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samedi 10 mars 2012

La jeune fille en tous pays

Dans la série des cartes postales véhiculant des préjugés nationaux, voici une autre carte produite en France par Bergeret dans les années 1900-1905 et vendue au Canada par Pinsonneault et Frères de Trois-Rivières. Le texte en rouge (cliquez sur la carte) nous explique les différences entre les jeunes filles française, américaine, allemande, etc.

Remarquez l'évolution des canons de beauté. On savait alors apprécier les créatures bien en chair.

Voir aussi sur ce blog : Une carte postale chauvine et Commandements de la jeune épousée. 

lundi 17 janvier 2011

Les Pinsonneault fleuries

Le photographe Pinsonneault de Trois-Rivières a produit une série de cartes postales ornées de gerbes de fleurs. On les appelle communément les Pinsonneaul fleuries. Il reprenait l'image d'une de ses cartes postales à laquelle il ajoutait une ornementation florale. Je crois que ces cartes étaient destinées à faire la promotion  de la ville qui était représentée. En voici deux spécimens : la première montre la cathédrale de l'Assomption de Trois-Rivières et la seconde, une partie des chutes de Shawinigan. Cette dernière a été postée le 27 janvier 1907.



jeudi 2 décembre 2010

Une carte postale chauvine

Les cartes postales illustrées produites par la société française Bergeret, et distribuées au Canada par le photographe Pinsonneault de Trois-Rivières, comportaient souvent des textes écrits en rouge qui nous  révèlent la mentalité de l'époque. Ces textes offraient parfois des leçons de vie (voir Commandements de la jeune épousée sur ce blog). Mais il y avait aussi des messages d'un genre différent qui affirmaient la supériorité des Français sur les autres peuples européens, sur les Allemands et les Anglais en particulier.  Ces messages souvent un peu bêtes flattaient l'orgueil de l'acheteur de la carte. Les gens aiment bien se sentir supérieurs.



La carte ci-dessus, qui a été postée en 1905, appartient à cette catégorie. Elle nous apprend que les Français écoutent la musique alors que les Allemands l'entendent (seulement) et que les Anglais y assistent. On est plus indulgent envers les Italiens qui vivent la musique. Est-ce à dire que Bach, Beethoven, Mozart et tous les autres grands compositeurs et interprètes allemands n'écoutaient pas la musique ?


mardi 9 novembre 2010

Commandements de la jeune épousée

Cette carte postale, produite par les Éditions Bergeret, a été postée à Sorel le 31 janvier 1906. Antoine Bergeret (1859-1932) a introduit la carte postale illustrée en France après un voyage en Allemagne au cours duquel il avait découvert ce nouveau mode de communication. La production a débuté en 1898.  Ses ateliers de Nancy auraient imprimé jusqu'à 300000 cartes par jour. Le photographe Pinsonneault de Trois-Rivières a été son agent général au Canada.

Les textes imprimés en rouge sur les cartes de Bergeret sont souvent des leçons de vie dans lesquelles les gens se reconnaissaient, et qui nous font découvrir la mentalité de l'époque. Les Commandements de la jeune épousée (que l'on peut lire en cliquant sur la photo) sont particulièrement révélateurs à cet égard. Le monde a changé !

jeudi 21 octobre 2010

Où est l'église ?


Une carte postale du photographe Pinsonneault de Trois-Rivières qui m'a longtemps intrigué.  Il est écrit au bas de l'image : "11 - Place de l'église catholique Shaweneganfalls". On voit bien le presbytère à gauche mais où est l'église ? 

La réponse se trouve dans Shawinigan depuis 75 ans de Fabien Larochelle (page 281). Le mur  de pierres que l'on aperçoit à droite du presbytère était le soubassement de l'église Saint-Pierre dont la construction a été entreprise au printemps 1901 et interrompue à l'automne de la même année pour des raisons financières. Ce soubassement a été recouvert d'un toit et aménagé pour servir d'église paroissiale en attendant de pouvoir poursuivre les travaux.  Mais ce qui devait être une solution temporaire a perduré pendant près de 30 ans, soit jusqu'en 1929 alors que l'église actuelle a été complétée sur le soubassement qui lui servait d'assise.

Il faut ajouter que depuis le début des travaux, en 1901, il y avait un désaccord entre le curé et les paroissiens au sujet de l'emplacement de l'église, ce qui pourrait expliquer le peu d'empressement de ces derniers à financer la poursuite des travaux. Larochelle écrivait à ce sujet en 1975 :  "Aujourd'hui encore on se demande pourquoi il fut finalement décidé de construire l'église au sommet de la colline où ne résidaient pourtant qu'un petit nombre de paroissiens.". Il ajoute au sujet de la reprise des travaux en 1927 : "Comme il fallait s'y attendre, les objections de 1901 revinrent à la surface pour le choix du site de la nouvelle église. Un groupe de paroissiens, sans doute fatigués de grimper la colline depuis trente ans, voulaient à tout prix que le nouveau temple soit érigé quelque part au pied de la colline."

Mais le presbytère avait déjà été construit au sommet et il était hors de question que le curé descende la côte pour dire sa messe.

jeudi 22 avril 2010

La Bonne Sainte-Anne

Une carte postale du photographe Pinsonneaul de Trois-Rivières représentant le monument de Sainte-Anne à Yamachiche. C'était le lieu de pèlerinage le plus fréquenté en Mauricie après le sanctuaire Notre-Dame-du-Cap au Cap-de-la-Madeleine.

La carte a été postée le 9 février 1907 à Yamachiche par Soeur Pamphile. Elle est adressé à Mme Conville à l'hôpital Saint-Eusèbe de Joliette :
"Merci chère Madame de votre jolie carte et de vos bons voeux. Pour un instant j'ai pensé être à Joliette ... écoutant la belle musique du soir ... En retour acceptez notre grande Thaumaturge; un grand nombre de pellerins viennent ici la prier. Vous serait-il donné d'y venir un bon jour ! quelle joie vous me feriez ! D'ici à 3 Rivières il n'y a qu'un pas. Ma soeur Antoine serait si contente de vous recevoir. Avec affec. S. Pamphile."
Comme à Notre-Dame-du-Cap, la promotion du pèlerinage à Sainte-Anne d'Yamachiche reposait essentiellement sur les miracles attribués à la patronne du lieu. Cet article publié dans le journal Le Bien Public de Trois-Rivières en fait foi :
« Le 16 juin prochain, les paroissiens de Notre-Dame de Charette, de Saint-Barnabé, et de St-Thomas de Caxton, feront ensemble un pèlerinage à la Bonne Sainte-Anne d’Yamachiche sous la direction de leurs curés respectifs. Ils se souviennent que l’an dernier dans leur pèlerinage un garçon de Saint-Barnabé âgé de 14 ans infirme depuis plusieurs années a laissé ses deux béquilles au pied de la statue de la Bonne Sainte-Anne et est retourné prendre le travail dans sa famille. »  Le  Bien Public (29 mai 1914): 2, col. 4.
En fait, le lieu de pèlerinage d'Yamachiche est un des plus anciens au Québec, plus ancien même que celui de Notre-Dame-du-Cap, mais les rassemblements de pèlerins y ont été interdits  en 1801 à cause des désordres liés à l'alcool. Dans une étude portant sur la grande région du lac Saint-Pierre (Petits pays et grands ensembles, Les Presses de l'Université Laval, 2000), Jocelyn Morneau aborde ce sujet :
"La région du lac Saint-Pierre abrite un des plus anciens lieux de pèlerinage de la province, celui d’Yamachiche consacré à la dévotion de Sainte-Anne. En effet, des pèlerinages y étaient organisés dès avant le XIXe siècle. Frappé d’interdit en 1801 par Mgr Denault en raison des désordres qui y éclataient depuis plusieurs années (débits d’alcool clandestins, rixes, etc.) Yamachiche renaît comme lieu de pèlerinage en 1846 à la demande du curé de la paroisse. Pendant plusieurs années, ce sont surtout des habitants des paroisses voisines qui s’y rendaient le jour de la fête de sainte Anne. Dans le dernier tiers du siècle, le pèlerinage d’Yamachiche obtint la faveur d’un très grand nombre de pèlerins. En 1876, le curé de Saint-Zéphirin-de-Courval et 300 de ses paroissiens embarquèrent à bord d’un bateau à vapeur pour traverser à Yamachiche. Quelques milliers d’autres pèlerins des diocèses de Nicolet, Trois-Rivières et même de Montréal firent de même au cours des années suivantes."

mardi 16 mars 2010

Pierre-Fortunat Pinsonneault

J'ai déjà présenté sur ce blogue des cartes postales qui portaient la signature du photographe P-F Pinsonneault de Trois-Rivières (1864-1938). Ses photographies, celles qui ornent ses cartes postales en particulier, sont une des principales sources d'images des paroisses de la Mauricie au début du vingtième siècle.

Fils de Camille Pinsonneault et d'Adéline Morin, Pierre-Fortunat Pinsonneault est né le 28 février 1864 à Saint-Jacques-le-Mineur en Montérégie. Initié à la photographie par son frère Joseph-Laurent, il poursuivit des études dans ce domaine aux États-Unis, chez W.J. Cady à Holyoke Mass. Il s'installa à Trois-Rivières en 1888 dans l'atelier du photographe Louis Grenier au 178 de la rue Notre-Dame. Il commença a publier ses photographies sur carte postale vers 1903. Tout comme ses frères Joseph-Laurent, Émile, Alfred-Zénon et sa soeur Fabiola, il aura marqué l'histoire de la carte postale au Québec.

Il avait épousé Évelina Giroux le 14 mai 1895 dans la paroisse Saint-Jean, comté de Saint-Jean. Ils ont fait baptiser six enfants à Trois-Rivières entre 1896 et 1906. Pierre-Fortunat est décédé le 26 janvier 1938 à Trois-Rivières.

Une exposition lui a été consacrée à Trois-Rivières en 1999. Voici l'hommage que lui rendait à cette occasion M. Gilles Roux photographe lui aussi (ici) :
Quand Pierre-Fortunat Pinsonneault débarqua à Trois-Rivières en 1888, à l'âge de vingt-quatre ans, la ville ne comptait que 8500 "âmes"; c'est le mot qu'on utilisait pour nommer les individus à cette époque. Le séminaire Saint-Joseph marquait la limite des habitations. La rue Laviolette portait encore le nom de rue des Champs. Trois-Rivières était relié à Montréal et Québec par train depuis neuf ans. Le port était bourdonnant d'activités. Le fleuve était la porte d'entrée de la ville et les hôtels attendaient les visiteurs près des quais. La communauté était si petite que chacun demeurait à quelques minutes de ses proches.

Pierre-Fortunat arrivait de Saint-Jean-sur-Richelieu après un stage d'études en Nouvelle-Angleterre. Descendu du train sur le quai de Saint-Angèle, il contemplait cette petite ville portuaire qui entassait ses maisons de pierres au bord du Saint-Laurent. Ses rêves étaient à la mesure du fleuve immense qu'il traversait.

Ce jeune homme trapu et boiteux avait peu de choses dans ses valises. Sa volonté et sa force physique allait lui ouvrir le chemin. Il allait transporter des équipements lourds et encombrants, monter sur les toits pour avoir un meilleur angle et courir le pays pour nous le montrer. Son intelligence et sa curiosité lui permettraient de faire imprimer ses images en France.

En posant le pied sur le quai, savait-il qu'il arrivait chez lui et que cette ville deviendrait sa patrie? Toute sa vie, il signerait "Pinsonneault/Trois-Rivières". Jamais "Three-Rivers" comme le voulait l'époque. Pierre-Fortunat Pinsonneault avait de la suite dans les idées.

En montant pour la première fois la rue du Platon, il ne pouvait soupçonner que cent dix ans plus tard, on lui rendrait enfin un hommage mérité mais savait-il que les émotions de ses images toucheraient toujours nos cœurs? Qu'importe, sa vie commençait au coin des Forges et Notre-Dame et il croyait à son destin.

Cet homme moderne a joué un rôle important au niveau artistique et commercial. Il a été le chroniqueur visuel de son époque. Son implication civique fut intense, notamment au Cercle Palamède qui constituait en 1900 une véritable "Maison de la culture" avec sa bibliothèque et ses activités de loisir. Pour eux, la culture était conviviale. Elle cimentait la société.

Son rôle d'éditeur et de photographe auprès des associations de citoyens a contribué au développement et à la reconstruction de la ville. Nous sommes chanceux d'avoir été précédés par des gens comme lui.

Quand Monsieur Pinsonneault est mort en 1938, cinquante ans après son arrivée, la ville comptait quarante mille habitants, presque cinq fois plus. Imaginez le changement. Il avait préservé pour nous, la senteur des bateaux de pommes, le vent sur le fleuve, la tranquillité des rues et la beauté des parcs. Il avait vu brûler sa ville et participé à sa reconstruction. Il avait vu l'implantation des usines et l'arrivée de milliers de familles à la recherche du bonheur. Il avait photographié leur jeunesse, leurs mariages et leurs enfants. Il nous a transmis leurs émotions.

Jaquette-à-Simon

Le Dictionnaire biographique du Canada a consacré un article à Pierre-Léon Ayotte qui était surnommé Jaquette-à-Simon (ici). ll est né le 17 avril 1845 à Saint-Stanislas-de-la-Rivière-des-Envies dans la comté de Champlain. Il était le fils de Pierre Ayotte dit Simon, cultivateur, et de Marguerite Lapointe dit Tousignant.

Pierre-Léon avait une phobie : il avait en horreur le port des pantalons. Il portait toujours une sorte de jaquette boutonnée sur le devant comme un paletot qui tombait sur ses jambes. Quand on lui mettait un pantalon ou une culotte, il allait se cacher pour les déchirer. Il avait aussi la manie de cacher des objets.

Sa maladie mentale était peut-être due à une forte fièvre qu'il avait eue enfant et qui lui aurait laissé une lésion au cerveau. Les habitants du village croyaient plutôt qu'il était possédé du Démon. Selon les ragots qu'ils colportaient à son endroit, son père aurait fait un pacte avec le Diable pour qu'il arrête les pleurs incessants de Pierre-Léon lorsqu'il était bébé. Certains affirmaient même avoir été témoins de manifestations surnaturelles autour de la maison des Ayotte. C'est ainsi que naquit la légende de Jaquette-à-Simon.

Pierre-Léon Ayotte a toujours vécu en marge de la société. Il a gagné sa vie comme ouvrier. Il est décédé à l'âge de 61 ans le 27 février 1907 à Sainte-Geneviève-de-Batiscan.

Je n'ai pas trouvé le mariage de ses parents. Il y avait beaucoup d'Ayotte aux XIXe siècle dans la région de la rivière Batiscan. Certains d'entre eux ont pris le surnom de Simon pour se distinguer des autres. Les Ayotte dit Simon étaient des descendants de François-Simon Ayotte et d'Élisabeth Thiffault dit Lasavane qui se sont mariés le 12 février 1747 à Sainte-Geneviève-de-Batiscan. Selon Jeanine Trépanier-Massicotte (ici page 117), ce couple compte parmi les pionniers de la paroisse de Saint-Stanislas.

La carte postale ci-après présente une photo du village de Saint-Stanislas vers 1905-1910. Elle a été prise par le photographe Pinsonneault de Trois-Rivières. Remarquez le chemin en terre, le trottoir en bois et les poteaux de téléphone plantés dans la rue.






jeudi 14 janvier 2010

Les incendies de Trois-Rivières en 1752 et 1908

La ville de Trois-Rivières a été dévastée par un gigantesque incendie en 1908. C'est la raison pour laquelle on ne trouve aujourd'hui que relativement peu d'édifices anciens dans cette ville qui est pourtant la deuxième plus vieille au Canada après Québec. La photographie ci-haut donne un aperçu des ruines de la ville après l'incendie. Elle a été prise en 1908 par le photographe J.F. Pinsonneault et a été reproduite sur une carte postale plus récente.

La ville a connu un autre incendie majeur en 1752. Des soldats de la garnison aurait allumé le feu qui a brûlé pendant 5 jours et détruit la palissade du bourg, 45 maisons et le couvent des Ursulines. Les suspects ont été soumis à la question par le supplice des brodequins mais n'ont pas été condamnés faute de preuves. Un article sur ce sujet se trouve dans le Fichier d'Accès Rapide à l'histoire de Trois-Rivières ici. Le supplice des brodequins consistait à enfoncer des coins dans les genoux du supplicié à grands coups de maillet. Si l'accusé subissait la torture sans rien avouer, il était déclaré innocent et remis en liberté (voir le Dictionnaire historique et anecdotique des bourreaux ici).