réparer l'erreur en éliminant leur gendre. Ils ont d'abord tenté en vain de l'empoisonner, avant de l'assassiner dans la grange à coups de houe à la tête. Isabelle n'aurait pas pris part au meurtre, mais elle a aidé ses parents à traîner le corps de son mari pour le jeter dans la rivière Saint-Maurice.



Je reproduis ci-après un extrait d'À travers les registres de Cyprien Tangay qui présente le jugement Bertault, prononcé le 6 juin 1672. Ce qui frappe, à la lecture de ce jugement, c'est la sévérité, je dirais même la violence, de la justice en Nouvelle-France, comparée à celle d'aujourd'hui. Après avoir été humiliés à demi-nus sur la place publique, Berthault a été littéralement massacré, sa femme a été pendue et la jeune Isabelle a été forcée d'assister au supplice de ses parents. Comme si ce n'était pas assez, une forte amende a été imposée à la famille. Voici l'extrait :



Isabelle Bertault était enceinte pendant ces événements. Elle a accouché d'une petite fille quelques mois plus tard. Elle s'est ensuite remariée à Boucherville le 6 novembre 1673. À 14 ans, elle s'était donc déjà mariée deux fois, avait eu un enfant et assisté au supplice de ses parents. Aujourd'hui, on consulterait un psychologue pour moins que ça !
On trouve une description détaillée de cette affaire dans la Revue canadienne, volume 18. 

L'image de la houe provient de ce site de la Guadeloupe.