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samedi 21 décembre 2013

Joyeux Noël 1913 (en reprise)

Une image de Noël centenaire.

Un carte postale de Noël postée à Trois-Rivières le 25 décembre 1913. Elle est adressée à une Demoiselle Corinne D'Auteuil qui habitait sur la rue Saint-Jean dans la ville de Québec. "Je vous souhaite une joyeuse fête de Noël. La personne au verso de cette carte ressemble beaucoup à Jeanne Duplessis la plus jolie fille de Trois-Rivières dont je vous ai déjà parlé." Le message n'est pas signé.

C'est une photo coloriée prise en studio sur laquelle on a ajouté de la fausse neige. Remarquez l'inclinaison de la tête et la position de la main gauche qui sont typiques de l'expression dramatique à l'époque du cinéma muet. La tache noire sur l'épaule est due au tampon de la poste.
L'ancien premier ministre du Québec Maurice Duplessis avait une soeur prénommée Jeanne qui est née à Trois-Rivières le 15 septembre 1888. Elle avait donc 25 ans en 1913. Elle a épousé Henri Balcer, le fils d'un industriel local, le 8 janvier 1919. Maurice Duplessis habitait chez elle quand il était dans son comté à Trois-Rivières. Était-ce la Jeanne de la carte ?

(Reprise d'un article publié sur ce blog le 16 décembre 2009).

Merci à Rodrigue Leclerc de la Société de généalogie de Québec qui a identifié l'éditeur de la carte. Elle a été produite par la Neue Photographische Gesellschanft (NPG) dont le logo apparaît en bas à gauche de l'image.


mardi 23 août 2011

Duplessis jeune


Maurice Duplessis et ses soeurs vers 1896
En 1909, Maurice Duplessis, alors âgé de 19 ans, était étudiant au Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières. Il était déjà reconnu pour son talent d'orateur. En juin de cette année, on lui a demandé de prononcer le discours d'adieu à l'intention des finissants lors de la « séance de sortie » qui marquait la fin de l'année scolaire et le retour des pensionnaires dans leurs familles.

Déjà à cet âge, Duplessis affichait des opinions ultra-conservatrices typiques de l'idéologie de survivance du vieux nationalisme canadien-français, toujours sur la défensive. Il prônait la suprématie du clergé sur la société laïque et mettait ses camarades en garde contre les dangers des idées libérales. On peut lui reprocher bien des choses, mais pas d'avoir été incohérent dans sa pensée politique. Il a défendu les mêmes idées jusqu'à la fin de sa vie. Voici un extrait de ce discours du jeune Duplessis:
Certes, mesdames et messieurs, nous connaissons les dangers de l'époque actuelle, parce qu'on nous les a signalés, et ceux qui, tout-à-l'heure, seront arrivés au terme de leur carrière collégiale, en possèdent une connaissance plus complète encore : Aussi bien, pour ne pas faillir à la tâche, s'inspirant des mâles exemples et des salutaires préceptes des fondateurs, les Cooke, les Laflêche et les Richard, dont les noms chers à tous doivent réveiller dans cet auditoire de sympathiques échos, seront-ils avant tout catholiques de nom et d'action. Les succès et les honneurs ne seront jamais capables de diminuer chez eux l'ardeur à défendre les droits de l'Église et, « toujours jeunes, toujours ardents, ils passeront à côté des blasés et des indifférents comme des soldats qui vont au feu pour Dieu et la Patrie ». Aux hommes qui veulent confiner le prêtre dans la sacristie pour en faire un hibou suivant le désir de Voltaire et de Frédéric II de Prusse, ils rappelleront l'inlassable dévouement et les bienfaits inappréciables de notre clergé à l'endroit du peuple canadien-français, puis ils répondront avec Lacordaire que « le prêtre vient de Dieu qui est en tout et que rien ne lui est étranger, parce que rien n'est étranger à Dieu. »
L'extrait est tiré d'un article qui a été publié dans le journal Le Bien Public de Trois-Rivières le 29 juin 1909. On le trouve dans la collection numérique de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

dimanche 1 mai 2011

Une poursuite futile ?

Un article paru dans Le Journal des Trois-Rivières du 20 septembre 1883 :

" Monsieur Fred Houde, député du comté de Maskinongé à la Chambre des communes, vient d’avoir gain de cause dans la poursuite que lui avait intentée Monsieur E. Ringuet, de cette ville, lequel accusait Monsieur Houde d’avoir offert mille piastres à Monsieur Isaïe Marchand de Maskinongé, lors des élections locales de 1881, pour induire ce dernier à retirer sa candidature. La cause a été plaidée devant Son Honneur le juge Bourgeois, qui a débouté l’action en condamnant le demandeur à payer tous les frais. Monsieur Nérée L. Duplessis était l’avocat de Monsieur Houde, et Messieurs Turcotte et Paquin étaient les avocats de Monsieur Ringuet. "
Voici quelques renseignements sur les personnages qui ont été impliqués dans ce procès :

Frédéric Houde (1847-1884)

Frédéric Houde (1847-1884) est né à Louiseville dans le comté de Maskinongé. Il a été journaliste et propriétaire de journaux au Québec et en Nouvelle-Angleterre. Fervent catholique et ultramontain, il a été élu député nationaliste-conservateur dans la circonscription fédérale de Maskinongé en 1878 et en 1882. L'étiquette nationaliste-conservateur a été utilisée entre 1878 et 1911 par certains députés conservateurs québécois qui voulaient se distancier de l'impérialisme britannique prôné par ce parti. Frédéric Houde est aussi l'auteur d'un roman : "Le Manoir Mystérieux ou Les Victimes de l'ambition" qui met en scène l'intendant Hocquart. Il est mort de la tuberculose à l'âge de 37 ans (voir le Dictionnaire biographique du Canada).

Nérée L-Duplessis (1855-1926)

Nérée LeNoblet Duplessis (1855-1926) est né à Yamachiche dans le comté de Saint-Maurice. Il était le père du premier ministre Maurice Duplessis. Avocat puis juge, il a été député conservateur de Saint-Maurice à l'Assemblée nationale de 1886 à 1900 et maire de Trois-Rivières en 1904-1905.

Isaïe Marchand (1826-1903) a été maire de Maskinongé. Il s'est présenté comme candidat indépendant à l'élection provinciale du 2 décembre 1881 et avait alors recueilli 28 % du vote, loin derrière le député conservateur Édouard Caron qui en était à son deuxième mandat (voir ici). Marchand a été le leader du schisme de Maskinongé en 1892 (voir Le schisme de Maskinongé sur ce blog).

Jean-Baptiste Bourgeois (1835-1902) né à Saint-Dominique en Montérégie, a été juge du district de Trois-Rivières de 1880 à 1900. Il est décédé à Trois-Rivières en 1902.

J'ignore qui était le nommé E. Ringuet qui a intenté la poursuite, probablement un adversaire politique de Frédéric Houde.

L'article du Journal des Trois-Rivières est tiré de "Bases de données en histoire de la Mauricie".

lundi 31 janvier 2011

La Grande Noirceur

 

Voici la position de Maurice Duplessis sur le rôle du clergé dans le domaine de l'éducation. Ce discours a été prononcé à Sainte-Anne-de-la-Pocatière en 1959, peu de temps avant sa mort.

mercredi 16 décembre 2009

Duplessis admirait-il Hitler?

Dans ses mémoires, Léon Balcer (1917-1991), qui fut député progressiste-conservateur de Trois-Rivières de 1949 à 1965 et ministre sous Diefenbaker, raconte un échange auquel il a assisté entre Maurice Duplessis alors premier ministre du Québec et le consul d'Allemagne nouvellement nommé.

Au début des années cinquante, jeune député fédéral, je me trouvais à Québec et j'en profitai pour aller saluer le premier ministre et régler quelques petits problèmes qui intéressaient nos électeurs de Trois-Rivières. Je téléphonai à Mademoiselle Cloutier pour prendre rendez-vous. Elle m'invita à me rendre au bureau du premier ministre vers 9h45 en me disant que même si ce dernier avait un agenda bien chargé il pourrait me voir juste avant le nouveau consul d'Allemagne qui avait rendez-vous à 10 heures.

Nous réglâmes rapidement nos petites affaires et, comme Mademoiselle Cloutier entrait pour annoncer le diplomate, j'étais déjà debout prêt à prendre congé. Monsieur Duplessis me dit : "Non, non va-t-en pas, ce n'est qu'une visite de courtoisie qu'il me fait. Il vient d'arriver au pays."

Je lui répond que je ne voulais pas déranger.

Il insiste : "Non, non c'est une bonne chose que tu le rencontres. Et puis, entre toi et moi, les diplomates européens ne m'impressionnent pas outre mesure. Je suis capable de leur parler."

Ça promettait!

Je vois entrer l'Allemand. Un visage raffiné, très grand, d'une maigreur frappante, résultat de plusieurs années passées dans les prisons hitlériennes. En somme, ce démocrate, ami d'Adenauer, avait dans son visage une expression de souffrance passée qui m'inspirait le plus grand respect.

Après lui avoir serré la main, le premier ministre lui dit : "Je vous présente le député fédéral de Trois-Rivières, c'est un boche comme vous!"

Sans doute aujourd'hui le mot boche ne s'emploie plus mais pour les gens de ma génération, et surtout pour ce consul, le mot avait un lourd sens péjoratif.


Je vis dans les yeux du diplomate qu'il se demandait s'il avait bien compris. C'est alors que monsieur Duplessis commence un long monologue où il donne son interprétation de l'histoire de l'Allemagne contemporaine.
À un moment donné, il ajoute sur un ton catégorique : "Vous savez, Hitler, qu'on l'aime ou qu'on l'aime pas, était un des plus grands orateurs des temps modernes."

Je vois sur le visage du diplomate une expression d'incrédulité totale. Je suis convaincu qu'il ne pouvait comprendre que quelqu'un puisse lui dire une telle énormité.


Duplessis crut qu'il mettait en doute son affirmation et enchaîna : "Oui, oui, je sais ce dont je parle, parce que je l'ai entendu moi-même en plein milieu de l'Atlantique sur le Normandie. La radio nous transmettait un discours qu'il prononçait devant 50 000 personnes. C'était quelque chose à entendre! Extraordinaire!"


Après un moment de silence, le consul fit simplement remarquer qu'à l'endroit où il était incarcéré, il n'y avait pas de radio.


Duplessis ne fut pas plus ému et continua sur le même ton sa dissertation pour finalement terminer sur la thèse suivante : "Aujourd'hui tout le monde blâme Hitler de tous les péchés du monde, mais l'histoire devra admettre que c'est lui qui dans les années trente a sauvé l'Allemagne du communisme. Prenez-en ma parole!"

Son interlocuteur n'en revenait pas. Il était d'une pâleur extrême. Il se retira le plus tôt qu'il pu.

Monsieur Duplessis me dit alors en guise de conclusion : "Tu sais, ces Européens-là il faut leur parler. Il ne faut pas se gêner."


- Mais quand même est-ce que vous ne trouvez pas que vous avez été un peu raide au sujet d'Hitler. Cet Allemand, lui, a passé des années de sa vie en prison à cause d'Hitler.

- Il ne faut pas s'en faire. Il ne faut pas se laisser impressionner.

Pour ma part, je n'ai jamais eu aussi hâte de quitter un bureau de premier ministre.


Voir aussi : La Vierge est en prison à Boston

Joyeux Noël 1913

Un carte postale de Noël postée à Trois-Rivières le 25 décembre 1913. Elle est adressée à une Demoiselle Corinne D'Auteuil qui habitait sur la rue Saint-Jean dans la ville de Québec. "Je vous souhaite une joyeuse fête de Noël. La personne au verso de cette carte ressemble beaucoup à Jeanne Duplessis la plus jolie fille de Trois-Rivières dont je vous ai déjà parlé." Le message n'est pas signé.

C'est une photo coloriée prise en studio sur laquelle on a ajouté de la fausse neige. Remarquez l'inclinaison de la tête et la position de la main gauche qui sont typiques de l'expression dramatique à l'époque du cinéma muet. La tache noire sur l'épaule est due au tampon de la poste.

L'ancien premier ministre du Québec Maurice Duplessis avait une soeur prénommée Jeanne qui est née à Trois-Rivières le 15 septembre 1888. Elle avait donc 25 ans en 1913. Elle a épousé Henri Balcer, le fils d'un industriel local, le 8 janvier 1919. Maurice Duplessis habitait chez elle quand il était dans son comté à Trois-Rivières. Était-ce la Jeanne de la carte?