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mardi 20 août 2013

La belle Françoise

C'est la belle Françoise, lon gai. C'est la belle Françoise Qui veut s'y marier, maluron lurette. Qui veut s'y marier, maluron luré.  (Garolou).
  
D'un point de vue généalogique, Françoise Dubois-Lafrance qui a épousé Pierre Houde en 1733 est un cas problème et ce, pour deux raisons : il n'y a pas d'acte de baptême à son nom, du moins je n'en ai pas trouvé, et le prénom de sa mère n'est pas le même dans son acte de mariage que dans son contrat de mariage passé la veille.

L'identité de sa mère

Dans son acte de mariage, le 6 juillet 1733 à Sainte-Croix de Lotbinière, Françoise Lafrance est la fille de François Lafrance et de Marie-Françoise Lambert. Mais dans son contrat de mariage, devant le notaire Choret le 5 juillet 1733, Marie-Françoise Dubois-Lafrance est plutôt la fille de François Dubois-Lafrance et de Marie-Anne Lambert.


En général, je me fie davantage aux notaires qu'aux curés pour la rectitude des faits. Dans ce cas-ci, il est évident que le notaire avait raison et le curé avait tort. Ce dernier a probablement répété par erreur le prénom de la mariée Françoise en écrivant celui de sa mère. Je n'ai trouvé nulle part ailleurs la mention d'un couple formé de François Dubois-Lafrance et Marie-Françoise Lambert.

Sa naissance

Je n'ai pas trouvé de baptême au nom de Françoise Dubois, fille de François et d'Anne Lambert.

René Jetté, dans le Dictionnaire généalogique des familles du Québec, donne 7 enfants à ce couple : Marie-Josèphe (1712), Marie-Anne (1713), Joseph-François (1714), Marie-Louise (1716), François (1718), Marie-Josèphe (1719) et Gervais (1728). Les deux premières et le dernier sont morts en bas âge, ce qui ne laisse que 4 enfants : Joseph, Marie-Louise, François et Marie-Josèphe, tous nés entre 1714 et 1719. Aucun de ces enfants ne porte le prénom de Françoise.

Dans le Dictionnaire généalogique des familles canadiennes, Cyprien Tanguay situe, par erreur, la naissance de Françoise Dubois en l'année 1718. Cette date est plutôt celle de la naissance de François Dubois le cinquième enfant du couple.

Plusieurs sites de recherches généalogiques font un rapprochement entre la mystérieuse Françoise et la Marie-Louise née en 1716. Ils se fient à l'acte de sépulture de Françoise, le 30 mars 1753 à Sainte-Croix, qui mentionne qu'elle est décédée à l'âge de 37 ans. C'est peut-être exact, mais difficile à prouver. Dans les actes de sépultures anciens, l'âge du défunt est souvent une simple approximation.

D'autres enfants perdus

On note un intervalle de 9 ans, un trou noir, entre le baptême de Marie-Josèphe à Saint-Nicolas en 1719 et celui de Gervais à Sainte-Croix en 1728. C'est long 9 ans sans naissance, compte tenu de l'absence de moyens contraceptifs à l'époque de la Nouvelle-France.  Il est possible que des actes de baptêmes aient été inscrits et perdus dans une autre paroisse pendant cet intervalle.

Françoise n'est pas la seule enfant du couple Dubois-Lambert pour qui on n'a pas retrouvé d'acte de baptême. J'en connais deux autres :
  • Marie-Angélique qui a épousé Gervais Beaudoin le 21 août 1741 à Sainte-Croix de Lotbinière (contrat devant le notaire Choret le 20 août) ;
  • Marie-Thérèse qui a épousé Joseph Denevers-Boisvert le 28 octobre 1748 dans la même paroisse (contrat devant le notaire Choret le 24 octobre).
On observe une même démarche pour tous les enfants du couple qui se son mariés, y compris Françoise : ils ont tous passé un contrat devant le notaire Jean-Baptiste Choret de Sainte-Croix la veille ou quelques jours seulement avant le mariage.

Françoise Dubois-Lafrance  625a

lundi 22 juillet 2013

L'origine de La Bonne Chanson

Pour la plupart des gens, La Bonne Chanson est un petit recueil des 100 plus belles chansons de l'abbé Gadbois que l'on retrouvait autrefois dans toutes les bonnes familles canadiennes-françaises. Ce recueil a été réédité à maintes reprises depuis les années 1940. On en trouve encore dans les librairies une édition qui date de 1982.

Une édition récente (1982)


L'abbé Gadbois n'a pas inventé le concept de La Bonne Chanson qu'il a diffusé au Canada français à compter de 1937. Il existait déjà en France depuis 1900 une revue portant ce titre qui était publiée par le régionaliste breton Thédore Botrel.

En diffusant au Québec des chansons puisées essentiellement dans le répertoire français traditionnel, Gadbois poursuivait les mêmes objectifs que Botrel : promouvoir la chanson française face à l'invasion de la musique américaine et détourner les fidèles des oeuvres modernes jugées malsaines. Comme le soulignait si justement Jean-Nicolas de Surmont, l'on ne retrouve pas dans La Bonne Chanson la Valentine chantée par Maurice Chevalier dans les années folles :
Elle avait des tout petits petons, Valentine, Valentine
Elle avait des tout petits tétons
Que je tâtais à tâtons, Ton ton tontaine
Elle avait un tout petit menton, Valentine, Valentine
Outre ses petits petons ses petits tétons son petit menton
Elle était frisée comme un mouton

Gadbois voulait donc promouvoir la chanson française mais pas n'importe laquelle. Les considérations morales l'emportaient toujours sur la mission culturelle. Il pouvait aller jusqu'à altérer les paroles des chants traditionnels pour les rendre conformes à sa conception des bonnes moeurs. Le folkloriste québécois Marius Barbeau lui en a d'ailleurs fait le reproche.

Marius Barbeau en 1942 (Wikipédia)

La Bonne Chanson, sous forme de feuillets de musique, était d'abord destinée aux élèves du Séminaire de Saint-Hyacinthe où l'abbé Gadbois enseignait. Puis, il les a regroupés, en 1938, dans des cahiers de cinquante chansons chacun qui ont été vendus comme livres de l'élève dans les écoles du Québec, de l'Acadie et de la Nouvelle-Angleterre. C'est donc l'appui du réseau de l'éducation, alors contrôlé par le clergé catholique, qui a permis la première grande diffusion de La Bonne Chanson. À partir de là, l'oeuvre de Gadbois est devenue une véritable industrie avec des disques, une station de radio (CJMS pour Canada Je me souviens), des recueils de chansons de Noël et autres produits dérivés.

Voir à ce sujet :
-Jean-Nicolas De Surmont, Les conditions de production et de circulation de l'oeuvre de La Bonne Chanson de Charles-Émile Gadbois, Les cahiers de l'Association pour l'avancement de la recherche en musique au Québec, no 16, p65-78.
- La thèse de maîtrise d'Helégouarch Solenn intitulée De la Bretagne au Québec : le succès de Théodore Botrel (1868-1935), chansonnier breton. Université de Montréal, 2010.
- Une exposition virtuelle du Centre d'archive de Saint-Hyacinthe sur La Bonne Chanson.

Voir aussi sur ce blog : C'est l'aviron.

vendredi 22 mars 2013

C'est l'aviron

De 1960 à 1983, la principale vitrine du folklore québécois a été l'émission de télévision Soirée canadienne qui recréait à chaque semaine une veillée d'autrefois. Les participants amateurs interprétaient des musiques, chansons et danses qui étaient, supposément, puisés dans le folklore local.

On peut dire aujourd'hui que Soirée canadienne présentait du vrai et du faux folklore. Le faux était représenté par les reels et les sets carrés (square dance) qui étaient des emprunts aux Irlandais et aux Américains de la Nouvelle-Angleterre, mais ces genres s'étaient tellement bien intégrés à la culture populaire que nous en étions venus à croire qu'ils étaient d'ici.

Le véritable folklore ancien était représenté, notamment, par les chansons à répondre qui ont été transmises par la tradition orale. À Soirée Canadienne, on découvrait de nouvelles versions de ces chansons en passant d'une région à l'autre. C'était là, à mon avis, le principal intérêt de l'émission.

Émission du 10 novembre 1979 à l'Épiphanie

Selon Robert Léger dans La chanson québécoise en question, les premières chansons répertoriées au pays sont des chansons à répondre, fort prisées par les canotiers :
« Dans les premiers temps de la colonie, il n'existe guère de routes carrossables. Au fil du fleuve et des rivières, les canotiers, en pagayant, assurent le transport des personnes et des marchandises. Il leur faut parcourir de grandes distances et, pour se donner du coeur au ventre, ils rythment leurs efforts d'une cadence musicale. La longueur des chansons est donc essentielle pour maintenir une vitesse constante. Les chansons à répondre avec leurs refrains sans cesse repris et le nombre imposant de leurs couplets s'avèrent un format idéal. De plus, pour que le tempo ne soit pas perdu, la chanson à répondre exige une écoute attentive du soliste et une cohésion rythmique de tous les répondants, à l'image du synchronisme exigé des pagayeurs.

Par les chansons qu'il entonne, le chef canotier impose un rythme à sa troupe de rameurs. Plus son répertoire est vaste, plus son énergie de chanteur est communicative, meilleur est le rendement des pagayeurs. Ce maître de choeur sera récompensé si son embarcation arrive rapidement à destination.»
Toujours selon Léger, la chanson à répondre serait l'héritière de la chanson en laisse du Moyen-Âge où les derniers vers d'un couplet étaient repris au début du couplet suivant.

La chanson de canotiers la plus connue est sans doute C'est l'aviron qui nous mène. Norman McLaren de l'Office national du film en a fait cette animation en 1943 :



dimanche 1 janvier 2012

Dans le temps du jour de l'An

Dans le temps du jour de l'An a été enregistré par Ovila Légaré (1901-1978) en 1951, à l'époque où le comédien et folkloriste reprenait des chansons anciennes sur 78 tours. Elle était très populaire au Québec dans le temps des fêtes de fin d'année mais on l'entend rarement de nos jours. Elle pourrait dater de la fin du 19ième siècle ou du début du 20ième siècle. On peut l'écouter ici sur le site des enregistrements sonores de BANQ.

Dans le temps du jour de l'An est aussi connu sous le titre de Tape la galette. Je crois que cette expression fait référence à un jeu où deux enfants se font face et se tapent dans les mains et sur les cuisses en récitant une contine.

La chanson décrit une veillée traditionnelle du jour de l'An. Les personnages sont le  père (le bonhomme) qui a tué un goret pour l'occasion et sert généreusement son whisky blanc, la mère (la bonne femme) qui a fait ses tourtières, le fils aîné (le plus vieux) et sa nombreuse marmaille, les filles de la maison excitées d'embrasser des garçons, et enfin Thomas qui les embrasse toutes. Et à la fin de la soirée, les invités dansent un set, une gigue ou un rigodon. Le set carré (square dance) vient des États-Unis et aurait été introduit au Canada français à la fin du 19e siècle. La gigue et le rigodon sont d'origine française.

 On y trouve quelques mots anciens : se greyer (s'équiper), tannant (énervant), vargeux (impressionant) et pantoute (pas du tout).


Voici les paroles :

Dans le temps du Jour de l'An

Lorsqu'il nous arrive le temps des fêtes
Tout le monde se sent le coeur réjoui
On s'amuse bien et on se la souhaite
Avec ses parents et avec ses amis.

Refrain
C'est comme ça qu'ça s'passe dans l'temps des fêtes
Tape la galette, les garçons les filles avec
C'est comme ça qu'ça s'passe dans l'temps des fêtes
C'est comme ça qu'ça s'passe dans l'temps du Jour de l'An !

Le bonhomme a tué son gros goret'
Puis il s'est greyé de bon whisky blanc
La bonne femme a des tourtières de prêtes
C'est pour régaler ses chers enfants.

Le plus vieux arrive avec sa marmaille
Y'en a un nouveau à tous les ans
Ça court et ça joue et puis ça s'chamaille
Mais ce jour-là on les trouve pas si tannants.

Les filles d'la maison sont sur les épines
Y'ont hâte de voir arriver les garçons
Pour s'faire embrasser, ah! bonté divine!
Elles le font pas voir mais qu'elles trouvent donc ça bon!

C'est Thomas qu'est l'plus "vargeux" de toutes
Y s'fait péter l'bec puis y donne ça dru
Y en faut cinq-six ou ben pantoute
Quand y'en accroche une... il la lâche plus.

L'père est pas avaricieux d'ses traites
L'une n'attend pas l'autre, puis les verres sont pleins
Ç'arrive pas tous les jours le temps des fêtes
Et puis il faut bien se mouiller le Canayen!

Après qu'on s'est bien rincé la luette
Vers sur l'soir on accorde les violons
On s'met dans la place pour danser un "set"
Chacun danse sa gigue ou bien son rigodon.

dimanche 18 septembre 2011

Cinq demiards

Cinq demiards était le nom donné autrefois aux bouteilles d'alcool de cinquante onces, chaque demiard canadien valant dix onces (un quart de pinte). Les bûcherons, lorsqu'ils « montaient dans les chantiers » en décembre, en cachaient parfois dans leurs bagages pour prendre un coup durant l'hiver. Les contremaîtres avaient ordre de les confisquer, s'ils les trouvaient.

Vous pouvez écouter le Reel des cinq demiards par le violoneux Joseph Allard  ici.

On trouve une mention du cinq demiards dans Contes, anecdotes et récits canadiens d'Aristide Filiatreault (1910) : 
« ... en revenant à la pension nous eûmes la précaution de nous munir d'un flacon de gin de cinq demiards. »

vendredi 31 décembre 2010

Le réveillon du jour de l'an (chanson)

On m'avait invité à aller réveillonner
Pour fêter l'arrivée de la nouvelle année
Moé qui est toujours gai, je n'ai pas refusé
Et à mon arrivée, j'ai entendu chanter

Ah que c'est bon bon de prendre un verre de bière
Avec la cuisinière dans un petit coin noir
Pis si c'est bon bon, faites-le en riant
Y a pas de mal là-dedans dans le temps du jour de l'an
Ah que c'est bon bon de prendre un verre de bière
Avec la cuisinière dans un petit coin noir
Pis si c'est bon bon, faites-le en riant
Y a pas de mal là-dedans dans le temps du jour de l'an

Minuit est arrivé, on souhaite une bonne année
La bière est de côté pis on prends du brandy
On a trop mélangé, je me suis enivré
Et toute la sainte journée je donnais à murmurer

Ah que c'est bon bon de prendre un verre de bière
Avec la cuisinière dans un petit coin noir
Pis si c'est bon bon, faites-le en riant
Y a pas de mal là-dedans dans le temps du jour de l'an
Ah que c'est bon bon de prendre un verre de bière
Avec la cuisinière dans un petit coin noir
Pis si c'est bon bon, faites-le en riant
Y a pas de mal là-dedans dans le temps du jour de l'an

Une chanson traditionnelle du jour de l'an qui a été interprétée par La bottine souriante sous le titre La cuisinière

lundi 6 décembre 2010

Un Canadien errant

Antoine Gérin-Lajoie
Antoine Gérin-Lajoie (1824-1882), avocat, poète et romancier, est né à Yamachiche, fils d'Antoine et de Marie-Amable Gélinas. Il avait dix-huit ans quand il a écrit les paroles d'Un Canadien errant sur l'air d'une vieille chanson folklorique intitulée J'ai fait une maîtresse. Il était alors étudiant en rhétorique et pensionnaire au Séminaire de Nicolet. Selon la légende, il aurait écrit ces paroles après avoir vu passer sur le Saint-Laurent un bateau qui amenait les Patriotes en exil. En réalité, il répondait  simplement à la demande d'un autre étudiant.

Il  était le frère aîné d'Elzéar Gérin (1843-1886) qui a écrit "Le St-Maurice : notes de voyage" ( voir Aux Grandes-Piles en voiture sur ce blog). Il était aussi l'arrière-grand-père de Paul Gérin-Lajoie, (1920- ) ministre de l'Éducation dans le cabinet de Jean Lesage et un des principaux artisans de la Révolution tranquille. Il y aurait beaucoup à dire sur Antoine Gérin-Lajoie et sur sa famille. J'y reviendrai dans une autre article. Voici les paroles de sa chanson Un Canadien errant :


Un Canadien errant,
Banni des ses foyers,
Parcourait en pleurant
Des pays etrangers.
Parcourait en pleurant
Des pays etrangers.

Un jour, triste et pensif,
Assis au bord des flots,
Au courant fugitif
Il adressa ces mots:
Au courant fugitif
Il adressa ces mots:

"Si tu vois mon pays,
Mon pays malheureux,
Va dire a mes amis
Que je me souviens d'eux.
Va, dis à mes amis
Que je me souviens d'eux.

O jours si pleins d'appas,
Vous êtes disparus...
Et ma patrie, helas!
Je ne la verrai plus!
Et ma patrie, helas!
Je ne la verrai plus!"

Ajout du 2 février 2011 : Leonard Cohen l'a interprétée avec des arrangements mexicains! Voici cette version pour le moins bizarre (ici) et une interprétation plus classique par Nana Mouskouri (ici).

vendredi 3 décembre 2010

Honoré Beaugrand libre-penseur

Honoré Beaugrand (1848-1906) était un personnage hors-norme. Grand voyageur, il a été soldat dans les troupes de l'empereur Maximilien au Mexique, fondateur de journaux aux États-Unis et au Canada dont La Patrie, maire de Montréal, récipiendaire de la Légion d'honneur, conteur et romancier. C'était un franc-maçon, anti-clérical et républicain, un libre-penseur à une époque où le discours patriotique et religieux dominait complètement la société canadienne française. Il a même poussé l'audace jusqu'à épouser une Américaine de confession méthodiste.

On peut le découvrir sur les sites suivants :

- Sur Patrimoine, Histoire et multimédia, Vicky Lapointe présente un article intitulé Honoré Beaugrand, maître de la chasse-galerie .
- Sur Laurentiana, Jean-Louis Lessard analyse son roman Jeanne la fileuse.
- Son conte le plus connu La Chasse-Galerie est sur sur Feeclochette.
- Le Dictionnaire biographique du Canada lui a consacré un article.

jeudi 25 novembre 2010

Le Rapide Blanc (chanson)

Oscar Thiffault (1912-1998) a écrit la chanson Le Rapide Blanc en 1935 alors qu'il travaillait à la construction du barrage du même nom sur la rivière Saint-Maurice. Il l'a enregistrée en 1954. On pourrait qualifier Le Rapide Blanc de chanson de chantiers au même titre que Des mitaines pas de pouces en hiver (ici). Cette chanson traite, à mots couverts, d'un sujet tabou : la sexualité. Remarquez l'usage du verbe fortiller, une fusion de frétiller et tortiller, qui signifiait se trémousser ou remuer en parlant de la queue d'un chien.

La chanson a été reprise par plusieurs interprètes, parfois en supprimant le fameux "la wingnan-en-en" qui pourrait venir d'une langue amérindienne. Denise Filiatrault en a fait une version yéyé en 1962. Le groupe Beau Dommage l'a enregistrée en spectacle au Forum de Montréal en 1984. Voici les paroles :

LE RAPIDE BLANC

Le bonhomme est à la porte
La wingnan-en-en (bis)
La bonne femme lui demande
Ce qu'il voulait-ait
Ce qu'il souhaitait-ait
Ah ! Je voudrais madame
J'voudrais bien entrer

Ah ben ! a dit : Entre donc ben hardiment
Mon mari est au Rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui entrent, qui entrent
Y a des hommes de rien qui entrent et qui n'font rien-en.

Après qu'il fut entré
La wingnan-en-en (bis)
La bonne femme lui a d'mandé
Ce qu'il voulait-ait
Ce qu'il souhaitait-ait
Ah ! Je voudrais madame
J'voudrais ben m'chauffer

Ah ben ! a dit : Chauffe-toi donc ben hardiment
Mon mari est au Rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui s'chauffent, qui s'chauffent,
Y a des hommes de rien qui s'chauffent et qui n'font rien-en.

Après qu'il se fut chauffé
La wingnan-en-en (bis)
La bonne femme lui a d'mandé
Ce qu'il voulait-ait
Ce qu'il souhaitait-ait
Ah ! Je voudrais madame
J'voudrais ben manger

Ah ben ! a dit : Mange-donc ben hardiment
Mon mari est au Rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui mangent, qui mangent
Y a des hommes de rien qui mangent et qui n'font rien-en.

Après qu'il eut mangé
La wingnan-en-en (bis)
La bonne femme lui a d'mandé
Ce qu'il voulait-ait
Ce qu'il souhaitait-ait
Ah ! Je voudrais madame
J'voudrais ben m'coucher

Ah ben ! a dit : Couche-toi donc ben hardiment
Mon mari est au Rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui s'couchent, qui s'couchent,
Y a des hommes de rien qui s'couchent et qui n'font rien-en.

Après qu'il fut couché
La wingnan-en-en (bis)
La bonne femme lui a d'mandé
Ce qu'il voulait-ait
Ce qu'il souhaitait-ait
Ah ! Je voudrais madame
J'voudrais ben vous embrasser

Ah ben ! a dit : Embrasse-moi donc ben hardiment
Mon mari est au Rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui m'embrassent, qui m'embrassent,
Y a des hommes de rien qui m'embrassent et qui n'font rien-en.

Après qu'il l'eut embrassée
La wingnan-en-en (bis)
La bonne femme lui a d'mandé
Ce qu'il voulait-ait
Ce qu'il souhaitait-ait

Ah ! Je voudrais madame
J'voudrais ben fortiller
Ah ben ! a dit : Fortille-donc ben hardiment
Mon mari est au Rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui fortillent, qui fortillent,
Y a des hommes de rien qui fortillent et qui n'font rien-en.

Après qu'il eut fortillé
La wingnan-en-en (bis)
La bonne femme lui a d'mandé
Ce qu'il voulait-ait
Ce qu'il souhaitait-ait

Ah ! Je voudrais madame
J'voudrais ben m'en aller
Ah ben ! a dit : Sacre ton camp ben hardiment
Mon mari est au Rapide Blanc
Y a des hommes de rien qui s'en vont, qui s'en vont,
Y a des hommes de rien qui s'en vont et qui n'font rien-en.


lundi 8 mars 2010

Des mitaines pas de pouces


Une vieille chanson à répondre qui parle des conditions de vie difficiles dans les chantiers de bûcherons. Le chanteur folkloriste Ovila Légaré l'a enregistrée sur 78 tours en 1929 (écouter ici) mais la chanson est probablement plus ancienne.

C'est la complainte d'un antihéros: l'apprenti bûcheron maladroit et mal chaussé qui gèle de froid dans la forêt et qui a peur du "foreman qui est un gros boulé".

Le début du premier couplet : "Mon père n'avait d'garçon que moé" rappelle la phrase "Mon père n'avait fille que moi" que l'on retrouve au début de plusieurs chansons folkloriques. Voici les paroles :
Des mitaines pas de pouces

Mon père n'avait d'garçon que moé,
Des mitaines pas d'pouces en hiver,
Mais au chantier il m'a envoyé,

REFRAIN
En souliers d'boeuf, le nez morveux,
Dans l'bois tout l'temps, beau temps, mauvais temps,
Mon Dieu qu'c'est donc d'la misère,
Pis des chaussons, pis des chaussettes,
Pis des mitaines pas d'pouces en hiver. (bis)

Mais au chantier il m'a envoyé,
Des mitaines pas d'pouces en hiver,
Là le foreman qu'est un gros boulé...REFRAIN

Là le foreman qu'est un gros boulé,
Des mitaines pas d'pouces en hiver,
Y a ben manqué de m'estropier...REFRAIN

Y a ben manqué de m'estropier,
Des mitaines pas d'pouces en hiver,
Parce que j'savais pas travailler...REFRAIN
Parce que j'savais pas travailler,
Des mitaines pas d'pouces en hiver
Y m'dit pousse-toé je va t'étriper...REFRAIN

Y m'dit pousse-toé je va t'étriper
Des mitaines pas d'pouces en hiver
Mais comme y était ben plus gros qu'moé...REFRAIN

Mais comme y était ben plus gros qu'moé
Des mitaines pas de pouces en hiver
J'ai pas resté à l'astiner..REFRAIN