mardi 19 janvier 2010

La salicaire ne mérite pas sa réputation

Dans la revue Contact de l'Université Laval (Hiver 2010), le biologiste Claude Lavoie fait état de ses recherches sur l'impact de la salicaire sur l'environnement. Cette plante, introduite vers 1830, est réputée très dommageable pour les milieux naturels. Monsieur Lavoie a consulté 907 articles de journaux et 38 articles scientifiques consacrés aux impacts écologiques de cette espèce. Il conclut que "certaines espèces indigènes peuvent souffrir de sa présence, mais il est exagéré de dire qu'elle a causé la disparition d'autres espèces ou qu'elle a un impact négatif important sur les habitats humides". Elle s'installerait la plupart du temps dans des milieux qui ont déjà été perturbés par l'activité humaine.

Je suis content de l'apprendre parce que je me sentais un peu coupable d'en avoir planté une variété horticole (Lythrum salicaria "Robert") à mon chalet. La variété Robert a des fleurs rose vif plutôt que mauve.

lundi 18 janvier 2010

Saint-Étienne-des-Grès 1859-2009

Tout comme Saint-Boniface, Saint-Étienne-des-Grès fêtait ses 150 ans en 2009. Cependant, la municipalité n'a pas produit d'album souvenir mais seulement un diaporama de photographies anciennes présenté sur DVD. Ceux qui s'intéressent à l'histoire de cette municipalité peuvent essayer de trouver un exemplaire de l'album "Histoire du fief et de la paroisse de St-Étienne-des-Grès depuis 1673" qui a été produit par la Société d'histoire locale lors du 125e anniversaire en 1984. C'est un ouvrage très intéressant dont la reliure est malheureusement fragile.

L'année 1673 dans le titre du livre fait référence à la concession de la seigneurie de La Vérandrie, dite aussi La Gabelle. Le site de La Gabelle était alors un lieu de rendez-vous avec les Amérindiens pour le commerce de la fourrure. La seigneurie a été réunie au domaine des Forges du Saint-Maurice en 1737 sous le nom de fief Saint-Étienne. Ce territoire était interdit à la colonisation; il servait de réserve pour l'approvisionnement des Forges en minerai de fer, en charbon et en bois. Un premier établissement a été créé aux Grès sur le bord de la rivière Saint-Maurice vers 1851 (le document est imprécis sur les dates). Une centaine de familles y ont formé un village industriel autour des installations appartenant à l'entrepreneur Georges Baptist. Cet établissement a été fermé en 1883. Les premiers colons de Saint-Étienne-des-Grès sont arrivés au début des années 1850. En 1857, un presbytère et une sacristie ont été construits qui servaient aussi aux habitants des paroisses de Saint-Boniface et de Sainte-Flore situées plus au nord.

Mise à jour du 24 octobre 2011
Un album souvenir du 150ième anniversaire de Saint-Étienne-des-Grès a été publié. Voir les commentaires ci-dessous.

samedi 16 janvier 2010

Saint-Boniface 1859-2009

La municipalité de Saint-Boniface, autrefois nommée Saint-Boniface de Shawinigan, fêtait ses 150 ans en 2009. Un album souvenir a été publié à cette occasion. C'est une très beau livre, bien documenté, d'une présentation soignée, avec une reliure solide. Le responsable Monsieur André Houle et les membres du comité de l'album méritent des félicitations. Une mention spéciale pour les belles photos de Jean-Claude Racine.

Le territoire actuel de Saint-Boniface faisait partie du fief réservé aux Forges du Saint-Maurice. Vers 1825, l'exploitation forestière s'est intensifiée dans la région à la suite du blocus de Napoléon contre la Grande-Bretagne. Les pins de la Mauricie sont alors vendus pour la construction navale. En 1846, le Gouvernement abolit le privilège d'exploitation que détenaient les propriétaires des Forges du Saint-Maurice afin d'ouvrir le territoire à la colonisation; en 1849, il ordonne l'arpentage de la région, ce qui permet dès 1852 le prolongement de la route des Forges jusqu'au pied de la chute de Shawinigan, sur le côté de Saint-Boniface.

Justin Gélinas de Yamachiche a été le premier colon à s'établir à Saint-Boniface, alors appelé Canton Shawinigan, le 17 mars 1850. Il a été suivi par Solyme Caron, Gabriel Boulanger, Olivier Dugré, Pit Dubé et Jean Beaulieu. En plus de défricher la terre, les premiers colons travaillaient à la construction de la glissoire à billes aux chutes de Shawinigan en 1852.

Ce que l'on a fêté en 2009, c'est le 150e anniversaire de l'érection canonique de la paroisse et l'arrivée du premier curé résident. Le peuplement avait commencé bien avant cette date.

La municipalité avait déjà publié un album pour souligner ses 125 ans en 1984. Ce livre-là était différent mais aussi très bien fait. Comme quoi il est possible de reprendre l'exercice à tous les 25 ans sans trop se répéter.

jeudi 14 janvier 2010

Les incendies de Trois-Rivières en 1752 et 1908

La ville de Trois-Rivières a été dévastée par un gigantesque incendie en 1908. C'est la raison pour laquelle on ne trouve aujourd'hui que relativement peu d'édifices anciens dans cette ville qui est pourtant la deuxième plus vieille au Canada après Québec. La photographie ci-haut donne un aperçu des ruines de la ville après l'incendie. Elle a été prise en 1908 par le photographe J.F. Pinsonneault et a été reproduite sur une carte postale plus récente.

La ville a connu un autre incendie majeur en 1752. Des soldats de la garnison aurait allumé le feu qui a brûlé pendant 5 jours et détruit la palissade du bourg, 45 maisons et le couvent des Ursulines. Les suspects ont été soumis à la question par le supplice des brodequins mais n'ont pas été condamnés faute de preuves. Un article sur ce sujet se trouve dans le Fichier d'Accès Rapide à l'histoire de Trois-Rivières ici. Le supplice des brodequins consistait à enfoncer des coins dans les genoux du supplicié à grands coups de maillet. Si l'accusé subissait la torture sans rien avouer, il était déclaré innocent et remis en liberté (voir le Dictionnaire historique et anecdotique des bourreaux ici).

mercredi 13 janvier 2010

Petit lexique du parler ancien de la Mauricie

Une chose que je voulais faire depuis longtemps : un petit lexique du parler ancien de la Mauricie, sans prétention. Ce sont des mots ou des expressions que l'on entendait encore dans la région de Shawinigan il y a une quarantaine d'années mais je suis convaincu que la plupart sont beaucoup plus anciens. Je donne simplement le sens qu'on leur attribuait, sans faire d'hypothèses sur leur origine même si j'ai parfois ma petite idée là-dessus.

Amusez-vous! : restez encore un peu! s'adressant aux visiteurs
Aux Trois-Rivières : à Trois-Rivières
Bien patté : qui a de bonnes pattes ou de bonnes jambes
Bois coti : bois qui a commencé à pourrir
C'est ben donné : c'est à la mode en parlant d'un vêtement
Cossin : objet de peu de valeur, traînerie
Coulant : glissant en parlant d'un chemin en hiver
Déserter : défricher un boisé
Désert : terrain défriché
Faire du portage : livrer des provisions dans les chantiers en hiver
Habitant du fond des rangs : être inférieur
Ne pas avoir fini ses crêpes : ne pas être sorti du bois
Pain sur la sol : pain au lait crouté
Pelottes : boules de pâte qu'on mettait dans le ragoût de pattes
Quart de pain : pain
Souper à l'heure des spotes : souper tard
Sur un chaud temps : vite, beaucoup
Suspect : susceptible
Trimpe : ivrogne
Wabo de track : voyou, vagabond


Voir aussi sur ce blog : vocabulaire de la chasse à l'orignal en Mauricie

Laurentiana : un site à découvrir

J'ai trouvé par hasard sur le web un blog nommé Laurentiana qui s'adresse aux amateurs de vieux livres québécois. L'auteur Jean-Louis Lessard a déjà blogué environ 280 livres au cours des trois dernières années. Il s'intéresse aux ouvrages qui ont au moins cinquante ans. À découvrir.

mardi 12 janvier 2010

Vocabulaire de la chasse à l'orignal en Mauricie

Monsieur Serge Fournier, professeur au Cégep de Shawinigan, a publié en 1985 une étude sur le vocabulaire utilisé par les chasseurs d'orignaux de la Mauricie. L'étude est basée sur les témoignages de vingt chasseurs et trappeurs expérimentés qui ont passé la plus grande partie de leur existence en Mauricie. La plupart sont nés entre 1900 et 1930.

Il y a des anglicismes (ex : buck, swamp), des emprunts aux langues amérindiennes (moskeg, ouache), des termes qui viennent des anciens dialectes de France (étrette, forçures), de même que des innovations québécoises (portager, tondreux).

En voici quelques exemples :

Amourettes : testicules des animaux
Arrachis : arbres arrachés par le vent
Babiches : lèvres de l'orignal
Coureur des côtes : chasseur d'orignal
Dur : foie des animaux
Étrette : rétréci, passage étroit sur un lac
Forçures : gros viscères d'un animal
Frontière : courroie qui s'appuie sur le front pour porter la venaison
Gorgoton : gosier des animaux
Moskeg : marécage
Ouache : cache du chasseur
Portager : transporter à dos d'hommes
Reinquiers : bas du dos, épine dorsale des animaux
Renversis : arbres renversés par le vent
Repoussis : aire de la fôret en regénération
Savane : herbes longues en milieu marécageux
Tondreux : glandes du castor utilisées pour attirer le gibier

La prononciation ette dans étrette (étroit) est très ancienne. Selon l'auteur, elle viendrait du Moyen-Âge dans la région de Paris. On la retrouve aussi au Québec dans frette (froid) et drette (droit).

Les chasseurs disaient "baiser le cul de la vieille" quand ils revenaient bredouille de la chasse. La même expression était utilisée pour signifier qu'une personne avait perdu à un jeu de cartes sans faire une seule levée. Les chasseurs qui n'avaient pas tué disaient aussi "faire un voyage blanc" ou encore "manger du steak de pistes".

Beaucoup de ces mots ou expressions sont aujourd'hui rarement employés ou en voie de disparition; on ne les trouve pas dans les dictionnaires du parler québécois actuel. J'en ai retrouvé plusieurs dans le Glossaire du parler français au Canada qui a été publié en 1930 par la Société du parler français au Canada et qui a été mis en ligne par Monsieur Mario Lemoine (ici). Le même site héberge aussi deux dictionnaires encore plus anciens : le Glossaire franco-canadien et vocabulaire de locutions vicieuses utilisées au Canada d'Oscar Dunn qui a été publié en 1880, de même que le Dictionnaire canadien-français de Sylva Clapin qui date de 1894.