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mardi 30 août 2011

Des choristes et des converses

Choriste : qui se consacre à la prière et à l'étude.
Converse : qui s'occupe des tâches domestiques.

Les communautés religieuses, surtout les ordres contemplatifs cloîtrés, étaient des milieux fermés qui obéissaient à des règles très anciennes. On disait d'une jeune fille qui entrait en religion qu'elle « quittait le siècle ».

Dans les communautés de femmes, il y avait deux catégories de religieuses : les converses et les choristes. Ces catégories ressemblaient beaucoup à des classes sociales. Les Sœurs converses étaient assignées aux tâches domestiques pour permettre aux Sœurs choristes, plus instruites et plus fortunées, de se consacrer à la prière. J'ajoute plus fortunées parce que les communautés religieuses exigeaient une contribution financière des parents pour permettre à leur fille d'accéder au statut de choriste. En plus des travaux nécessaires à l'entretien du couvent, les Soeurs converses pouvaient confectionner divers objets comme des cierges, des hosties ou des soutanes qui rapportaient un revenu à leur communauté. Il y avait aussi des Frères convers dans les communautés d'hommes.

Maria Bourassa le jour de sa profession religieuse.

Maria Bourassa (1894-1945), fille d'Elzéar Bourassa et d'Odélie Gélinas de Saint-Boniface de Shawinigan, était Soeur converse chez les Adoratrices du Précieux-Sang au couvent Gethsémani de Trois-Rivières. Elle était instruite mais ses parents étaient pauvres. Elle a tenu à se faire converse pour, disait-elle, « mener une vie de dévouement, de souffrance et d’immolation ». La notice nécrologique de Maria Bourassa mentionne :
« Notre chère Sœur possédait une très belle instruction, très intelligente, aimable en récréation … Elle aurait rendu de grands services à la Communauté. Cependant, avant sa profession religieuse, des parents lui offrirent encore de remplir les conditions exigées si elle désirait devenir Sœur choriste. Oh non merci, mon choix est fait. Le bon Dieu m’appelle dans ce genre de vie obscure, je veux Le servir dans l’humiliation et l’oubli de moi-même. Elle ne s’est jamais démentie la chère Victime, elle a pleinement réalisé sa devise, son dévouement allait jusqu’à l’héroïsme. »
La communauté des Adoratrices du Précieux Sang a été fondée à Saint-Hyacinthe en 1861 et s'est installée à Trois-Rivières en 1889. C’est un ordre contemplatif dont la mission est d’expier et de réparer « les outrages commis contre l’adorable Précieux Sang de Jésus qui a sauvé le monde ». Le monastère de Gethsémani est situé sur le boulevard Saint-Louis à Trois-Rivières. Construit sur le sommet d'un coteau, c'est un point de repère dans le paysage trifluvien que l'on distingue à des lieues à la ronde. Faute de relève, il a été fermé en 2008 et transformé en condominiums. Au moment de la fermeture, le monastère et son immense terrain étaient évalués à 1,7 million de dollars.

Le monastère de Précieux-Sang de Trois-Rivières.

Sources : 
- Notice nécrologique de notre chère Sœur Marie de Saint-Joseph (Maria Bourassa) religieuse converse de « Gethsémani » 1894-1945, par Sœur Marie des Séraphins infirmière, Monastère du Précieux Sang, Trois-Rivières, 15 décembre 1945, 6 pages.
- La confection de soutanes par les Adoratrices du Précieux-Sang, sur le site Le patrimoine religieux du Québec.

mercredi 9 février 2011

Passé et présent au féminin

Aurore Dessureault-Descôteaux et Yolande Buist-Bordeleau, «Passé et présent au féminin», Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1979.

Ce répertoire présente une cinquantaine de courtes biographies de résidentes de Grand-Mère (y compris Sainte-Flore) qui se sont impliquées dans différentes oeuvres paroissiales : AFEAS, Saint-Vincent-de-Paul, etc. Il a été écrit à une époque où les femmes mariées portaient deux noms de famille, le leur et celui de leur mari. Pour la plupart, ces femmes n'occupaient pas d'emploi rémunéré et pouvaient  donc consacrer une partie de leur temps au bénévolat après avoir élevé leurs enfants. Ce livre a été écrit pour leur rendre hommage et pour faire connaître le travail qu'elles ont accompli. On peut le consulter en ligne sur le site Nos racines.

Voici, à titre d'exemple, la fiche d'Azilda Lavergne-St-Onge, épouse de Cléophas St-Onge. Je ne l'ai pas choisie au hasard, elle était la soeur de mon arrière-grand-père maternel Adélard Lavergne. On insiste dans le texte qui lui est consacré sur son caractère qu'elle avait fort semble-t-il : femme énergique, qui sait faire respecter ses idées, d'une grande fermeté, d'un courage remarquable  Des qualités essentielles pour une "maîtresse d'école" qui a enseigné pendant une vingtaine d'années dans le rang Saint-Anatole de Sainte-Flore.

Source : Passé et présent au féminin, 1979

J'ajoute ci-après quelques informations sur l'histoire de cette famille. 

Azilda Lavergne (1865-1962) était la fille de Louis Lavergne et de Marie Blais. Cette famille, originaire de Saint-Boniface, habitait le rang des Hêtres de Sainte-Flore dans le secteur qui allait devenir plus tard la paroisse de l'Assomption de Shawinigan. Azilda avait épousé, en premières noces, Augustin Doucet le 9 février 1885 à Sainte-Flore. Je n'ai pas retrouvé la date du décès d'Augustin Doucet avec qui elle a eu deux enfants (Liguori et Aurore). Je suppose que c'est après la mort de ce dernier qu'elle est allée enseigner dans le Rang Saint-Anatole. Les femmes mariées n'avaient pas le droit d'enseigner à cette époque.

Ses enfants étaient adultes quand elle s'est remariée, à l'âge de 49 ans, avec Cléophas St-Onge, lui-même veuf  d'Auréa Bourassa et père de sept enfants. Ce deuxième mariage a été célébré  le 11 juillet 1914 toujours à Sainte-Flore. Azilda est décédée presque centenaire, le 25 octobre 1962 à l'âge de 97 ans et 8 mois.

Auréa Bourassa (1882-1912)
Cléophas St-Onge, le deuxième mari d'Azilda Lavergne, était le fils de Louis St-Onge et de Julie Auger du Rang Quatre de Saint-Boniface de Shawinigan. Il a épousé en premières noces Auréa Bourassa, âgée de 16 ans seulement, fille d'Elzéar Bourassa et d'Odélie Gélinas, aussi du Rang Quatre. Ce mariage a été célébré  le 15 juin 1898 à Saint-Boniface. Cléophas était cultivateur à Saint-Boniface au moment de son mariage avec Auréa mais on retrouve ce couple à Sainte-Flore trois ans plus tard, au recensement de 1901; ils avaient déjà deux enfants (Marie-Anne et Marie-Flore). Auréa Bourassa est décédée le 2 juillet 1912 et a été inhumée à Sainte-Flore (carte mortuaire ci-contre).

dimanche 23 janvier 2011

Petit traité de politesse

Soeurs de la Charité de la Providence, Petit traité de politesse, deuxième édition, Providence Maison Mère, Montréal, 1914, 110 pages.

"La politesse peut se définir ainsi : Une application délicate et attentive de témoigner à tous, par notre conduite extérieure, notre estime et notre bienveillance."

Les Soeurs de la Providence avaient une vie réglée. Elles apprenaient et enseignaient à leurs élèves à bien se comporter dans toutes les situations. Plusieurs des règles qui sont énoncées dans ce traité seraient encore utiles aujourd'hui, mais certaines des valeurs qui les sous-tendent nous semblent maintenant dépassées. On n'enseigne plus aux jeunes filles la modestie et la soumission à l'autorité.

Ce manuel a un petit côté suranné qui fait son charme. Ainsi, bien qu'il s'adresse aux jeunes filles, il n'utilise jamais le mot femme mais plutôt l'expression "personne du sexe", comme on disait autrefois le beau sexe, le deuxième sexe ou encore le sexe faible. Il y a  un chapitre qui nous explique comment se comporter quand on est en présence du Souverain Pontife et des Évêques, ce qui n'arrivait pas souvent.

Le traité de politesse était un genre à la mode à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième siècle.  Des dizaines d'ouvrages semblables ont été publiés à cette époque. La politesse, on  disait aussi  le savoir-vivre ou la civilité, était alors enseignée au secondaire dans les collèges et les couvents au Québec et aussi en France.

Cet exemplaire a appartenu à  Marie-Ange Bourassa (1901-1981) qui a étudié au Pensionnat des Soeurs de la Providence à Sainte-Élisabeth dans le comté de Joliette. Elle était la fille d'Elzéar Bourassa et d'Odélie Gélinas de Saint-Boniface-de-Shawinigan.

jeudi 21 janvier 2010

La modestie féminine

Lors de son mariage avec Elzéar Bourassa le 16 mai 1876 à Saint-Boniface, Odélie Gélinas a déclaré ne pas savoir signer. Or, elle savait signer, même qu'elle écrivait très bien. Je crois qu'elle l'a fait par modestie, pour ne pas porter ombrage à son mari qui était analphabète. Peut-être aussi par timidité. Elle n'avait que 17 ans.

L'acte de mariage nous apprend aussi que le père d'Elzéar était gravement malade ou invalide puisque c'est son fils aîné Joseph qui tient lieu de père au marié; le père d'Elzéar était alors âgé de 71 ans. De son côté, Odélie Gélinas était orpheline de père et c'est son beau-père Raphaël Lamy qui est son témoin.

On remarque sur la photo que les deux mariés portent des décorations ou médailles en forme de croix, ce qui pouvait signifier leur appartenance à un mouvement religieux, peut-être une ligue de tempérance.

Le jour du mariage, les parents d'Elzéar lui ont donné, devant le notaire Biron de Saint-Boniface, un montant de 400 $, ce qui était une somme assez importante à l'époque. Bien que ce ne soit pas spécifié dans le contrat, cette somme pouvait être une compensation financière pour les dépenses encourues par le jeune couple pour l'entretien des parents d'Elzéar.

Les mariés ont ensuite cohabité pendant une dizaine d'années avec des membres de la famille d'Elzéar. Au recensement du Canada effectué au printemps 1881, soit 5 ans après leur mariage, le recenseur a dénombré 6 personnes dans la maison qu'ils habitaient à Saint-Boniface :
  • Elzéar Bourassa âgé de 28 ans
  • Odélie Gélinas son épouse âgée de 21 ans
  • leurs filles Almida (3 ans) et Diana (3 mois)
  • la mère d'Elzéar, Émilie Grenier qui était alors veuve et âgée de 68 ans
  • Majorique Bourassa, le jeune frère d'Elzéar, célibataire et âgé de 24 ans.

Le père d’Elzéar, Joseph Bourassa, est décédé quelques années avant ce recensement; il est mort le 3 avril 1878, deux semaines après la naissance d’Almida, le premier bébé d’Odélie. La mère d’Elzéar, Émilie Grenier, a vécu encore plusieurs années; elle est décédée le 12 janvier 1888 à l’âge de 75 ans. Majorique, le frère d’Elzéar, a dû quitter la maison vers 1884, année de son mariage avec Marie-Ange Lambert de Saint-Léon.


L'acte de mariage

« Le seize mai mil huit cent soixante-seize, après la publication d’un ban de mariage, faite sans opposition quelconque, au prône de notre messe paroissiale, dispense des deux autres bans ayant été accordée le douze courant par Sa Grandeur Monseigneur Louis-François Laflèche, Évêque des Trois-Rivières, ne s’étant découvert aucun empêchement au dit mariage, et du consentement de la mère de l’épouse, nous, curé soussigné, avons reçu le mutuel consentement de mariage de Elzéar Bourassa cultivateur, fils majeur de Joseph Bourassa, cultivateur, et de Émilie Grenier, de cette paroisse, d’une part; et de Odélie Gélinas, fille mineure de feu Antoine Gélinas, cultivateur, et de Odile Descôteaux, aussi de cette paroisse, d’autre part; et leur avons donné la bénédiction nuptiale en présence du côté de l’époux, de Joseph Bourassa fils soussigné, et du côté de l’épouse de Raphael Lamy beau-père qui ainsi que les époux a déclaré ne savoir signer. »

mercredi 20 janvier 2010

Une dévote

Odélie Gélinas (1858-1930) de Saint-Boniface près de Shawinigan, était une femme très pieuse. On raconte dans la famille qu’elle s’était destinée depuis l’enfance à entrer en religion mais que sa vocation avait été remise en cause quand Elzéar Bourassa, son futur époux, l’avait demandée en mariage. Ils se sont mariés le 16 mai 1876 à Saint-Boniface. Odélie avait alors dix-sept ans seulement. Ils ont eu quatorze enfants. La photo suivante montre Odélie Gélinas assise devant deux de ses filles religieuses : Almida, soeur de la Providence, et Maria, adoratrice du Précieux-Sang.




Sa ferveur religieuse s’était accrue après la naissance de ses enfants, à un point tel que ses proches s’en inquiétaient. Sa fille Angélina (1890-1979), qui était carmélite, écrivait en 1939 : « Durant les quelques vingt dernières années à ma connaissance, elle menait une vie vraiment religieuse, ayant ses heures de silence, de lecture pieuse d’oraison. Si elle en était empêchée le jour, elle faisait ses pieux exercices la nuit… Sous son habit de femme du monde elle portait un rude cilice. Et cela avec tant de discrétion qu’il fallait être très perspicace pour le découvrir… Un jour, effrayée de ses pénitences, j’allai m’en plaindre à Mr. Le Curé J.E. Héroux, il me répondit : Ma petite fille, nous ne pouvons pas nous opposer aux desseins du Bon Dieu. Ta mère n’est pas une femme ordinaire, c’est clair que c’est le Saint-Esprit qui la dirige. »

Odélie Gélinas s’exprimait mieux que des gens plus instruits. Sa fille Angélina y voyait la preuve qu’elle était habitée par le Saint-Esprit. Elle écrivait en 1939 : « Oui je comprend aujourd’hui que c’était véritablement le Saint-Esprit qui était son Guide et son Maître. Elle n’avait pas d’instruction et pourtant avec quelle facilité elle me parlait des choses spirituelles auxquelles je ne comprenais rien alors. Et maintenant, quelle humilité : que de fois elle m’a demandé en pleurant de prier pour elle disant qu’elle n’aimait pas le Bon Dieu, qu’elle était lâche à son service. »

J'ai de la difficulté à croire qu'elle n'avait aucune instruction. Son projet était d'entrer en religion; elle avait donc dû étudier dans un couvent avant de se marier à l'âge de 17 ans. Si c'est le cas, elle pouvait avoir fait l'équivalent d'un secondaire 4 ou 5 aujourd'hui. Quant à son talent, j'y verrais davantage l'effet d'une intelligence exceptionnelle que l'intervention du Saint-Esprit. Mais c'est une question de foi. Qu'on en juge par la lettre qu'elle écrivait en mai 1918 à son fils Antoni qui s'était réfugié chez les Pères Oblats de Marie-Immaculée pour échapper à la conscription :


"Mon bien cher enfant,

C’est ta mère cher Antoine qui franchit le seuil du Monastère pour baiser son fils chéri. Cher enfant c’est donc bien vrai que tu nous a quittés pour suivre ton Jésus. Tu avais entendu son appel au fond de ton cœur, mais un peu lent pour correspondre à ta sublime vocation. Voilà qu’aujourd’hui, temps bien sombre pour la jeunesse, de nombreux obstacles se présentaient sur ta route, et qui semblaient se multiplier davantage à mesure que grandissait ton désir d’être tout à Jésus et à Marie. Fauchée par cette terrible guerre, ta vocation était perdue!… Mais grâce à tes prières, à tes rosaires peut-être? La Sainte Vierge arriva à temps te chercher, pour t’abriter sous le mante de son divin Fils. Oh oui, nous voyons en tout cela l’ouvrage de Marie. « Quiconque l’aime ne peut périr ». Tu l’as beaucoup aimée, mais comme tu es bien récompensé! Ton départ imprévu a broyé mon cœur de mère! Mais au milieu de mes larmes, je ne puis que bénir le Ciel de t’avoir choisi pour « fidèle serviteur de Marie-Immaculée ». Tu as, cher enfant, choisi la meilleure part. Le sacrifice de la séparation est déchirant pour des parents, mais ces sacrifices que le bon Maître nous impose sont bien doux comparé à ceux de tant d’autres de nos jours. Le bon Dieu ne m’en voudra pas je l’espère, pour pleurer le départ de mon cher enfant. N’est-ce pas Lui qui a fait des ses mains divines le cœur d’une mère et qui l’a rempli de tant d’amour et de tant de tendresse? N’a-t-il point pleuré lui-même la perte d’un ami? Il est vrai que tu n’es perdu pour moi, mon cher enfant, et que, du fond de ton Monastère, ton amour pour ta mère ne fera que s’accroître. Que de choses n’obtiendras-tu pas pour ta mère et ton père de ce Cœur blessé d’amour et de l’Immaculée Marie. Dans mes ennuis, quand la tristesse envahit mon âme, j’accours me réfugier dans le Sacré-Cœur. C’est au pied de la croix que nous déposons tout; c’est là que nous trouvons la force, la consolation; c’est là aussi que nous te retrouvons cher enfant. C’est aussi là que nous reconnaissons, non les sacrifices, mais les grands bienfaits du bon Dieu, l’honneur qu’Il nous fait en choisissant six de nos enfants pour les enrôler dans l’armée des vierges, des privilégiés de son Cœur. Ah! Comment pouvons-nous remercier ce Dieu si bon si libéral! Jamais nous ne pourrons nous acquitter de cette dette de reconnaissance. Nous prions sans cesse pour ta persévérance. Remercions Dieu de ta vocation et demandons-lui la même faveur pour ton petit frère. Il nous faut deux Oblats à tout prix!…

Ah! Cher enfant, qu’il nous tarde de te contempler sous le Saint Habit! Comme ce sera long sans doute?… Nous te remercions beaucoup de ta petite missive, laquelle nous apporta tant de consolations. Tu es vraiment à l’entrée du Paradis avec de si bons R. Pères.

Maintenant nous sommes tout à fait dans l’impossibilité de t’expédier ta valise pour le moment, par la raison que tu serais mis à découvert. Tu comprends, envoyer ta valise au « Canadien Nord » hein?… Il nous faudra la descendre aux Trois-Rivières la nuit… et les semailles ne sont pas encore terminées; et aussi, même, c’est très dangereux de se faire arrêter. De nos braves gens ont été saisis en pleine nuit. Si c’était en d’autres temps tu l’aurai eue immédiatement. Fais encore ce petit sacrifice, dans quelques temps peut-être tu l’auras.

Tu ne saurais croire comme tout le monde est inquiet de toi et d’Anna-Marie qui partit le lundi suivant de ton départ. Tout le monde sont là : où sont-ils? que font-ils? quand reviendront-ils? etc. C’est à ne plus finir! Mais le secret est bien gardé va!… Ma santé est assez bonne, ainsi en est-il de toute notre petite famille. Marie-Ange demeure à la maison pour vaquer aux soins du ménage. Josaphat travaille avec son père. Au revoir donc mon cher enfant, veuille saluer respectueusement tes supérieurs pour nous. Unions de prières et de sacrifices.

Nous t’embrassons bien tendrement,Ta mère Dame E. Bourassa"

On imagine facilement l'influence que pouvait exercer une telle mère sur les vocations religieuses de ses enfants. Six d'entre eux sont entrés en religion : trois soeurs de la Providence, une carmélite, une adoratrice du Précieux-Sang et un frère Oblat de Marie-Immaculée.

mardi 15 décembre 2009

La Loi des douze enfants

Dans un épisode de l'ancien téléroman "Les Belles histoires des pays d'en-haut", le colon Basile Fourchu, père de treize enfants vivants, recevait du gouvernement une "terre en bois deboute".

En 1890, le gouvernement d'Honoré Mercier observant «qu'il convient, à l'exemple de tous les siècles, de donner des marques de considération à la fécondité du lien sacré du mariage», fait voter une loi intitulée «Acte portant privilège aux pères ou mères de famille ayant douze enfants vivants». Cette loi accordait gratuitement cent acres de terre publique, ou bien une prime d’un montant de cinquante dollars, aux parents de douze enfants vivants, nés en légitime mariage.

Pour se prévaloir des dispositions de la loi, tout père ou mère de famille admissible devait présenter une requête au secrétaire de la province, accompagnée de son acte de mariage, d'un extrait de naissance de chacun de ses enfants ainsi que d'un certificat devant un juge de paix, constatant le nombre de ses enfants et leurs noms. Les cent acres de terre devaient être choisis parmi les terres publiques propres à la culture, en vente et disponibles au moment du choix, dans le canton, la paroisse ou le territoire non organisé où le requérant demeurait ou, sinon, dans celui le plus rapproché de son domicile.

En vertu de cette loi, Elzéar Bourassa et Odélie Gélinas du Grand Quatre de Saint-Boniface ont reçu le lot numéro 48 du rang 6 du canton Shawinigan (Saint-Boniface). Leur demande d’octroi est datée du 26 décembre 1901. Elle a été signée par le curé Joseph-Télesphore Gravel de Saint-Boniface sur un formulaire intitulé « Certificat des pères (mères) à l’effet qu’il (elle) a douze enfants vivants ». Le formulaire est accompagné d’une copie de l’acte de mariage inscrit au registre de la paroisse de Saint-Boniface. En guise de signature, Elzéar Bourassa a marqué ce formulaire d’une croix.

Cinq autres familles de Saint-Boniface ont profité de cette mesure qui a été abolie en 1905 :

- Jean-Alexis Gélinas et Adélina Pellerin;
- Prosper Lamy et Élisa Milot;
- Jean Matteau et Adéline Desaulniers;
- Augustin Lambert et Philomène St-Onge;
- Antoine St-Onge et Eutychiane Lamothe.

Antoine St-Onge et son beau-frère Augustin Lambert, ont acquis des terres dans ce qui est devenu la paroisse Saint-Marc de la haute-ville de Shawinigan. Ils devenaient ainsi les pionniers de ce secteur de la ville, autrefois appelé village St-Onge. Deux rues ont été nommées en leur honneur et le parc Saint-Marc a été renommé parc Atoine St-Onge il y a quelques années.




Les familles de douze enfants n’ont pas toutes profité de ces octrois. Les formalités administratives ont pu décourager certaines. D’autres ignoraient peut-être même l’existence de cette mesure.

Les dossiers de demande d’octrois gratuits de terres aux familles de douze enfants vivants sont conservés à Québec aux Archives nationales.

mercredi 27 mai 2009

Les trois carmélites

La chronique du 13 mai 2009 racontait l'histoire de Louisa Bourassa qui est morte de la grippe espagnole à l'automne 1918. Elle laissait son mari Ludger Dugré, boulanger à Saint-Boniface-de-Shawinigan, seul avec neuf enfants dont un bébé de cinq mois. Quelques années plus tard, Ludger et sa famille sont allés vivre à Manchester dans le Connecticut.

Trois des filles de Louisa sont devenues carmélites déchaussées, un ordre contemplatif issu d'une réforme des carmes. Elles ont passé leurs vies cloîtrées dans des monastères aux États-Unis. Avec le temps, et faute de pouvoir communiquer, la famille a un peu perdu le contact avec elles.

En novembre 2004, une cousine des trois religieuses, Mlle Anne-Marie Dugré de Saint-Boniface, m'a transmis leurs coordonnées. Elle avait obtenu ces renseignements de Mlle Gabrielle Séguin qui a été autrefois la ménagère de l'abbé Maurice Dugré, le frère des trois carmélites. Des trois soeurs, seule Thérèse, née en 1916, était encore vivante à cette époque. Voici leurs adresses ainsi que d'autres renseignements que j'ai trouvés sur le web :

- Thérèse Dugré était au Carmelite Monastry , 70 Monastry Road, Elysburg (Pennsylvanie). On aperçoit ce monastère et les champs qui l'entourent sur la photo ci-haut. La communauté carmélite d'Elysburg a déménagé à Danville (Pennsylvanie) en 2008. J'ignore si Thérèse est encore vivante; si oui, elle aurait 93 ans aujourd'hui. Une photo d'elle en chaise roulante apparait sur la page couverture du rapport annuel 2006 de l'organisme de charité "Support Our Aging Religious (SOAR)" qui collecte des fonds pour venir en aide aux religieux âgés aux États-Unis (www.usccb.org/nrro/annual_report_pdf/). Je crois bien qu'ils ont choisi sa photo parce qu'elle est jolie, comme sa mère l'était d'ailleurs.

- Bernadette Dugré est décédée en 2000. Elle vivait au Carmelite Monastry, Centre Drive, Latrobe (Pennsylvanie). C'est à Latrobe, petite ville de 6000 habitants, qu'aurait été inventé le fameux Banana Split en 1904, mais c'est une autre histoire. J'ai trouvé un avis de décès de Bernadette sur RootsWeb :

Sister Marie Bernadette of Our Lady of Lourdes (Dugre), O.C.D., of the Carmelite Monastery, Lawson Heights, Latrobe, died Friday, Dec. 8, 2000, at Caritas Christi of the Sisters of Charity, Greensburg. She was born Jan. 29, 1909, in St. Thecle, Quebec, Canada, a daughter of Ludger and Louisa (Bourassa) Dugre. She was educated in Canada and came to the United States in 1922, and became a citizen in 1959. She entered the Carmelite Monastery of St. Therese in Altoona, Dec. 3, 1927, and professed final vows June 24, 1932. Preceded in death by her parents; brothers, Jean, Philip, Germaine, Raymond and Father Maurice; and sisters, Marie Jeanne and Sister Marie of St. Joseph, O.C.D. (Georgette). She is survived by a sister, Sister Therese of the Child Jesus, O.C.D., of Elysburg; and numerous nieces and nephews. Viewing will be in the chapel of the Carmelite Monastery, Center Drive, Latrobe. Arrangements by the JOHN J. LOPATICH FUNERAL HOME INC., Latrobe

-Georgette Dugré est morte en 1960 à Columbus, Ohio. On ne trouve pas de trace d'une communauté carmélite dans cette ville, mais il y en a une depuis 1921 à Cleveland dans le même État.

mercredi 13 mai 2009

Une victime de la grippe espagnole

La grippe A(H1N1), aussi appelée grippe porcine ou mexicaine, a ramené dans l'actualité la crainte d'une pandémie semblable à celle de la grippe espagnole qui s'est répandue en quelques semaines à la fin de la première guerre mondiale.

Lorsque l'armistice a été signée à l’automne 1918, les soldats canadiens qui avaient combattu dans les tranchées en Europe ont ramené avec eux un fléau encore plus terrible que la guerre: un virus qui allait faire vingt millions de victimes dans le monde. Pour une raison inconnue, cette maladie tuait surtout les jeunes adultes.

Louisa Bourassa en est morte. D'après la photo de sa carte mortuaire, c'était une très jolie femme. Elle est décédée le 18 octobre 1918 au plus fort de l’épidémie. Par crainte de la contagion, on l'a enterrée le jour même. Elle avait alors 33 ans et laissait derrière elle son mari et neuf enfants dont un bébé de cinq mois.

Louisa Bourassa avait épousé Ludger Dugré à Saint-Boniface le 25 juillet 1904. Il boitait. Pendant les premières années de leur mariage, ils ont vécu à Saint-Justin dans le comté de Maskinongé où Ludger a exercé le métier de télégraphiste avec ses deux frères Arthem et Arthur qui étaient chefs de gare. Ils sont ensuite retournés vivre à Saint-Boniface où il a acheté une boulangerie sur le site actuel de l’auberge « La Boulangère ». Ils ont eu neuf enfants : Marie-Jeanne (née en 1907), Bernadette (1909), Jean-Marie, Philippe, Germain, Maurice (1913), Raymond (1914), Thérèse (1916) et Georgette (1918).

Ludger Dugré s’est remarié avec Annie Boisvert le 24 février 1920. Il a vendu sa boulangerie à un nommé Kirouac. Ce dernier l’a revendue plus tard à un nommé Therrien qui était réputé pour ses fèves au lard cuites dans le four à pain. En 1922, Ludger Dugré et sa famille sont allés s’établir à Manchester aux États-Unis où il a exercé le métier de garçon d’ascenseur dans un grand magasin.

Certains des petits enfants de Louisa Bourassa sont demeurés au Québec et ont été pris en charge par des parents. Thérèse, qui avait deux ans au décès de sa mère, a passé son enfance chez ses grands-parents Bourassa et chez sa tante Diana dans le Grand Quatre à Saint-Boniface. Diana Bourassa avait pris sa nièce « en élève », comme on disait autrefois.

Quatre des enfants de Louisa sont entrés en religion : un prêtre (Maurice) et trois carmélites (Bernadette, Thérèse et Georgette), qui ont passé leur vie cloîtrées dans des monastères aux États-Unis. Marie-Jeanne, l'aînée des enfants, a travaillé comme infirmière à Trois-Rivières et à Montréal. La photo suivante montre Marie-Jeanne et Bernadette Dugré en 1917, soit un an avant le décès de leur mère.



mardi 31 mars 2009

Josaphat Bourassa a disparu

Josaphat Bourassa, fils d'Elzéar et d'Odélie Gélinas, a disparu sans laisser de traces vers 1925. À l'époque de sa disparition, il travaillait avec son frère Adjutor au moulin à scie de la Howe Lumber aux Trois-Rivières. Il habitait alors une maison de chambres dans cette ville.


On sait peu de choses sur lui. Il est né à Saint-Boniface-de-Shawinigan le 18 décembre 1899. Sa famille vivait assez pauvrement sur une terre située sur le flanc d'une colline dans le Rang Quatre. Josaphat a d'abord travaillé quelques années sur cette ferme pour aider son père avant d'aller aux Trois-Rivières vers 1923 ou 1924.


Sa mère était une dévote qui tirait une grande fierté des vocations religieuses de ses enfants : trois Soeurs de la Providence, une Carmélite, une Adoratrice du Précieux-Sang et un Oblat de Marie-Immaculée. Elle souhaitait ardemment que Josaphat entre lui aussi en religion. Le 28 mai 1918, elle écrivait à son fils Antoni qui venait tout juste d'entrer chez les Oblats à Lachine :

"...nous reconnaissons, non les sacrifices, mais les grands bienfaits du bon Dieu, l'honneur qu'Il nous fait en choisissant six de nos enfants pour les enrôler dans l'armée des Vierges, des privilégiés de son coeur. Comment pouvons-nous remercier ce Dieu si bon, si libéral! Jamais nous ne pourrons nous acquitter de cette dette de reconnaissance. Nous prions sans cesse pour ta persévérance. Remercions Dieu de ta vocation et demandons lui la même faveur pour ton petit frère. Il nous faut deux Oblats à tout prix!..."

Le petit frère dont elle parlait, celui qui devait devenir Oblat à tout prix, c'était Josaphat. Ceux qui l'ont connu sont maintenant décédés. Il serait parti un bon jour sans prévenir ses proches. Je n'ai pas trouvé d'acte de mariage ou de décès à son nom. Il a peut-être décidé d'aller refaire sa vie à l'extérieur du Québec, soit aux États-Unis ou dans une autre province canadienne. Si c'est le cas, il pourrait avoir changé son prénom pour un autre qui sonne plus anglais comme Joseph ou Jos.