dimanche 12 décembre 2010

Mes meilleurs disques de Noël

Marie-Michel Desrosiers chante les classiques de Noël avec l'Orchestre Symphonique Tchèque dirigé par Jacques Lacombe, réalisé par André Gagnon, Audiogram ADCD10100, 1996.  La belle voix de Marie-Michelle Desrosiers, autrefois chanteuse du groupe Beau Dommage, convient parfaitement au répertoire de Noël. Onze classiques plus une berceuse allemande intitulée Wiengenlied. À ne pas confondre avec un autre disque de Noël de Marie-Michelle Desrosiers enregistré avec le Choeur de l'Armée rouge qui est moins réussi. Je crois que le travail d'André Gagnon à la réalisation y est pour beaucoup dans la beauté de cet album de Noël.

Sarah McLachlan Wintersong, produit et réalisé par Pierre Marchand, Tyde Music 0 6700 30621 2 1, 2006. Happy Christmas (War is over) de John Lennon, River  de Joni Mitchell, What Child is this?  (une variation de Greensleeves), Song for a Winter Night de Gordon Lighfoot et plusieurs airs traditionnels qu'elle a arrangés à la façon McLachlan avec le vibrato dans sa voix qui donne à l'enregistrement une couleur folk celtique. Elle a déjà vendu plus d'un million d'exemplaires de cet album. Pierre Marchand, de Montréal, a produit tous les albums de Sarah McLachlan depuis 1991.


Rossmarin Oyez! La Nouvelle, réalisation de Claude Gagnon, et Rossmarin, ATMA ATM 2 9718.  Un disque moins connu que les précédents. Deux  membres de l'ensemble Anonymus, Guy Ross (luth et chant) et Alfred Marin (viole de gambe et chant), interprètent des chansons profanes et des cantiques religieux de la Renaissance française (seizième et dix-septième siècles), dont Noël Nouvelet. La plupart des pièces sont anonymes. Pour ajouter un peu de variété dans le  répertoire des Fêtes : Je me suis levé par un matinet, Une vierge pucelle, Promptement levez-vous mon voisin,  Le triste état de cette pauvre étable, etc.

André Gagnon, Noël avec l'Orchestre Philarmonique de Prague dirigé par Mario Klemens, arrangements et orchestration d'André Gagnon, Les disques Star STR-CD-8038. Disque platine enregistré à Prague en 1992. Félix du meilleur album instrumental en 1993. Un de ses meilleurs disques. André Gagnon interprète au piano des classiques et quelques airs moins connus : Bel astre, La ronde des bergers, La Vierge à la crèche. Arrangements originaux. Une musique douce au tempo lent qui crée une ambiance nostalgique.

Nat King Cole, The chrismas song, Capitol Records 09463-31227-2-7. La magnifique voix et le piano de Nat King Cole (1919-1965). La plupart des enregistrements de cet album datent des années 1960. Son titre original était The Magic of Christmas. La chanson Christmas song de Mel Tormé (chestnuts roasting on an open fire) est présentée en trois versions : celle de 1961, un duo virtuel avec sa fille Nathalie Cole enregistré en 1998, de même qu'une version plus ancienne du Nat King Cole Trio en 1946.
Thomas Hampson, International Christmas Carols avec The Saint Paul Chamber Orchestra dirigé par Hugh Wolff, Teldec 9031-73135-2. La voix de baryton de Thomas Hampson convient particulièrement aux interprétations de chants traditionnels allemands qui constituent près de la moitié des pièces de ce disque. Il nous rappelle que le Noël profane était au départ une tradition germanique. Aussi quelques cantiques religieux en latin et des pièces du répertoire américain. Malheureusement, le Minuit Chrétiens ! , un cantique du répertoire français, est chanté en anglais : O Holy Night !

Barbara Hendricks, chante Noël avec le Choeur de chambre Eric Ericson, un choeur d'enfants et l'Orchestre de chambre de Stckolm, EMI Classics 7243 5 55387 2 7. La soprano d'origine américaine, qui vit en Suisse, a enregistré en 1995 ce disque de Noêl international et polyglotte. Trentre-trois pièces interprétées en français (6), en allemand, en espagnol, en anglais, en italien, en flamand, en tchèque et en danois, notamment. Seize de ces chants sont fusionnés dans quatre "International Medleys". À signaler : le gospel Sweet Little Jesus Boy a capella. Des airs très connus, mais aussi d'autres que j'ai entendus pour la première fois sur ce disque. Barbara Hendricks chante très bien en français en roulant joliment ses "r". Belle interprétation (bilingue) du Minuit Chrétiens ! accompagnée à l'orgue. La présence des choeurs ajoute beaucoup à l'ensemble.



Mise à jour le 16 décembre 2014.

mercredi 8 décembre 2010

Tempérance et réveil religieux

Jean-Patrice Arès a publié en 1990 une thèse intitulée : "Les campagnes de tempérance de Charles Chiniquy : un des principaux moteurs du réveil religieux montréalais en 1840". On peut la trouver sur le web à cette adresse. Je ne vais pas résumer sa thèse, qui est très intéressante à lire, mais simplement faire quelques commentaires sur le mouvement de tempérance et sur l'abbé Charles Chiniquy.

Le mouvement de tempérance catholique au Québec a débuté en 1840, suivant celui des Églises protestantes du Bas-Canada qui s'est amorcé douze ans plus tôt. Selon Arès, les protestants ont orienté leur réforme "vers un discours moraliste visant l'efficacité dans le travail et la prospérité économique, les Sociétés catholiques se distingueront par un propos spécifiquement religieux, dirigé vers le renouveau national." On reconnaît bien les deux solitudes : l'économie d'un côté et la question nationale de l'autre.

Arès mentionne qu'avant ce mouvement, pendant les années 1820 et 1830, on assistait à un certain détachement dans le Bas-Canada pour les valeurs religieuses. La pratique religieuse était à son plus bas et le recrutement du clergé était difficile.

Le mouvement  de tempérance a donc permis au clergé catholique non seulement de lutter contre l'alcoolisme mais aussi d'étendre son emprise sur la société canadienne française. Rappelons que ce mouvement au Québec commence juste après l'échec de la révolte des Patriotes, échec qui avait discrédité les leaders laïcs. Le clergé a donc pu occuper l'espace laissé libre en faisant la promotion d'une idéologie de survivance nationale et religieuse.

Par ailleurs, le texte d'Arès présente une image plutôt positive de l'abbé Chiniquy (1809-1899) qui a été le principal apôtre du mouvement de tempérance au Québec avant d'être excommunié par l'Église catholique pour désobéissance, entre autres motifs. Chiniquy était un prédicateur de très grand talent mais les auteurs francophones sont généralement plutôt critiques à son égard à cause de sa personnalité et de son comportement. On sait que les autorités religieuses l'ont muté à plusieurs reprises d'une paroisse à l'autre pour couvrir des agressions sexuelles et ne l'ont finalement dénoncé qu'après son excommunication dans le but de le discéditer. Voir à ce sujet L'alcool à Yamachiche en 1851 sur ce blog.

lundi 6 décembre 2010

Un Canadien errant

Antoine Gérin-Lajoie
Antoine Gérin-Lajoie (1824-1882), avocat, poète et romancier, est né à Yamachiche, fils d'Antoine et de Marie-Amable Gélinas. Il avait dix-huit ans quand il a écrit les paroles d'Un Canadien errant sur l'air d'une vieille chanson folklorique intitulée J'ai fait une maîtresse. Il était alors étudiant en rhétorique et pensionnaire au Séminaire de Nicolet. Selon la légende, il aurait écrit ces paroles après avoir vu passer sur le Saint-Laurent un bateau qui amenait les Patriotes en exil. En réalité, il répondait  simplement à la demande d'un autre étudiant.

Il  était le frère aîné d'Elzéar Gérin (1843-1886) qui a écrit "Le St-Maurice : notes de voyage" ( voir Aux Grandes-Piles en voiture sur ce blog). Il était aussi l'arrière-grand-père de Paul Gérin-Lajoie, (1920- ) ministre de l'Éducation dans le cabinet de Jean Lesage et un des principaux artisans de la Révolution tranquille. Il y aurait beaucoup à dire sur Antoine Gérin-Lajoie et sur sa famille. J'y reviendrai dans une autre article. Voici les paroles de sa chanson Un Canadien errant :


Un Canadien errant,
Banni des ses foyers,
Parcourait en pleurant
Des pays etrangers.
Parcourait en pleurant
Des pays etrangers.

Un jour, triste et pensif,
Assis au bord des flots,
Au courant fugitif
Il adressa ces mots:
Au courant fugitif
Il adressa ces mots:

"Si tu vois mon pays,
Mon pays malheureux,
Va dire a mes amis
Que je me souviens d'eux.
Va, dis à mes amis
Que je me souviens d'eux.

O jours si pleins d'appas,
Vous êtes disparus...
Et ma patrie, helas!
Je ne la verrai plus!
Et ma patrie, helas!
Je ne la verrai plus!"

Ajout du 2 février 2011 : Leonard Cohen l'a interprétée avec des arrangements mexicains! Voici cette version pour le moins bizarre (ici) et une interprétation plus classique par Nana Mouskouri (ici).

samedi 4 décembre 2010

Jeunes filles au coton

L'usine de la Shawinigan Cotton Co, une filature de coton devenue plus tard la Wabasso, a été construite en 1910 sur la rue de la Station juste en face de la vieille gare du Canadien Pacifique (voir La vieille gare du CP sur ce blog).  Des exemptions de taxe foncière avaient été accordées à l'entreprise pour la construction de cette usine que les habitants de Shawinigan  appelaient "le coton".

Notez l'évolution : les mêmes industries qui avaient attiré les Canadiens français en Nouvelle-Angleterre cinquante ans  plus tôt venaient maintenant s'installer de ce côté-ci de la frontière pour profiter des salaires moins élevés. C'était le début de la mondialisation, en quelque sorte. Plus tard, dans les années 1960-1970, on qualifiera ces industries de "secteurs mous" de l'économie québécoise alors que la production se déplaçait en Asie.

La Shawinigan Cotton Co employait une main-d'oeuvre féminine qui provenait des paroisses environnantes, ce qui soulevait des considérations d'ordre moral : comment surveiller ces jeunes filles de la campagne qui se retrouvaient seules en ville ? Dans Shawinigan depuis 75 ans, Fabien Larochelle nous raconte l'inquiétude du clergé et la solution qui a été trouvée pour encadrer les jeunes filles employées au coton :

"L'abbé F. Boulay, curé de Saint-Pierre, voulait assurer une protection aux jeunes filles sans surveillance et toujours trop éloignées de leurs familles qui étaient venues à Shawinigan pour s'y trouver un emploi, plus particulièrement à la filature de la Compagnie de coton. Un foyer de protection pour la jeune fille était la formule toute désignée pour réaliser ses objectifs. Il acheta l'ancienne résidence de M. Beaudry Leman située sur la rue Hemlock, en face du presbytère, et il demanda à la Communauté des Soeurs Dominicaines de venir prendre la direction de la jeune institution. Avec l'autorisation de l'évêque de Trois-Rivières, Mgr Cloutier, quatre religieuses arrivaient à Shawinigan le 21 septembre 1912.
Les débuts s'avérèrent difficiles et la maison fut bien souvent dans un état voisin de la misère. La résidence n'était pas confortable et, en hiver, on y gelait comme dans une glacière. Il en résulta que les jeunes filles, l'une après l'autre, délaissèrent le "Foyer" pour se loger plus confortablement ailleurs."
L'établissement de la rue Hemlock a ensuite été transformé en "jardin de l'enfance", une école primaire  pour garçons. Raymond Lavergne, un cousin de ma mère, y a été pensionnaire de 1945 à 1949.  Bien que la maison soit devenue une école, on continuait à l'appeler le Foyer comme à l'époque où elle recevait des jeunes filles.  Madeleine Robitaille (1928-1950), fille de Roméo et de Blanche Lavergne, a été à l'emploi des Domincaines au Foyer vers la fin des années quarante.

La carte postale représentant la Shawinigan Cotton Co a été postée en 1911, un an après sa construction. On aperçoit la rue Hemlock où se situait le "foyer de protection" sur la colline Saint-Pierre à l'arrière de l'usine.

Voir aussi sur ce blog : Où est l'église ?

(mise à jour le 15 août 2011)

vendredi 3 décembre 2010

Honoré Beaugrand libre-penseur

Honoré Beaugrand (1848-1906) était un personnage hors-norme. Grand voyageur, il a été soldat dans les troupes de l'empereur Maximilien au Mexique, fondateur de journaux aux États-Unis et au Canada dont La Patrie, maire de Montréal, récipiendaire de la Légion d'honneur, conteur et romancier. C'était un franc-maçon, anti-clérical et républicain, un libre-penseur à une époque où le discours patriotique et religieux dominait complètement la société canadienne française. Il a même poussé l'audace jusqu'à épouser une Américaine de confession méthodiste.

On peut le découvrir sur les sites suivants :

- Sur Patrimoine, Histoire et multimédia, Vicky Lapointe présente un article intitulé Honoré Beaugrand, maître de la chasse-galerie .
- Sur Laurentiana, Jean-Louis Lessard analyse son roman Jeanne la fileuse.
- Son conte le plus connu La Chasse-Galerie est sur sur Feeclochette.
- Le Dictionnaire biographique du Canada lui a consacré un article.

jeudi 2 décembre 2010

Une carte postale chauvine

Les cartes postales illustrées produites par la société française Bergeret, et distribuées au Canada par le photographe Pinsonneault de Trois-Rivières, comportaient souvent des textes écrits en rouge qui nous  révèlent la mentalité de l'époque. Ces textes offraient parfois des leçons de vie (voir Commandements de la jeune épousée sur ce blog). Mais il y avait aussi des messages d'un genre différent qui affirmaient la supériorité des Français sur les autres peuples européens, sur les Allemands et les Anglais en particulier.  Ces messages souvent un peu bêtes flattaient l'orgueil de l'acheteur de la carte. Les gens aiment bien se sentir supérieurs.



La carte ci-dessus, qui a été postée en 1905, appartient à cette catégorie. Elle nous apprend que les Français écoutent la musique alors que les Allemands l'entendent (seulement) et que les Anglais y assistent. On est plus indulgent envers les Italiens qui vivent la musique. Est-ce à dire que Bach, Beethoven, Mozart et tous les autres grands compositeurs et interprètes allemands n'écoutaient pas la musique ?


mercredi 1 décembre 2010

En attendant le train

En 1879, la construction du chemin de fer Quebec, Montreal, Ottawa & Occidental (acquis plus tard par le Canadien Pacifique) avait donné à Trois-Rivières un accès rapide à la capitale et à la métropole sur la rive Nord du Saint-Laurent. On commença,  la même année, la construction d'un nouveau tronçon pour relier Trois-Rivières aux Grandes-Piles, le pied de la navigation sur le Haut-Saint-Maurice.

Le Chemin de fer des Piles devait longer la rivière pour contourner les trois chutes qui faisaient obstacle à la navigation à La Gabelle, à Shawinigan et à Grand-Mère. Deux tracés étaient alors possibles en partant de Trois-Rivières : soit sur la rive Nord du Saint-Maurice  par les paroisses de Saint-Maurice, de Saint-Narcisse et le Lac-à-la Tortue, soit sur la rive Sud par les paroisses de Saint-Étienne-des-Grès, de Saint-Boniface et de Sainte-Flore. L'enjeu était majeur pour les villages situés des deux côtés de la rivière.

À Saint-Étienne-des-Grès, comme ailleurs sur la rive Sud du Sain-Maurice, la déception avait été grande  quand le tracé de la rive Nord avait été retenu.  Mais dix ans plus tard, une nouvelle occasion s'est présentée avec le projet de prolongement du Chemin de fer des Basses Laurentides (acquis plus tard par le Canadien National) des Piles jusqu'à Trois-Rivières sur la rive Sud de la rivière. Pour ne pas "manquer le train" une fois de plus, les habitants de Saint-Étienne-des-Grès ont pris l'initiative d'accorder gratuitement un droit de passage sur leurs propriétés. Ces droits ont été consignés par le notaire Uldéric Brunelle. En voici une exemple :

Le 11 avril 1890, le forgeron Félix St-Onge, mon arrière-grand-père, cédait à la Corporation de la paroisse de St-Étienne-des-Grès un droit de passage sur sa propriété (lot 196 du cadastre). Ce droit de passage, d'une lisière de 75 pieds de largeur,  devait servir uniquement "pour le chemin de fer des Basses-Laurentides, partant de la cité des Trois-Rivières et traversant les paroisses de St-Étienne, St-Boniface et Ste-Flore". Le greffe du notaire Brunelle contient une série d'actes de même nature signés par les habitants de la paroisse.

Le préambule de ce contrat montre bien l'intérêt que portaient les citoyens au projet de chemin de fer : "considérant les bénéfices considérables que retireraient les paroissiens et habitants de St-Étienne-des-Grès par suite de la construction d'un chemin de fer qui passerait sur le territoire de la dite paroisse, et voulant les favoriser et fournir à la Corporation de la dite paroisse les moyens d'obtenir et assurer la construction d'un chemin de fer ... "

Le prolongement souhaité du Chemin de fer des Basses Laurentides ne s'est pas réalisé. Il a fallu attendre en 1906, avec la construction du Chemin de fer de la Vallée du St-Maurice (acquis plus tard par le Canadien Pacifique), entre Shawinigan et Trois-Rivières, pour que le train arrive enfin à Saint-Étienne-des-Grès. La nouvelle voie traversait le Saint-Maurice par un pont construit sur le rocher des Grès.  J'ai lu sur le site internet de la municipalité qu'un centre de ski avec remonte-pente avait alors été aménagé aux Grès pour attirer les skieurs de Trois-Rivières qui arrivaient par le train.

Le transport des passagers sur cette ligne a été abandonné au printemps de 1960, faute de clientèle. L'autobus était alors plus rapide que le train.

Voir sur ce blog La vieille gare du CP

Sources :
- Greffe du notaire Uldéric Brunelle.
- Larochelle, Fabien. Shawinigan depuis 75 ans. Shawinigan, 1975, p 467-478.
- Verrette, René. Entre le rêve et la réalité : l'implantation du réseau ferroviaire mauricien. Cap-aux-Diamants, no 54, 1998, p 18-23.