samedi 16 janvier 2010

Saint-Boniface 1859-2009

La municipalité de Saint-Boniface, autrefois nommée Saint-Boniface de Shawinigan, fêtait ses 150 ans en 2009. Un album souvenir a été publié à cette occasion. C'est une très beau livre, bien documenté, d'une présentation soignée, avec une reliure solide. Le responsable Monsieur André Houle et les membres du comité de l'album méritent des félicitations. Une mention spéciale pour les belles photos de Jean-Claude Racine.

Le territoire actuel de Saint-Boniface faisait partie du fief réservé aux Forges du Saint-Maurice. Vers 1825, l'exploitation forestière s'est intensifiée dans la région à la suite du blocus de Napoléon contre la Grande-Bretagne. Les pins de la Mauricie sont alors vendus pour la construction navale. En 1846, le Gouvernement abolit le privilège d'exploitation que détenaient les propriétaires des Forges du Saint-Maurice afin d'ouvrir le territoire à la colonisation; en 1849, il ordonne l'arpentage de la région, ce qui permet dès 1852 le prolongement de la route des Forges jusqu'au pied de la chute de Shawinigan, sur le côté de Saint-Boniface.

Justin Gélinas de Yamachiche a été le premier colon à s'établir à Saint-Boniface, alors appelé Canton Shawinigan, le 17 mars 1850. Il a été suivi par Solyme Caron, Gabriel Boulanger, Olivier Dugré, Pit Dubé et Jean Beaulieu. En plus de défricher la terre, les premiers colons travaillaient à la construction de la glissoire à billes aux chutes de Shawinigan en 1852.

Ce que l'on a fêté en 2009, c'est le 150e anniversaire de l'érection canonique de la paroisse et l'arrivée du premier curé résident. Le peuplement avait commencé bien avant cette date.

La municipalité avait déjà publié un album pour souligner ses 125 ans en 1984. Ce livre-là était différent mais aussi très bien fait. Comme quoi il est possible de reprendre l'exercice à tous les 25 ans sans trop se répéter.

jeudi 14 janvier 2010

Les incendies de Trois-Rivières en 1752 et 1908

La ville de Trois-Rivières a été dévastée par un gigantesque incendie en 1908. C'est la raison pour laquelle on ne trouve aujourd'hui que relativement peu d'édifices anciens dans cette ville qui est pourtant la deuxième plus vieille au Canada après Québec. La photographie ci-haut donne un aperçu des ruines de la ville après l'incendie. Elle a été prise en 1908 par le photographe J.F. Pinsonneault et a été reproduite sur une carte postale plus récente.

La ville a connu un autre incendie majeur en 1752. Des soldats de la garnison aurait allumé le feu qui a brûlé pendant 5 jours et détruit la palissade du bourg, 45 maisons et le couvent des Ursulines. Les suspects ont été soumis à la question par le supplice des brodequins mais n'ont pas été condamnés faute de preuves. Un article sur ce sujet se trouve dans le Fichier d'Accès Rapide à l'histoire de Trois-Rivières ici. Le supplice des brodequins consistait à enfoncer des coins dans les genoux du supplicié à grands coups de maillet. Si l'accusé subissait la torture sans rien avouer, il était déclaré innocent et remis en liberté (voir le Dictionnaire historique et anecdotique des bourreaux ici).

mercredi 13 janvier 2010

Petit lexique du parler ancien de la Mauricie

Une chose que je voulais faire depuis longtemps : un petit lexique du parler ancien de la Mauricie, sans prétention. Ce sont des mots ou des expressions que l'on entendait encore dans la région de Shawinigan il y a une quarantaine d'années mais je suis convaincu que la plupart sont beaucoup plus anciens. Je donne simplement le sens qu'on leur attribuait, sans faire d'hypothèses sur leur origine même si j'ai parfois ma petite idée là-dessus.

Amusez-vous! : restez encore un peu! s'adressant aux visiteurs
Aux Trois-Rivières : à Trois-Rivières
Bien patté : qui a de bonnes pattes ou de bonnes jambes
Bois coti : bois qui a commencé à pourrir
C'est ben donné : c'est à la mode en parlant d'un vêtement
Cossin : objet de peu de valeur, traînerie
Coulant : glissant en parlant d'un chemin en hiver
Déserter : défricher un boisé
Désert : terrain défriché
Faire du portage : livrer des provisions dans les chantiers en hiver
Habitant du fond des rangs : être inférieur
Ne pas avoir fini ses crêpes : ne pas être sorti du bois
Pain sur la sol : pain au lait crouté
Pelottes : boules de pâte qu'on mettait dans le ragoût de pattes
Quart de pain : pain
Souper à l'heure des spotes : souper tard
Sur un chaud temps : vite, beaucoup
Suspect : susceptible
Trimpe : ivrogne
Wabo de track : voyou, vagabond


Voir aussi sur ce blog : vocabulaire de la chasse à l'orignal en Mauricie

Laurentiana : un site à découvrir

J'ai trouvé par hasard sur le web un blog nommé Laurentiana qui s'adresse aux amateurs de vieux livres québécois. L'auteur Jean-Louis Lessard a déjà blogué environ 280 livres au cours des trois dernières années. Il s'intéresse aux ouvrages qui ont au moins cinquante ans. À découvrir.

mardi 12 janvier 2010

Vocabulaire de la chasse à l'orignal en Mauricie

Monsieur Serge Fournier, professeur au Cégep de Shawinigan, a publié en 1985 une étude sur le vocabulaire utilisé par les chasseurs d'orignaux de la Mauricie. L'étude est basée sur les témoignages de vingt chasseurs et trappeurs expérimentés qui ont passé la plus grande partie de leur existence en Mauricie. La plupart sont nés entre 1900 et 1930.

Il y a des anglicismes (ex : buck, swamp), des emprunts aux langues amérindiennes (moskeg, ouache), des termes qui viennent des anciens dialectes de France (étrette, forçures), de même que des innovations québécoises (portager, tondreux).

En voici quelques exemples :

Amourettes : testicules des animaux
Arrachis : arbres arrachés par le vent
Babiches : lèvres de l'orignal
Coureur des côtes : chasseur d'orignal
Dur : foie des animaux
Étrette : rétréci, passage étroit sur un lac
Forçures : gros viscères d'un animal
Frontière : courroie qui s'appuie sur le front pour porter la venaison
Gorgoton : gosier des animaux
Moskeg : marécage
Ouache : cache du chasseur
Portager : transporter à dos d'hommes
Reinquiers : bas du dos, épine dorsale des animaux
Renversis : arbres renversés par le vent
Repoussis : aire de la fôret en regénération
Savane : herbes longues en milieu marécageux
Tondreux : glandes du castor utilisées pour attirer le gibier

La prononciation ette dans étrette (étroit) est très ancienne. Selon l'auteur, elle viendrait du Moyen-Âge dans la région de Paris. On la retrouve aussi au Québec dans frette (froid) et drette (droit).

Les chasseurs disaient "baiser le cul de la vieille" quand ils revenaient bredouille de la chasse. La même expression était utilisée pour signifier qu'une personne avait perdu à un jeu de cartes sans faire une seule levée. Les chasseurs qui n'avaient pas tué disaient aussi "faire un voyage blanc" ou encore "manger du steak de pistes".

Beaucoup de ces mots ou expressions sont aujourd'hui rarement employés ou en voie de disparition; on ne les trouve pas dans les dictionnaires du parler québécois actuel. J'en ai retrouvé plusieurs dans le Glossaire du parler français au Canada qui a été publié en 1930 par la Société du parler français au Canada et qui a été mis en ligne par Monsieur Mario Lemoine (ici). Le même site héberge aussi deux dictionnaires encore plus anciens : le Glossaire franco-canadien et vocabulaire de locutions vicieuses utilisées au Canada d'Oscar Dunn qui a été publié en 1880, de même que le Dictionnaire canadien-français de Sylva Clapin qui date de 1894.

jeudi 7 janvier 2010

Les recettes de Monsieur 50

Un petit livre de cuisine traditionelle du Québec qui a été publié par la Brasserie Labatt. Le nom de l'auteur et l'année de la publication ne sont pas indiqués mais je crois que ça date de la fin des années soixante à cause du slogan "Lui y connait ça! " qui est écrit sur la première page. Ce slogan rappelle les publicités de la Labatt 50 qui mettaient en vedette Olivier Guimond et qui ont été télédiffusées à partir de 1966.

L'exemplaire que j'ai consulté appartenait à Madame Résina Vincent, épouse d'Obélard Gélinas, de Glenada (Shawinigan-Nord). Les nombreuses taches d'aliments sur la couverture montrent bien qu'il a servi.

On y trouve exactement 50 recettes :

Hors-d'oeuvre : graisse de rôti, foie gras, cretons, galantine de poulet, tête de fromage, gelée de porc frais.

Soupes : soupe à l'oignon, soupe aux légumes, soupe aux gourganes, soupe aux tomates vertes, soupe aux poireaux, crème d'oignons et de tomates, soupe aux pois, soupe au poisson de Gaspé.

Plats de résistance : bines (sic), ragoût de patte, filet de porc au chou, ragoût de boulettes, oeuf dans le purgatoire, poule au macaroni, petits poissons des chenaux, pâté de saumon, pâté chinois, ragoût d'agneau aux petits pois, rôti de porc aux patates brunes, gibelotte du nord, jambon à la bière, pot-au-feu, omelette au p'tit lard, tourtière, perdrix au chou, sang de mouton, vraie tourtière du Saguenay.

Desserts : bonbons aux patates, mousse au sirop d'érable, gâteau de blé d'inde, grosses crêpes, pouding au chômeur, pouding au pain, beignes canadiens, pain doré, sucre à la crème, tire à la mélasse, crème glacée d'autrefois, crêpes au pain, tarte à la farlouche.

Spécialités : pain canadien, chou-fleur gratiné, ketchup rouge, herbes salées, sirop de gadelles.

C'est une cuisine simple qui utilise les ingrédients bon marché qui étaient disponibles à la campagne autrefois : la cassonnade, la mélasse, la viande et le gras de porc sous toutes ses formes, le gibier, les légumes racines (patates, carottes, navets), le chou, les légumineuses et les épices de nos grand-mères. En France, on dirait que c'est une cuisine paysanne.


Voir aussi sur ce blog : La perdrix au chou et Beignes canadiens de Monsieur 50.

On trouve des scans des pages du livret sur ce site.

mercredi 16 décembre 2009

Duplessis admirait-il Hitler?

Dans ses mémoires, Léon Balcer (1917-1991), qui fut député progressiste-conservateur de Trois-Rivières de 1949 à 1965 et ministre sous Diefenbaker, raconte un échange auquel il a assisté entre Maurice Duplessis alors premier ministre du Québec et le consul d'Allemagne nouvellement nommé.

Au début des années cinquante, jeune député fédéral, je me trouvais à Québec et j'en profitai pour aller saluer le premier ministre et régler quelques petits problèmes qui intéressaient nos électeurs de Trois-Rivières. Je téléphonai à Mademoiselle Cloutier pour prendre rendez-vous. Elle m'invita à me rendre au bureau du premier ministre vers 9h45 en me disant que même si ce dernier avait un agenda bien chargé il pourrait me voir juste avant le nouveau consul d'Allemagne qui avait rendez-vous à 10 heures.

Nous réglâmes rapidement nos petites affaires et, comme Mademoiselle Cloutier entrait pour annoncer le diplomate, j'étais déjà debout prêt à prendre congé. Monsieur Duplessis me dit : "Non, non va-t-en pas, ce n'est qu'une visite de courtoisie qu'il me fait. Il vient d'arriver au pays."

Je lui répond que je ne voulais pas déranger.

Il insiste : "Non, non c'est une bonne chose que tu le rencontres. Et puis, entre toi et moi, les diplomates européens ne m'impressionnent pas outre mesure. Je suis capable de leur parler."

Ça promettait!

Je vois entrer l'Allemand. Un visage raffiné, très grand, d'une maigreur frappante, résultat de plusieurs années passées dans les prisons hitlériennes. En somme, ce démocrate, ami d'Adenauer, avait dans son visage une expression de souffrance passée qui m'inspirait le plus grand respect.

Après lui avoir serré la main, le premier ministre lui dit : "Je vous présente le député fédéral de Trois-Rivières, c'est un boche comme vous!"

Sans doute aujourd'hui le mot boche ne s'emploie plus mais pour les gens de ma génération, et surtout pour ce consul, le mot avait un lourd sens péjoratif.


Je vis dans les yeux du diplomate qu'il se demandait s'il avait bien compris. C'est alors que monsieur Duplessis commence un long monologue où il donne son interprétation de l'histoire de l'Allemagne contemporaine.
À un moment donné, il ajoute sur un ton catégorique : "Vous savez, Hitler, qu'on l'aime ou qu'on l'aime pas, était un des plus grands orateurs des temps modernes."

Je vois sur le visage du diplomate une expression d'incrédulité totale. Je suis convaincu qu'il ne pouvait comprendre que quelqu'un puisse lui dire une telle énormité.


Duplessis crut qu'il mettait en doute son affirmation et enchaîna : "Oui, oui, je sais ce dont je parle, parce que je l'ai entendu moi-même en plein milieu de l'Atlantique sur le Normandie. La radio nous transmettait un discours qu'il prononçait devant 50 000 personnes. C'était quelque chose à entendre! Extraordinaire!"


Après un moment de silence, le consul fit simplement remarquer qu'à l'endroit où il était incarcéré, il n'y avait pas de radio.


Duplessis ne fut pas plus ému et continua sur le même ton sa dissertation pour finalement terminer sur la thèse suivante : "Aujourd'hui tout le monde blâme Hitler de tous les péchés du monde, mais l'histoire devra admettre que c'est lui qui dans les années trente a sauvé l'Allemagne du communisme. Prenez-en ma parole!"

Son interlocuteur n'en revenait pas. Il était d'une pâleur extrême. Il se retira le plus tôt qu'il pu.

Monsieur Duplessis me dit alors en guise de conclusion : "Tu sais, ces Européens-là il faut leur parler. Il ne faut pas se gêner."


- Mais quand même est-ce que vous ne trouvez pas que vous avez été un peu raide au sujet d'Hitler. Cet Allemand, lui, a passé des années de sa vie en prison à cause d'Hitler.

- Il ne faut pas s'en faire. Il ne faut pas se laisser impressionner.

Pour ma part, je n'ai jamais eu aussi hâte de quitter un bureau de premier ministre.


Voir aussi : La Vierge est en prison à Boston