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mercredi 30 avril 2014

Trouvée morte gelée

Un acte mystérieux que j'ai trouvé dans le registre de la paroisse de Saint-Boniface de Shawinigan :
« Le six janvier mil huit cent soixante-deux, nous prêtre soussigné, avons inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Félicité Bellemare, épouse de Charles Blais, morte accidentellement, trouvée gelée le deux du présent mois, à l'âge de quarante-cinq ans, comme il appert par le verdict de V. Guillet Écuyer Coroner, annexé au registre de cette paroisse. Présents Jean Plouf soussigné et André Lajoie qui n'a su signer. J. D. Comeau prtre »
Félicité Bellemare, surnommée Philie, veuve de Calixte Dubé, a épousé Charles Blais le 20 février 1860 à Saint-Sévère. Un mariage atypique : elle avait 45 ans et son jeune époux n'en avait que 22. Charles Blais était dit journalier, ce qui signifie qu'il n'avait pas de métier ni de terre à cultiver. Il était donc vraisemblablement pauvre.

Le couple a été recensé à Saint-Sévère à l'été 1861. Le décès est donc survenu peu après leur arrivée à Saint-Boniface. Félicité avait auprès d'elle deux enfants de son premier mariage : Caroline âgée de 13 ans et Joseph âgé de 8 ans.

Si le rapport du coroner a été annexé au registre, il n'a malheureusement pas été numérisé. Le notaire Valère Guillet a été coroner du district de Trois-Rivières de 1836 à 1878.

lundi 14 avril 2014

Les imparfaits du subjonctif

Dans La Pointe-du-Lac, publié en 1934 aux Éditions du Bien Public, Alexandre Dugré racontait quelques anecdotes amusantes au sujet de l'abbé René-Pierre Joyer qui a été curé de la paroisse au début du XIXe siècle. L'auteur se moquait de ses manières précieuses. En voici un extrait :
M. Pierre-René Joyer, né à Tours en 1764, ... est à la Pointe-du-Lac de 1817 à 1829, alors qu'il devint aumônier des Ursulines. Celles-ci ont conservé, outre un bon souvenir de M. Joyer, sa correspondance avec Mademoiselle de la Valtrie, octogénaire, où la part faite à l'âme est si grande qu'on y découvre fort peu de données sur la vie d'alors. Il profite des occasions pour envoyer ses lettres : ça coûtait huit sous par enveloppe de Québec à Montréal, et 1.12$ pour Londres, ce qui veut dire qu'on n'écrivait pas souvent en France. Une très grande politesse : « Oserais-je vous prier de présenter mes respects à Madame de la Naudière ... J'ai l'honneur d'être, Mademoiselle, avec une reconnaissance respectueuse, votre très humble et très obéissant serviteur et frère. » .... Même fidélité aux imparfaits du subjonctif : « Le curé désirait que je restasse ... Je serais bien aise que vous priassiez M. Joliet ...


Alexandre Dugré, un Jésuite, était le frère cadet d'Adélard Dugré, lui aussi Jésuite et auteur d'un roman auquel j'ai déjà consacré un billet sur ce blog : La campagne canadienne. L'action de ce roman se déroule justement à la Pointe-du-Lac, paroisse natale de l'auteur, aujourd'hui fusionnée dans la ville de Trois-Rivières.

Voir aussi sur ce blog : Des mendiants à la Pointe-du-Lac

dimanche 23 octobre 2011

Familles pionnières du canton Shawenegan

Nous avons vu dans un message précédent qu'au recensement de 1851, effectué en janvier 1852, 19 familles étaient déjà établies dans le Canton Shawenegan, qui correspond au territoire actuel de Saint-Boniface de Shawinigan. Voici la liste de ces familles avec les  quelques informations que j'ai trouvées sur chacune d'elles :

Beaulieu (Hudon dit), Jean et Élisabeth Bournival mariés le 16 novembre 1847 à Saint-Barnabé-Nord. Elle s'est mariée à 14 ans  Ils avaient 2 enfants au recensement de 1852 dans le canton Shawenegan. Jean Hudon est décédé le 15 février 1853, à l'âge de 33 ans. Son acte de sépulture est au registre de Saint-Barnabé-Nord. Élisabeth Bournival s'est remariée avec Romuald Beauchemin le 24 octobre 1854 à Saint-Barnabé. Elle est décédé 6 mois plus tard, à Shawenegan, le 27 mars 1855 à l'âge de 22 ans. Son acte de sépulture a été enregistré à Saint-Barnabé-Nord.

Bellemare, Isaac et Julie Gélinas mariés le 16 septembre 1828 à Yamachiche. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 8 enfants tous nés à Saint-Barnabé-Nord. Isaac Bellemare était alors âgé de 53 ans, ce qui était un peu vieux pour commencer une nouvelle vie dans un pays de colonisation. Mais il avait quatre garçons à établir : Isaac (20 ans), Joseph (19 ans), Adolphe (17 ans) et Onésime (10 ans) pour qui il fallait trouver des terres.  Isaac Bellemare est décédé le 20 décembre 1867 à Saint-Boniface.

Boisvert, Raphaël et Marguerite Milet mariés le 25 février 1851 à Yamachiche. Ils n'avaient pas encore d'enfant au moment du recensement de janvier 1852. Le 19 octobre 1853, ils font baptiser à Saint-Barnabé-Nord une fille prénommée Élisabeth née la veille à Shawenegan. Raphaël Boisvert est décédé à Shawenegan le 22 juillet 1854, à l'âge de 23 ans. Il a été inhumé à Saint-Barnabé-Nord. Sa veuve s'est remariée avec Charles Doucet le 4 février 1856 à Yamachiche. Ils se sont établis à Saint-Étienne-des-Grès où ils ont fait baptiser 4 enfants entre 1857 et 1863. Marguerite Milet a été inhumée à Saint-Étienne le 9 mai 1884, à l'âge de 68 ans.

Caron, Louis et Elmire Dugré mariés le 14 octobre 1839 à Saint-Barnabé-Nord. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 3 enfants avec eux, tous nés à Yamachiche : Olivier (12 ans), Stéphanie (7 ans) et Caroline (4 ans). Ils avaient vécu quelques années à Saint-Grégoire de Nicolet après leur mariage. Louis Caron est décédé le 13 décembre 1888 à Saint-Boniface, à l'âge de 80 ans. Sa femme est morte onze mois plus tard, le 8 novembre 1889 à Saint-Boniface.

Caron, Louis-Solyme et Josephte Lacerte mariés le 25 février 1835 à Yamachiche. Curieusement, la femme de Louis-Solyme, n'a pas été inscrite au recensement de janvier 1852. C'est probablement une omission du recenseur. Ils avaient alors 8 enfants dont les 7 premiers sont nés à Yamachiche et Saint-Barnabé-Nord. Leur plus jeune Cyriac, âgé de 8 mois, a été le premier enfant né au Canton Shawinigan, le 9 mai 1851. Louis-Solyme Caron est peut-être arrivé dès 1850. Il est généralement considéré comme un des premiers colon de Saint-Boniface avec Augustin (Justin) Gélinas. Louis-Solyme Caron est décédé le 27 juillet 1891 à Saint-Boniface, à l'âge de 80 ans. En décembre 1890, selon le recensement paroissial effectué par le curé Charles Bellemare, Louis-Solyme vivait avec sa fille Marie, son gendre Olivier Lampron et leurs sept enfants.

Charest, Paul et Émerance Lafrenière mariés le 5 octobre 1840 à Saint-Léon-le-Grand. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 3 enfants nés à Saint-Léon-le-Grand et Saint-Paulin dans le comté de Maskinongé. Il n'y avait plus de Charest à Saint-Boniface au recensement paroissial de décembre 1890. Paul Charest est décédé, à l'âge de 80 ans,  le 30 avril 1896 à Saint-Léon-le-Grand dans le comté de Maskinongé.

Dugré, Olivier et Marie Landry. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 4 enfants tous nés à Saint-Barnabé-Nord. Selon l'album À propos de Saint-Boniface de Shawinigan, Olivier Dugré s'est établi sur le lot 4 du cinquième rang au printemps 1851 et il a exploité une industrie de potasse qui a été reprise par son fils Louis. Olivier Dugré est décédé le 29 mai 1876 à Saint-Boniface, à l'âge de 52 ans.

Dugré, Théophile et Émilie Milette mariés le 18 juin 1844 à Yamachiche. Ils ont eu un premier enfant, une fille prénommée Émilie, à Saint-Barnabé-Nord. Leur deuxième enfant, prénommé Auguste, est né à Shawinigan. Théophile Dugré était le beau-frère de Louis Caron (voir plus haut). Il est décédé le 6 août 1893 à Saint-Boniface à l'âge de 68 ans. Au recensement paroissial de Saint-Boniface, en décembre 1890, il vivait avec sa femme Émilie et hébergeait deux veuves : Félicité Martin, veuve d'Olivier Rivard, et Marcelline Hamel, veuve de François-Xavier Leclerc.

Gélinas, Abraham et Luce Audet-Lapointe mariés le 13 janvier 1835 à Yamachiche. Ils avaient 4 enfants au recensement de 1852, tous nés à Yamachiche. Luce Audet-Lapointe est décédée l'année suivante, le 6 juin 1853 à Shawenegan. Son décès a été inscrit au registre de Saint-Barnabé-Nord. Abraham Gélinas est décédé le 9 janvier 1878 à l'âge de 71 ans, à Saint-Mathieu qui était alors une mission relavant de la paroisse de Saint-Boniface.

Gélinas, Augustin, surnommé Justin, et Adélaïde Bellemare mariés le 31 juillet 1832 à Yamachiche. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 7 enfants tous nés à Yamachiche. Selon l'album À propos de Saint-Boniface de Shawinigan, Augustin Gélinas aurait obtenu sa concession du lot 2 du sixième rang le 17 mars 1850. Il est considéré comme le plus ancien colon de Saint-Boniface avec Louis-Solyme Caron. Justin Gélinas est décédé le 23 mars 1884 à Saint-Boniface, à l'âge de 78 ans.

Gélinas, Isaac et Domithilde Dupont mariés le 13 janvier 1852 à Yamachiche. Isaac s'est marié sous le prénom de Georges. Selon l'album À propos de Saint-Boniface-de-Shawinigan, Isaac Gélinas s'est établi sur le lot 118 du quatrième rang vers 1852. Ils ont été recensés à Sain-Boniface en décembre 1890 avec trois enfants adultes célibataires.

Gélinas, Louis et Félicité Desaulniers mariés le 25 aoüt 1851 à Louiseville. Ils n'avaient pas encore d'enfant au recensement de janvier 1852. Félicité Desaulniers est décédée le 1er décembre 1885 à Trois-Rivières. Leurs enfants se marient dans cette ville dans les années 1880-1890.

Gélinas, Thomas et Marie Rivard-Dufresne mariés le 22 octobre 1838 à Saint-Barnabé-Nord. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 7 enfants tous nés à Saint-Barnabé-Nord. Leur fille Philomène a épousé Louis-Onésime Caron, fils de Louis-Solyme et de Marie-Josephte Lacerte, le 2 août 1858 à Saint-Étienne-des-Grès. Marie Rivard-Dufresne est décédée à Saint-Boniface le 6 février 1880, à l'âge de 61 ans.

Jalbert, Pascal et Angèle Gagnon mariés le 24 avril 1843 à Yamachiche. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 6 enfants tous nés à Yamachiche. Il n'y avait plus de Jalbert à Saint-Boniface au recensement paroissial de décembre 1890. On les retrouve dans le comté de Nicolet dans les années 1860-1870.

Lafrenière, François et Adélaïde Gignac mariés le 27 mai 1833 à Saint-Barnabé-Nord. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 6 enfants tous nés à Saint- Barnabé-Nord. Ils ont quitté le canton pour Maniwaki dans le comté de Gatineau où leurs enfants se marient dans les années 1860.

Lefebvre-Boulanger, Gabriel et Angèle Gélinas mariés le 25 février 1840 à Yamachiche : 4 enfants. Gabriel Lefebvre était le beau-frère de Justin Gélinas (voir plus haut). Gabriel Lefebvre-Boulanger est décédé le 18 février 1878 à Saint-Boniface. Leur fille Olivine, épouse de Benjamin Rabouin, a été recensée à Saint-Boniface en décembre 1890.

Magnan, Jean-Baptiste (père) et Marie-Rosalie Lamoureux mariés le 18 janvier 1813 à Saint-Cuthbert dans le comté de Berthier. Ils ont quitté le canton peu de temps après le recensement. On les retrouve ensuite dans le comté de Maskinongé.

Martin, Louis et Émilie Pellerin mariés le 3 février 1846 à Yamachiche. Ils ont été recensé avec une fille de 4 mois née à Shawinigan le 31 aoüt 1851 et baptisée le 1er septembre à Trois-Rivières. Ils se sont établis dans le quatrième rang. Louis Martin a vendu sa terre à Olivier Lampron de Saint-Sévère le 12 décembre 1862, devant le notaire Uldéric Brunelle (voir L'arrivée d'Olivier Lampron à Saint-Boniface sur ce blog). On retrouve ensuite la famille Martin aux Piles.

Rivard-Dufresne, Jean-Baptiste et Mariane Gélinas mariés le 11 février 1842 à Saint-Barnabé-Nord. Au recensement de janvier 1852, ils avaient 4 enfants tous nés à Saint-Barnabé-Nord. Jean-Baptiste Rivard-Dufresne était le beau-frère de Thomas Gélinas (voir plus haut). Je ne sais pas ce qu'il est advenu d'eux. Ils n'ont pas été recensés à Saint-Boniface en janvier 1890.

Voir aussi sur ce blog La population du Canton Shawenegan en 1852.

Les photos sont tirées de l'album souvenir À propos de Saint-Boniface de Shawinigan.

mercredi 19 octobre 2011

La population du Canton Shawenegan en 1852

Voici le premier de deux messages sur la population du Canton Shawenegan en 1852 d'après les résultats du recensement du Canada effectué cette année-là.

Le recensement de 1851 ou 1852

Le recensement canadien de 1851 a connu des retards, de sorte qu'une grande partie des formulaires n'ont été complétés que l'année suivante. On peut voir les résultats de ce recensement sur le site Automated Genealogy.

Dans le comté de Saint-Maurice, on a recensé la population nouvellement établie dans le Canton Shawenegan. C'était le nom qu'on donnait alors au territoire actuel de Saint-Boniface de Shawinigan, avant l'érection de la paroisse. C'était cinquante ans avant la création de la ville du même nom.

La population totale recensée dans le canton était de 241 personnes. On peut diviser cette population en trois groupes distincts :
  1. Une population temporaire formée d'hommes seuls qui avaient leur résidence en dehors du canton. Ces hommes étaient à l'emploi d'entreprises forestières ou travaillaient à la construction d'infrastructures (89 personnes).
  2. Des résidents qui n'avaient pas de famille avec eux au moment du recensement (46 personnes). 
  3. Des cultivateurs qui ont été recensés avec une famille. Ce sont les familles pionnières du Canton Shawenegan (106 personnes).

1. Une population temporaire

Il y avait 89 hommes seuls qui avaient leur résidence à l'extérieur du canton. Ils étaient donc de passage pour un emploi temporaire.  En 1851-1852, on terminait la route qui reliait le fief Saint-Étienne au pied de la chute Shawinigan, tandis que le gouvernement fédéral avait entrepris la construction d'une gigantesque glissade de 1000 pieds de long pour permettre aux billots de pin blanc de franchir la chute et atteindre la baie navigable. C'était un peu le Frontier Town de la Mauricie, la dernière municipalité avant d'entrer dans les grandes concessions forestières.


Il y avait parmi ces hommes seuls des charretiers, des charpentiers, des  voyageurs (c'est ainsi que l'on nommait les coureurs des bois), et des navigateurs. Je ne sais pas ce que le terme navigateur pouvait signifier dans le contexte du Canton Shawenegan. Peut-être des conducteurs de cages (cageux), des draveurs ou encore des canotiers qui effectuaient le transport des marchandises dans les chantiers du Saint-Maurice (portageux). Beaucoup de ces navigateurs étaient originaires de la Pointe-Lévis, en face de Québec.

2. Des résidents sans famille

Ces 46 résidents sans famille étaient cultivateur. Ils venaient des paroisses de la région : Yamachiche, Saint-Barnabé, Saint-Sévère, Saint-Léon, Saint-Paulin, Louiseville. J'imagine qu'ils voulaient commencer le défrichement et construire une maison avant de fonder une famille ou encore, avant de faire venir celle qu'ils avaient laissée dans leur paroisse d'origine. En plus de cultiver la terre, ils pouvaient aussi travailler pour des entreprises forestières. En Mauricie, les hommes étaient souvent cultivateurs en été, bûcherons en hiver et draveurs au printemps.

J'ai fait quelques recherches sur ces colons sans famille et constaté que plusieurs avaient quitté le canton. Ils étaient peut-être moins motivés que ceux qui sont venus avec leur famille.

3. Des familles pionnières

Au printemps de 1851, grâce à la nouvelle route, des familles de colons ont commencé à s'établir sur les  terres fertiles de la future paroisse de Saint-Boniface, au pied des Laurentides.  Quelques-unes sont peut-être arrivées dès 1850. Les familles de cultivateurs suivaient l'industrie forestière dans sa progression, pour profiter des terres qui avaient déjà été défrichées, mais aussi parce que cette industrie leur offrait un débouché pour les produits de la ferme.

Les 19 familles qui avaient leur résidence dans le canton regroupaient 106 personnes. Il y avait 68 enfants dont seulement 3 étaient nés dans le canton : Cyriac Caron (âgé de 8 mois), Émilie Martin (4 mois) et Auguste Dugré (3 mois). Le premier enfant né dans le canton a donc été Cyriac Caron, fils de Louis-Solyme et de Josephte Lacerte, le 9 mai 1851. Il a été baptisé à Trois-Rivières. Le second enfant et première fille a été Émilie Martin, de Louis et Émilie Pellerin, née le 31 août 1851. Elle a aussi été baptisée à Trois-Rivières.

D'après l'âge des enfants, les familles du Canton Shawenegan auraient été recensées en janvier 1852.

Le recensement nous donne aussi le lieu de naissance des individus. Si l'on considère, comme lieu de provenance d'une famille, la paroisse ou est né le plus jeune de ses enfants, on obtient le résultat suivant : Saint-Barnabé-Nord (9), Yamachiche (7),  Saint-Sévère (1), Saint-Paulin (1) et Saint-Cuthbert (1).

Étant donné que Saint-Barnabé-Nord et Saint-Sévère sont des détachements de la paroisse de Yamachiche, on peut conclure que 17 des 19 familles pionnières du Canton Shawenegan venaient de l'ancien territoire de Yamachiche. Les deux exceptions étaient la famille de Paul Charet, originaire de Saint-Paulin dans le comté de Maskinongé, et celle Jean-Baptiste Magnan, originaire de Saint-Cuthbert dans le comté de Berthier.

À quelques exceptions près, ces familles sont demeurées dans le canton.

Nous verrons dans un prochain message la liste des 19 familles pionnières du Canton Shawenegan.

Voir aussi sur ce blog : Les portageux.

La photo du flottage du bois provient du site Tourisme Shawinigan.

mercredi 13 octobre 2010

La campagne canadienne

Dugré, Adélard; La Campagne canadienne : croquis et leçons; Imprimerie du Messager, Montréal, 1925, 251 pages.

L'abbé Adélard Dugré, un père jésuite, a écrit ce roman pour contrer l'exode de ses compatriotes aux États-Unis et aussi pour démontrer que les mariages avec des étrangers conduisent à l'assimilation. Ces deux messages sont très présents tout au long du roman. Curieusement, ce réquisitoire anti-émigration a été publié à une époque oû l'exode des Canadiens-Français vers les États-Unis était pratiquement terminé depuis une dizaine d'années. Le clergé était parfois en retard sur les changements sociaux ...

La Campagne canadienne a connu un certain succès en librairie. Le roman a été réédité deux fois en avril 1925 et en 1929. Outre sa valeur littéraire (voir l'article sur Laurentiana), son principal intérêt réside dans la description de la vie paysanne à la Pointe-du-Lac, près de Trois-Rivières, au tout début du vingtième siècle. Deux passages sont dignes de mention : le départ pour la grand'messe (p 74-78) et la veillée pour le retour du fils émigré (p 91-101) . Voici des extraits de la description du départ pour la grand'messe : 
 "Aussi n'avait-on pas de temps à perdre dès le matin. Pour aller à la grand'messe, les voitures partaient à neuf heures. Les dimanches ordinaires, c'était au moins huit, même dix et douze personnes qui y prenaient place et qui devaient se préparer à temps. Aujourd'hui il y en aurait bien quinze ou vingt.
De bonne heure, Louise devait secouer son monde. Il faisait si bon flâner et rire le dimanche matin. Après une semaine de dur travail, c'était un jour de congé qui commençait, et l'on aime à savourer un congé à ses débuts. D'abord, on aurait bien aimé dormir un brin, se lever un peu plus tard. Au déjeuner, les jeunes gens en belle humeur badinaient démesurément. En faisant leur toilette, ils chantaient, plaisantaient, s'étiraient, et l'horloge ne les attendait pas.  Alors la voix de Louise, comme une cloche d'alarme, devait sans cesse activer les lambins qui s'attardaient partout, à la fenêtre en été, autour du poêle en hiver, les mains dans les poches ou les pouces dans les bretelles. On ne finissait pas de panser les chevaux, d'astiquer les voitures. Grand-père n'était pas encore rasé, un autre ne se chaussait pas, celui-ci ne trouvait pas sa cravate et celui-là ne trouvait rien. Louise, calme mais l'oeil vif, trouvait tout, était partout, répondait à tous. L'eau chaude et les rasoirs, le linge et les habits, les souliers vernis et les cols empesés, tout arrivait à point et l'on finissait par partir.
Louise passait alors tout son monde en revue, inspectant les toilettes, s'assurant qu'on avait son chapelet, son mouchoir et son livre de prières; elle glissait aux jeunes une recommandation pieuse, un mot plus autoritaire aux grands garçons, mesurant ses conseils aux besoins de chacun...
... Ce que nous voyons ici, lui disait Léon, on le voit dans mille paroisses de la province de Québec. Ce sont deux millions de Canadiens français qui se dirigent en ce moment vers l'église. C'est la grande fête qui commence et qui revient tous les huit jours..."

Adélard Dugré est né le 14 juin 1881 à la Pointe-du-Lac dans le comté de Saint-Maurice. Il était le fils de Joseph Dugré et de Lia Duplessis. Il a été supérieur des Jésuites pour la province du Bas-Canada. La Pointe-du-Lac, sa campagne canadienne, est aujourd'hui devenue une banlieue qui a été fusionnée à la ville de Trois-Rivières en 2002. Dugré avait décrit cette proximité de la ville dans son roman  (page 20) :  
"Chaque tournant du chemin, chaque anse du fleuve, chaque ponceau, faisait jaillir dans son esprit tout un monde de souvenirs ... À cinq milles devant eux, limitant la longue vallée, ils apercevaient les coteaux , la couronne de fumée, les couvents, les clochers de la ville des Trois-Rivières."                           

mercredi 27 mai 2009

Les trois carmélites

La chronique du 13 mai 2009 racontait l'histoire de Louisa Bourassa qui est morte de la grippe espagnole à l'automne 1918. Elle laissait son mari Ludger Dugré, boulanger à Saint-Boniface-de-Shawinigan, seul avec neuf enfants dont un bébé de cinq mois. Quelques années plus tard, Ludger et sa famille sont allés vivre à Manchester dans le Connecticut.

Trois des filles de Louisa sont devenues carmélites déchaussées, un ordre contemplatif issu d'une réforme des carmes. Elles ont passé leurs vies cloîtrées dans des monastères aux États-Unis. Avec le temps, et faute de pouvoir communiquer, la famille a un peu perdu le contact avec elles.

En novembre 2004, une cousine des trois religieuses, Mlle Anne-Marie Dugré de Saint-Boniface, m'a transmis leurs coordonnées. Elle avait obtenu ces renseignements de Mlle Gabrielle Séguin qui a été autrefois la ménagère de l'abbé Maurice Dugré, le frère des trois carmélites. Des trois soeurs, seule Thérèse, née en 1916, était encore vivante à cette époque. Voici leurs adresses ainsi que d'autres renseignements que j'ai trouvés sur le web :

- Thérèse Dugré était au Carmelite Monastry , 70 Monastry Road, Elysburg (Pennsylvanie). On aperçoit ce monastère et les champs qui l'entourent sur la photo ci-haut. La communauté carmélite d'Elysburg a déménagé à Danville (Pennsylvanie) en 2008. J'ignore si Thérèse est encore vivante; si oui, elle aurait 93 ans aujourd'hui. Une photo d'elle en chaise roulante apparait sur la page couverture du rapport annuel 2006 de l'organisme de charité "Support Our Aging Religious (SOAR)" qui collecte des fonds pour venir en aide aux religieux âgés aux États-Unis (www.usccb.org/nrro/annual_report_pdf/). Je crois bien qu'ils ont choisi sa photo parce qu'elle est jolie, comme sa mère l'était d'ailleurs.

- Bernadette Dugré est décédée en 2000. Elle vivait au Carmelite Monastry, Centre Drive, Latrobe (Pennsylvanie). C'est à Latrobe, petite ville de 6000 habitants, qu'aurait été inventé le fameux Banana Split en 1904, mais c'est une autre histoire. J'ai trouvé un avis de décès de Bernadette sur RootsWeb :

Sister Marie Bernadette of Our Lady of Lourdes (Dugre), O.C.D., of the Carmelite Monastery, Lawson Heights, Latrobe, died Friday, Dec. 8, 2000, at Caritas Christi of the Sisters of Charity, Greensburg. She was born Jan. 29, 1909, in St. Thecle, Quebec, Canada, a daughter of Ludger and Louisa (Bourassa) Dugre. She was educated in Canada and came to the United States in 1922, and became a citizen in 1959. She entered the Carmelite Monastery of St. Therese in Altoona, Dec. 3, 1927, and professed final vows June 24, 1932. Preceded in death by her parents; brothers, Jean, Philip, Germaine, Raymond and Father Maurice; and sisters, Marie Jeanne and Sister Marie of St. Joseph, O.C.D. (Georgette). She is survived by a sister, Sister Therese of the Child Jesus, O.C.D., of Elysburg; and numerous nieces and nephews. Viewing will be in the chapel of the Carmelite Monastery, Center Drive, Latrobe. Arrangements by the JOHN J. LOPATICH FUNERAL HOME INC., Latrobe

-Georgette Dugré est morte en 1960 à Columbus, Ohio. On ne trouve pas de trace d'une communauté carmélite dans cette ville, mais il y en a une depuis 1921 à Cleveland dans le même État.

mercredi 13 mai 2009

Une victime de la grippe espagnole

La grippe A(H1N1), aussi appelée grippe porcine ou mexicaine, a ramené dans l'actualité la crainte d'une pandémie semblable à celle de la grippe espagnole qui s'est répandue en quelques semaines à la fin de la première guerre mondiale.

Lorsque l'armistice a été signée à l’automne 1918, les soldats canadiens qui avaient combattu dans les tranchées en Europe ont ramené avec eux un fléau encore plus terrible que la guerre: un virus qui allait faire vingt millions de victimes dans le monde. Pour une raison inconnue, cette maladie tuait surtout les jeunes adultes.

Louisa Bourassa en est morte. D'après la photo de sa carte mortuaire, c'était une très jolie femme. Elle est décédée le 18 octobre 1918 au plus fort de l’épidémie. Par crainte de la contagion, on l'a enterrée le jour même. Elle avait alors 33 ans et laissait derrière elle son mari et neuf enfants dont un bébé de cinq mois.

Louisa Bourassa avait épousé Ludger Dugré à Saint-Boniface le 25 juillet 1904. Il boitait. Pendant les premières années de leur mariage, ils ont vécu à Saint-Justin dans le comté de Maskinongé où Ludger a exercé le métier de télégraphiste avec ses deux frères Arthem et Arthur qui étaient chefs de gare. Ils sont ensuite retournés vivre à Saint-Boniface où il a acheté une boulangerie sur le site actuel de l’auberge « La Boulangère ». Ils ont eu neuf enfants : Marie-Jeanne (née en 1907), Bernadette (1909), Jean-Marie, Philippe, Germain, Maurice (1913), Raymond (1914), Thérèse (1916) et Georgette (1918).

Ludger Dugré s’est remarié avec Annie Boisvert le 24 février 1920. Il a vendu sa boulangerie à un nommé Kirouac. Ce dernier l’a revendue plus tard à un nommé Therrien qui était réputé pour ses fèves au lard cuites dans le four à pain. En 1922, Ludger Dugré et sa famille sont allés s’établir à Manchester aux États-Unis où il a exercé le métier de garçon d’ascenseur dans un grand magasin.

Certains des petits enfants de Louisa Bourassa sont demeurés au Québec et ont été pris en charge par des parents. Thérèse, qui avait deux ans au décès de sa mère, a passé son enfance chez ses grands-parents Bourassa et chez sa tante Diana dans le Grand Quatre à Saint-Boniface. Diana Bourassa avait pris sa nièce « en élève », comme on disait autrefois.

Quatre des enfants de Louisa sont entrés en religion : un prêtre (Maurice) et trois carmélites (Bernadette, Thérèse et Georgette), qui ont passé leur vie cloîtrées dans des monastères aux États-Unis. Marie-Jeanne, l'aînée des enfants, a travaillé comme infirmière à Trois-Rivières et à Montréal. La photo suivante montre Marie-Jeanne et Bernadette Dugré en 1917, soit un an avant le décès de leur mère.