vendredi 14 octobre 2011

L'héritier

Je parle rarement de ma famille sur ce blog, mais là je suis grand-père pour la première fois. Le petit Victor Tremblay, fils de Jean-François et de Camille Saintonge, est né le 12 octobre 2011 à 20h06. Sept livres de beau bébé rose.

Pour souligner l'événement, j'ai dressé l'ascendance matrilinéaire du Tipou. C'est toujours une surprise quand on remonte une ascendance de fille en mère parce qu'on change de nom de famille à chaque génération. On ne sait jamais sur qui on va tomber au bout de la ligne­.  Voici le résultat :
  1. Madeleine Couteau et Étienne Saint-Père vers 1626 en Saintonge
  2. Jeanne Saint-Père et Pierre Guillet vers 1648 à Trois-Rivières
  3. Madeleine Guillet et Robert Rivard en 1664 au Cap-de-la-Madeleine
  4. Françoise Rivard et Jean Lafond en 1716 à Batiscan
  5. Françoise Lafond-Mongrain et Jacques Gignac en 1741 à Batiscan
  6. Catherine Gignac et Louis Lamothe en 1774 à Cap-Santé
  7. Josephte Lamothe et Joseph Lesieur-Desaulniers en 1799 à Yamachiche
  8. Julie Desaulniers et Joseph Lord  en 1825 à Yamachiche
  9. Adéline Lord et Sévère Lampron en 1871 à Saint-Barnabé
  10. Eulalie Lampron et Télesphore Descôteaux en 1900 à Saint-Boniface
  11. Alice Descôteaux et Claudio Lampron en 1930 à Joliette
  12. Solange Lampron et Cornelius Van der Poel en 1953 à Saint-Boniface
  13. Ginette Van der Poel et Alain Saintonge en 1975 à Saint-Boniface
  14. Camille Saintonge et Jean-François Tremblay
  15. Victor Tremblay
C'est une lignée presque entièrement mauricienne. L'ancêtre est Madeleine Couteau, veuve Saint-Père, originaire de la Saintonge, une femme qui a eu une vie aventureuse. J'y reviendrai dans un prochain message.

Voir aussi sur ce blog : De mère en fille.

mardi 4 octobre 2011

Radisson de Sarah Larkin

Sarah Larkin, Radisson, Éditions de Bien Public, Trois-Rivières, 1938.

Sarah Larkin (1896-1988) était une Américaine francophile. Elle a vécu quelques années en France après la première guerre mondiale et passait ses étés sur le bord d'un lac en Mauricie. Son mari Albert Loening de New York était un industriel de l'aéronautique.

Madame Larkin entretenait des relations dans le milieu littéraire de la Mauricie qui gravitait autour du régionaliste Albert Tessier et du poète Clément Marchand. Elle a publié quelques oeuvres aux Éditions du Bien Public de Trois-Rivières, dont cette biographie en vers de Pierre-Esprit Radisson (1636-1710), le célèbre coureur des bois. Le Livre est dédicacé : « J'offre ces pages à la Mauricie, le pays de Radisson. »

Pour donner un aperçu du style, voici les premiers vers du chapitre 1 qui traite de l'enlèvement du jeune Radisson par des Iroquois :
« Night passed along the waters and the sky
Quite near the open space of the furrowed fields
Winding to the cooler shade of tamaracks.
Trois Rivières stood a prey to Iroquois.
Full well all knew of danger lurking near;
Had not destruction taken weekly toll
And death been kinder than a lingering fate ?
Passing the heavy, wooden gates three boys
Thought not of fear.
Danger was a wine that stirred
Pierre Radisson's mind and youthful soul. »
Sarah Larkin a présenté en annexe des documents qui prouvent, selon elle, que Radisson n'a pas trahi la France au profit de l'Angleterre. Je crois qu'elle s'est prise d'affection pour son sujet.

Tant qu'à y être : la famille de Sarah Larkin a fait publier, dans le New York Times du 10 octobre 1922, l'annonce de ses fiançailles avec Albert Loening. On y apprend que Sarah a fait ses débuts plusieurs années auparavant  (elle avait en effet 26 ans) et qu'elle a travaillé pour l'American Commitee for Devasted France en 1921. C'est probablement là qu'elle a rencontré Loening qui était major dans l'Air service en France.

lundi 3 octobre 2011

Famine sur le Saint-Maurice

 Un article du jounal Le Trifluvien, du 31 janvier 1891, intitulé Les sauvages du St-Maurice :
« M. Jean Baptiste Boucher, chef des Indiens de la vallée du St-Maurice, est allé à Ottawa demander au Département des sauvages des munitions de bouche pour cette réserve, qui se trouve actuellement dans une profonde misère. L’année dernière la grippe a enlevé plusieurs chefs de famille, de sorte que ces familles se trouvent aujourd’hui sur les bras de la tribu. On manque d’aliments et de vêtements. »
L'article est tiré de Bases de données sur l'histoire de la Mauricie. Voir aussi sur ce blog : Deux portraits de Jean-Baptiste Boucher.

jeudi 29 septembre 2011

Deux portraits de Jean-Baptiste Boucher

Jean-Baptiste Boucher, fils de Jean-Baptiste et de Marguerite Flamand, était un métis rattaché aux Algonquins Têtes-de-Boule de la Haute-Mauricie. Il a épousé Célina Plamondon, fille de Félix et de Margerite Chartrand, le 22 août 1865 à Saint-Tite dans le comté de Champlain. L'abbé Napoléon Caron a écrit que la femme de Jean-Baptiste était une sauvage, mais j'en doute. Elle était peut-être métisse d'une autre nation. Ça reste à confirmer. Des Abénaquis chassaient sur la rivière Batiscan à cette époque.

Ils ont habité une maison sur le bord du Saint-Maurice, à l'embouchure de la rivière Croche, au nord de La Tuque. Ils cultivaient la terre selon l'abbé Caron. Jean-Baptiste Boucher faisait aussi la chasse et la trappe et vendait ses fourrures aux Trois-Rivières. Il était connu parce que sa maison se trouvait sur la route des voyageurs qui remontaient ou descendaient le Saint-Maurice. J'ai trouvé une quinzaine d'actes les concernant dans les registres des paroisses de Saint-Tite, Sainte-Flore et Grande-Anse, notamment des baptêmes d'enfants nés sur la rivière Croche.

On trouve deux témoignages contradictoires sur Jean-Baptiste Boucher : le premier, en 1872, le présente comme un scélérat et le second, en 1887, comme un bon chrétien. Lequel croire ?

Le scélérat

Un article du journal Le Constitutionnel de Trois-Rivières du 22 janvier 1872 nous trace un portait très négatif de Jean-Baptiste Boucher :
"Un sauvage Tête-de-Boule du nom de Boucher, résidant à l'embouchure de la Rivière Croche, dans le haut du St-Maurice, a été arrêté en cette ville, samedi, au moment où il était à vendre des pelleteries chez M. Lesieur, rue Notre Dame. La cause de cette arrestation mérite d'être connue. Si les faits sont tels que les raconte la rumeur publique, cet homme serait d'une cruauté et d'une scélératesse inouïe.

Un jeune homme et une jeune fille restent avec Boucher. Ce sont les enfants d'un de ses beaux-frères nommé Plamondon, mort depuis quelques années. Boucher était parti, il y a quelques temps, avec son neveu pour aller trancher le castor, c'est- à dire pour aller prendre le castor sous la glace sur les lacs. Boucher revint seul à la maison, il y a quelques jours. M. Vassal, qui descendait du St. Maurice, trouva le jeune Plamondon sur le chemin, presque mort de froid et de faim. Il le ramassa, le mit dans sa voiture et le ramena chez son oncle. Le jeune homme raconta que Boucher, prétextant qu'il manquait de vivres, avait refusé de lui donner à manger, et que à mesure qu'il affaiblissait, son oncle le battait pour le faire marcher. A la fin, ne pouvant plus se tenir sur ses jambes, il tomba de lassitude sur le bord de la route. Lorsque Boucher vit que son neveu ne pouvait plus bouger il lui jeta une hache et s'en vint à sa maison. Il était alors à neuf milles de sa demeure. En se rendant chez Boucher, M. Vassal rencontra en route la soeur du jeune homme qu'il avait dans sa voiture. Elle pleurait et lui dit qu'elle allait à la recherche de son frère, Il la ramena avec lui. Arrivé chez Boucher le jeune Plamondon était tellement gelé que les pieds lui tombèrent et qu'enfin il mourut deux jours après. On dit que même durant ces deux jours la conduite de Boucher a été suspecte, qu'il tenait à éloigner les étrangers de la maison et qu'il a lui même enterré son neveu, sans l'aide de personne. Il paraitrait que Plamondon porte sur son corps les marques de mauvais traitements graves. On ajoute que Boucher aurait eu la tentation de ravir l'héritage de son neveu.

Dès que ces faits furent connus à Trois- Rivières, le chef de police de notre ville a télégraphié au coroner de Québec, car la Croche se trouve dans le district de Québec. Le coroner de Québec n'a pas voulu s'occuper de l'affaire.

C'est sous ces circonstances que Boucher, étant venu vendre ses pelleteries en ville, a été arrêté par le constable Fearon. On ajoute qu'au moment où il a abandonné son neveu, Boucher avait encore la viande de deux castors.

Il est probable que cette affaire va donner lieu à une poursuite criminelle fort difficile et que les tribunaux de Québec auront à faire venir plusieurs des témoins de la Tuque et de la Croche."
Il y a au moins une invraisemblance dans cet article du Constitutionnel qui cite « la rumeur publique » : on ne peut pas enterrer quelqu'un au mois de janvier, sans parler des pieds gelés qui tombent.


Le bon chrétien

Selon le récit de ses voyages sur le Saint-Maurice publié en 1888, l'abbé Napoléon Caron s'est arrêté chez Boucher en août 1887, soit quinze ans après la mort du neveu Plamondon. Voici ce qu'il en dit :

"A l'endroit où la rivière Croche se jette dans le Saint-Maurice, il y a deux magnifiques fermes ; celle qui est du côté de la Tuque appartient à M. Alex Baptiste et a été louée à M. B Hall. Celle qui est du côté nord appartient à M. Jean-Baptiste Boucher, ci-devant chef des Sauvages de Montachingue.

Ce monsieur est un métis intelligent et bon chrétien ; par ses ancêtres français, il est de la même famille que le seigneur Boucher de Maskinongé. Il a épousé une sauvage, et il garde un goût prononcé pour la chasse ; mais il est cultivateur par raison. Il a une jolie maison, extérieurement lambrissée en déclin. Quant à la terre qu'il possède, il nous semble qu'un homme qui a une propriété comme celle-là est déjà arrivé à la richesse.

Madame Boucher a plusieurs enfants et nous avons vu le plus jeune sur un de ces berceaux dont nous avons déjà donné la description. Elle a tous les traits du type sauvage, parle bon français mais paraît vouloir toujours laisser la parole à son mari."
L'abbé Caron a ajouté dans la marge que Jean-Baptiste Boucher n'est plus chef et que c'est son frère Sévère qui l'a remplacé.


Le même Boucher ?

Était-ce bien le même Boucher ?  Plusieurs détails le confirment : son appartenance aux Têtes-de-Boule, la maison à l'embouchure de la Croche, un beau-frère Plamondon.

J'ai trouvé l'article du Constitutionnel et plusieurs autres informations sur le Forum Autochtone de Planète Généalogie, qui est animé par le généalogiste Serge Goudreau. C'est un site à visiter pour ceux qui s'intéressent à la généalogie et à la petite histoire des Amérindiens.

Voir aussi :

- CARON, Napoléon. Deux voyages sur le Saint-Maurice,  Éditions du Septentrion.
- GÉLINAS, Claude. La Gestion de l'étranger : Les Atikamekw et la présence eurocanadienne en Haute-Mauricie 1760-1870,  Éditions du Septentrion, 2000, 379 pages.

mardi 27 septembre 2011

Le roi de la Mauricie

Albert Tessier, Jean Crête et la Mauricie, Collection "L'histoire régionale" no 20, Éditions du Bien Public, Trois-Rivières, 1956.

Ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'industrie forestière dans la région connaissent le nom de Jean J. Crête (1888-1967), surnommé le roi de la Mauricie. Dans les années 1940-1950, c'était sans doute l'homme le plus connu de la région après Maurice Duplessis. Mais Crête était un libéral, un rouge, alors que Duplessis était bleu comme le ciel.

L'auteur, Albert Tessier était un vieil ami de Crête qui a grandement facilité ses déplacements en Haute-Mauricie. Tessier a publié cette biographie élogieuse en 1956, alors que le roi était encore en affaires. L'éloge est sans doute mérité. En effet, tous les témoignages concordent pour reconnaître à Jean Crête de grandes qualités : sa générosité, sa gentillesse et son génie de l'organisation, notamment. Il était loyal envers ses amis et n'avait qu'une parole. Mais on devine qu'il pouvait aussi être dur et intransigeant, quand les choses n'allaient pas comme il le voulait.

Le magasin général

Jean J. Crête n'est pas parti de rien. Son père Adolphe exploitait un magasin général aux Grandes-Piles qui était alors la porte d'entrée des chantiers de la Haute-Mauricie. C'était le dernier village au bout de la ligne de chemin de fer des Piles achevée en 1880. À partir de là, le transport des hommes, des chevaux et des marchandises devait se faire par bateau sur le Saint-Maurice, dans des conditions de navigation parfois difficiles.

À l'âge de dix-huit ans,  après des études commerciales en Ontario, Jean Crête a pris la direction du magasin de son père décédé en 1904. Ce magasin était attenant à sa résidence où se trouvaient aussi son bureau. C'était le début de sa carrière en affaires. Deux occasions se sont ensuite présentées qui lui on permis de construire sa fortune : l'organisation du transport fluvial sur le Saint-Maurice et l'exploitation d'un vaste territoire forestier au nord de Mont-Laurier.

Le transport sur le Saint-Maurice

Sa première grande réussite a été de s'accaparer le monopole du transport des marchandises sur le Saint-Maurice. Il a trouvé des solutions pratiques aux difficultés de navigation, notamment par l'emploi d'embarcations à plus faible tirant d'eau. Les compagnies forestières, trop heureuses de se débarrasser d'un problème, lui ont confié la responsabilité de l'approvisionnement de leurs chantiers. Grâce à ce monopole, Crête se trouvait en position de force pour vendre aux compagnies les marchandises de son magasin des Grandes Piles. Il avait ainsi réalisé un début d'intégration verticale qu'il allait ensuite compléter en effectuant lui-même la coupe du bois.

La coupe du bois

Son magasin général et sa flotte de bateaux lui laissaient du temps libre durant l'hiver et les entreprises de coupe et de flottage l'attiraient. Vers 1922, il a commencé à se faire la main dans l'exploitation forestière en soumissionnant pour de petits contrats. Mais son premier grand contrat, qui allait lui permettre d'établir sa réputation d'entrepreneur forestier, a été celui de la Compagnie MacLaren au nord de Mont-Laurier. L'affaire était particulièrement risquée à cause de l'éloignement de la concession, de l'absence d'infrastructures et du volume minimal prévu de 1,5 million de billots. En deux semaines, Crête a réussi à rentabiliser l'opération en accordant des sous-contrats pour un total record de 11 millions de billots.

Au sommet de ses activités, Crête donnait du travail à plus de 6 000 hommes.  Il a choisi ses plus proches collaborateurs parmi les membres de sa famille : son fils Jean-Paul, son cousin Albert Crête et son gendre Arthur Rouleau.

Il est décédé en novembre 1967, à l'âge de 79 ans, des suites des blessures que lui ont infligé des cambrioleurs qui s'étaient introduits dans son manoir des Grandes Piles.

La photo qui suit a été prise en 1955, alors qu'il était âgé de 67 ans. Remarquez la pose : le sourire engageant, la cigarette dans la main gauche et la main droite dans la poche de son pantalon. On pense évidemment à René Lévêque, mais j'ai une photo de mon grand-père Joseph-Félix Saintonge (1888-1967),  un contemporain de Jean Crête qui exploitait aussi un magasin général, et qui prenait exactement la même pose. C'était, je crois, la posture typique d'un homme entreprenant des années cinquante.


L'exemplaire du livre de Tessier que j'ai en main a été dédicacé par Jean J Crête : « M Mme Charles Dumont en souvenir de notre beau voyage en Europe ».

lundi 26 septembre 2011

Le piège à mouches de tante Eugénie

Eulalie et Eugénie Lampron

Cette photo a été prise vers 1950. On voit à gauche Eulalie Lampron (1879-1956) et à droite sa soeur aînée Eugénie (1875-1959), deux filles de Sévère Lampron et d'Adéline Lord de Saint-Boniface de Shawinigan. Les deux femmes étaient devant la maison d'Eugénie qui était l'épouse d'Hilarion St-Onge, un cultivateur du Grand Quatre.  Eulalie, la petite, était l'épouse du grand Télesphore Descôteaux, un vendeur de machinerie agricole qui a été maire de la paroisse.

Remarquez les mains d'Eulalie qui étaient déformées par l'arthrose. Elle devait souffrir le martyr. Sa soeur Eugénie était atteinte du même mal, mais à un stade moins avancé. C'était une maladie héréditaire des femmes de cette famille.

Eugénie Lampron avait  une façon originale d'attraper les mouches domestiques, en mettant un peu de mélasse dans le fond d'une assiette à tarte qu'elle posait ensuite sur le meuble de son moulin à coudre. Attirées par l'odeur du sucre, les mouches allaient s'y engluer. Le comportement des mouches fascinait les enfants qui observaient le piège.

Eugénie Lampron était sage-femme, à une époque où les mamans accouchaient encore à la maison. On éloignait les enfants chez une voisine pour ne pas qu'ils entendent souffrir leur mère. Les sages-femmes étaient respectées dans leur milieu ; elles inspiraient confiance. Alice Descôteaux ne voulait voir personne d'autre que sa tante Eugénie auprès d'elle dans ces circonstances.

Voir aussi sur ce blog : En attendant bébé en 1901.

jeudi 22 septembre 2011

L'eau ferrugineuse

Un vieux classique de Bourvil (1917-1970) qui m'a beaucoup fait rire : L'eau ferrugineuse.

On attribuait à l'eau riche en fer diverses propriétés médicinales dont celle de guérir l'alcoolisme. L'abbé François-Xavier Côté (1788-1862), curé de Sainte-Geneviève-de-Batiscan, en avait fait un élixir qui guérissait tous les maux des paroissiens qui venaient le consulter (voir sur ce blog L'eau divine de l'abbé Côté).