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mardi 18 décembre 2012

Enfin un pont !

Dans un article publié le 22 avril 1872, un correspondant anonyme du Journal des Trois-Rivières exprimait sa joie de voir enfin un pont de bois construit sur la rivière Batiscan. Des cris d'allégresse et quelques décharges de carabines ont salué cet événement :
« Monsieur le rédacteur,

Bonne nouvelle! Nous avons ce printemps un pont de bois pour remplacer notre pont de glace. Le pont que M. N.P. Massicotte a entrepris de construire l’automne dernier, sur la rivière Batiscan, vis-à-vis l’église de Ste-Geneviève, vient d’être ouvert aux piétons. Et cela, certes, dans un temps où personne peut en contester l’utilité. La rapidité avec laquelle s’est fait l’ouvrage depuis deux mois nous permet de croire qu’il sera terminé bientôt.

L’inauguration, pour le moment, a consisté en des cris de joie et d’allégresse, quelques décharges de carabines et enfin le toast toujours de rigueur en pareille circonstance. Quant à la qualité de l’ouvrage, je laisse aux connaisseurs de l’apprécier.

Toujours est-il qu’un pont est une bonne fortune pour la paroisse. Je souhaite qu’il fasse celle de son auteur à qui nous offrons toutes nos félicitations.

Tout à vous, M. le rédacteur »
Vieux pont en bois


Deux ans plus tôt, la législature de Québec avait fixé par décret les péages que pourrait exiger le propriétaire du pont  : 
  • Pour un piéton : 2 cents
  • Pour chaque voiture à deux roues tirée par un cheval : 8 cents
  • Pour chaque voiture à quatre roues tirée par un cheval : 10 cents
  • Pour chaque voiture à quatre roues tirée par 2 chevaux : 15 cents
  • Pour chaque cheval additionnel : 5 cents
  • Pour chaque cheval ou bête portant un cavalier : 6 cents
  • Pour chaque cheval, mulet, vache ou tête de gros bétail : 3 cents
  • Pour chaque mouton, veau, cochon, etc. : 2 cents

Le décret du gouvernement prévoyait aussi les dimensions suivantes : « Les arches auront dix-huit à vingt pieds au-dessus des basses eaux avec une distance de pas moins de cinquante pieds entre les piliers. » (Le Journal des Trois-Rivières,19 septembre 1870).

On trouve sur le site de la municipalité de Sainte-Geneviève de Batiscan quelques informations sur la suite de l'histoire de ce pont de bois. Il a été emporté au printemps 1896 et la traverse a été rétablie pour la durée des réparations. Le monopole de cette traverse temporaire a été accordé au propriétaire du pont Ovide Massicotte. Il a été racheté par la municipalité en 1917, parce que le coût des réparations était devenu trop élevé pour un particulier.



Sources : Les articles de journaux sont tirés des Bases de données en histoire de la Mauricie. L'image du vieux pont provient d'une carte postale en vente sur ce site.

jeudi 31 mai 2012

Des livres et des piastres

Nous avons vu dans un message précédent qu'après l'introduction du dollar canadien, la piastre en usage au Canada français était devenu synonyme de dollar (voir Grand chèque en piastres sur ce blog). Mais que valait la piastre en livre anglaise qui était la monnaie de référence à l'époque ?

Voici quelques exemples de contrats libellés en piastres, tirés du minutier de Robert Trudel, notaire à Sainte-Geneviève-de-Batiscan dans le comté de Champlain. Il m'ont été transmis par Guy Parent de Québec qui tient un blog sur les familles Parent.
  1. Le 23 novembre 1857. François Massicotte, fils de Louis, cultivateur de Saint-Narcisse, achète d’Augustin Massicotte, cultivateur de Saint-Prosper, un cheval sous poil rouge, 46 piastres. 
  2. Le 16 avril 1858. Vente de Joseph Gauthier, agriculteur et Juge de Paix, de Saint-Narcisse, à Isidore Trépanier, marchand de Saint-Narcisse, un terrain au 2e rang de 70 pi.x 133 pi., près de l’église, pour un prix de 10 livres ou 40 piastres. 
  3. Le 15 juin 1858. Quittance de Cyrille Massicotte et son épouse, Luce Simon Ayotte, et Cyrille Bronsard et son épouse, Julie Simon Ayotte, à Émilie Baril, veuve Joseph Simon Ayotte, cultivateur de Saint-Narcisse; 100 livres, la livre de 20 sous.
  4. Le 3 novembre 1858. Vente de François Vermette, marchand de Sainte-Geneviève, et son épouse Exupère Baribault, à Nazaire Simon Ayotte, cultivateur de Saint-Narcisse, une terre au premier rang de 2 arpents sur 25 arpents; Prix : 100 livres ou 400 piastres.
Ces contrats ont donc été conclu après l'introduction du dollar canadien en 1854, à parité avec la piastre. La piastre, qui était déjà utilisée comme unité monétaire avant 1854, est alors devenue synonyme de dollar pour les francophones du Bas-Canada. Notons qu'en Louisiane, le mot piastre était utilisé par les Cajuns, descendants des réfugiés acadiens, comme synonyme du dollar américain.
Les contrats nos 2 et 4 nous donnent le taux de conversion de la piastre (dollar) en livre : en 1858, la piastre valait le quart d'une livre anglaise.
Le contrat no 3 précise que la livre contenait 20 sous. Avant 1971, la livre anglaise était divisée en 20 schillings d'argent, selon l'ancien système duodécimal. Chaque shilling valait 12 pennies et 24 halfpennies en cuivre. Des unités monétaires équivalentes étaient en vigueur en France avant la Révolution (livre, sous, denier et demi-denier).

Un schilling en argent de 1855

Les contrats nos 1 et 4 nous donnent un aperçu des prix relatifs. En 1857-1858, un cheval « sous poil rouge » (contrat no 1) valait neuf fois moins qu'un terrain situé près de l'église (contrat no 4).

lundi 2 avril 2012

Les sucres

À lire sur le web un recherche de Raoul Carrier sur l'histoire du temps des sucres. Il y est question, entre autres, de la description qu'en faisait Antoine Gérin-Lajoie dans son roman Jean Rivard publié en 1862.

Par ailleurs, on trouve sur Laurentiana un article sur l'album des gravures d'Edmond-J. Massicotte intitulé Nos Canadiens d'Autrefois. Cet album a été publié en 1923. On peut le consulter en format PDF sur le site des BANQ.

Une des gravures de l'album de Massicotte s'intitule les sucres. On y voit des sucriers à l'oeuvre près d'un abri de fortune qui leur servait de cabane. On remarque qu'ils faisaient bouillir la sève d'érable à l'extérieur. 

L'entaille des érables est une pratique qui a été apprise des Amérindiens et la technique utilisée par les premiers colons était semblable à la leur. La sève était d'abord recueillie dans des contenants en écorce de bouleau. Dans les régions nordiques, comme en Haute-Mauricie, où il n'y a pas d'érables à sucre (acer saccharum), les Amérindiens buvaient l'eau du bouleau blanc (betula papyrifera) qui est moins sucrée que l'eau d'érable. Je ne crois pas qu'ils la faisaient bouillir. La fabrication du sirop nécessite des contenants en métal qui n'étaient pas disponibles avant l'arrivée des Blancs.

La cabane à sucre que nous connaissons, avec un toit qui s'ouvre pour laisser sortir la vapeur, est une invention moderne. Sans parler de ces cafétérias que l'on désigne aujourd'hui sous le nom de cabanes à sucre.

Line-Marie Awashish de la communauté de Wemotaci a effectué une recherche sur l'utilisation du bouleau par les Atikamegws de la Haute-Mauricie.

samedi 2 avril 2011

L'eau divine de l'abbé Côté

« L'Eau divine » n'est pas qu'une marque de parfum. Depuis des siècles, ce terme désigne différentes potions ou lotions qui sont supposées guérir ceux qui ont la foi. Encore aujourd'hui, on peut attirer sur soi les « forces bénéfiques », en achetant de l'eau divine sur internet.


Dans Sainte-Geneviève de Batiscan, publié en 1936 aux Éditions du Bien Public, E.-Z. Massicotte raconte une anecdote au sujet du curé François-Xavier Côté (1788-1862) qui avait, parait-il, des talents de guérisseur. L'abbé Côté, qui aurait peut-être préféré devenir médecin ou apothicaire, confectionnait ses propres remèdes et les administrait aux malades, parfois contre l'avis du médecin traitant. Voici ce que Massicotte raconte à son sujet :

" Pour préparer ses médicaments, l'expert abbé Côté employait souvent des plantes, mais son remède par excellence, son « Eau divine » , que le peuple nommait « l'eau rouge», était d'une autre composition.  
Avec ce liquide et la profonde confiance qu'il inspirait à ses patients et la foi en Dieu qu'il savait admirablement développer chez ceux qui avaient recours à ses soins, il obtint des guérisons remarquables. Le lieutenant-colonel Massicotte citait, par exemple, le cas d'un nommé Casimir Sanscartier, employé aux scieries des chutes sur la rivière Batiscan. Ce malheureux, par une fausse manoeuvre, s'était fait entamer un bras et il avait perdu beaucoup de sang. On alla chercher un docteur ainsi que l'abbé Côté. Le chirurgien fut d'avis de pratiquer l'amputation et le blessé allait consentir, lorsque le bon vieux curé défendit à Sancartier de se laisser mutiler. Il avait examiné la blessure et assurait qu'avec l'aide du Souverain Maître et de son « eau rouge », il lui conserverait le membre endommagé.
Aussitôt, il fit une application de l'eau, puis banda le bras avec des éclisses et de la toile. Il continua le traitement, renouvela les applications, puis, un jour, Sancartier reprit l'usage de son bras. Cette « eau rouge » dont on ignora longtemps la composition, semble maintenant connue. Du moins, la « Matière médicale » des RR. SS. de la Providence en donne la formule, car voici ce qu'on lit aux mots « Peroxyde de fer », colcota, ou rouille de fer : « L'Eau divine de M. Côté, composée d'une grande cuillerée de colcotar pour une chopine d'eau bouillante forme une des meilleures lotions à employer pour la cure radicale des plaies et pour l'inflammation des yeux. Pour ce dernier cas, l'eau doit être affaiblie .... "

J'ai rassemblé quelques informations sur les personnages de cette histoire.

François-Xavier Côté ( 1788-1862)
Les talents de guérisseur de l'abbé François-Xavier Côté lui ont amené des patients venant de partout au Québec. Il est devenu, en quelque sorte, le Frère André de Sainte-Geneviève-de-Batiscan. Il a été curé de cette paroisse pendant 43 ans de 1818 à 1861.  Nommé archiprêtre, il s'est beaucoup impliqué dans les oeuvres d'aide aux pauvres. Il possédait une importante bibliothèque contenant, notamment, des ouvrages de médecine. Habile artisan, il a fabriqué lui-même une partie du mobilier de l'église. À ses funérailles, des fidèles qui défilaient devant sa tombe en profitèrent pour prélever des reliques en lui coupant une mèche de cheveu ou un morceau de vêtement.

Un dénommé Casimir Sanscartier a épousé Marie-Louise Massicotte en 1825 à Sainte-Geneviève-de-Batiscan. Il pourrait s'agir du blessé du récit du lieutenant-colonel Massicotte.

Narcisse-Pierre Massicotte (1830-1897)
Le lieutenant-colonel Narcisse-Pierre Massicotte était propriétaire d'un pont à péage sur la rivière Batiscan, qu'il avait construit en 1872 avec les pierres de l'ancienne église de Sainte-Geneviève. Il en coûtait 2 cents pour le passer à pied et 2 dollars annuellement pour les voitures. C'était une entreprise très rentable. Narcisse-Pierre Massicotte était responsable des compagnies de milice dans le comté de Champlain, d'où son titre de lieutenant-colonel. Il a épousé Marie-Émerentienne Matte le 21 janvier 1856 à Sainte-Anne-de-la-Pérade.



Les deux portraits ci-dessus sont de l'illustrateur Joseph-Edmond Massicotte. Ils ont été publiés dans Le Monde illustré. On les trouve sur le site de BANQ.