mercredi 13 mai 2009

Une victime de la grippe espagnole

La grippe A(H1N1), aussi appelée grippe porcine ou mexicaine, a ramené dans l'actualité la crainte d'une pandémie semblable à celle de la grippe espagnole qui s'est répandue en quelques semaines à la fin de la première guerre mondiale.

Lorsque l'armistice a été signée à l’automne 1918, les soldats canadiens qui avaient combattu dans les tranchées en Europe ont ramené avec eux un fléau encore plus terrible que la guerre: un virus qui allait faire vingt millions de victimes dans le monde. Pour une raison inconnue, cette maladie tuait surtout les jeunes adultes.

Louisa Bourassa en est morte. D'après la photo de sa carte mortuaire, c'était une très jolie femme. Elle est décédée le 18 octobre 1918 au plus fort de l’épidémie. Par crainte de la contagion, on l'a enterrée le jour même. Elle avait alors 33 ans et laissait derrière elle son mari et neuf enfants dont un bébé de cinq mois.

Louisa Bourassa avait épousé Ludger Dugré à Saint-Boniface le 25 juillet 1904. Il boitait. Pendant les premières années de leur mariage, ils ont vécu à Saint-Justin dans le comté de Maskinongé où Ludger a exercé le métier de télégraphiste avec ses deux frères Arthem et Arthur qui étaient chefs de gare. Ils sont ensuite retournés vivre à Saint-Boniface où il a acheté une boulangerie sur le site actuel de l’auberge « La Boulangère ». Ils ont eu neuf enfants : Marie-Jeanne (née en 1907), Bernadette (1909), Jean-Marie, Philippe, Germain, Maurice (1913), Raymond (1914), Thérèse (1916) et Georgette (1918).

Ludger Dugré s’est remarié avec Annie Boisvert le 24 février 1920. Il a vendu sa boulangerie à un nommé Kirouac. Ce dernier l’a revendue plus tard à un nommé Therrien qui était réputé pour ses fèves au lard cuites dans le four à pain. En 1922, Ludger Dugré et sa famille sont allés s’établir à Manchester aux États-Unis où il a exercé le métier de garçon d’ascenseur dans un grand magasin.

Certains des petits enfants de Louisa Bourassa sont demeurés au Québec et ont été pris en charge par des parents. Thérèse, qui avait deux ans au décès de sa mère, a passé son enfance chez ses grands-parents Bourassa et chez sa tante Diana dans le Grand Quatre à Saint-Boniface. Diana Bourassa avait pris sa nièce « en élève », comme on disait autrefois.

Quatre des enfants de Louisa sont entrés en religion : un prêtre (Maurice) et trois carmélites (Bernadette, Thérèse et Georgette), qui ont passé leur vie cloîtrées dans des monastères aux États-Unis. Marie-Jeanne, l'aînée des enfants, a travaillé comme infirmière à Trois-Rivières et à Montréal. La photo suivante montre Marie-Jeanne et Bernadette Dugré en 1917, soit un an avant le décès de leur mère.



jeudi 16 avril 2009

Deux souris dans le lave-mains

Un carte postée à Rivière-du-Loup-en-bas le 27 octobre 1906.

Au verso : Cher Papa et chère Maman, je viens vous donner un beau bec à la pincette, et vous dire que nous avons hâte de vous revoir. Adrien est bien et bonne Flavie aussi. Nous avons pris deux souris dans votre lave-mains : êtes-vous contente, ma chère Maman?

Au recto : Est-ce le portrait de votre petit Toto? Je vous embrasse du meilleur de mon coeur. Toto

La légende de la photo, The Age of Innocence, emprunte le titre d'une toile célèbre du peintre britannique Joshua Reynolds (1723-1792).

mardi 31 mars 2009

Josaphat Bourassa a disparu

Josaphat Bourassa, fils d'Elzéar et d'Odélie Gélinas, a disparu sans laisser de traces vers 1925. À l'époque de sa disparition, il travaillait avec son frère Adjutor au moulin à scie de la Howe Lumber aux Trois-Rivières. Il habitait alors une maison de chambres dans cette ville.


On sait peu de choses sur lui. Il est né à Saint-Boniface-de-Shawinigan le 18 décembre 1899. Sa famille vivait assez pauvrement sur une terre située sur le flanc d'une colline dans le Rang Quatre. Josaphat a d'abord travaillé quelques années sur cette ferme pour aider son père avant d'aller aux Trois-Rivières vers 1923 ou 1924.


Sa mère était une dévote qui tirait une grande fierté des vocations religieuses de ses enfants : trois Soeurs de la Providence, une Carmélite, une Adoratrice du Précieux-Sang et un Oblat de Marie-Immaculée. Elle souhaitait ardemment que Josaphat entre lui aussi en religion. Le 28 mai 1918, elle écrivait à son fils Antoni qui venait tout juste d'entrer chez les Oblats à Lachine :

"...nous reconnaissons, non les sacrifices, mais les grands bienfaits du bon Dieu, l'honneur qu'Il nous fait en choisissant six de nos enfants pour les enrôler dans l'armée des Vierges, des privilégiés de son coeur. Comment pouvons-nous remercier ce Dieu si bon, si libéral! Jamais nous ne pourrons nous acquitter de cette dette de reconnaissance. Nous prions sans cesse pour ta persévérance. Remercions Dieu de ta vocation et demandons lui la même faveur pour ton petit frère. Il nous faut deux Oblats à tout prix!..."

Le petit frère dont elle parlait, celui qui devait devenir Oblat à tout prix, c'était Josaphat. Ceux qui l'ont connu sont maintenant décédés. Il serait parti un bon jour sans prévenir ses proches. Je n'ai pas trouvé d'acte de mariage ou de décès à son nom. Il a peut-être décidé d'aller refaire sa vie à l'extérieur du Québec, soit aux États-Unis ou dans une autre province canadienne. Si c'est le cas, il pourrait avoir changé son prénom pour un autre qui sonne plus anglais comme Joseph ou Jos.

jeudi 5 mars 2009

Un cas d'homonymie à Yamachiche

Pour construire un arbre généalogique, il faut essentiellement établir des filiations, c'est-à-dire rattacher les enfants à leurs parents et ces derniers aux grands-parents, et ainsi de suite jusqu'aux ancêtres les plus lointains. Cela semble facile à première vue mais il arrive des cas où une filiation est très difficile à prouver, notamment lorsque plusieurs couples ont porté les mêmes noms dans un même endroit et à une même époque. On en trouve un beau cas à Yamachiche où deux couples homonymes se sont mariés à 15 ans d'intervalle :

Couple A : Le 10 mai 1813, Paul Bellemare, fils de Joseph et de Marie-Josephte Leblanc, épouse Marguerite Gélinas, fille de Joseph-Baptiste et de Françoise Lacerte.

Couple B : Le 29 juillet 1828, Paul Bellemare, fils de Pierre et de Pélagie Carbonneau, épouse Marguerite Gélinas, fille de Pierre et de Marguerite Milot.

J'ai relevé 19 mariages d'enfants d'un Paul Bellemare et d'une Marguerite Gélinas dans la région de Yamachiche à cette époque. Il y en a peut-être eu d'autres; je n'ai pas cherché partout mais c'est déjà beaucoup pour deux couples. Voici ces 19 mariages par ordre chronologique :

Enfant 1 : Le 1er février 1841, Marguerite épouse Antoine Gélinas à Yamachiche.
Enfant 2 : Le 10 août 1842, Paul épouse Thècle Gélinas à Yamahiche.
Enfant 3 : Le 21 février 1843, Joseph épouse M-Hermine Gélinas à Yamachiche.
Enfant 4 : Le 26 août 1844, Monique épouse Joseph Trahan à Yamachiche.
Enfant 5 : Le 18 janvier 1848, Marie-Rosaire épouse Damase Gélinas à Yamachiche.
Enfant 6 : Le 15 janvier 1849, Marguerite épouse Louis Lamy à Yamachiche.
Enfant 7 : Le 23 octobre 1849, Hermine épouse Honoré Gélinas à Yamachiche.
Enfant 8 : Le 15 oct 1850, Frédéric épouse Marie Gélinas à Yamachiche.
Enfant 9 : Le 4 février 1851, Paulée épouse Eusèbe Bellemare à Saint-Barnabé.
Enfant 10 : Le 5 avril 1853, Léonard épouse Anne-Hélène Descôteaux à Yamachiche.
Enfant 11 : Le 5 octobre 1854, Adèle épouse Bathélémi Caron à Yamachiche.
Enfant 12 : Le 28 juillet 1857, Paul épouse Émilie Bournival à Saint-Barnabé.
Enfant 13 : Le 13 avril 1861, M-Anne-Élisa épouse Pierre Morin à Saint-Justin de Maskinongé. Le célébrant a noté que les parents de la mariée étaient de Yamachiche.
Enfant 14 : Le 25 octobre 1864, Moïse épouse Olivine Melançon à Saint-Barnabé.
Enfant 15 : Le 13 août 1866, François-Xavier épouse Adèle Melançon à Saint-Barnabé.
Enfant 16 : Le 16 sep 1868, Sophie épouse Arsène Côté à Saint-Barnabé.
Enfant 17 : Le 26 novembre 1872, Émilie épouse Télesphore Rivard à Saint-Barnabé.
Enfant 18 : Le 11 février 1873, Thomas épouse Elzire Boucher à Yamachiche.
Enfant 19 : Le 25 nov. 1874, Pierre épouse Élisabeth M.-Deschesnes à Saint-Barnabé.


La difficulté est de relier chacun de ces enfants Bellemare à un des deux couples présentés plus haut. Un examen rapide de l'information contenue dans les actes de mariage permet de rattacher les enfants 1, 2, 3, 6 et 12 :


  • Les cas des enfants 1 à 3 sont plus faciles. À cause des dates de leurs mariages, Marguerite, Paul et Joseph doivent être rattachés au couple A.

  • L'enfant 6, Marguerite, doit être rattachée au couple B parce qu'elle porte le même prénom que l'enfant 1. Même raisonnement pour l'enfant 12 Paul qui porte le même prénom que l'enfant 2.

Il en reste donc 14. Nous serions tentés de rattacher les mariages les plus récents au couple B mais il n'y a aucune preuve en ce sens. Il pourrait aussi bien s'agir d'enfants du couple A qui se sont mariés sur le tard. Il faut donc trouver autre chose pour les départager (à suivre...).


Voir aussi sur ce blog : Un cas d'homonymie à Saint-Étienne-des-Grès

vendredi 13 février 2009

Sensation

Pour la Saint-Valentin un court poème d'Arthur Raimbaud écrit en mars 1870. Il a été mis en musique par Robert Charlebois et L. Morin sur l'album Québec Love paru en 1969. Cette chanson a ensuite été reprise par Daniel Bélanger. Je crois que Jacques Higelin l'a aussi interprétée. Raimbaud n'avait que 15 ans quand il a composé ces deux quatrains.




Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien,
Mais l'amour infini me montera dans l'âme ;
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, heureux- comme avec une femme.

mardi 27 janvier 2009

Le monde maya : les cénotes

Cénote : du maya Zo-not qui signifie chose profonde. Une bouche ouverte sur l'au-delà.


Les cénotes sont des puits naturels qui résultent de l'effondrement d'un sol calcaire dans une caverne. Ces cavernes à ciel ouvert s'emplissent d'eau de pluie ou de rivières souterraines. Leur profondeur peut parfois atteindre plusieurs centaines de mètres.

Il y aurait plus de 2000 cénotes dans la roche calcaire de la péninsule du Yucatan. Comme il n'y a pratiquement pas d'eau de surface dans cette région, les Mayas construisaient leurs villes à proximité des cénotes pour s'assurer d'une source d'eau potable. Ils considéraient ces puits naturels comme des ouvertures, des bouches, permettant de communiquer avec l'au-delà.



Les deux premières photos montrent le fameux "Cénote bleu" du parc archéologique d'Ik-Kil situé à 3 km de Chichen Itza. Un escalier a été creusé dans la roche pour permettre aux visiteurs d'y descendre et des ouvertures d'observation ont été aménagées, semblables à celles que l'on trouve derrière les chutes du Niagara. La paroi est couverte de mousse et de plantes en différents tons de vert; des racines ou lianes frêles pendent par l'ouverture. L'eau est d'une limpidité remarquable; on peut facilement y distinguer des poissons qui nagent à plusieurs mètres de profondeur. Selon la légende, un plongeon dans cette eau permettrait de rajeunir de 7 ans; il faudrait donc interdire la baignade aux jeunes enfants.



La troisième photo montre un autre cénote situé celui-là sur le site de Chichen Itza. Le nom de cette ancienne ville maya signifie "bouche du puits des Itza" dans l'ancien dialecte local. Le puits mesure près de 30 mètres de diamètre avec une profondeur de 20 mètres. On l'appelle le Cénote sacré. C'est aujourd'hui devenu un trou boueux, très différent du Cénote bleu d'Ik-Kil. Des fouilles ont permis d'y trouver les ossements d'une centaine de personnes, surtout des enfants de sexe masculin, de même que des bijoux en or et en jade. Différentes théories ont été avancées pour expliquer la présence de ces ossements : sacrifices rituels, mise à mort de prisonniers, sépultures d'enfants, etc. En l'absence de témoignage écrit, on ne le saura peut-être jamais avec certitude.



Quelle qu'en soit la raison, cette pratique de jeter des gens dans une source d'eau devait poser des problèmes de salubrité. Notons toutefois qu'il existe un deuxième puits à Chichen Itza, le cénote Xtoloc, qui était peut-être réservé à l'alimentation en eau.




jeudi 18 septembre 2008

Les passantes

La chanson "Les passantes" a été enregistrées par Georges Brassens en 1972 et reprise par Francis Cabrel en 1996 sur l'album "Ils chantent Brassens". C'est un des plus beaux textes de la chanson française.

Le poème est d'Antoine Pol, un militaire français né en 1888 et décédé en 1971. Il a été publié en 1918, à compte d'auteur, dans un recueil intitulé "Émotions poétiques". Brassens est tombé dessus par hasard dans un marché aux puces. Il a essayé d'en retrouver l'auteur mais celui-ci était mort quelques mois plus tôt. Pol n'a donc jamais su que le poème qu'il avait composé dans sa jeunesse et publié à quelques centaines d'exemplaires allait devenir une chanson populaire.


Le poème original de Pol comportait neuf strophes mais Brassens n'en a retenu que sept dans sa chanson. Voici la version qui a été chantée par Brassens :



Les passantes


Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connaît à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux coeurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir



Les deux strophes qui ont été écartées par Brassens étaient les quatrième et sixième du poème de Pol. Elles n'ajoutaient pas grand chose au texte sinon une certaine longueur. Les voici :




A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulut rester inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

A ces timides amoureuses
Qui restèrent silencieuses
Et portent encor votre deuil
A celles qui s'en sont allées
Loin de vous, tristes esseulées
Victimes d'un stupide orgueil.


http://www.youtube.com/watch?v=l4Q7urIVYAE