jeudi 21 mai 2009

Le recensement de 1901

Le recensement du Canada de 1901 est disponible en ligne sur le site de Bibliothèque et Archives Canada (http://www.collectionscanada.gc.ca/). Il s'agit de photographies des pages du questionnaire qui sont difficiles à consulter.

Des bénévoles ont retranscrit cette information dans une base de données qui est accessible, en anglais seulement, sur le site d'Automated Genealogy (http://automatedgenealogy.com%29./). C'est un travail colossal. Les erreurs sont nombreuses mais un processus de révision est en cours pour les corriger. À terme, le but d'Automated Genealogy est de coupler cette information avec celles des autres recensements et avec d'autres sources de données nominatives comme le Dictionnaire biographique du Canada et les articles de journaux. Les généalogistes auraient ainsi accès en ligne à une variété d'informations sur un même individu ou une même famille.

J'ai relevé dans la banque de données d'Automated Genealogy les informations sur quelques familles que je connais et ajouté des corrections entre parathèse lorsqu'il y avait des erreurs. Ces erreurs peuvent avoir été faites par les recenseurs qui ont visité les familles en 1901 (certains écrivaient vraiment comme des cochons) ou encore par les bénévoles d'Automated Genealogy qui ont retranscrit les données. Il se peut aussi que des familles aient mal répondu aux questions qui leur étaient posées en 1901, la mauvaise prononciation des prénoms étant une source d'erreur fréquente. Mais dans l'ensemble c'est un excellent travail qui sera très utile aux généalogistes.

Saint-Étienne-des-Grès dans le comté de Saint-Maurice, la famille no 22 : St Onge (St-Onge ou Saintonge) Filex (Félix), sa femme Georgina (Georgianna), leurs enfants Marilouse (Marie-Louise), Edouardina, Alfred, Alvina, Failex (Félix), Arthur, Albert, Mariana (Marie-Anna), de même que Lavallée Exina (Alexina).

Saint-Boniface-de-Shawinigan dans le comté de Saint-Maurice, la famille no 25 : Lampron Olivier, sa femme Marie, son fils George (Georges) et sa fille ? (Eulalie). Dans la même paroisse, la famille no 30 : Bourassa Elzéar, sa femme Osélie (Odélie), ses enfants Diana, Sarah, Louise (Louisa), Philippe, Adjutor, Angélina, Maria, Anna, Antoine , Joseph (Josaphat).

Saint-Mathieu dans le comté de Saint-Maurice, la famille no 74 : Decoteau (Descôteaux) Maxime, sa femme Méry (Marie), ses enfants Atanas (Athanase), Abert (Albert), Adam (Adelme), Eméder (Amédée), Clodia (Élodia). Dans la même paroisse, la famille no 82 : Decoteau (Descôteaux) Thelsphor (Télesphore), sa femme Eulalie et son fils Rogatien. Il y a vraiment beaucoup d'erreurs dans cette paroisse, non seulement dans les noms des personnes mais aussi dans leur date de naissance. Ces données n'ont pas encore été révisées.

Gentilly dans le comté de Nicolet, la famille no 57 : Picard Alphonse, sa femme Aurore, ses filles Léda, Bertha, Alma, Marie A (Marie-Ange) et Jeanne, de même que son frère Ludger.

Sainte-Flore dans le comté de Champlain, la famille no 99 : Lavergne Adelard (Adélard), sa femme Exilda (Azilda), ses enfants Anna, Albertine, Flore, Albert et Lucien.

Pour certaines paroisse, dont Sainte-Flore, des liens hypertextes ont déjà été établis avec le recensement de 1911. On peut ainsi comparer les informations sur une personne ou une famille à dix ans d'intervalle. C'est génial!

vendredi 15 mai 2009

La pieuvre selon Victor Hugo

Victor Hugo s'est exilé sur l'île de de Guernesey de 1855 à 1870 pour fuir le régime de l'empereur Napoléon III. C'est là qu'il a écrit en 1866 son roman "Les travailleurs de la mer" dont le héros Gilliat doit affronter une pieuvre.

"La pieuvre n'a pas de masse musculaire, pas de cri menaçant, pas de cuirasse, pas de corne, pas de dard, pas de pince, pas de queue prenante ou contondante, pas d'ailerons tranchants, pas d'ailerons onglés, pas d'épines, pas d'épée, pas de décharge électrique, pas de virus, pas de venin, pas de griffes, pas de bec, pas de dents. La pieuvre est de toutes les bêtes la plus formidablement armée. Qu'est-ce donc que la pieuvre ? C'est la ventouse.

Dans les écueils de pleine mer, là où l’eau étale et cache toutes ses splendeurs, dans les creux de roches non visités, dans les caves inconnues où abondent les végétations, les crustacés et les coquillages, sous les profonds portails de l’océan, le nageur qui s’y hasarde, entraîné par la beauté du lieu, court le risque d’une rencontre. Si vous faites cette rencontre, ne soyez pas curieux, évadez-vous. On entre ébloui, on sort terrifié. Voici ce que c’est que cette rencontre, toujours possible dans les roches du large. Une forme grisâtre oscille dans l'eau ; c'est gros comme le bras et long d'une demi-aune environ ; c'est un chiffon ; cette forme ressemble à un parapluie fermé qui n'aurait pas de manche. Cette loque avance vers vous peu à peu. Soudain, elle s'ouvre, huit rayons s'écartent brusquement autour d'une face qui a deux yeux ; ces rayons vivent ; il y a du flamboiement dans leur ondoiement ; c'est une sorte de roue ; déployée, elle a quatre ou cinq pieds de diamètre. Épanouissement effroyable. Cela se jette sur vous. L'hydre harponne l'homme. Cette bête s'applique sur sa proie, la recouvre, et la noue de ses longues bandes. En dessous elle est jaunâtre, en dessus elle est terreuse ; rien ne saurait rendre cette inexplicable nuance poussière ; on dirait une bête faite de cendre qui habite l'eau. Elle est arachnéide par la forme et caméléon par la coloration. Irritée, elle devient violette. Chose épouvantable, c'est mou. Ses nœuds garrottent ; son contact paralyse. Elle a un aspect de scorbut et de gangrène ; c'est de la maladie arrangée en monstruosité."

(Victor Hugo, Les travailleurs de la mer, deuxième partie, livre quatrième, chapitre 2)

mercredi 13 mai 2009

Une victime de la grippe espagnole

La grippe A(H1N1), aussi appelée grippe porcine ou mexicaine, a ramené dans l'actualité la crainte d'une pandémie semblable à celle de la grippe espagnole qui s'est répandue en quelques semaines à la fin de la première guerre mondiale.

Lorsque l'armistice a été signée à l’automne 1918, les soldats canadiens qui avaient combattu dans les tranchées en Europe ont ramené avec eux un fléau encore plus terrible que la guerre: un virus qui allait faire vingt millions de victimes dans le monde. Pour une raison inconnue, cette maladie tuait surtout les jeunes adultes.

Louisa Bourassa en est morte. D'après la photo de sa carte mortuaire, c'était une très jolie femme. Elle est décédée le 18 octobre 1918 au plus fort de l’épidémie. Par crainte de la contagion, on l'a enterrée le jour même. Elle avait alors 33 ans et laissait derrière elle son mari et neuf enfants dont un bébé de cinq mois.

Louisa Bourassa avait épousé Ludger Dugré à Saint-Boniface le 25 juillet 1904. Il boitait. Pendant les premières années de leur mariage, ils ont vécu à Saint-Justin dans le comté de Maskinongé où Ludger a exercé le métier de télégraphiste avec ses deux frères Arthem et Arthur qui étaient chefs de gare. Ils sont ensuite retournés vivre à Saint-Boniface où il a acheté une boulangerie sur le site actuel de l’auberge « La Boulangère ». Ils ont eu neuf enfants : Marie-Jeanne (née en 1907), Bernadette (1909), Jean-Marie, Philippe, Germain, Maurice (1913), Raymond (1914), Thérèse (1916) et Georgette (1918).

Ludger Dugré s’est remarié avec Annie Boisvert le 24 février 1920. Il a vendu sa boulangerie à un nommé Kirouac. Ce dernier l’a revendue plus tard à un nommé Therrien qui était réputé pour ses fèves au lard cuites dans le four à pain. En 1922, Ludger Dugré et sa famille sont allés s’établir à Manchester aux États-Unis où il a exercé le métier de garçon d’ascenseur dans un grand magasin.

Certains des petits enfants de Louisa Bourassa sont demeurés au Québec et ont été pris en charge par des parents. Thérèse, qui avait deux ans au décès de sa mère, a passé son enfance chez ses grands-parents Bourassa et chez sa tante Diana dans le Grand Quatre à Saint-Boniface. Diana Bourassa avait pris sa nièce « en élève », comme on disait autrefois.

Quatre des enfants de Louisa sont entrés en religion : un prêtre (Maurice) et trois carmélites (Bernadette, Thérèse et Georgette), qui ont passé leur vie cloîtrées dans des monastères aux États-Unis. Marie-Jeanne, l'aînée des enfants, a travaillé comme infirmière à Trois-Rivières et à Montréal. La photo suivante montre Marie-Jeanne et Bernadette Dugré en 1917, soit un an avant le décès de leur mère.



jeudi 16 avril 2009

Deux souris dans le lave-mains

Un carte postée à Rivière-du-Loup-en-bas le 27 octobre 1906.

Au verso : Cher Papa et chère Maman, je viens vous donner un beau bec à la pincette, et vous dire que nous avons hâte de vous revoir. Adrien est bien et bonne Flavie aussi. Nous avons pris deux souris dans votre lave-mains : êtes-vous contente, ma chère Maman?

Au recto : Est-ce le portrait de votre petit Toto? Je vous embrasse du meilleur de mon coeur. Toto

La légende de la photo, The Age of Innocence, emprunte le titre d'une toile célèbre du peintre britannique Joshua Reynolds (1723-1792).

mardi 31 mars 2009

Josaphat Bourassa a disparu

Josaphat Bourassa, fils d'Elzéar et d'Odélie Gélinas, a disparu sans laisser de traces vers 1925. À l'époque de sa disparition, il travaillait avec son frère Adjutor au moulin à scie de la Howe Lumber aux Trois-Rivières. Il habitait alors une maison de chambres dans cette ville.


On sait peu de choses sur lui. Il est né à Saint-Boniface-de-Shawinigan le 18 décembre 1899. Sa famille vivait assez pauvrement sur une terre située sur le flanc d'une colline dans le Rang Quatre. Josaphat a d'abord travaillé quelques années sur cette ferme pour aider son père avant d'aller aux Trois-Rivières vers 1923 ou 1924.


Sa mère était une dévote qui tirait une grande fierté des vocations religieuses de ses enfants : trois Soeurs de la Providence, une Carmélite, une Adoratrice du Précieux-Sang et un Oblat de Marie-Immaculée. Elle souhaitait ardemment que Josaphat entre lui aussi en religion. Le 28 mai 1918, elle écrivait à son fils Antoni qui venait tout juste d'entrer chez les Oblats à Lachine :

"...nous reconnaissons, non les sacrifices, mais les grands bienfaits du bon Dieu, l'honneur qu'Il nous fait en choisissant six de nos enfants pour les enrôler dans l'armée des Vierges, des privilégiés de son coeur. Comment pouvons-nous remercier ce Dieu si bon, si libéral! Jamais nous ne pourrons nous acquitter de cette dette de reconnaissance. Nous prions sans cesse pour ta persévérance. Remercions Dieu de ta vocation et demandons lui la même faveur pour ton petit frère. Il nous faut deux Oblats à tout prix!..."

Le petit frère dont elle parlait, celui qui devait devenir Oblat à tout prix, c'était Josaphat. Ceux qui l'ont connu sont maintenant décédés. Il serait parti un bon jour sans prévenir ses proches. Je n'ai pas trouvé d'acte de mariage ou de décès à son nom. Il a peut-être décidé d'aller refaire sa vie à l'extérieur du Québec, soit aux États-Unis ou dans une autre province canadienne. Si c'est le cas, il pourrait avoir changé son prénom pour un autre qui sonne plus anglais comme Joseph ou Jos.

jeudi 5 mars 2009

Un cas d'homonymie à Yamachiche

Pour construire un arbre généalogique, il faut essentiellement établir des filiations, c'est-à-dire rattacher les enfants à leurs parents et ces derniers aux grands-parents, et ainsi de suite jusqu'aux ancêtres les plus lointains. Cela semble facile à première vue mais il arrive des cas où une filiation est très difficile à prouver, notamment lorsque plusieurs couples ont porté les mêmes noms dans un même endroit et à une même époque. On en trouve un beau cas à Yamachiche où deux couples homonymes se sont mariés à 15 ans d'intervalle :

Couple A : Le 10 mai 1813, Paul Bellemare, fils de Joseph et de Marie-Josephte Leblanc, épouse Marguerite Gélinas, fille de Joseph-Baptiste et de Françoise Lacerte.

Couple B : Le 29 juillet 1828, Paul Bellemare, fils de Pierre et de Pélagie Carbonneau, épouse Marguerite Gélinas, fille de Pierre et de Marguerite Milot.

J'ai relevé 19 mariages d'enfants d'un Paul Bellemare et d'une Marguerite Gélinas dans la région de Yamachiche à cette époque. Il y en a peut-être eu d'autres; je n'ai pas cherché partout mais c'est déjà beaucoup pour deux couples. Voici ces 19 mariages par ordre chronologique :

Enfant 1 : Le 1er février 1841, Marguerite épouse Antoine Gélinas à Yamachiche.
Enfant 2 : Le 10 août 1842, Paul épouse Thècle Gélinas à Yamahiche.
Enfant 3 : Le 21 février 1843, Joseph épouse M-Hermine Gélinas à Yamachiche.
Enfant 4 : Le 26 août 1844, Monique épouse Joseph Trahan à Yamachiche.
Enfant 5 : Le 18 janvier 1848, Marie-Rosaire épouse Damase Gélinas à Yamachiche.
Enfant 6 : Le 15 janvier 1849, Marguerite épouse Louis Lamy à Yamachiche.
Enfant 7 : Le 23 octobre 1849, Hermine épouse Honoré Gélinas à Yamachiche.
Enfant 8 : Le 15 oct 1850, Frédéric épouse Marie Gélinas à Yamachiche.
Enfant 9 : Le 4 février 1851, Paulée épouse Eusèbe Bellemare à Saint-Barnabé.
Enfant 10 : Le 5 avril 1853, Léonard épouse Anne-Hélène Descôteaux à Yamachiche.
Enfant 11 : Le 5 octobre 1854, Adèle épouse Bathélémi Caron à Yamachiche.
Enfant 12 : Le 28 juillet 1857, Paul épouse Émilie Bournival à Saint-Barnabé.
Enfant 13 : Le 13 avril 1861, M-Anne-Élisa épouse Pierre Morin à Saint-Justin de Maskinongé. Le célébrant a noté que les parents de la mariée étaient de Yamachiche.
Enfant 14 : Le 25 octobre 1864, Moïse épouse Olivine Melançon à Saint-Barnabé.
Enfant 15 : Le 13 août 1866, François-Xavier épouse Adèle Melançon à Saint-Barnabé.
Enfant 16 : Le 16 sep 1868, Sophie épouse Arsène Côté à Saint-Barnabé.
Enfant 17 : Le 26 novembre 1872, Émilie épouse Télesphore Rivard à Saint-Barnabé.
Enfant 18 : Le 11 février 1873, Thomas épouse Elzire Boucher à Yamachiche.
Enfant 19 : Le 25 nov. 1874, Pierre épouse Élisabeth M.-Deschesnes à Saint-Barnabé.


La difficulté est de relier chacun de ces enfants Bellemare à un des deux couples présentés plus haut. Un examen rapide de l'information contenue dans les actes de mariage permet de rattacher les enfants 1, 2, 3, 6 et 12 :


  • Les cas des enfants 1 à 3 sont plus faciles. À cause des dates de leurs mariages, Marguerite, Paul et Joseph doivent être rattachés au couple A.

  • L'enfant 6, Marguerite, doit être rattachée au couple B parce qu'elle porte le même prénom que l'enfant 1. Même raisonnement pour l'enfant 12 Paul qui porte le même prénom que l'enfant 2.

Il en reste donc 14. Nous serions tentés de rattacher les mariages les plus récents au couple B mais il n'y a aucune preuve en ce sens. Il pourrait aussi bien s'agir d'enfants du couple A qui se sont mariés sur le tard. Il faut donc trouver autre chose pour les départager (à suivre...).


Voir aussi sur ce blog : Un cas d'homonymie à Saint-Étienne-des-Grès

vendredi 13 février 2009

Sensation

Pour la Saint-Valentin un court poème d'Arthur Raimbaud écrit en mars 1870. Il a été mis en musique par Robert Charlebois et L. Morin sur l'album Québec Love paru en 1969. Cette chanson a ensuite été reprise par Daniel Bélanger. Je crois que Jacques Higelin l'a aussi interprétée. Raimbaud n'avait que 15 ans quand il a composé ces deux quatrains.




Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien,
Mais l'amour infini me montera dans l'âme ;
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, heureux- comme avec une femme.