dimanche 14 juillet 2013

Une patente à gosse

Patente à gosse : objet que l'on a du mal à définir ou à nommer (selon Wikipédia).

La patente à gosse
Voici un bidule, un objet étrange que je ne saurais nommer. Il a été vendu pour presque rien lors d'un encan tenu à Saint-Boniface de Shawinigan il y a une dizaine d'années. Je crois qu'il servait à rouler des journaux pour en faire des bûches de papier. Mais le papier roulé serré se consume très mal. Il dégage peu de chaleur et beaucoup de fumée. L'inefficacité du produit serait donc la cause de la désuétude de la patente à gosse en question.

L'expression viendrait de l'anglais patent (brevet) et du français québécois gosser (bricoler) ou encore, selon certains, du français québécois gosses (testicules). Dans le deuxième cas, patente à gosses pourrait donc se traduire par bidule à testicules.

vendredi 12 juillet 2013

Les esclaves blancs

Marie-Louise Bonin, Débuts de la colonie franco-américaine de Woonsocket Rhode Island, Lakeview Press, Framingham Massachusetts, 1920, 342 page.

Dans cet ouvrage qui retrace les débuts de la ville de Woonsocket dans le Rhode Island,  Marie-Louise Bonier  décrit les conditions de travail pénibles des enfants qui étaient à l'emploi des premières manufactures de coton, au début du XIXe siècle. C'était avant l'arrivée des travailleurs Irlandais et Canadiens français, à une époque où les emplois dans ces premières usines étaient occupés par des Américains de la Nouvelle-Angleterre. 

Dans les années qui ont précédé la guerre de Sécession, les journaux de la Nouvelle-Angleterre déploraient les conditions de travail pénibles des esclaves noirs dans les plantations de coton du Sud des États-Unis. Les journaux du Sud rétorquaient que les conditions de vie des «esclaves blancs» qui travaillaient dans les manufactures de coton du Nord n'étaient guère meilleures.

Marie-Louise Bonin rapporte le témoigange d'un industriel de Woonsocket, Stephen A. Knight, à ce sujet. Ce dernier racontait dans le Providence Journal sa première expérience de travail dans une manufacture de coton alors qu'il était enfant :
«Au printemps de 1835, n'ayant pas encore sept ans, je fus embauché dans une manufacture de Coventry, R.I., comme bobbin boy ou back boy. Cet âge si tendre était l'âge moyen des débutants. La mentalité de l'époque n'y trouvait rien à redire... 

Mon salaire de bobbin boy était de quarante-deux sous par semaine pour une moyenne de quatre-vingt-quatre heures de travail, soit quatorze heures par jour. Je ne gagnais donc que qu'un demis-sou par heure.

La main-d'oeuvre n'était payée que quatre fois l'an. La manufacture ayant un magasin pour fournir les objets et vêtements nécessaires aux ouvriers, le montant des achats de chacun d'eux était retenu sur les gages au jour de la paye.

Voici quelles étaient les heures de travail : 5h15 du matin, entrée à la manufacture; 7h30, déjeuner; 8h, continuation du travail; 12h, dîner; 12h45, travail jusqu'à 7h30 du soir... il ne restait aucun temps pour l'école. La plupart des enfants apprenaient à lire aux écoles du dimanche (Sabbath school).

La cloche de la manufacture était la seule nécessaire dans le village. Elle dirigeait la vie de l'ouvrier du lever au coucher.»
Après avoir lu ce témoignage, on se demande pourquoi les gens acceptaient-ils de travailler dans ces conditions ? Peut-être bien parce que les conditions de vie des paysans étaient encore plus pénibles. Par ailleurs, la situation que Knight décrivait n'était pas vraiment différente de celles que l'on retrouvait dans les «company towns» de ce côté-ci de la frontière. Je pense aux hameaux dont la population étaient dépendante d'un moulin à scie à La Gabelle ou à Hunerstown en Mauricie.

mardi 9 juillet 2013

L'ascension sociale en Nouvelle-France

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Dans un pays comme la Nouvelle-France, où tout restait à faire, un jeune homme entreprenant, avec un brin d'instruction, pouvait réussir à se faire une place sans commune mesure avec son origine sociale en France.

Étienne Jacob savait lire et écrire à une époque ou bien peu de gens étaient instruits. Il a commencé sa vie en Nouvelle-France comme domestique et a gravi rapidement l'échelle sociale pour devenir huissier, greffier, notaire et enfin juge.

1647 : Naissance à Paris. Fils d'Edme et de Jeanne Bellejambe.
1665 : Domestique d'Antoine Berson à L'Ange-Gardien.
1667 : Domestique d'Antoine Cassé à Beaupré.
1670 : Mariage avec Jeanne Fressel, fille du roi.
1676 : Huissier de la seigneurie de Beaupré.
1683 : Greffier et notaire de la seigneurie de Beaupré.
1689 : Juge bailli de la seigneurie de Beaupré.
1703 : Juge bailli de l'Île d'Orléans.

Il a aussi été favorisé par son mariage. Jeanne Fressel est venue en Nouvelle-France comme fille du roi à l'age de 17 ans, après la mort de son père. Elle avait une dot de 850 livres, ce qui était une véritable fortune à l'époque. La plupart des filles du roi arrivaient avec un dot de 50 livres seulement. Avec la pénurie de femmes qui sévissait alors en Nouvelle-France, la concurrence devait être féroce pour épouser un si beau parti.

Ils ont eu neuf enfants dont huit se sont mariés.

lundi 8 juillet 2013

L'équipement des Voyageurs

Les Voyageurs devaient affronter les intempéries pendant des mois. Ils couchaient à la belle étoile et dormaient sous leurs canots quand il pleuvait. Les contrats d'engagés pour le Nord-Ouest prévoyaient un équipement minimal avant le départ, des vêtements ou objets qui étaient nécessaires à leur survie pendant le voyage.


Voyageurs at Dawn de Frances Ann Hopkins, 1871.

À l'époque de la Nouvelle-France, les exigences en matière d'équipement, spécifiées dans les contrats d'engagés, étaient très variables. Le bourgeois fournissait parfois certains vêtements pour affronter le temps froid. Ainsi, le 26 mai 1736, le contrat d'engagement de Joseph La Charité devant le notaire Aldhémar prévoyait que l'engagé : « recevra une paire de mitasses, un brayer, une peau de chevreuil et mantelet ».

Sous le régime anglais, les exigences se standardisent. C'est maintenant l'engagé qui doit fournir un équipement minimal. Le 5 janvier 1816, le contrat d'engagement de Jean-Baptiste Lampron devant le notaire Beek prévoyait que l'engagé devait avoir pour équipement : « une couverte de trois points, une couverte de deux points et demie, six aunes de coton, une paire de souliers de boeuf et un collier ».

Le collier était une courroie du cuir passée sur le front qui permettait au Voyageur de suspendre des marchandises sur son dos pendant les portages. Il servait alors de mule en quelque sorte. Le terme brayer employé dans le contrat de Joseph La Charité en 1736 désignait, je crois, le même objet.

La toile de Frances Ann Hopkins intitulée Voyageurs at Dawn fait partie de la collection de Bibliothèque et Archives Canada à Ottawa. Frances Ann Hopkins (1838-1919) était l'épouse d'un cadre de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Elle l'a suivi dans ses voyages en canot dans les Pays-d'en-haut et en a ramené plusieurs portraits de Voyageurs.

dimanche 7 juillet 2013

Patronage et mobilité sociale à Yamachiche

À la fin du XIXe siècle, le village de Yamachiche, situé sur la rive Nord du Lac Saint-Pierre, s'est distingué par l'abondance de ses élites : avocats, notaires, médecins, politiciens, historiens, journalistes. Leur nombre, était alors sans commune mesure avec l'importance numérique de la population. Or, la plupart de ces notables provenaient de familles paysannes peu fortunées, un milieu qui normalement n'était pas propice à l'instruction des enfants.

Je crois que cette soudaine augmentation de la classe des notables était due à l'action du curé du village, l'abbé Dumoulin. Dans l'Histoire du séminaire de Nicolet 1803-1903, J-A Douville mentionne qu'en 1841, le curé de Yamachiche Sévère-Nicolas Dumoulin soutenait de ses deniers 14 élèves du séminaire (p 277).

Sévère-Joseph-Nicolas Dumoulin (1793-1853)

En fait, Yamachiche était alors la paroisse qui fournissait le plus d'élèves au séminaire de Nicolet.  Selon Marie-Claire Daveluy (dans la Revue d'histoire de l'Amérique française), l'abbé Dumoulin recrutait ses protégés lors de ses visites paroissiales. Il interrogeait les enfants, cherchant à discerner en eux des étincelles d'intelligence.

Je crois que l'action de l'abbé Dumoulin fut le début d'un réseautage qui a permis à d'autres enfants d'origine modeste d'avoir accès à des études supérieures. Certains d'entre eux ont ensuite enseigné au séminaire et patronné les membres de leurs famille. Ainsi, le journaliste Évariste Gélinas, fils d'une famille très nombreuse, avaient deux frères prêtres qui ont enseigné à cet endroit. D'autres ont favorisé les carrières de leurs compatriotes, comme Antoine Gérin-Lajoie qui a pris sous son aile son cousin Raphaël Bellemare, en lui cédant son poste de rédacteur du journal La Minerve, l'organe du parti conservateur dans le Bas-Canada. Un autre compatriote, Évariste Gélinas, occupera les mêmes fonctions à La Minerve quelques années plus tard.

Parmi les "notables" de Yamachiche  qui ont fréquenté le séminaire de Nicolet à cette époque, mentionnons l'historien et journaliste Raphaël Bellemare, le médecin et poète Nérée Beauchemin, l'avocat et politicien Nérée Le Noblet Duplessis, l'avocat et journaliste Évariste Gélinas, Anoine Gérin-Lajoie et son frère Elzéar, le notaire et auteur Petrus Hubert et l'avocat, politicien et historien François-Sévère Lesieur-Desaulniers. Il est à noter que la plupart de ces personnes ont milité pour le parti conservateur.

vendredi 5 juillet 2013

Des îles dans le lac et des lacs dans l'île

Arthur Buies, Le chemin de fer du Lac Saint-Jean, Léger Brousseau Imprimeur-Éditeur, Québec, 1895.

Arthur Buies, qui fut le secrétaire du célèbre curé Labelle, a raconté dans ce livre la construction du chemin de fer du Lac Saint-Jean qui traversait la Haute-Mauricie. Buies avait un parti pris évident pour le chemin de fer qu'il associait au progrès de la colonisation, une oeuvre chère à son patron. Par ailleurs, il croyait aux vertus du progrès technologique et aux bienfaits de l'ouverture des marchés. C'était une époque, la fin du 19e siècle, où l'on avait foi en l'avenir.



Ce qui m'a particulièrement intéressé dans cet ouvrage, c'est la description des territoires traversés par le chemin de fer. Par exemple, en Haute-Mauricie, au nord du bassin de la rivière Batiscan, se trouvent le Lac Édouard et l'Île du Lac Édouard (page 55). Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'île n'est pas située dans le lac, mais plus au sud entre deux rivières qui prennent leur source dans le Lac Édouard. 

Arthur Buies nous explique que s'il y a des îles dans le lac, il y a aussi des lacs dans l'Île :
« Au milieu du lac se trouve l'île Belisle, d'une longueur de deux milles environ, ainsi que d'autres petits îlots ; mais si le lac lui-même contient des îles, en revanche, l'île du lac renferme à son tour d'autres lacs tels que le lac Rognon, le lac Long, le lac du Centre ..., tous renommés pour l'abondance et la taille de leurs truites. »
La municipalité du Lac Édouard s'est constituée autour d'un sanatorium qui était en opération au début du vingtième siècle. Elle fait aujourd'hui partie de la ville de La Tuque.

mardi 2 juillet 2013

Les mes canadiens

Le menu d'une pizzéria du vieux Hull à Gatineau :