dimanche 18 septembre 2011

Cinq demiards

Cinq demiards était le nom donné autrefois aux bouteilles d'alcool de cinquante onces, chaque demiard canadien valant dix onces (un quart de pinte). Les bûcherons, lorsqu'ils « montaient dans les chantiers » en décembre, en cachaient parfois dans leurs bagages pour prendre un coup durant l'hiver. Les contremaîtres avaient ordre de les confisquer, s'ils les trouvaient.

Vous pouvez écouter le Reel des cinq demiards par le violoneux Joseph Allard  ici.

On trouve une mention du cinq demiards dans Contes, anecdotes et récits canadiens d'Aristide Filiatreault (1910) : 
« ... en revenant à la pension nous eûmes la précaution de nous munir d'un flacon de gin de cinq demiards. »

jeudi 15 septembre 2011

Un site sur les Lavergne

J'ai découvert par hasard un site consacré à la descendance d'Ambroise Lavergne et de Madeleine Joyal, une famille de la Mauricie. Ce site a été construit par Gilles Lavergne et Marcel Dupont. On le trouve ici.

Voir aussi sur ce blog : Monographie de la famille Lavergne.

L'arrivée des Martineau-Saintonge en Mauricie

L'arrivée des Martineau-Saintonge en Mauricie date de 1759, l'année de la prise de Québec par l'armée de Wolfe. Cette année-là, Geneviève Arcand, alors veuve de Simon Martineau-Saintonge, a déménagé sa famille de Deschambault, dans la seigneurie de la Chevrotière, pour aller s'établir à la Rivière-du-Loup (aujourd'hui Louiseville). La seigneurie de la Rivière-du-Loup appartenait alors aux Ursulines de Trois-Rivières. Les familles Saintonge ou St-Onge de la Mauricie descendent des deux garçons de Geneviève Arcand, Simon et Joseph Martineau-Saintonge.

Le moulin de la Chevrotière à Deschambault
 
Geneviève Arcand

Geneviève Arcand a été baptisée le 5 août 1708 à Deschambault. Elle était fille de Simon Arcand et de Marie Isnard. Elle a épousé Simon Martineau-Saintonge, fils de l'ancêtre Mathurin Martineau dit Saintonge, le 25 février 1726 à Deschambault.

Geneviève et Simon ont eu onze enfants, tous nés à Deschambault, dont les huit premiers étaient des filles. C'est une suite d'événements hautement improbable. Essayez d'obtenir huit faces de suite en lançant une pièce de monnaie et vous risquez d'y passer des jours sinon des semaines. Enfin, les neuvième et dixième ont été des garçons, Simon né en 1741 et Joseph né en 1743, suivis d'une dernière fille prénommée Élisabeth.

Simon Martineau-Saintonge est décédé en janvier 1750. En août de l'année suivante, Geneviève Arcand s'est remariée avec un veuf, Jean Denevers dit Boisvert, qui est décédé lui aussi peu après.

Le contrat

On trouve des informations sur le départ de cette famille pour Louiseville dans un contrat qui a été rédigé par le curé de Deschambault, Jean Ménage, le 27 février 1759. Je suppose que le curé faisait alors office de notaire parce qu'il était instruit et qu'il n'y avait pas de notaire à Deschambault. Le contrat rédigé par le curé a ensuite été collationné par le notaire Guyard de Fleury le 8 octobre 1760. J'ai retrouvé des extraits de ce contrat dans le texte d'une conférence prononcée par le généalogiste Jean-Jacques Saintonge il y a une dizaine d'années.

Le contrat prévoit que Geneviève Arcand échange ses propriétés situées dans la seigneurie de la Chevrotière (maison, terre et bâtiments) contre celles de Jean-Baptiste Maranda situées dans la seigneurie de la Rivière-du-Loup  Il prévoit aussi des échanges d'animaux (vaches, moutons, cochons) et de mobilier (couchettes, rouets) pour éviter d'avoir à transporter le tout. En 1759, par le Chemin du roy, il fallait bien deux jours pour aller de Deschambault jusqu'à la Rivière-du-Loup.

Il est à noter que Simon Arcand, le frère de Geneviève est subrogé tuteur. Les femmes, mêmes veuves, n'avaient pas la capacité légale de contracter. Par ailleurs, le contrat nous apprend que la propriété acquise par Geneviève Arcand à la Rivière-du-Loup était située entre celle de Louis Derive au "sorouest" et celle de Gervais Lambert au "nordest". Le déménagement a dû se faire en cette même année 1759 puisque la famille était déjà établie à Louiseville en 1760.

Le contexte de la transaction

Cette transaction m'a longtemps intrigué. Elle soulève deux questions. Comment une veuve en charge d'une famille nombreuse a-t-elle pu organiser un tel échange entre deux propriétés aussi distantes ? Pourquoi s'est-elle ainsi éloignée de sa famille, de ses frères et soeurs qui vivaient à Deschambault ?

J'ai trouvé quelques éléments de réponse qui peuvent nous aider à comprendre le contexte dans lequel s'est faite cette transaction :
    1. Une des filles de Geneviève Arcand, Marie-Louise née en 1739 était déjà installée dans la région. Elle a épousé Alexis Gerbeau le 7 novembre 1757 à Louiseville. Alexis Gerbeau, natif de Louiseville, est peut-être celui qui a organisé l'échange des terres en 1759 pour permettre à sa belle-famille de venir les rejoindre.
    2. L'autre partie au contrat, Jean-Baptiste Maranda n'était pas un inconnu. Son épouse, Marie-Anne Cloutier, était originaire de Deschambault. Ils se sont mariés dans cette paroisse le 24 octobre 1757. 
    3. On observe à cette époque un mouvement de population de la région de Québec vers les seigneuries situées à l'ouest de Trois-Rivières où des terres étaient disponibles. Un nombre important de réfugiés acadiens se sont aussi dirigés vers cette région à la même époque.
Enfin, il ne faut pas oublier le contexte géopolitique. La forteresse de Louisbourg qui gardait l'entrée du golfe du Saint-Laurent est tombée en 1758. En février 1759, l'invasion de la Nouvelle-France était imminente et prévisible. Geneviève Arcand a peut-être voulu mettre ses enfants à l'abri dans la région des Trois-Rivières, moins exposée que celle de Québec à l'attaque des Anglais. Ce n'est qu'une hypothèse, bien sûr.

mardi 13 septembre 2011

La Longue Dépression

Aujourd'hui, dans les médias, crise économique est pratiquement  devenu synonyme de récession. On qualifie de crise le moindre ralentissement de l'activité économique. Mais il fut une époque où l'économie industrielle traversait périodiquement de véritables crises, des dépressions caractérisées par des excédents de production qui entraînaient un chômage massif et des baisses des salaires et des prix. La dernière en date et la plus connue a été la crise économique des années 1930, la Grande Dépression.

Au dix-neuvième siècle, la crise économique la plus sévère a été la Longue Dépression, ainsi appelée parce qu'elle aurait duré plus de vingt ans de 1873 à 1896. En réalité, il s'agissait plutôt d'une suite de récessions rapprochées, entrecoupées de quelques années de croissance. Cette Longue Dépression est survenue après deux décennies de croissance vigoureuse de l'économie mondiale dans les années 1850 et 1860.


Une des conséquences de la Longue Dépression a été la fermeture, temporaire ou définitive, de plusieurs usines de la Nouvelle-Angleterre qui employaient une main-d'oeuvre canadienne française. Des milliers de Franco-Américains devenus chômeurs sont alors revenus dans leur région d'origine pour trouver un moyen de subsistance. Ceux qui avaient accumulé un peu d'épargne pendant leur séjour aux États-Unis pouvaient facilement s'acheter une terre ou une maison à bas prix de ce côté-ci de la frontière, les autres sont allés vivre chez des parents. Beaucoup sont retournés travailler aux États-Unis après quelques années.

Une autre période propice aux retours de Franco-Américains au Canada a été les années 1914-1916 précédant l'engagement des États-Unis dans la première guerre mondiale. Devant la promesse du gouvernement fédéral canadien de ne pas décréter la conscription, beaucoup de Franco-Américains ont préféré ne pas courir le risque d'être enrôlés de force dans l'armée américaine.


vendredi 9 septembre 2011

Petits Chinois et mitraillettes

Dans les années 1950-1960,  à l'école primaire, on pouvait acheter pour 25 cents une image d'un enfant du Tiers-Monde auquel on donnait un prénom. On disait « acheter un petit Chinois ». C'était l'oeuvre de la Sainte-Enfance qui servait à financer les missions en Chine et en Afrique, notamment. Les enfants disaient « petit Chinois d'Afrique » quand l'image représentait un petit Africain.

C'était génial comme marketing. L'idée était de créer un besoin chez les enfants, qui aiment bien collectionner des images, pour qu'ils convainquent leurs parents de financer les missions.


Ma mère disait : « ils vont prendre cet argent-là pour s'acheter des mitraillettes et venir nous mettre des chaînes aux pieds ». Un prétexte pour ne pas payer ? J'en ai quand même acheté et la prophétie maternelle ne s'est pas réalisée : je n'ai pas encore de chaînes aux pieds. Quoique, à la vitesse à laquelle la Chine augmente ses dépenses militaires, ça finira peut-être bien par arriver. Mais c'est une autre histoire.

J'ai trouvé la photo des quatre petits Chinois sur ce site.

mercredi 7 septembre 2011

L'Acadie ou la Cadie ?

On trouve dans les textes anciens deux façons d'écrire le nom de la colonie française des Maritimes : l'Acadie ou la Cadie. La confusion entre les deux mots vient du fait que la prononciation est exactement la même. Celui qui entendait prononcer le nom, et qui ignorait son origine, pouvait donc aussi bien l'écrire d'une façon ou de l'autre.

Les historiens ont formulé deux hypothèses sur l'origine du mot :
  1. En 1524, l'explorateur italien Verazzano, qui était au service du roi de France, a donné à la péninsule de Delmarva au Delaware le nom d'Arcadie, en référence à une région de Grèce que les poètes comparaient à un paradis terrestre. Cette appellation aurait ensuite été déformée en Acadie pour désigner la colonie française située beaucoup plus au nord.
  2. Le nom Cadie viendrait d'une langue amérindienne, micmac ou malécite, et signifierait "terres fertiles".
Les avis sont partagés. Je penche pour la deuxième hypothèse. Malgré l'imprécision des cartes de l'époque, il est invraisemblable qu'un toponyme se soit déplacé ainsi d'un millier de kilomètres du Delaware jusqu'aux Maritimes, sans parler du "r" d'Arcadie qui serait mystérieusement disparu. L'origine amérindienne me semble plus plausible d'autant plus qu'on retrouve le suffixe Cadie dans plusieurs nom de lieux de la région. Si cette explication est la bonne, le terme La Cadie (terres fertiles) a par la suite été écrit différemment dans certains textes officiels, notamment dans le récit des voyages de Samuel de Champlain qui raconte « les choses remarquables qui sont le long de la coste d'Acadie ». Par contre, on trouve dans les Relations des Jésuites les deux noms Cadie et Acadie.

Malgré l'emploi officiel du nom Acadie, les mots Cadie et Cadien sont demeurés dans l'usage courant pendant très longtemps. Ainsi, les descendants des familles qui ont été déportées en Louisiane se nomment Cajuns, une déformation anglaise de Cadiens. Ceux qui sont venus s'établir en Nouvelle-France, à leur retour d'exil, étaient souvent appelés Cadiens et les terres où ils se sont installés étaient nommées Cadie ou petite Cadie.

Quoi qu'il en soit, le nom Acadie s'est finalement imposé et désigne maintenant le territoire habité par le peuple acadien.

mardi 6 septembre 2011

Pellastine

Pellastine est un mot d'enfant, une déformation de "pelle à steam" (steam shovel). Rien à voir avec la Palestine. Au XIXe siècle, les premiers excavateurs ou pelles mécaniques étaient actionnés par un moteur à vapeur. Le moteur diésel a pris la relève vers 1930 mais le nom "pelle à steam" est demeuré en usage au moins jusque dans les années 1960. La technologie change mais les vieux mots restent.

Une pelle à steam de marque Erie en 1925.


La photo coloriée provient du site Greenleigh Farm's Oliver Tractor.