mercredi 16 décembre 2009

Joyeux Noël 1913

Un carte postale de Noël postée à Trois-Rivières le 25 décembre 1913. Elle est adressée à une Demoiselle Corinne D'Auteuil qui habitait sur la rue Saint-Jean dans la ville de Québec. "Je vous souhaite une joyeuse fête de Noël. La personne au verso de cette carte ressemble beaucoup à Jeanne Duplessis la plus jolie fille de Trois-Rivières dont je vous ai déjà parlé." Le message n'est pas signé.

C'est une photo coloriée prise en studio sur laquelle on a ajouté de la fausse neige. Remarquez l'inclinaison de la tête et la position de la main gauche qui sont typiques de l'expression dramatique à l'époque du cinéma muet. La tache noire sur l'épaule est due au tampon de la poste.

L'ancien premier ministre du Québec Maurice Duplessis avait une soeur prénommée Jeanne qui est née à Trois-Rivières le 15 septembre 1888. Elle avait donc 25 ans en 1913. Elle a épousé Henri Balcer, le fils d'un industriel local, le 8 janvier 1919. Maurice Duplessis habitait chez elle quand il était dans son comté à Trois-Rivières. Était-ce la Jeanne de la carte?

mardi 15 décembre 2009

La Loi des douze enfants

Dans un épisode de l'ancien téléroman "Les Belles histoires des pays d'en-haut", le colon Basile Fourchu, père de treize enfants vivants, recevait du gouvernement une "terre en bois deboute".

En 1890, le gouvernement d'Honoré Mercier observant «qu'il convient, à l'exemple de tous les siècles, de donner des marques de considération à la fécondité du lien sacré du mariage», fait voter une loi intitulée «Acte portant privilège aux pères ou mères de famille ayant douze enfants vivants». Cette loi accordait gratuitement cent acres de terre publique, ou bien une prime d’un montant de cinquante dollars, aux parents de douze enfants vivants, nés en légitime mariage.

Pour se prévaloir des dispositions de la loi, tout père ou mère de famille admissible devait présenter une requête au secrétaire de la province, accompagnée de son acte de mariage, d'un extrait de naissance de chacun de ses enfants ainsi que d'un certificat devant un juge de paix, constatant le nombre de ses enfants et leurs noms. Les cent acres de terre devaient être choisis parmi les terres publiques propres à la culture, en vente et disponibles au moment du choix, dans le canton, la paroisse ou le territoire non organisé où le requérant demeurait ou, sinon, dans celui le plus rapproché de son domicile.

En vertu de cette loi, Elzéar Bourassa et Odélie Gélinas du Grand Quatre de Saint-Boniface ont reçu le lot numéro 48 du rang 6 du canton Shawinigan (Saint-Boniface). Leur demande d’octroi est datée du 26 décembre 1901. Elle a été signée par le curé Joseph-Télesphore Gravel de Saint-Boniface sur un formulaire intitulé « Certificat des pères (mères) à l’effet qu’il (elle) a douze enfants vivants ». Le formulaire est accompagné d’une copie de l’acte de mariage inscrit au registre de la paroisse de Saint-Boniface. En guise de signature, Elzéar Bourassa a marqué ce formulaire d’une croix.

Cinq autres familles de Saint-Boniface ont profité de cette mesure qui a été abolie en 1905 :

- Jean-Alexis Gélinas et Adélina Pellerin;
- Prosper Lamy et Élisa Milot;
- Jean Matteau et Adéline Desaulniers;
- Augustin Lambert et Philomène St-Onge;
- Antoine St-Onge et Eutychiane Lamothe.

Antoine St-Onge et son beau-frère Augustin Lambert, ont acquis des terres dans ce qui est devenu la paroisse Saint-Marc de la haute-ville de Shawinigan. Ils devenaient ainsi les pionniers de ce secteur de la ville, autrefois appelé village St-Onge. Deux rues ont été nommées en leur honneur et le parc Saint-Marc a été renommé parc Atoine St-Onge il y a quelques années.




Les familles de douze enfants n’ont pas toutes profité de ces octrois. Les formalités administratives ont pu décourager certaines. D’autres ignoraient peut-être même l’existence de cette mesure.

Les dossiers de demande d’octrois gratuits de terres aux familles de douze enfants vivants sont conservés à Québec aux Archives nationales.

mardi 24 novembre 2009

Cage d'oiseau

Hector de Saint-Denis-Garneau (1912-1943) a contracté à l'âge de 16 ans une fièvre rhumatismale qui lui a laissé une lésion au coeur. Sa perception du monde change alors brutalement; il prend conscience de la fragilité de sa vie.

Le 24 octobre 1943, Saint-Denys-Garneau est pris d'un malaise alors qu'il fait du canot sur la rivière Jacques-Cartier. Il s'approche de la rive pour demander de l'aide chez Joseph-Louis Boucher. Il accoste et débarque de son canot mais, au lieu de se diriger vers la rive, il s'enfonce plus profondément dans la rivière. On le retrouvera noyé.


Cage d'oiseau

Je suis une cage d'oiseau
Une cage d'os
Avec un oiseau

L'oiseau dans ma cage d'os
C'est la mort qui fait son nid

Lorsque rien n'arrive
On entend froisser ses ailes

Et quand on a ri beaucoup
Si l'on cesse tout à coup
On l'entend qui roucoule
Au fond
Comme un grelot

C'est un oiseau tenu captif
La mort dans ma cage d'os

Voudrait-il pas s'envoler
Est-ce vous qui le retiendrez
Est-ce moi

Il ne pourra s'en aller
Qu'après avoir tout mangé
Mon coeur
La source du sang
Avec la vie dedans

Il aura mon âme au bec.



On trouve un site entièrement concacré à Saint-Denis-Garneau ici.

Voir aussi sur ce blog : L'enfant est partie

mardi 17 novembre 2009

L'alcool à Yamachiche en 1851

Le notaire Petrus Hubert est né à Yamachiche le 18 août 1810, de Pierre Hubert et de Marie-Louise Carbonneau. Il a fait ses études au Séminaire de Nicolet de 1821 à 1828 et a été admis à la profession de notaire en 1834. Petrus Hubert est l'auteur du premier manuel de notariat canadien.

Il a été nommé responsable du recensement de la population de Yamachiche en 1851. Normalement, les recenseurs se contentaient de remplir des tableaux de données mais Petrus Hubert a cru bon d'ajouter un texte où il fait une appréciation morale des paroissiens qu'il a rencontrés.

Il énumère d'abord le nombre de commerces et d'établissements de toutes sortes : "Il n'y a pas d'auberges ni de tavernes, mais il y a 4 maisons de pension. Il y a 6 magasins, 8 boutiques de forgerons, 4 boutiques de tanneurs, 7 boutiques de cordonniers, 12 boutiques de menuisiers, 1 boutique de voituriers, 2 boutiques de potiers ..."

Yamachiche était en 1851 le centre urbain le plus important de la Mauricie après Trois-Rivières. De plus, le village était très bien situé sur le chemin du Roy, une des routes les plus passantes de l'époque. Qu'il n'y ait eu aucune auberge ou tavernes, c'est-à-dire aucun commerce vendant de l'alcool, est vraiment étonnant. On pourrait croire que des alambics fonctionnaient à plein régime dans le fond des rangs. Mais non! Petrus Hubert nous apprend que les problèmes liés à l'alcool ont été réglés grâce aux sociétés de tempérance :

"Nous avons la satisfaction de pouvoir constater, par l'expérience de nos visites domiciliaires en faisant ce rescensement, qu'il s'est opéré dans la paroisse depuis quelques années une amélioration frappante dans la condition des familles et des individus; on n'y a nulle part rencontré le spectacle d'une indigence et d'une misère désolante, comme il était arrivé auparavant d'éprouver en quelques endroits de pénibles impressions; et nous sommes convaincus que le retour du peuple à la sobriété par l'établissement des sociétés de tempérance y est de beaucoup dans l'heureuse transition morale et physique de la gène à l'aisance qu'ont subie les populations de cette grande paroisse."


Le mouvement de tempérance a débuté aux États-Unis vers 1808. Au Canada français, le principal apôtre de la tempérance a été l'abbé Charles Chiniquy (1809-1899). Fils de notaire, il a étudié au Séminaire de Nicolet de 1822 à 1829, en même temps que Petrus Hubert. Il a été vicaire ou curé dans plusieurs paroisses avant de se consacrer entièrement à la prédication. Il a fondé en 1840 la première société de tempérance à Beauport; ceux qui adhéraient à cette société s'engageaient à ne pas boire de boissons alcooliques et à ne pas fréquenter de cabarets. Doté d'un talent oratoire et d'une forte personnalité de type narcissique, Chiniquy était adulé par les foules. Il a eu des démélés avec les autorités religieuses après avoir été dénoncé, à plusieurs reprises, pour des inconduites sexuelles à l'endroit de "ménagères" qui travaillaient à son presbytère. À chaque dénonciation, ses supérieurs tentaient d'étouffer l'affaire en le déplaçant. Il a fini par s'exiler aux États-Unis, au Michigan, où il s'est converti au protestantisme dans l'Église presbytérienne.

Les sociétés de tempérance, qui avaient pour symbole une croix noire, étaient une manifestion de l'emprise accrue du clergé sur la population canadienne-française. Selon l'historien Jacques Saint-Pierre, vers 1850, elles comptaient environ 400 000 adeptes sur une population totale des 900 000 catholiques, ce qui est énorme. Mais les habitants trouvaient quand même le moyen de prendre un petit coup. Dans ses mémoires, Jos-Phydime Michaud raconte : "Avant 1914, chaque habitant faisait lui-même son gin et son whisky. La fabrication avait augmenté, surtout depuis la fermeture des hôtels à Kamouraska après la campagne de tempérance. La bouteille de whisky coûtait très cher et il était difficile de s’en procurer" (Kamouraska de mémoire… Souvenirs de la vie d’un village québécois).

Ajout : Il semble que les problèmes de comportement de Chiniquy aient commencé tôt, dès l'adolescence. Dans la Revue d'histoire de l'Amérique française (vol 12, no 4, 1959), W. J. Price raconte pourquoi le père adoptif de Chiniquy, le marchand Amable Dionne, qui finançait ses études au Séminaire de Nicolet, a rompu tous ses liens avec lui en 1825. Alors âgé de 16 ans, Chiniquy aurait attenté à la vertu de ses soeurs adoptives, les filles du marchand Dionne. Il a ensuite raconté que c'était à cause d'un petit montant d'argent (28 chelins) qu'il avait dépensé que son père adoptif l'avait renié. Impressionnés par son talent, les prêtres du Séminaire de Nicolet l'ont cru et ont décidé de le garder gratuitement comme pensionnaire.

Bizarre : Une ville du Michigan porte le nom de Temperance.

mercredi 11 novembre 2009

Les femmes du cordonnier Lacombe

Le cordonnier Edmond Lacombe (1863-1941), fils d'Onésime et de Louise Martin, était originaire de la paroisse de Saint-Barnabé-Nord en Mauricie. Il a eu deux épouses qui portaient des prénoms peu communs. Sa première femme, Deigneur Gélinas, lui a donné 18 enfants vivants. Sa deuxième femme, Fridoline Blais, a vécu cent ans.

Deigneur la féconde (1871-1929)

Le prénom de Deigneur Gélinas, fille de Thomas Gélinas et d'Alphie Bellemare, a été écrit de toutes les façons : Daigneur, Dagneur, Degneur, Digneur, Dégneure, Deneur, Dagnès, Meigneur, Lagnure, etc. J'ignore d'où il vient; c'était peut-être une déformation d'un prénom anglais qui étaient en vogue à cette époque.

Elle s'est mariée en 1887 à l'âge de 16 ans. Elle a eu son premier enfant dix mois plus tard et son dix-huitième à 44 ans : Lydia (née en 1887), Virginie (1888), Philémon (1890), Anna (1891), Alfred (1892), Camille (1893), Armédia (1894), Graziella (1896), Wilbray (1897), Rosée (1898), Aldéa (1899), Alphonse (1904), Généré (1905), Albert (1907), Simone (1908), Gérard (1911), Roland (1913) et Lucienne (1916).

Neuf enfants sont décédés avant d'atteindre l'âge adulte. L'année 1898 a été particulièrement éprouvante alors que trois petits, Camille (5 ans), Armédia (4 ans) et Graziella (18 mois) sont morts durant l'hiver, peut-être d'une grippe ou d'une autre maladie infectieuse. Cet hiver-là, la famille habitait à Saint-Mathieu-du-Lac-Bellemare, un village forestier situé au nord de Saint-Boniface-de-Shawinigan, et Deigneur était enceinte pour la dixième fois.

Après leur mariage, ils ont vécu d'abord à Saint-Boniface-de-Shawinigan (1887-1893), puis à Sainte-Flore et à Saint-Mathieu avant de s'établir définitivement à Grand-Mère. La carte postale qui suit présente une vue générale de la ville de Grand-Mère vers 1905-1910 (photo de J.A. Roy). On voit à l'arrière-plan l'usine de pâte Laurentide autour de laquelle la ville s'est développée.



Deigneur Gélinas est décédée à Grand-Mère le 11 janvier 1929 à l'âge de 57 ans. Edmond Lacombe est demeuré veuf pendant cinq ans. En 1935, il s'est remarié avec Fridoline Blais , une veuve âgée de 68 ans.


Fridoline la centenaire (1867-1967)

Contrairement à Deigneur, Fridoline Blais s'est mariée tard. Selon l'âge inscrit sur son acte de sépulture, elle serait née en mai 1867, l'année de la Confédération. Elle était la fille de Georges Blais et de Sophie Saint-Pierre de Saint-Barnabé. Au recensement de 1901, elle était encore célibataire (on disait alors vieille fille) et vivait seule avec sa mère à Yamachiche.

En 1904, à l'âge de 37 ans, elle a épousé un veuf Joseph Lacombe. Ensemble, ils ont eu une fille qu'ils ont prénommée Fridoline comme sa mère (la petite n'a pas aimé son prénom et en a changé plus tard pour celui de Jeannette). Ils ont vécu à Saint-Étienne-des Grès dans le comté de Saint-Maurice où Joseph est décédé en 1934.

L'année suivante, Fridoline Blais s'est remariée avec Edmond Lacombe, veuf de Deigneur Gélinas. Ce deuxième mariage a duré à peine 6 ans. Edmond est mort le 27 novembre 1941 à Grand-Mère.

Fridoline est décédée le 16 septembre 1967, l'année de l'Exposition universelle de Montréal. Elle a été inhumée à Saint-Étienne-des-Grès. Selon l'acte de sépulture, elle était âgée de 100 ans et 4 mois. Il est à noter que sa mère Sophie Saint-Pierre (1827-1924) a vécu elle aussi très longtemps, soit jusqu'à l'âge de 97 ans, ce qui démontre bien le caractère héréditaire de la longévité.

Voir aussi sur ce blog : Quand Grand-Mère était jeune.

lundi 14 septembre 2009

La ferme à Mathurin Martineau dit Saintonge

L'ancêtre Mathurin Martineau dit Saintonge était originaire de Saint-Fraigne en France, une vieille paroisse située près de la ville de Saintes dans l'ancienne province de Saintonge. Il a immigré en Nouvelle-France avant le 16 juillet 1690, date de son mariage avec Marie-Madeleine Fiset à Sainte-Anne-de-Beaupré. Ils ont eu 8 enfants dont un prénommé Simon qui a conservé le surnom de son pêre. Ce dernier est l'ancêtre des Martineau-Saintonge ou St-Onge de la Mauricie.

Mathurin Martineau n'a pas laissé beaucoup de témoignages écrits de son passage en Nouvelle-France. On le savait habitant de Lorette mais on a cherché longtemps l'emplacement exact de sa terre. Le généalogiste Jean-Jacques St-Onge, qui est décédé le 25 mai dernier, l'a trouvé en consultant des actes notariés rédigés pour des voisins. On y apprend que Mathurin Martineau dit Saintonge était le voisin immédiat de Benoît Duhaut sur le chemin de l'Ormière. Sur une carte d'aujourd'hui, on pourrait situer cette terre dans le district Neufchâtel de la ville de Québec, à l'ouest du boulevard l'Ormière et au nord de la rue Chauveau. Elle était bornée, approximativement, par les rues de L'Astrolabe et de l'Amazone.

jeudi 10 septembre 2009

Nécrologie


Alice Lavergne (1908-2008), ma grande-tante centenaire, est décédée le 17 octobre 2008 à Shawinigan à l'âge de 100 ans et 5 mois. Elle était la dernière des enfants de la famille d'Adélard Lavergne et d'Azilda Leclerc, des pionniers de la haute-ville de Shawinigan. La maison où elle est née existe encore sur la rue des Hêtres à Shawinigan. .

Alice avait épousé Elphège Boisvert le 7 septembre 1927 à Sainte-Flore. Elle laisse dans le deuil ses enfants Cécile (feu Rosaire Tessier), Léo (Cécile Mailloux), Jacques (Rita Lesage), Pierrette (Richard Diamond) et Huguette (Michel Desharnais); ses belles-filles Fernande Collin (feu Jean-Paul Boisvert), Lucille Gélinas (feu Roger Boisvert) et Monique Salois (feu Marcel Boisvert), de même que 21 petits-enfants, plusieurs arrière-petits enfants et des arrière-arrière-petits-enfants.



Le généalogiste Jean-Jacques St-Onge (1926-2009) est décédé le 25 mai 2009 à Québec. Journaliste de profession, il a oeuvré au Nouvelliste de Trois-Rivières et au Journal des débats de l'Assemblée nationale à Québec. Il est l'auteur de plusieurs articles et conférences sur l'histoire et la généalogie des familles portant le surnom de Saintonge, dont celle de l'ancêtre Mathurin Martineau dit Saintonge. Il est surtout connu pour les articles qu'il a publiés dans la collection "Nos ancêtres". Il a aussi collaboré à la revue "L'Ancêtre" de la Société de généalogie de Québec.
On retrouve quelques-uns de ses articles sur les familles Saintonge sur un site qui a été construit par son fils François à l'adresse suivante : http://membres.lycos.fr/saintonge/