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jeudi 21 janvier 2016

Un meurtre sordide dans la vieille prison des Trois-Rivières en 1852

Un cloaque


Ceux qui ont eu l'occasion de visiter l'ancienne prison des Trois-Rivières ont pu constater l'aspect malsain des lieux. Les prisonniers étaient enfermés dans des cellules sombres et étroites, sans chauffage, l'humidité suintait sur les murs. Les latrines étaient des trous percés dans le plancher en béton qui répandaient des odeurs dans l'édifice. Ces conditions de détention extrêmes étaient normales au XIXe siècle, mais seraient jugées inhumaines aujourd'hui.

Le « trou » où étaient isolés les prisonniers récalcitrants

Des exécutions par pendaison ont eu lieu dans la cour arrière qui était surplombée par un couvent de religieuses. Le couvent était le meilleur endroit pour profiter du spectacle (voir La pendaison comme spectacle sur ce blogue).

La population carcérale



On trouve dans le recensement de 1851 une page sur la vieille prison. Il y avait alors seulement quinze personnes qui vivaient à cet endroit : le gardien, sa femme qui avait le titre de matrone, leurs cinq enfants, une couturière, une servante, deux geôliers et quatre prisonniers, soit trois hommes et une femme.

Le prisonnier Thomas Therrien âgé de 45 ans, le personnage principal de cette histoire, est né en 1806, s'est marié et a eu plusieurs enfants. Il aurait été condamné pour tentative de meurtre sur sa femme. Therrien n'a pas été recensé avec sa famille en 1852 et n'a pas assisté au mariage de sa fille en 1850. Son acte de décès n'a pas été retrouvé. Je ne l'identifierai pas davantage par délicatesse envers les descendants de cette famille. 

Tué pour un morceau de viande


Le 20 février 1852, soit quelques mois après le recensement, deux nouveaux prisonniers sont arrivés, Charles Pépin et Adolphe Beaudoin, qui avaient été condamnés à une sentence d'une semaine pour une amende impayée de 25 shillings. Ils ont eu la malchance d'être confinés dans la même cellule que Therrien. De toute évidence, le personnel de la prison ne se souciait pas beaucoup de la sécurité des prisonniers.

Le soir du 25 février, Therrien a attaqué  Pépin et Beaudoin avec une hache qu'il avait réussi à cacher dans sa paillasse. Le premier a été tué d'un coup dans le dos et le deuxième a été blessé. Dans un délire paranoïaque, Therrien aurait crû que ses codétenus, qui lui avaient offert un morceau de viande, voulaient l'empoisonner.

L'affaire a été confiée au coroner Valère Guillet de Trois-Rivières, un homme très consciencieux qui a interrogé les témoins et remis un rapport détaillé. Les circonstances de ce meurtre ont été racontées en détail, d'après le rapport du coroner, sur le blogue Historiquement logique.

À l'asile des lunatiques


Au recensement de 1871, « Thomas Therin », un francophone catholique né vers 1804 au Québec, était interné au Rockwood Lunatic Asylum à Frontenac en Ontario. Il venait du pénitencier de Kingston, surnommé l'Alcatraz du Canada, qui est situé dans la même province. C'était là qu'on enfermait les criminels les plus dangereux.


jeudi 17 avril 2014

Un meneur de l'émeute de 1917

L'émeute de la conscription à Shawinigan a duré deux jours, les mardi 4 et mercredi 5 septembre 1917. D'après les sources que j'ai consultées, la foule des émeutiers s'est attaquée aux partisans de la conscription et à leurs biens. Plusieurs commerces et résidences ont été saccagés et l'officier recruteur a dû s'enfuir de la ville pour éviter d'être lynché. Heureusement, il n'y a pas eu de morts ni de blessures graves (voir La conscription de 1917 vue de Shawinigan et Ceux qui sont pour vont mourir).

Les casseurs n'ont pas été poursuivis

Selon les témoignages, la police de Shawinigan n'est pas intervenue, la police provinciale non plus, et les casseurs n'on jamais été traduits en justice. On ne rapporte aucune poursuite au civil pour les dommages matériels subis par les victimes. Ces dernières ont peut-être eu peur des représailles. La population de Shawinigan, habituellement paisible, a voulu tourner la page sur ces incidents fâcheux le plus rapidement possible. 

Dans son rapport, l'officier recruteur van Borren a identifié deux meneurs de l'émeute : un nommé Levasseur, employé de la Shawinigan Water and Power, et un nommé Saint-Pierre. Ces deux-là sont décédés depuis longtemps.

Philippe Levasseur est devenu un notable de la ville

Selon Fabien Larochelle, dans Shawinigan depuis 75 ans publié en 1976, « Le M. Levasseur dont fait mention l'officier recruteur dans son rapport est M. Phil. Levasseur  par la suite propriétaire de l'atelier de nettoyage bien connu sur la 4e rue et qui a laissé le souvenir d'un grand ami des sports organisés dans notre ville.». 

Plus loin, Larochelle ajoute ce qui suit : « En 1938, M. Phil. Levasseur établissait son atelier de nettoyage sur la 5e rue et le déménageait peu après sur la 4e rue. Bien organisé, il est vite devenu le plus important du genre dans Shawinigan. Depuis le décès de M. Phil. Levasseur, il y a quelques années, et celui de son fils Marcel, en 1974, les fils de ce dernier continuent l'exploitation de l'entreprise. »


La quatrième rue à Shawinigan en 1962 (Source : Le Nouvelliste)

Philippe Levasseur n'avait que 18 ans lors de l'émeute de 1917. Il a ensuite épousé Yvonne Arsenault, le 2 mai 1922, dans la paroisse Saint-Bernard de Shawinigan. Il a été président du club de hockey junior Les Cataractes de Shawinigan et un membre du sélect Club Rotary. Son commerce, Nettoyeur Phil Levasseur Lteeexiste toujours au numéro 425 de la quatrième rue.

Levasseur est décédé le 23 février 1971 à Shawinigan, à l'âge de 72 ans, 3 mois et 4 jours, selon l'officiant, ce qui situe la date de sa naissance vers le 19 décembre 1898. Ses parents, Arsène Levasseur et Vitaline Bazinet, ont vécu à Saint-Maurice, près de Trois-Rivières. 

vendredi 6 décembre 2013

À Québec à pied sec

Dans ses Notes sur Yamachiche publiées dans Le Foyer domestique en 1877, l'abbé Napoléon Caron nous raconte que vers 1785, les syndics élus par les habitants se rendaient à Québec à pied pour présenter leurs requêtes au Conseil législatif :
« Il n'y avait pas alors de bateaux à vapeur pour transporter de Montréal à Québec, et comme les voyages en voiture eussent coûté bien cher, on partait à pied, un sac de vivres sur le dos, pour aller plaider à trente-cinq lieues d'Yamachiche. »
La distance de Yamachiche à Québec est de 150 kilomètres par l'ancien Chemin du Roy qui longeait le fleuve Saint-Laurent sur la rive Nord.  La vitesse de la marche est d'environ 5 km/h. En supposant que les syndics marchaient dix heures par jour, il fallait bien trois jours pour couvrir la distance entre Yamachiche et Québec. Pareil au retour. Ils étaient donc partis une bonne semaine. En considérant les obstacles, les rivières à franchir, les intempéries, on doit conclure que ces syndics étaient des hommes robustes qui devaient sentir le fauve en arrivant à Québec.

Selon Napoléon Caron, les syndics de Yamachiche étaient au nombre de quatre :
  • Joseph Carbonneau et Charles Lesieur-Desaulniers, son beau-frère, syndics de la Petite Rivière Yamachiche ;
  • François Lavergne et Jacques Drapeau, syndics de la Grande Rivière Yamachiche.
Ces deux groupes ont été au coeur d'une dispute, la Grande Chicane, qui a duré une dizaine d'années (voir Sindic de la batire de cette église).

mardi 3 décembre 2013

Joseph Carbonneau (2) : Sindic de la Batire de cette Église

Syndic : personne chargée de gérer les affaires et de défendre les intérêts d'une communauté.

« Ancien Sindic de la Batire de cette Église », c'est ainsi que le curé de Yamachiche,Thomas Kimber, désignait Joseph Carbonneau dans l'acte de sépulture de sa troisième femme Marie-Christine Biron, le 24 novembre 1797.


En tant que syndic des habitants de la Petite Rivière Yamachiche, Joseph Carbonneau (Sosa 922) a pris une part active à la Grande Chicane des années 1780 au sujet de l'emplacement de la nouvelle église de la paroisse. Après treize années de lutte, son projet d'une église au centre du village actuel s'est enfin concrétisé.

Une église pour deux rivières

Le territoire de Yamachiche est irrigué par deux rivières qui portent le même nom : la Grande et la Petite Rivière Yamachiche. On les surnommait autrefois le Grand et le Petit Machiche.

Les premières concessions de terres ont été accordées le long de ces deux voies de navigation, en commençant par la Grand Rivière. Au début, les habitants de ce lieu étaient donc majoritaires dans la paroisse mais, au fil des ans, la population s'est accrue davantage le long de la Petite Rivière.

La première église en pierre a été construite en 1724 dans un lieu nommé le Canton ou le Côteau, à la Grande Rivière. Le 19 mars 1780, fête de Saint-Joseph, cette église du Canton a été frappée par la foudre et l'incendie qui s'est déclaré l'a rapidement consumée. Il n'était pas question de reconstruire sur le même emplacement, à cause des inondations qui menaçaient à chaque printemps, après la fonte des neiges. 

Sous l'influence du seigneur Duchesne et du curé Bertrand, et malgré l'opposition des habitants du Petit Machiche, un autre terrain a été choisi à la Grande Rivière, sur lequel on construisit d'abord un presbytère, mais le sol ne pouvait pas supporter le poids d'une église. La construction sur pilotis, seule solution possible, aurait occasionné des dépenses excessives et il fallut donc chercher un autre endroit pour l'église. Le curé Bertrand s'est installé dans son nouveau presbytère de la Grande Rivière, mais il n'avait pas encore d'église pour dire sa messe.

La Grande Chicane

Après cet échec, il devint impossible de trouver un consensus quelconque. Majoritaires, les habitants de la Petite Rivière refusaient obstinément de se plier aux décisions de l'Évêché d'abord favorable à la Grande Rivière. Chacun demeurant sur ses positions, deux églises ont été mises en chantier par les habitants des deux communautés.

Dans ses Notes sur Yamachiche, publiées dans Le Foyer Domestique en 1877, l'abbé Napoléon Caron a décrit l'atmosphère qui régnait à Yamachiche pendant la Grande Chicane des années 1780. J'en cite un passage :
« La division qui existait entre les habitants se faisait sentir partout. Il y avait comme deux paroisses biens séparées, les jeunes gens d'une section ne fréquentaient pas ceux de l'autre ; on ne se mariait qu'entre gens du même parti, et les choses demeurèrent ainsi pendant plusieurs années. Deux églises s'élevaient en même temps à quelques arpents de distance ; les cultivateurs s'en allaient paisiblement chercher de la pierre à la vieille église du Côteau, il se parlaient amicalement, s'entraidaient même pour charger les plus grosses pierres, puis chaque voiture prenait sa direction, l'une portant la pierre à l'église du Grand Machiche, et l'autre dans la direction opposée. »

Le rôle de Joseph Carbonneau

Au premier rang de la chicane, se tenaient les syndics des deux partis. Le 26 février 1781, les habitants de la Petite Rivière ont choisi Joseph Carbonneau et son beau-frère Charles Lesieur-Desaulniers, tandis que ceux de la Grande Rivière ont élu François Lavergne et Jacques Drapeau le 7 juillet de la même année.

Joseph Carbonneau était le meneur du Petit Machiche. Il a poursuivi la lutte pendant treize années pour exécuter le mandat qui lui avait été confié et construire son église. Lui et le marguillier Charles Lacerte ont donné les terrains sur lesquels les habitants de la Petite Rivière ont entrepris la construction. Avec l'appui du notaire Leroi, Carbonneau a eu recours aux autorités civiles pour renverser les décisions du clergé en faveur de la Grande Rivière.

Un premier jugement favorable à la Petite Rivière a été rendu par le Conseil législatif de Québec, le 5 mars 1785, mais les travaux continuèrent quand même à la Grande-Rivière. Un deuxième sentence du Conseil, datée 5 novembre 1787, ordonnait aux habitants de la Grande Rivière de se soumettre. Ces derniers ont été forcés de démolir leur propre bâtiment et le curé Bertrand qui les appuyait a été rappelé par le diocèse de Trois-Rivières. La nouvelle église de la Petite Rivière, qui incidemment était située au coeur du village actuel, a été terminée en 1794.

Quatre sépultures

Joseph Carbonneau s'est mariée trois fois. Ses deux premières épouses ont été enterrées dans le cimetière de l'ancienne église du Canton à la Grande Rivière, tandis que sa troisième femme, décédée de « mort subite » en 1797, a été inhumée à l'intérieur de son église du Petit Machiche. Carbonneau est allé l'y rejoindre « du côté de l'épitre près du ban d'oeuvre » le 17 septembre 1808.

mardi 9 juillet 2013

L'ascension sociale en Nouvelle-France

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Dans un pays comme la Nouvelle-France, où tout restait à faire, un jeune homme entreprenant, avec un brin d'instruction, pouvait réussir à se faire une place sans commune mesure avec son origine sociale en France.

Étienne Jacob savait lire et écrire à une époque ou bien peu de gens étaient instruits. Il a commencé sa vie en Nouvelle-France comme domestique et a gravi rapidement l'échelle sociale pour devenir huissier, greffier, notaire et enfin juge.

1647 : Naissance à Paris. Fils d'Edme et de Jeanne Bellejambe.
1665 : Domestique d'Antoine Berson à L'Ange-Gardien.
1667 : Domestique d'Antoine Cassé à Beaupré.
1670 : Mariage avec Jeanne Fressel, fille du roi.
1676 : Huissier de la seigneurie de Beaupré.
1683 : Greffier et notaire de la seigneurie de Beaupré.
1689 : Juge bailli de la seigneurie de Beaupré.
1703 : Juge bailli de l'Île d'Orléans.

Il a aussi été favorisé par son mariage. Jeanne Fressel est venue en Nouvelle-France comme fille du roi à l'age de 17 ans, après la mort de son père. Elle avait une dot de 850 livres, ce qui était une véritable fortune à l'époque. La plupart des filles du roi arrivaient avec un dot de 50 livres seulement. Avec la pénurie de femmes qui sévissait alors en Nouvelle-France, la concurrence devait être féroce pour épouser un si beau parti.

Ils ont eu neuf enfants dont huit se sont mariés.

dimanche 7 avril 2013

L'affaire Bertault

Jacques Bertault a marié de force sa fille Isabelle, âgée de 12 ans, le 12 août 1671 à Trois-Rivières. Ce fut une grave erreur. Après quelques mois, il s'est avéré que l'époux, un maçon dénommé Julien Latouche, ne travaillait pas, buvait et battait sa jeune épouse qui se refusait à lui.

Bertault et sa femme Gilette Baune ont alors décidé de reprendre leur fille et de réparer l'erreur en éliminant leur gendre. Ils ont d'abord tenté en vain de l'empoisonner, avant de l'assassiner dans la grange à coups de houe à la tête. Isabelle n'aurait pas pris part au meurtre, mais elle a aidé ses parents à traîner le corps de son mari pour le jeter dans la rivière Saint-Maurice.



Je reproduis ci-après un extrait d'À travers les registres de Cyprien Tangay qui présente le jugement Bertault, prononcé le 6 juin 1672. Ce qui frappe, à la lecture de ce jugement, c'est la sévérité, je dirais même la violence, de la justice en Nouvelle-France, comparée à celle d'aujourd'hui. Après avoir été humiliés à demi-nus sur la place publique, Berthault a été littéralement massacré, sa femme a été pendue et la jeune Isabelle a été forcée d'assister au supplice de ses parents. Comme si ce n'était pas assez, une forte amende a été imposée à la famille. Voici l'extrait :



Isabelle Bertault était enceinte pendant ces événements. Elle a accouché d'une petite fille quelques mois plus tard. Elle s'est ensuite remariée à Boucherville le 6 novembre 1673. À 14 ans, elle s'était donc déjà mariée deux fois, avait eu un enfant et assisté au supplice de ses parents. Aujourd'hui, on consulterait un psychologue pour moins que ça !
On trouve une description détaillée de cette affaire dans la Revue canadienne, volume 18. 

L'image de la houe provient de ce site de la Guadeloupe.