mardi 1 septembre 2015

Savoir signer au XIXe siècle

Au XIXe siècle, les actes des registres paroissiaux se terminaient souvent par la mention suivante :



Mon ancêtre ne savait pas signer ! Est-ce normal ? Pour répondre à cette question, j'ai compilé le pourcentage de signatures dans les registres de trois paroisses de la Mauricie entre 1841 et 1891. L'année de l'ouverture du registre apparaît sous le nom de chaque paroisse.


St-Léon St-Sévère St-Boniface

1802 1856 1861




1841 8,7 * *
1851 11,0 * *
1861 15,3 20,0 7,4
1871 41,6 30,0 39,9
1881 57,8 43,6 45,6
1891 67,4 45,7 58,3

Savoir signer son nom n'est pas une preuve de scolarisation mais, à tout le moins, l'indice d'un début d'alphabétisation, la manifestation d'une volonté d'écrire. Je retiens de cette compilation des signatures les conclusions suivantes :

  1. Alphabétisation : Le taux de signature augmente très rapidement à la fin du XIXe siècle. S'il était « normal » de ne pas savoir signer en 1861, c'était devenu un peu plus gênant en 1891.
  2. Classe sociale : Bien sûr, la capacité de signer variait selon la classe sociale : les commerçants et les artisans signaient davantage que les paysans.
  3. Valeurs familiales : On observe aussi des écarts importants entre les familles d'un même milieu. Tous les membres de certaines familles paysannes savaient signer alors que des familles voisines en étaient incapables. La scolarisation de la mère et l'importance que les parents accordaient à l'éducation des enfants pourraient expliquer ces différences. 
  4. Sexe : Je n'ai pas fait de compilation selon le sexe, mais j'ai remarqué, en parcourant les registres, que les marraines et les mariées signaient un peu plus souvent que les parrains et les mariés. 
  5. Colonisation : Les nouvelles paroisses avaient généralement des taux de signature plus faibles. Je crois que cet écart est dû à la composition de la population : les nouvelles paroisses étaient d'abord peuplées par des colons peu instruits auxquels s'ajoutaient, graduellement, des commerçants et des artisans qui signaient davantage.
  6. Négligence : Certains curés ne se donnaient pas la peine de faire signer les témoins. J'ai dû écarter deux paroisses dont les registres ont été visiblement mal tenus : Saint-Étienne-des-Grès, sous l'administration du curé Joseph De Carufel (1866-1884), et Sainte-Flore à l'époque du curé Ferdinand Verville (1890-1903). 


Méthodologie :

Chaque mariage comporte quatre possibilités de signature : celles des mariés et celles des pères des mariés ou bien, le cas échéant, des témoins qui les remplaçaient. Je n'ai pas compté les signatures des autres témoins.

Chaque baptême comporte trois possibilités de signature, soit celles du parrain et de la marraine et celle du père, s'il était présent. Lorsque le père de l'enfant était déclaré absent, je n'ai considéré que deux possibilités de signature, ne pouvant présumer de la capacité du père.

Je n'ai pas compilé les signatures des actes de sépulture parce que les témoins étaient souvent les mêmes personnes : les fossoyeurs.



4 commentaires:

Sébastien a dit…

Beau boulot! Très intéressant. Au début de mes recherches, les premiers registres (quatre paroises) que j'avais consluté n'avaient presque jamais de signature. Je me disais que tout le pays d'ou je venais ne savais pas signer. J'avais meme trouver de nombreux actes écrits en avance sans être compléter (avec des blancs pour les prénoms et noms par exemple). J'avais conclu à la négligence de la part des curés de ces paroises. Ensuite, j'ai bien vu que ce n'étais pas toutes les paroises et toutes les époques qui étaient comme ca. Heureusement.

Sébastien

Le Flâneur a dit…

Bonjour,

Heureusement, ce sont des exceptions. La plupart des registres catholiques que j'ai consultés depuis trente ans ont été relativement bien tenus. Certains sont des mines d'or de renseignements alors que le curé ajoutait des informations qui n'étaient pas requises.

Laurent Beaulieu a dit…

Merci très intéressant et instructif.

Françoise Colliot a dit…

J'ai aussi constaté les "familles" qui savaient signer, parfois même la signature des intéressés ou des témoins me donnent des indications pour réussir à déchiffrer le nom de famille de l'intéressé. Parce que dans mes recherches, j'ai souvent eu affaire aux curés peu soigneux qui refermaient le registre alors que l'encre était encore humide, ceux qui avaient une calligraphie peu déchiffrable et ceux qui avaient des notions d'orthographe pour le moins farfelues (layzanfan à Pierre sonnay)... étant peu chanceuse, j'ai eu droit à des registres où les curés cumulant ces trois défauts !