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mardi 29 avril 2014

Joson et Josette au micro

J'ai trouvé ce carnet de chansons de l'émission Le voyage autour du monde de Joson et Josette chez un brocanteur. 


Publié vers 1936, le livret de 64 pages était commandité par La Compagnie B. Houde Ltée de Québec qui vendait le tabac à cigarette Lasalle et le tabac à pipe Alouette, dont le slogan était : 



Le voyage autour du monde de Joson et Josette a été diffusé de 1930 à 1936 sur les ondes de CKAC (Montréal), CHRC (Québec), CBJ (Chicoutimi), CKCH (Hull), CJBR (Rimouski), CHNC (New Carlisle) et CKRN (Rouyn-Noranda). C'était l'époque de la crise économique, la vraie, pas celle que les médias nous réinventent à chaque année.

Le voyage était une émission de chansons et de textes satiriques écrits par Albéric Bourgeois qui était caricaturiste au journal La Presse. Les voix de Joson et de Josette étaient celles de Fred Barry et Jeanne Maubourg.

Les textes n'étaient pas bien méchants. Les victimes de ces satires légères étaient les politiciens de l'époque : les Libéraux, les dissidents de l'Action libérale nationale, les Conservateurs, devenus Unionistes sous Maurice Duplessis, et les maires de Montréal et de Québec.

Albéric Bourgeois se moquait du projet de nationalisation de l'électricité de Philippe Hamel de l'Action libérale nationale : 



Et de la gourmandise de Maurice Duplessis :



Ce carnet est un des rares documents qui nous restent de cette ancienne émission. Biblothèque et Archives nationales du Québec conserve un fonds Albéric Bourgeois qui contient des textes dactylographiés de l'émission, mais pas d'enregistrement sonore.

jeudi 3 avril 2014

La conscription de 1917 vue de Shawinigan

La crise de la conscription de 1917 a été un des événements marquants de l'histoire du Québec. Encouragée par ses élites politiques et religieuses, la population canadienne française et catholique était massivement contre l'enrôlement obligatoire pour la défense de l'Europe. Cette crise a provoqué des émeutes dans la ville de Québec et aussi en région, notamment à Shawinigan en Mauricie où des manifestations violentes se sont produites les 4 et 5 septembre 1917.

Le Royal 22e régiment, défilant devant le Parlement d'Ottawa.

Ces événements n'ont pas été spontanés. La lecture des journaux de l'époque révèle que des groupes d'activistes parcouraient le Québec pour organiser la résistance à la conscription. Voici quatre extraits de journaux de la Mauricie qui illustrent les réactions des habitants de la ville de Shawinigan. Le premier extrait est tiré de L'Écho du Saint-Maurice de Shawinigan et les trois autres, du journal Le Bien Public de Trois-Rivières.

Le premier article nous parle d'un assemblée anti-conscription qui a été organisée le 7 juin 1917 par un groupe venu de Montréal.   
7 juin 1917 :  « Shawinigan Falls est contre la Conscription. Une assemblée enthousiaste. «Grande assemblée anti-conscription convoquée par les membres de la Ligue des Amis de la Liberté, de Montréal. » 
Deux mois plus tard, la ville est couverte d'affiches qui dénoncent la conscription de façon plutôt agressive. Des partisans de la conscription sont intimidés.
28 août 1917 : « Chutes Shawinigan. Dans la nuit de samedi à dimanche, des affiches contre la conscription ont été posées partout sur les trottoirs, sur les magasins, sur les poteaux, etc. On lisait sur ces affiches: “À bas la conscription. À bas Borden et ses Trusts. À bas les traîtres Blondin et Sévingy”. Nos bons bleus, qui continuent de professer une admiration béate pour le gouvernement, il en est même qui ont la témérité de parler en faveur de la conscription, [ils] ont reçu une attention toute spéciale de la part des poseurs d’affiches. »
Le mercredi 5 septembre, une manifestation dégénère en émeute. La boutique du bijoutier Flamand, partisan de la conscription, est saccagée.
6 septembre 1917 : « Manifestations Anticonscriptionistes. Mercredi soir, à Shawinigan Falls, des manifestations violentes ont eu lieu contre la conscription. Une foule de douze à quinze cents personnes ont paradé par les rues et ont manifesté devant la demeure de Monsieur Flamand: des discours violents ont été prononcés; les vitres de la maison ont été brisées et les meubles déménagés dans la rue. On dit même qu’un soldat a été fort malmené par la foule. »
L'été suivant c'est la chasse aux conscrits qui sont pourchassés par la police militaire :
18 juillet 1918 : « La chasse aux conscrits. Les autorités militaires ont commencé dans notre district la recherche des insoumis. Des contingents assez nombreux de soldats et de policiers sont déjà rendus aux Chutes de Shawinigan et à Grand-Mère où ils ont commencé leurs investigations. Ces jours-ci, une escouade opérait dans les environs de Ste-Anne de la Pérade, et un peu partout, on s’attend à leur visite. Certains même se demandent si l’on ira jusqu’à faire des recherches à domicile de nuit. Dans l’état d’énervement et de tension causé par la recherche des insoumis, un pareil procédé, s’il devient nécessaire, demandera infiniment de tact et de prudence, et il est à souhaiter qu’on ait recours à d’autres moyens. »

Les extraits sont tirés des Bases de données en histoire de la Mauricie.

vendredi 14 mars 2014

La noyade de John Head d'après Napoléon Caron

Nous avons vu dans un article précédent que John Walker, le fils du gouverneur général du Canada, lord Edmund Walker Head, s'est noyé dans la rivière Saint-Maurice, près des chutes de Grand-Mère, en septembre 1859.

Le rocher de la Grand-Mère au milieu de la chute vers 1900.

Dans son récit intitulé Deux voyages sur le Saint-Maurice, publié en 1889, Napoléon Caron raconte les circonstances de cet accident. Précisons que Caron n'a pas assisté aux événements. Il s'est inspiré de ce qu'en disaient les gens du coin trente ans plus tard. On sent bien en lisant sa description que l'auteur n'appréciait pas Lord Head et cherchait à le ridiculiser. Voici donc un extrait du récit de Napoléon Caron :
« Sir Edmund Head, qui gouverna les provinces unies du Canada depuis 1854 jusqu'en 1860, avait voulu se donner le plaisir délicat d'un voyage sur le Saint-Maurice. Il partit donc de Trois-Rivières en grand équipage et s'avança d'un poste à l'autre au milieu d'une société brillante et de démonstrations extraordinaires. En face de la chute de Shawinigan, dans un endroit qu'on avait défriché tout exprès, il prit un repas qui est demeuré célèbre sur le bord du Saint-Maurice. Il se rendit ensuite à la Grand-Mère, et là il vit les nageurs les plus habiles faire de grande prouesses pour le récréer er récréer aussi les gens de sa suite. Le gouverneur prenait un grand plaisir à ces jeux, et il exprima le désir de voir son propre fils y prendre part. Le jeune homme ne se fit pas prier : il se jeta à la nage et parut de force à lutter avec les plus habiles. Il disparut bientôt sous les flots mais on crut qu'il voulait montrer ses habilité de plongeur. On attend, on regarde ; le jeune homme ne parait pas. Enfin, il est évident qu'un malheur est arrivé. Quelle stupeur ! quelle désolation !
Un sauvage toucha le corps du pauvre noyé avec une perche, et M. Toussaint Bellemare alla le chercher au fond de l'eau et le traîna au rivage.
Si ce jeune homme eut appartenu aux rudes habitants du Saint-Maurice, ils l'eussent roulé sans respect et sans miséricorde, pour lui faire vomis l'eau qu'il avaient bue et peut-être fut-il revenu à la vie. Mais c'était le fils du gouverneur : il fut déposé douillettement sur de molles couvertures de laine et il resta plongé dans la mort, car les larmes de son père ne pouvaient le ressusciter.
Sir Edmund Head s'en retourna, dans un grand deuil, avec la dépouille inanimée de son fils. Les scènes joyeuses ont souvent un funeste lendemain.
Il sembla garder rancune au Canada de ce malheur terrible et il quitta notre pays si hospitalier sans aucune espèce de regret.
De leur côté, les Canadiens-français n'ont gardé de ce gouverneur qu'un souvenir désagréable : ils ont compati à sa douleur de père, mais ils n'ont jamais pardonné au représentant de leur souveraine de leur avoir appliqué le titre infamant de race inférieure. Il y a des écarts de langage que le représentant d'un grand pays comme l'Angleterre ne peut se permettre impunément.
»
En marge de son récit, Caron a ajouté les précisions suivantes :
« L'accident survint le 24 septembre 1859. Le gouverneur général avait accepté l'invitation du maire de Trois-Rivières, Joseph-Édouard Turcotte. Le jeune homme, John Head, avait 19 ans. »

Merci à André Hamel qui m'a signalé ce passage de Deux voyages sur le Saint-Maurice.

samedi 7 décembre 2013

Euphrosine Caron, supérieure du couvent

En feuilletant les annales des Ursuline de Trois-Rivières, j'ai trouvé des informations sur Euphrosine Caron qui était une arrière-arrière-grande tante de ma conjointe. Elle a été supérieure du couvent sous le nom de Mère Saint-Michel.

La supérieure du couvent des Ursulines était un personnage important à Trois-Rivières. Elle ne sortait presque jamais de son couvent, mais ça ne l'empêchait pas d'exercer une influence auprès de l'Évêque et des notables de la ville dont elle éduquait les filles. En plus du couvent, elle devait gérer la seigneurie de  la Rivière-du-Loup (Louiseville) qui appartenait à la communauté. Quand un personnage important visitait Trois-Rivières, on l'amenait rencontrer Mère Saint-Michel. 

L'histoire de sa famille est bien connue. Son grand-père Michel Caron (Sosa 456 de mes filles), originaire de Saint-Roch-des-Aulnaies dans le Bas-du-fleuve, est arrivé à Yamachiche en 1783 avec une bourse bien remplie. Il a acheté plusieurs terres pour les distribuer à ses fils dans ce qui est devenu le village des Caron.

À travers des considérations religieuses, l'annaliste nous raconte des détails de la vie d'Euphrosine Caron et nous dépeint des traits de sa personnalité :
  • Mère Saint-Michel en imposait. De grande taille, elle avait une personnalité autoritaire, une attitude réservée, une expression presque virile.
  • Elle a été confiée en adoption à son oncle Michel qui n'avait pas d'enfant. Ce Michel Caron a été élu député du comté de Saint-Maurice  en 1804. 
  • Je crois que l'épisode du bateau qui transportait son grand-père acadien est une légende. 

Voici ce qu'écrivait l'annaliste des Ursulines de Trois-Rivières :
« Sous la date de 1830, notre annaliste écrivait : Les mères anciennes, ces vives lumières qui, depuis plus d'un demi-siècle, éclairaient et guidaient leurs enfants adoptives dans les voies de la perfection, se retirent de la lice : les années et l'épuisement commandent cette retraite. Le ciel réclame aussi sa moisson. Que de places vacantes ! Et l'on se demande si ces bonnes mères seront jamais remplacées.  Qu'est-ce que le ciel nous réserve ? Il est vrai que le sacrifice est la grande école du cloître. Les calculs de la sagesse humaine y sont confondus. Plus qu'ailleurs peut-être, les succès et les consolations sont d'autant plus providentiels qu'ils sont moins entrevus. Après quatre-vingts ans, nous pouvons répondre à cette voix d'outre-tombe. Dieu, dans la douceur et le secret de sa Providence, préparait des sujets d'élite qui ont conservé et transmis intact l'esprit de l'Institut. En 1813, une jeune personne grande, svelte, au teint animé, causant avec une grâce calme et tranquille, mais laissant paraître, dans toute sa personne, quelque chose d'énergique qui lui donnait une expression presque virile, se présentait au parloir de notre monastère. Elle semblait être attendue. A la question : — Pourquoi, mon enfant, n'êtes-vous pas venue plus tôt ? elle répondit simplement : — C'était l'époque des semences, j'avais ma part de travail que je n'ai voulu céder à personne. — Très bien, désormais vous cultiverez les âmes. Celle qui échangeait ainsi le travail des champs pour la vigne du Seigneur, se nommait Euphrosine. Elle avait vingt ans. Son père descendait de Robert Caron, premier du nom dans le pays, héritier de vertus mâles et généreuses pratiquées jadis dans la douce France. Il les transmit à sa nombreuse postérité. Le sanctuaire et les communautés religieuses prélevèrent à l'envi, dans cette famille patriarcale, des sujets d'élite. La jeune postulante racontait que son grand père, Michel Caron, demeurant à St-Roch de Québec, s'apercevant vers 1783, que l'espace lui manquerait, en cet endroit, pour y établir ses dix fils, vint demander un jour à Madame Wilkinson, seigneuresse d'Yamachiche, de lui vendre cent arpents de terre. L'affaire conclue, un sac d'argent à la main, il paya un premier versement qui fut bientôt suivi de plusieurs autres. Le village des Caron était fondé. Augustin, père de notre novice, voyait quinze enfants s'asseoir au foyer familial. Son frère et son voisin, Michel, n'avait pas de famille. Il adopta sa nièce Euphrosine et en fit son héritière. Monsieur Michel Caron était alors membre de l'assemblée législative. Par conséquent, nombreuses étaient  les visites dans cette maison hospitalière et l'on s'accorde à dire que, pour recevoir les hôtes, la jeune nièce secondait admirablement sa bonne tante. Madame Caron était acadienne. Son père, Charles Trahan, faisait partie du groupe hardi qui, à l'époque de la déportation, fit prisonnier le capitaine du navire, à bord duquel on avait entassé de nombreuses victimes, désarma l'équipage et mit ensuite le cap sur Québec, sous la conduite de l'un des leurs. Arrivés sur nos plages, ces frères établirent à Yamachiche une nouvelle « Acadie.» C'est dans ce milieu d'héroïsme et de vertu que l'adolescente avait grandi et mûri pour le cloître. Quel était le charme secret qui avait ravi cette jeune fille à une famille dont elle était aimée et à une société dont elle était l'ornement ? Était- ce une prédication de l'abbé de Calonne ? Était-ce une invitation indirecte de M. l'Ecuyer, son curé, fidèle ami des Ursulines ? Ce qui est certain, c'est qu'à ces causes peut-être réunies, il faut joindre l'appel secret de Jésus qui dit : « Viens, mon enfant, j'établirai ta demeure près de mon sanctuaire. » Et la fidèle amante du Sauveur avait répondu : « Me voici, je viens, bon Maître. » L'abbé de Calonne était là pour accélérer, dans la voie des parfaits, l'âme généreuse qui entrait dans les sentiers de la vie intérieure. Elle y marcha à pas de géants. En 1829, nous la trouvons Supérieure du monastère. Son gouvernement est ferme, sa manière d'apprécier les personnes et les événement», prudente et éclairée. Mgr Signay lui imprime une direction forte. Il s'agit de changer le cours d'étude, de bâtir un pensionnat, de maintenir des droits de propriété. Tout se fera. La Mère S. Michel traite auparavant ses intérêts avec Jésus, dans le cœur à cœur de la prière. Pour ses exercices de piété, elle est d'une rigoureuse exactitude, la psalmodie de l'office divin enflamme son zèle : elle ne peut tolérer qu'on baisse la note ou que l'on précipite la récitation. Elle relève une antienne donnée sur un ton trop faible On l'entendait dire : « Ne soyez pas religieuse de chœur sans cœur. » Sa fermeté n'excluait pas, à l'occasion, les paroles maternelles et les soins bienveillants. Dieu lui avait largement départi le don d'éclairer, de consoler et d'encourager les personnes qui se confiaient à elle. Vivre de règle fut sa grande maxime. Mgr Caron, son cousin, a raconté qu'étant jeune prêtre, il était venu lui faire une visite au parloir. Il la voyait pour la première fois. L'entretien, après avoir touché les affaires de famille, était devenu tout personnel. La bonne mère paraissait y mettre un intérêt réel, ce qui ne l'empêcha pas à un moment donné de prier son visiteur de vouloir bien l'excuser. « L'heure du parloir déterminée par nos saintes règles, dit-elle, est écoulée, je ne puis prolonger ma visite, sans prévenir la Mère Assistante. » Cette fidélité à la règle qui avait alimenté la ferveur de la jeune novice, qui avait nourri sa vie religieuse, faisait désormais la consolation de la Supérieure et l'édification de toutes les personnes qui venaient en relation avec elle. Ce qui brillait surtout en cette bonne mère, dit l'annaliste, était son esprit de droiture et de candeur qui la rendait ennemie déclarée de toute apparence de dissimulation et de duplicité. Mettant tout en usage pour faire régner la plus sincère charité entre toutes ses sœurs, elle voulait en même temps cette sage réserve, que commandent la prudence et la discrétion, dans toutes les situations et tous les âges de la vie, ce tact qui donne le bon ton et l'à-propos dans la conversation et qui en fait le meilleur assaisonnement. » (Annales des Ursulines de Trois-Rivières, tome 3).

mardi 3 décembre 2013

Joseph Carbonneau (2) : Sindic de la Batire de cette Église

Syndic : personne chargée de gérer les affaires et de défendre les intérêts d'une communauté.

« Ancien Sindic de la Batire de cette Église », c'est ainsi que le curé de Yamachiche,Thomas Kimber, désignait Joseph Carbonneau dans l'acte de sépulture de sa troisième femme Marie-Christine Biron, le 24 novembre 1797.


En tant que syndic des habitants de la Petite Rivière Yamachiche, Joseph Carbonneau (Sosa 922) a pris une part active à la Grande Chicane des années 1780 au sujet de l'emplacement de la nouvelle église de la paroisse. Après treize années de lutte, son projet d'une église au centre du village actuel s'est enfin concrétisé.

Une église pour deux rivières

Le territoire de Yamachiche est irrigué par deux rivières qui portent le même nom : la Grande et la Petite Rivière Yamachiche. On les surnommait autrefois le Grand et le Petit Machiche.

Les premières concessions de terres ont été accordées le long de ces deux voies de navigation, en commençant par la Grand Rivière. Au début, les habitants de ce lieu étaient donc majoritaires dans la paroisse mais, au fil des ans, la population s'est accrue davantage le long de la Petite Rivière.

La première église en pierre a été construite en 1724 dans un lieu nommé le Canton ou le Côteau, à la Grande Rivière. Le 19 mars 1780, fête de Saint-Joseph, cette église du Canton a été frappée par la foudre et l'incendie qui s'est déclaré l'a rapidement consumée. Il n'était pas question de reconstruire sur le même emplacement, à cause des inondations qui menaçaient à chaque printemps, après la fonte des neiges. 

Sous l'influence du seigneur Duchesne et du curé Bertrand, et malgré l'opposition des habitants du Petit Machiche, un autre terrain a été choisi à la Grande Rivière, sur lequel on construisit d'abord un presbytère, mais le sol ne pouvait pas supporter le poids d'une église. La construction sur pilotis, seule solution possible, aurait occasionné des dépenses excessives et il fallut donc chercher un autre endroit pour l'église. Le curé Bertrand s'est installé dans son nouveau presbytère de la Grande Rivière, mais il n'avait pas encore d'église pour dire sa messe.

La Grande Chicane

Après cet échec, il devint impossible de trouver un consensus quelconque. Majoritaires, les habitants de la Petite Rivière refusaient obstinément de se plier aux décisions de l'Évêché d'abord favorable à la Grande Rivière. Chacun demeurant sur ses positions, deux églises ont été mises en chantier par les habitants des deux communautés.

Dans ses Notes sur Yamachiche, publiées dans Le Foyer Domestique en 1877, l'abbé Napoléon Caron a décrit l'atmosphère qui régnait à Yamachiche pendant la Grande Chicane des années 1780. J'en cite un passage :
« La division qui existait entre les habitants se faisait sentir partout. Il y avait comme deux paroisses biens séparées, les jeunes gens d'une section ne fréquentaient pas ceux de l'autre ; on ne se mariait qu'entre gens du même parti, et les choses demeurèrent ainsi pendant plusieurs années. Deux églises s'élevaient en même temps à quelques arpents de distance ; les cultivateurs s'en allaient paisiblement chercher de la pierre à la vieille église du Côteau, il se parlaient amicalement, s'entraidaient même pour charger les plus grosses pierres, puis chaque voiture prenait sa direction, l'une portant la pierre à l'église du Grand Machiche, et l'autre dans la direction opposée. »

Le rôle de Joseph Carbonneau

Au premier rang de la chicane, se tenaient les syndics des deux partis. Le 26 février 1781, les habitants de la Petite Rivière ont choisi Joseph Carbonneau et son beau-frère Charles Lesieur-Desaulniers, tandis que ceux de la Grande Rivière ont élu François Lavergne et Jacques Drapeau le 7 juillet de la même année.

Joseph Carbonneau était le meneur du Petit Machiche. Il a poursuivi la lutte pendant treize années pour exécuter le mandat qui lui avait été confié et construire son église. Lui et le marguillier Charles Lacerte ont donné les terrains sur lesquels les habitants de la Petite Rivière ont entrepris la construction. Avec l'appui du notaire Leroi, Carbonneau a eu recours aux autorités civiles pour renverser les décisions du clergé en faveur de la Grande Rivière.

Un premier jugement favorable à la Petite Rivière a été rendu par le Conseil législatif de Québec, le 5 mars 1785, mais les travaux continuèrent quand même à la Grande-Rivière. Un deuxième sentence du Conseil, datée 5 novembre 1787, ordonnait aux habitants de la Grande Rivière de se soumettre. Ces derniers ont été forcés de démolir leur propre bâtiment et le curé Bertrand qui les appuyait a été rappelé par le diocèse de Trois-Rivières. La nouvelle église de la Petite Rivière, qui incidemment était située au coeur du village actuel, a été terminée en 1794.

Quatre sépultures

Joseph Carbonneau s'est mariée trois fois. Ses deux premières épouses ont été enterrées dans le cimetière de l'ancienne église du Canton à la Grande Rivière, tandis que sa troisième femme, décédée de « mort subite » en 1797, a été inhumée à l'intérieur de son église du Petit Machiche. Carbonneau est allé l'y rejoindre « du côté de l'épitre près du ban d'oeuvre » le 17 septembre 1808.

jeudi 2 mai 2013

Deux cousins patriotes

Des cousins Kimber, tous les deux médecins et chefs du parti patriote, l'un à Trois-Rivières et l'autre à Chambly, ont adopté des positions diamétralement opposées pendant la révolte de 1837.

On oublie souvent de préciser que si l'insurrection à touché certains comtés de l'Ouest, le Richelieu principalement, elle ne s'est pas étendue au reste du Québec. Dans la plupart des districts, les membres du parti patriote ont refusé de prendre les armes. Le tome quatrième des Annales des Ursulines de Trois-Rivières, publié en 1911, nous offre un témoignage à ce sujet :
« Nous arrivons aux événements si graves de 1837 ; mais les agitations politiques s'arrêtent sur le seuil du cloître. L'annaliste n'en dit rien. D'ailleurs, on était modéré aux Trois-Rivières. Le Dr Kimber, homme prudent et éclairé, qui fut le chef des patriotes du district, en ces jours néfastes, ne voulait combattre que sur le terrain constitutionnel. » (page 11).
Les Kimber descendent de Joseph-Antoine Ickembert, un jardiner d'origine allemande, soldat des troupes de la marine, arrivé en Nouvelle-France vers 1750. Il a eu deux petits-fils médecins et patriotes : René-Joseph à Trois-Rivières et Timothée à Chambly. 

René-Joseph (1786-1843) était un chef patriote modéré qui s'est opposé à l'usage des armes. Il a été médecin des Ursulines, capitaine de milice et député de Trois-Rivières. Le site de l'Assemblée nationale présente une courte biographie de ce parlementaire.

Son cousin Timothée, un patriote radical, a pris part à la bataille de Saint-Denis et s'est ensuite enfui aux États-Unis où il a été arrêté. Il rêvait de prendre Montréal à la tête d'une armée de 50 000 hommes avant de marcher sur Québec. Il est entré dans le Dictionnaire biographique du Canada.

On peut imaginer l'ambiance qui régnait chez les Kimber lors des réunions de famille.







Ickembert, Jos.-Antoine

Allard, Geneviève

27 août 1753 Beauport



Kimber, Joseph
Kimber, René
Dabin, Josephte
Robitaille, Josette
27 juin 1780 Québec
19 mai 1785 Québec



Kimber, Timothée
Kimber, René-Joseph
Boileau, Émilie
Berthelot, Appoline
12 nov. 1822 Chambly
29 octobre 1811 Montréal






mercredi 17 avril 2013

Messages du Maréchal Pétain

Maréchal Pétain, Messages, L'Oeuvre des tracts, no 259,  Imprimerie du Messager, Montréal, janvier 1941.

Est-ce que le clergé catholique appuyait le gouvernement de Vichy pendant la deuxième guerre mondiale ? On pourrait le croire en lisant cet opuscule publié à Montréal par L'oeuvre des tracts.

L'Oeuvre des tracts était un éditeur catholique montréalais contrôlé par les Jésuites. Elle a publié en janvier 1941 une brochure regroupant les principaux discours du Maréchal Pétain. Ces discours sont livrés sans commentaires, sinon une préface signée par l'Évêque de Lyon. 

Doit-on en conclure que l'Église catholique canadienne sympathisait avec le  fascisme ? Je crois plutôt que c'est la peur du communisme, ennemi juré de l'Église, qui a motivé cette publication. La propagande anticommuniste était la raison d'être de L'oeuvre des tracts (voir Le Bolchévisme nous menace sur ce blog).

Le vieux Maréchal appartenait à la vieille droite catholique française. Il avait mis en place un régime autoritaire et collaborait avec l'Allemagne pour, disait-il, assurer la survie de la « France éternelle ». Il croyait au caractère définitif de la victoire allemande.

La France était alors divisée en deux parties : Paris et le Nord occupés par les Allemands et la France dite « libre », au sud, dirigée par le gouvernement du Maréchal Pétain. Les Communistes français dominaient la résistance, tandis que De Gaulle s'était réfugié à Londres. Pour le clergé, l'alternative au gouvernement de Vichy était la prise du pouvoir par les Communistes.

L'oeuvre des tracts était une brochure mensuelle à caractère religieux publiée par l'École sociale populaire, une société de propagandistes sociaux dirigée par les Jésuites.

mardi 26 mars 2013

Des felquistes au Lac Martel

En 1964, François Schirm, surnommé le Général, dirigeait l'Armée révolutionnaire du Québec (ARQ), le bras armé du Front de libération du Québec (FLQ). En juillet, il a ouvert un camp d'entraînement du FLQ en forêt à Saint-Boniface-de-Shawinigan. Cet ancien militaire français, né en Hongrie, voulait développer la guérilla au Québec. Son armée comptait une douzaine de personnes. 

Le camp du FLQ était situé dans une cabane sur le bord du Lac Martel, au bout du Quatrième rang de Saint-Boniface. C'est le genre de lac peu profond où les orignaux vont se baigner. Il est entouré de montagnes. À l'époque, c'était un endroit très isolé ; il fallait marcher une vingtaine de minutes en forêt pour s'y rendre et descendre une pente abrubte qui menait au lac. Vers 1975, on apercevait encore les ruines de la cabane, notamment des sommiers de lits en métal, sur un promontoire. 

Vue aérienne du Lac Martel

Le 29 août 1964, cinq des membres du groupe ont pris part à un vol d'armes à l'armurerie de l'International Firearms Co de la rue Bleury à Montréal. L'opération a tourné au désastre. Des policiers qui patrouillaient le secteur les ont surpris pendant qu'ils chargeaient les armes dans un véhicule. Deux employés du magasin ont été tués au cours de la fusillade :  le gérant Leslie D. MacWilliams et le commis Alfred Pinisch. Selon les témoignages, le gérant aurait été tué par un jeune homme armé d'une carabine M-1, tandis que le commis aurait été tué par un policier qui l'a pris pour un des voleurs.  Le Général François Schirm, a été blessé d'une balle à une jambe.

Les cinq voleurs étaient François Schirm (32 ans), Gilles Brunet (28 ans), Cyriaque Delisle (26 ans), Marcel Tardif (22 ans) et Edmond Guénette (20 ans), tous de la région de Montréal. Les quatre premiers ont été arrêtés sur le champ, mais le jeune Guénette a réussi à s'enfuir. Une chasse à l'homme a été déclenchée par les différents corps de police pour le retrouver.

Sa cavale aura duré quelques jours seulement. Selon le Shawinigan Standard du 9 septembre 1964, Guénette et huit compagnons ont été arrêtés au Lac Martel par le détachement de Shawinigan de la Sûreté du Québec. Cette arrestation aurait eu lieu le mardi précédant la parution du journal, soit le premier septembre 1964. Une escouade formée de 15 agents de la Police de Montréal, de la Sûreté du Québec et de la Gendarmerie royale du Canada a ensuite effectué des perquisitions dans la région de Shawinigan.

Pourquoi se cachaient-ils à Saint-Boniface, à deux heures de route de Montréal où avaient lieu les attentats ?  Il fallait bien connaître les lieux pour trouver la cachette du Lac Martel. Je suppose qu'un ou plusieurs des membres du groupe étaient du coin. À ma connaissance, les identités de ces huit personnes n'ont pas été mentionnées dans les journaux. Selon le Shawinigan Standard, certains d'entre eux avaient des cartes périmées du Rassemblement pour l'Indépendance Nationale (RIN).

Dans  FLQ. Histoire d'un mouvement clandestin, publié en 1982, Louis Fournier nomme « six campeurs » qui ont été arrêtés au Lac Martel en même temps que Guénette, soit deux travailleurs, Jean-Guy Lefevre (25 ans) et Marc-André Parisé du Saguenay (20 ans), de même que quatre étudiants de Montréal : Claude Nadeau, Yvon Hussereau, Bernard Mataigne et Louis-Philippe Aubert.  Certains d'entre eux étaient des récidivistes. Accusés de conspiration pour commettre un vol, les six ont été libérés, faute de preuve, en janvier 1965. Il semble bien que les deux autres personnes, qui, selon le Shawinigan Standard, ont été arrêtées avec Guénette, n'ont pas été traduite en justice.

Selon Fournier, l'emplacement du camp aurait été révélé par Marcel Tardif, un des quatre felquistes arrêtés à Montréal. De toute façon, ce n'était qu'une question de temps avant que la police ne trouve leur repère. La cachette était bonne, mais leur plan avait une faille majeure : il fallait se rendre au village ou à Shawinigan pour s'approvisionner. Les gens du coin, qui sont très curieux de nature, les voyaient circuler et les auraient tôt ou tard dénoncés à la police. On m'a d'ailleurs raconté que des felquistes faisaient du pouce pour se rendre en ville, un bon moyen de se faire remarquer.

François Schirm et Edmond Guénette ont été condamnés à mort pour les meurtres des deux employés. Leur peine a ensuite été commuée en prison à vie. Guénette a finalement été libéré en 1975 et Schirm, en 1978. La photo suivante montre un groupe de felquistes au pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines en 1975. On aperçoit au premier plan,  Paul Rose à gauche et François Schirm à droite. Le chauve de la deuxième rangée est Edmond Guénette, le jeune homme au fusil M-1 qui aurait tué le gérant de l'armurerie.

Source :Louis Fournier, F.L.Q. Histoire d'un mouvement clandestin. (1982)

Selon Fournier, le camp de Saint-Boniface était approvisionné par une cellule de financement du FLQ qui faisait des hold-up. Trois frères de l'Est de Montréal (Gaston, Serge et Christian Savard) ont été arrêtés pour ce motif.




lundi 25 mars 2013

De choses et d'autres (5)

« À partir du 7 mars 1965, les messes ont cessé d'être dites en latin. Ce changement, décidé lors du concile Vatican II, précède de peu la désertion des églises par les Québécois. Au même moment, l'Église catholique abandonne le sermon du curé et favorise une décoration plus sobre dans les lieux de culte. » (Radio-canada.ca, 7 mars 2013).

La magie du sacré disparaissait. Les fidèles, pas si fidèles après tout, aimaient mieux obéir sans comprendre ce que disait le prêtre. On trouve un clip d'une messe en latin sur le site web de Radio-Canada.

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L'oiseau de Corine, un minuscule Toui Catherine, est mort. Sa mère s'est assise dessus. Ça ne s'invente pas.

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J'ai ajouté un autre cas, celui de Michel Thibault (c1629-1715), à l'article De faux centenaires publié le 14 octobre 2012.

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J'ai ajouté des informations sur le chauffeur de la remorque dans l'article Le déraillement de Yamachiche, publié le 7 mars 2013.

lundi 22 octobre 2012

Le Bolchévisme nous menace

Mgr S.G. Gauthier, Archevêque coadjuteur de Montréal, Le Communisme au Canada, L'Oeuvre des tracts, no 140, L'Action paroissiale, Montréal, 1931, 16 pages.

L'Église catholique avait peur du communisme qui a presque détruit l'Église orthodoxe de Russie. Une brochure mensuelle de l'Oeuvre des tracts de Montréal a été consacrée à ce mouvement pour mettre en garde la population contre ses méfaits.

Nous sommes en 1931, douze ans après la révolution d'octobre en Russie. Le parti communiste du Canada a été fondé à Toronto en 1922. Au début, c'était un parti d'anglophones de l'Ontario, mais il vient d'ouvrir des bureaux à Montréal sur les rues Nicolet,  Rachel et Fairmont. « Les discours qu'on y débite ne sont que des diatribes contre la religion. » Pire encore, un cercle pour enfants a été ouvert en plein quartier Hochelaga pour endoctriner les petits. Les Jeunesses communistes essaient maintenant de supplanter les scouts et les guides.



L'Église veut éviter que cette doctrine ne se répande parmi ses fidèles. Elle exagère un peu la menace : « Combien y a-t-il de communistes de langue française à Montréal ? Il est difficile de donner des chiffres exacts. Mais les nombreuses formules d'apostasie que les autorités religieuses ont reçues depuis quelques mois indiquent qu'un travail constant et méthodique se fait dans notre classe ouvrière. Inutile d'ajouter que les autres milieux de la ville, anglais et surtout cosmopolites, sont encore plus contaminés par ces doctrines subversives. »

« Ce que le Communisme a donné en Russie ?
  1. Une population affamée
  2. Un prolétariat asservi
  3. Une paix pire que la guerre. »
L'archevêque souhaite donc combattre activement le communisme par une activité de propagande : « Le dessin qui orne la couverture de cette brochure sera tiré en affiches de grand format. Il faut la répandre dans les usines, les tavernes, les chantiers, etc. »




Voir aussi sur ce blog un article portant sur le numéro 120 de l'Oeuvre des tracts sur les moniales carmélites : Contemplation et fiscalité.

dimanche 8 avril 2012

Jean-Baptiste Boucher mauvais perdant

Jean-Baptiste Boucher, un métis qui a été Grand chef des Algonquins Tête-de-Boule du Haut-Saint-Maurice, est en passe de devenir une vedette sur ce blog (voir Deux portraits de Jean-Baptiste Boucher et Famine sur le Saint-Maurice). On parlait souvent de lui à la fin du XIXe siècle et pas toujours en bien. Voici un extrait de la préface de Deux voyages sur le Saint-Maurice de l'abbé Napoléon Caron où il est question de sa défaite à l'élection du Kitchi okima (Grand chef) en 1887 :

Jean Baribeau, dans Les missions sauvages du Haut-Saint-Maurice au XIXe siècle, raconte l'élection du Kitchi okima le dimanche 10 juillet 1887. S'affrontent Jean-Baptiste Boucher, le chef sortant, Joseph Rocheleau et Charles Rikatadi, tous deux de Manouane. Rikatadi l'emporte. Boucher a le commentaire suivant : « il serait mieux de payer ses dettes plutôt que de chercher des honneurs.  »

mardi 14 juin 2011

Le battement d'ailes d'un papillon

Does the Flap of a Butterfly's Wings in Brazil Set off a Tornado in Texas?  Est-ce que le battement d'ailes d'un papillon au Brésil déclenche une tornade au Texas ? (Edward Lorenz, 1972).

Une anecdote qui est tirée de la biographie de Joseph-Adolphe Chapleau. Je la raconte de mémoire. Un jour, la seigneuresse de Masson, devenue veuve, a offert au curé de payer les études des deux enfants les plus talentueux de la paroisse. Le curé lui a présenté ses deux meilleurs élèves : Louis Riel, qui deviendra plus tard le chef de la Rébellion des Métis de l'Ouest du Canada, et Adolphe Chapleau, futur premier ministre conservateur du Bas-Canada.

Monument de Riel au Manitoba
Les deux hommes étaient brillants mais ils n'ont pas fait l'unanimité. À la fin de sa vie, Louis Riel souffrait de troubles mentaux, il se prenait pour un messie, tandis que Chapleau s'est attiré la colère du clergé et des milieux nationalistes parce qu'il a refusé d'intercéder auprès du gouvernement fédéral pour sauver Riel de la pendaison. La politique les aura donc réunis d'une certaine façon.
 
Louis Riel n'a pas encore été officiellement réhabilité même s'il est généralement considéré comme le Père fondateur du Manitoba. Il a d'ailleurs sa statue devant le parlement de cette province.

Sans le battement d'ailes de la seigneuresse de Masson, l'histoire aurait été différente : Riel serait probablement devenu cultivateur et Chapleau aurait exercé le métier de maçon comme son père.

La morale : on n'investit jamais trop en éducation, même si cela peut causer une rébellion de temps en temps.


mardi 3 mai 2011

Que des conservateurs

À l'élection provinciale du premier mai 1878 dans Maskinongé, les trois candidats en lice étaient des conservateurs. Aucun candidat du Parti Libéral ne s'était présenté. Édouard Caron l'avait  emporté sur les deux autres conservateurs Alfred Baron-Lafrenière et Moïse Houde. Le parti était alors dirigé par l'avocat Joseph-Adolphe Chapleau, grand orateur et ami du curé Labelle.

Joseph-Adolphe Chapleau (1840-1898)

C'était la deuxième élection consécutive où le Parti Conservateur du Québec (PCQ), l'ancêtre de l'Union Nationale, n'avait pas d'adversaire libéral dans Maskinongé. Trois ans plus tôt, le 5 juillet 1875, Moïse Houde l'avait emporté sur un autre conservateur, Alexis Lesieur-Desaulniers.

Les résultats des élections générales provinciales depuis la Confédération sont disponibles sur le site QuébecPolitique.com

Voir aussi Une poursuite futile ? sur ce blog.

dimanche 1 mai 2011

Une poursuite futile ?

Un article paru dans Le Journal des Trois-Rivières du 20 septembre 1883 :

" Monsieur Fred Houde, député du comté de Maskinongé à la Chambre des communes, vient d’avoir gain de cause dans la poursuite que lui avait intentée Monsieur E. Ringuet, de cette ville, lequel accusait Monsieur Houde d’avoir offert mille piastres à Monsieur Isaïe Marchand de Maskinongé, lors des élections locales de 1881, pour induire ce dernier à retirer sa candidature. La cause a été plaidée devant Son Honneur le juge Bourgeois, qui a débouté l’action en condamnant le demandeur à payer tous les frais. Monsieur Nérée L. Duplessis était l’avocat de Monsieur Houde, et Messieurs Turcotte et Paquin étaient les avocats de Monsieur Ringuet. "
Voici quelques renseignements sur les personnages qui ont été impliqués dans ce procès :

Frédéric Houde (1847-1884)

Frédéric Houde (1847-1884) est né à Louiseville dans le comté de Maskinongé. Il a été journaliste et propriétaire de journaux au Québec et en Nouvelle-Angleterre. Fervent catholique et ultramontain, il a été élu député nationaliste-conservateur dans la circonscription fédérale de Maskinongé en 1878 et en 1882. L'étiquette nationaliste-conservateur a été utilisée entre 1878 et 1911 par certains députés conservateurs québécois qui voulaient se distancier de l'impérialisme britannique prôné par ce parti. Frédéric Houde est aussi l'auteur d'un roman : "Le Manoir Mystérieux ou Les Victimes de l'ambition" qui met en scène l'intendant Hocquart. Il est mort de la tuberculose à l'âge de 37 ans (voir le Dictionnaire biographique du Canada).

Nérée L-Duplessis (1855-1926)

Nérée LeNoblet Duplessis (1855-1926) est né à Yamachiche dans le comté de Saint-Maurice. Il était le père du premier ministre Maurice Duplessis. Avocat puis juge, il a été député conservateur de Saint-Maurice à l'Assemblée nationale de 1886 à 1900 et maire de Trois-Rivières en 1904-1905.

Isaïe Marchand (1826-1903) a été maire de Maskinongé. Il s'est présenté comme candidat indépendant à l'élection provinciale du 2 décembre 1881 et avait alors recueilli 28 % du vote, loin derrière le député conservateur Édouard Caron qui en était à son deuxième mandat (voir ici). Marchand a été le leader du schisme de Maskinongé en 1892 (voir Le schisme de Maskinongé sur ce blog).

Jean-Baptiste Bourgeois (1835-1902) né à Saint-Dominique en Montérégie, a été juge du district de Trois-Rivières de 1880 à 1900. Il est décédé à Trois-Rivières en 1902.

J'ignore qui était le nommé E. Ringuet qui a intenté la poursuite, probablement un adversaire politique de Frédéric Houde.

L'article du Journal des Trois-Rivières est tiré de "Bases de données en histoire de la Mauricie".