jeudi 17 décembre 2015

À propos de Jean Saintonge et Marie Simard

La région de Chicoutimi, qui depuis 1652 faisait partie du Domaine du roi, a été ouverte à la colonisation en 1842.

Plusieurs mariages qui auraient été célébrés à cet endroit au début de la colonisation sont aujourd'hui introuvables. J'imagine que le carnet d'un missionnaire, qui lui servait de registre, a été perdu alors qu'il pagayait dans les rapides.

En l'absence d'un acte de mariage, il faut établir une preuve de filiation des époux avec leurs parents présumés. Malheureusement, à Chicoutimi, ces preuves de filiation sont difficiles à établir parce que les célébrants des paroisses de la région négligeaient de préciser, dans les actes de baptême, les liens de parenté entre les parrains, les marraines et les enfants.

Un de ces mariages perdus est celui de Jean Saintonge et de Marie Simard qui aurait été célébré vers 1863. Leur premier enfant connu est né en février 1864. Dans ce cas précis, je crois que le mariage a pu être célébré à l'extérieur du Québec parce que les conjoints étaient anglicisés. Les registres nous apprennent que Jean prononçait son prénom « Jeanne » et Marie, « Mary». Du moins, c'est ce que les célébrants des baptêmes de leurs enfants ont écrit. Le patronyme de Jean s'écrivait Saintonge à Saint-Fulgence mais St-Onge à Saint-Fraçois-Xavier. Les deux époux étaient analphabètes.

En généalogie, une règle absolue est de ne jamais conclure sans preuve, mais parfois un faisceau d'indices qui pointent dans une même direction peut former une preuve circonstancielle.

Du côté de Jean Saintonge


  • Au recensement de 1901, Jean Saintonge âgé de 60 ans a déclaré être né le 15 janvier 1841.
  • Le Métis Jérôme Payan dit Saintonge et sa femme Monique Tremblay ont fait baptiser un fils prénommé Jean le 28 janvier 1841 aux Éboulements. Il avait un jumeau prénommé Adolphe. 
  • En 1868, le parrain au baptême de Marie-Valérie Saintonge, fille de Jean et de Marie Simard, est Adolphe Saintonge, « fils de Jérôme ».
  • En 1864, une Louise Saintonge est marraine de Jean, le premier enfant du couple. Or Jérôme Saintonge et Monique Tremblay avaient une fille prénommée Louise née en 1835.
  • Je n'ai pas trouvé d'autre famille Saintonge ou St-Onge à Chicoutimi à cette époque.
Conclusion : Cette preuve n'est pas parfaite, mais elle me suffit. Pour moi, Jean Saintonge, époux de Marie Simard, était le fils de Jérôme et de Monique Tremblay qui se sont mariés le 30 avril 1827 aux Éboulements. Jérôme Saintonge et Monique Tremblay sont décédés à Chicoutimi en 1889 et 1894 respectivement. 

Du côté de Marie Simard


  • Ici, deux facteurs incitent à la prudence : les familles Simard sont très nombreuses dans la région et le prénom de Marie est des plus communs. Il faut aussi prendre en compte la possibilité que Marie Simard ait été baptisée sous un prénom composé comme Marie Louise ou Marie-Jeanne.
  • L'acte de sépulture de Marie Simard, épouse de Jean Saintonge, le 31 janvier 1885 à Saint-Fulgence, indique qu'elle est décédée à 38 ans, ce qui situerait sa naissance vers 1847. Elle se serait donc mariée très jeune.
  • La piste la plus prometteuse que j'ai trouvée est celle de Marie-Cécile Simard qui est née le 5 mai 1846 à La Baie, près de Chicoutimi. Elle était la fille de Michel Simard et de Constance Duchesne qui se sont mariés en 1826 à La Malbaie. Marie-Cécile a été recensée en 1861 à Chicoutimi sous le prénom de Marie, âgée de 15 ans.
  • Les noms de quatre des parrains et marraines des enfants de Jean Saintonge et de Marie Simard correspondent à ceux de membres de cette famille Simard-Duchesne : Guillaume Simard (parrain en 1866), Délima Tremblay (1866), Sara Simard (1873) et Alexandre Tremblay (1873).
  • Jean Saintonge est parrain d'un enfant de Sara Simard, épouse de Joseph Bouchard en 1872 à Saint-Fulgence. Notons que l'acte de mariage de Sara Simard avec Joseph Bouchard est aussi introuvable, mais tout indique qu'elle était la fille de Michel Simard et Constance Duchesne née en 1842. 
Conclusion : Il y a de bonnes chances que Marie Simard, épouse de Jean Saintonge soit la fille de Michel Simard et de Constance Duchesne, baptisée sous le prénom de Marie-Cécile en 1846 à La Baie, près de Chicoutimi. Mais ça demeure une piste de recherche pour le moment.

Où se sont-ils mariés ?


Comme je l'ai écrit plus haut, le mariage a pu avoir lieu à l'extérieur du Québec. L'anglicisation des prénoms est un indice qui pointe vers les États-Unis. J'ai cherché un peu de ce côté mais sans rien trouver.

Le fait que le mariage de Sara Simard, soeur présumée de Marie, soit aussi perdu m'intrigue. On sait que les Canadiens qui sont allés travailler aux États-Unis au XIXe siècle se déplaçaient souvent en groupes familiaux. Il est possible que l'on retrouve un jour les deux mariages au même endroit.

samedi 12 décembre 2015

Une photographie mal identifiée

J'ai deux identifications d'une même photographie ancienne que je publie en espérant qu'un lecteur m'aide à dissiper cette confusion.

Cette photographie représenterait soit :
  1. Hilarion St-Onge (1870-1940) et son épouse Eugénie Lampron (1875-1959) qui se sont mariés à Saint-Boniface de Shawinigan le 4 juillet 1893. C'est l'identification qui a été faite dans l'album À propos de Saint-Boniface de Shawinigan publié en 1984. Cet album contient beaucoup d'erreurs, alors je me méfie un peu.
  2. Maxime Descôteaux (1848-1921) et Marie-Émilia Caron (1854- ) qui se sont mariés au même endroit le 18 février 1878. Leurs noms étaient écrits au verso d'un exemplaire qui se trouvait parmi des photos de famille.
Je penche pour le premier couple, celui d'Hilarion St-Onge et Eugénie Lampron, mais un doute subsiste dans mon esprit. Voici la photographie en question :




Et sur cette autre photographie, prise dans les années 1950, la femme de droite est Eugénie Lampron, veuve d'Hilaron St-Onge vieillie. Je ne suis pas physionomiste. Est-ce bien le même visage, disons soixante ans plus tard ?

dimanche 6 décembre 2015

Le missionnaire bénissait des fosses


Les postes du Domaine du roi


En 1785, quelques mois seulement après son ordination comme prêtre, le Montréalais Laurent Aubry (1756-1839) a été nommé missionnaire des postes du Domaine du roi. 

La mission des postes du Domaine du roi couvrait un immense territoire s'étendant, d'ouest en est, de Tadoussac, à l'embouchure de la rivière Saguenay, jusqu'à une limite orientale qui pouvait varier, selon les cartes, entre Sept-Îles et l'archipel des Îles Mingan. Au nord-ouest, le Domaine touchait le rivage de la Baie d'Hudson.

Sources : Atlas électronique du Saguenay-Lac-Saint-Jean

Tadoussac, Chicoutimi, Sept-Îles, les Ilets-de-Jérémie étaient des lieux de rencontre avec les nomades montagnais pour la traite des fourrures. Chacun de ces postes comprenait une maison pour le commis, qui servait aussi de magasin et d'entrepôt, de même qu'une chapelle à l'usage du missionnaire.

Le prêtre commençait sa tournée au printemps et en revenait à la fin du mois d'octobre, après avoir parcouru des centaines de kilomètres, à pied ou en canot d'écorce, sous les intempéries et parmi les moustiques. Il fallait un homme jeune et robuste pour accomplir cette mission. 

La mission de l'abbé Aubry


Laurent Aubry n'a oeuvré dans le Domaine du roi qu'une seule saison en 1785. Son registre s'ouvre le 5 mai 1785 et le dernier acte qu'il a signé est daté 8 octobre de cette même année.

Il avait développé un système original pour identifier le poste où se situait chaque acte du registre. Aubry écrivait en très grandes lettres dans la marge : 
  • TA pour Tadoussac, la porte d'entrée du Domaine ;
  • IG pour les Islets-de-Gérémie (Jérémie) ;
  • SI pour Sept-Îles ;
  • CHE pour Chekoutimi (Chicoutimi).

Le missionnaire ne pouvait visiter qu'une partie du Domaine. Souvent, les Amérindiens qu'il rencontrait n'avaient pas vu de prêtre depuis des années. Il y avait donc un rattrapage à faire pour bénir leurs naissances, leurs unions et leurs sépultures qui étaient déjà anciennes.

Aubry a célébré quelques baptêmes à son arrivée à Tadoussac (TA) avant de se rendre aux Islets-de-Jérémie (IG).

La bénédiction des fosses


Le quatorze mai 1785, Aubry a officié une cérémonie inhabituelle qu'il a intitulée : bénédiction de la fausse (sic) de la fille de Joseph Cheucabanau. L'enfant « décédée  il y a un an âgée de trois jours. »

Extrait du registre des Postes-du-Roi

L'enfant de Joseph Cheucabanau avait donc été enterrée l'année précédente en l'absence d'un prêtre et dans une terre non consacrée. Or, le missionnaire n'avait pas le pouvoir de consacrer cette terre pour en faire un cimetière catholique. Il contournait la difficulté en bénissant chacune des fosses qui s'y trouvaient.

Le 10 juin suivant, au poste de Chicoutimi (CHE), l'abbé Aubry a béni huit autres fosses dont les plus anciennes dataient de huit ans. Il devait donc s'en remettre aux témoignages des Montagnais présents pour connaître l'emplacement de ces fosses, la date des décès et l'identité des défunts.

Aubry a été remplacé par un autre jeune Montréalais Jean-Joseph Roy (1759-1824) qui est demeuré en poste pendant dix ans.