samedi 24 août 2013

Les novices

Une classe de novices au couvent des Filles de Jésus de Trois-Rivières vers 1925. Les jeunes filles ont l'air un peu coincé dans leur costume sévère, comme l'était la règle du couvent. Remarquez les cheveux courts attachés, les robes amples et les gants. C'était déjà un avant-goût du costume qu'elles allaient porter après leur profession.


La deuxième de la rangée du fond, à partir de la gauche, était Donalda Descôteaux, fille de Télesphore et d'Eulalie Lampron, alias Soeur Maria de Saint-Georges. Elle a travaillé à la succursale de la Banque Nationale de Saint-Boniface de Shawinigan avant d'entrer en religion ou de « quitter le monde » comme on disait autrefois dans les communautés religieuses féminines.


Les Filles de Jésus ont enseigné, au niveau primaire, dans les paroisses rurales du Diocèse de Trois-Rivières, notamment à Saint-Boniface et à la Baie-de-Shawinigan. Elles administraient aussi deux écoles ménagères, au Cap-de-la-Madeleine (Institut Val-Marie) et à Trois-Rivières (Institut Keranna). Ces établissements préparaient les jeunes filles à accomplir leurs rôles d'épouses et de mères. L'abbé Albert Tessier les avaient surnommées « les écoles du bonheur » (Voir Femmes de maison dépareillées sur ce blog).


Sur la famille de Télesphore Descôteaux et d'Eulalie Lampron, voir aussi : Le piège à mouches de tante Eugénie et Va chercher des croûtes.

Télesohore Descôteaux 30g.

mardi 20 août 2013

La belle Françoise

C'est la belle Françoise, lon gai. C'est la belle Françoise Qui veut s'y marier, maluron lurette. Qui veut s'y marier, maluron luré.  (Garolou).
  
D'un point de vue généalogique, Françoise Dubois-Lafrance qui a épousé Pierre Houde en 1733 est un cas problème et ce, pour deux raisons : il n'y a pas d'acte de baptême à son nom, du moins je n'en ai pas trouvé, et le prénom de sa mère n'est pas le même dans son acte de mariage que dans son contrat de mariage passé la veille.

L'identité de sa mère

Dans son acte de mariage, le 6 juillet 1733 à Sainte-Croix de Lotbinière, Françoise Lafrance est la fille de François Lafrance et de Marie-Françoise Lambert. Mais dans son contrat de mariage, devant le notaire Choret le 5 juillet 1733, Marie-Françoise Dubois-Lafrance est plutôt la fille de François Dubois-Lafrance et de Marie-Anne Lambert.


En général, je me fie davantage aux notaires qu'aux curés pour la rectitude des faits. Dans ce cas-ci, il est évident que le notaire avait raison et le curé avait tort. Ce dernier a probablement répété par erreur le prénom de la mariée Françoise en écrivant celui de sa mère. Je n'ai trouvé nulle part ailleurs la mention d'un couple formé de François Dubois-Lafrance et Marie-Françoise Lambert.

Sa naissance

Je n'ai pas trouvé de baptême au nom de Françoise Dubois, fille de François et d'Anne Lambert.

René Jetté, dans le Dictionnaire généalogique des familles du Québec, donne 7 enfants à ce couple : Marie-Josèphe (1712), Marie-Anne (1713), Joseph-François (1714), Marie-Louise (1716), François (1718), Marie-Josèphe (1719) et Gervais (1728). Les deux premières et le dernier sont morts en bas âge, ce qui ne laisse que 4 enfants : Joseph, Marie-Louise, François et Marie-Josèphe, tous nés entre 1714 et 1719. Aucun de ces enfants ne porte le prénom de Françoise.

Dans le Dictionnaire généalogique des familles canadiennes, Cyprien Tanguay situe, par erreur, la naissance de Françoise Dubois en l'année 1718. Cette date est plutôt celle de la naissance de François Dubois le cinquième enfant du couple.

Plusieurs sites de recherches généalogiques font un rapprochement entre la mystérieuse Françoise et la Marie-Louise née en 1716. Ils se fient à l'acte de sépulture de Françoise, le 30 mars 1753 à Sainte-Croix, qui mentionne qu'elle est décédée à l'âge de 37 ans. C'est peut-être exact, mais difficile à prouver. Dans les actes de sépultures anciens, l'âge du défunt est souvent une simple approximation.

D'autres enfants perdus

On note un intervalle de 9 ans, un trou noir, entre le baptême de Marie-Josèphe à Saint-Nicolas en 1719 et celui de Gervais à Sainte-Croix en 1728. C'est long 9 ans sans naissance, compte tenu de l'absence de moyens contraceptifs à l'époque de la Nouvelle-France.  Il est possible que des actes de baptêmes aient été inscrits et perdus dans une autre paroisse pendant cet intervalle.

Françoise n'est pas la seule enfant du couple Dubois-Lambert pour qui on n'a pas retrouvé d'acte de baptême. J'en connais deux autres :
  • Marie-Angélique qui a épousé Gervais Beaudoin le 21 août 1741 à Sainte-Croix de Lotbinière (contrat devant le notaire Choret le 20 août) ;
  • Marie-Thérèse qui a épousé Joseph Denevers-Boisvert le 28 octobre 1748 dans la même paroisse (contrat devant le notaire Choret le 24 octobre).
On observe une même démarche pour tous les enfants du couple qui se son mariés, y compris Françoise : ils ont tous passé un contrat devant le notaire Jean-Baptiste Choret de Sainte-Croix la veille ou quelques jours seulement avant le mariage.

Françoise Dubois-Lafrance  625a

mardi 13 août 2013

Le Séminaire Sainte-Marie

Je retourne sur mes pas, encore une fois. J'ai étudié au Séminaire Sainte-Marie de Shawinigan de 1967 à 1972. C'était la fin du cours classique, condamné par la réforme de l'éducation. Les cinq années d'étude se nommaient : Élément latin, Syntaxe, Méthode, Versification et Belles lettres. Les trois classes d'Élément latin portaient les noms de Saint-Martyrs canadiens : Brébeuf, Buteux et Lallemand. Les trois dernières années du cours classique (Philo1, Philo2 et Rhétorique) avaient disparu pour faire place au Cégep de Shawinigan nouvellement fondé, mais pas encore construit. Le Séminaire Sainte-Marie a fourni des locaux temporaires aux premiers étudiants du cégep.


Après mon passage, le Séminaire s'est transformé en école secondaire privée, accueillant aussi des filles. Le couvent Saint-Pierre de Shawinigan, où les Ursulines offraient le cours classique aux jeunes filles, venait de fermer ses portes.

Les prêtres résidents en 1965

Je suis tombé par hasard sur la la liste des électeurs du Canada pour l'année 1965. Treize prêtres logeaient alors au 5655 boulevard des Hêtres à Shawinigan, adresse du Séminaire Sainte-Marie :
  • Matteau, Jacques, chanoine recteur
  • Abbé Bédard, Gaston, professeur
  • Abbé DeCarufel, Jean-Paul-S., professeur
  • Abbé Foley, Jean-Paul, professeur
  • Abbé Grenier, Jean-Baptiste, professeur
  • Abbé Jacob, Gérard, professeur
  • Abbé Marceau, Roger, professeur
  • Abbé Langevin, Jacques, professeur
  • Abbé Marchand, Gilles, professeur
  • Abbé Mongeau, Jean-Marie, professeur
  • Abbé Perron, Marcel, directeur des études
  • Abbé St-Onge, Bernard, conseiller en orientation
  • Abbé Slight, François, professeur
Les abbés DeCarufel, Foley, Grenier, Marceau, Langevin, Perron, St-Onge et Sligh m'ont enseigné.

Il y avait aussi, sur la liste des électeurs de 1965, un cuisinier nommé Roger Dupuis qui logeait avec eux. Les enseignants laïcs habitaient à l'extérieur.


L'abbé Marcel Perron (1932-2010)


L'abbé Marcel Perron a succédé au chanoine Matteau comme recteur du Séminaire. C'était une des personnes les plus brillantes que j'ai connues. Il pouvait remplacer, au pied levé, dans n'importe quelle matière et donner aux élèves le cours le plus intéressant de l'année. En histoire, il nous expliquait, en dessinant des croquis au tableau, comment ont été construites les pyramides. En mathématiques, il nous démontrait avec le sourire, et hors de tout doute, que deux et deux font cinq. C'était un jeu d'enfant pour lui. On m'a dit que le soir, pour se détendre, il construisait son propre téléviseur dans son bureau.

Il était le fils d'Henri Perron et d'Eutychiane Perron de Saint-Tite.


O tempora ! O mores !

La principale mission des collèges classiques était de former des prêtres. Accessoirement, ils servaient aussi à préparer l'accès à l'université, à former des professionnels dans différents domaines.

À la fin des années 60, les élèves sont devenus beaucoup moins réceptifs à la bonne parole. C'était une source de frustration pour les prêtres enseignants. L'un d'eux m'avait dit : « Si c'est comme ça, je serais mieux d'aller vendre des aspirateurs ». Je ne l'ai pas contredit.

À ma connaissance, un seul des élèves de ma promotion se destinait à la prêtrise,  et c'était le neveu d'un abbé du Séminaire.

Avec la réforme de l'éducation, le déclin des vocations religieuses à sûrement joué un rôle dans la disparition des collèges classiques.

vendredi 9 août 2013

Le pain tranché

Où il est question de l'invention du pain tranché, du quart de pain de Shawinigan, du Petit Michel, du pain sur la sole et de la consolidation de l'industrie du pain.

L'invention du pain tranché

On dit parfois d'une personne peu futée qu'elle n'a pas inventé le pain tranché. Mais cette invention du pain tranché a-t-elle précédé (a) ou suivi (b) celle du grille-pain ? La bonne réponse est (b) : le pain tranché a été inventé dans les années 1920 pour faciliter l'alimentation de l'appareil commercialisé quelques années plus tôt. Le pain coupé à la main avait fâcheusement tendance à s'accrocher dans les fentes du grille-pain.

Le quart de pain

Dans la région de Shawinigan, on nomme encore aujourd'hui le pain de mie tranché « quart de pain ». J'ignore l'origine de cette expression. Peut-être cuisait-on autrefois le pain dans un moule à quatre miches dont chacune était le quart. Ou encore, était-ce une question de poids réglementaire ? Je trouverai bien la réponse un jour.


Le Petit Michel

Le pain tranché le plus vendu en Mauricie dans les années 1950-1960 s'appelait Le petit Michel. On voyait sur le sac de plastique le visage poupin d'un petit garçon. Ce nom venait, je crois, du titre d'une chanson populaire de l'artiste country Willie Lamothe, intitulée Allö, allô petit Michel. Vous pouvez l'écouter sur ce site, si jamais le coeur vous en dit.



Le pain sua sole

Si je me souviens bien, Le petit Michel était cuit au Cap-de-la-Madeleine, dans un vieil édifice qui sentait bon le pain. Mes parents s'y arrêtaient en passant pour acheter du pain sur la sole, lors des visites au Sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap.

On appelait pain sur la sole (prononcer pain sua sole) celui qui était cuit à l'ancienne, directement sur la sole du four, par opposition aux pains industriels cuits sur des plaques ou dans des fours rotatifs. Le pain sua sole de mon enfance était un gros pain au lait moelleux à croute épaisse, non tranché, qui rappelait le pain de ménage d'autrefois cuit dans des fours artisanaux à la campagne. Il accompagnait les fèves au lard cuites elles aussi sua sole.



La consolidation du pain

Les pains de mon enfance ont été avalés par le géant Multi-Marques de Montréal qui contrôle aujourd'hui plus de 60 % du marché au Québec. À son tour, Multi-Marques a suscité l'appétit d'encore plus gros qu'elle, Les Aliments Maple Leaf de Toronto (voir La boulangerie Multi-Marques sous le contrôle de Maple Leaf).

jeudi 8 août 2013

Clément Marchand (1912-2013)

Le poète et éditeur Clément Marchand de Trois-Rivières est décédé le 26 avril 2013 à l'âge de cent ans. Jean Clément Marchand est né le 12 septembre 1912 à Batiscan, fils de Napoléon Marchand et de Juliette Leblanc.

Il a écrit toute sa vie mais a peu publié de ses propres oeuvres : un recueil de poésie intitulé Soirs rouges en 1947 et un recueil de nouvelles intitulé Courrier des villages en 1942. Ces deux ouvrages ont été très bien accueillis et il a peut-être eu peur de décevoir par la suite. Selon ses proches, il a noirci et conservé des dizaines de cahiers où il y aurait probablement matière à publication.



Élève et collaborateur d'Albert Tessier, Clément Marchand a participé, à titre d'auteur et d'éditeur du Bien public, au mouvement régionaliste littéraire de la Mauricie pendant les années 1930-1940 (Voir Le régionalisme Mauricien sur ce blog).

Il a entretenu une abondante correspondante avec plusieurs auteurs québécois, notamment avec le poète Alfred Desrochers qui a nommé sa fille Clémence en son honneur (Voir Clément Marchand et Alfred Desrochers sur ce blog).

mercredi 7 août 2013

L'épluchette

L'épluchette de blé d'Inde est une tradition qui nous viendrait des Amérindiens. Autrefois, à la campagne, les parents, les voisins, les amis se réunissaient au mois d'août dans une grange pour éplucher le maïs. Un des épis contenait un pigment rouge. Celui ou celle qui le trouvait embrassait la personne de son choix. Ce pouvait être une occasion de déclarer son amour.

La chanson L'épluchette a été composée par Albert Larieu. Elle a été enregistrée sur 78 tours par Simone Quesnel, contralto, et Albert Viau, baryton, sur étiquette Bluebird vers 1941. Vous pouvez l'écouter sur le site des enregistrements sonores de BANQ.

J'ai trouvé les paroles et la partition de cette chanson dans le premier cahier de La Bonne chanson publié en 1938. L'image au bas de la page est une gravure de 1917 d'Edmond Joseph Massicotte intitulée Une épluchette de blé d'Inde.


mardi 6 août 2013

De Lemaire à Lemire

On peut facilement confondre, en lisant un manuscrit, le patronyme Lemere (pour Lemaire) et celui de Lemire. Cette façon d'écrire Lemaire en Lemere était celle du récollet Hyacinthe Amiot qui a exercé les fonctions curiales aux Forges du Saint-Maurice dans les années 1750.

Selon un acte de mariage rédigé par le père Amiot : « François Lemere, fils de Jean Lemere et de Marguerite Yvon », a épousé « Marie Josephe Boisvert, fille de François Denevers et de Magdeleine Dupre »,  le 22 mai 1751 aux Forges du Saint-Maurice. L'acte a été inscrit au registre de la paroisse Saint-Maurice. 



Boisvert est le surnom des Denevers et Dupré, celui des Piché. Marguerite Yvon, la mère du marié, était une Vincent. Je ne sais pas d'où lui venait ce surnom d'Yvon.

Pour clarifier le tout, on peut récrire les noms contenus dans l'acte de mariage de la façon suivante : « François Lemaire, fils de Jean Lemaire et de Marguerite Vincent dit Yvon, a épousé Marie-Josephe Denevers dit Boisvert, fille de François Denevers et de Madeleine Piché dit Dupré, le 22 mai 1751 aux Forges du Saint-Maurice.

Cyprien Tanguay a confondu Lemere et Lemire dans son Dictionnaire généalogique des familles canadiennes paru entre 1871 et 1890. À partir de là, l'erreur s'est répandue dans les tableaux d'ascendance des familles de la région.



On la retrouve encore aujourd'hui dans la banque de données en ligne BMS2000.



Ce François Lemaire qui a épousé Josephe Denevers dit Boisvert en 1751 était d'origine acadienne. Il s'est installé aux Vieilles Forges où le couple a fait baptiser plusieurs enfants. Ses parents Jean Lemaire et Marguerite Vincent-Yvon se sont mariés le 22 novembre 1717 à Grand-Pré en Acadie.


François Lemaire 986g


samedi 3 août 2013

Le ténor Dosithé Boisvert

Le ténor Dosithé Boisvert a donné quelques récitals en Mauricie et à Montréal au cours des années 1950, notamment comme soliste invité de la chorale Les disciples de Massenet avec Maureen Forrester. Il avait donc amorcé une carrière prometteuse qu'il n'a pu poursuivre bien longtemps puisqu'il est décédé à l'âge de 39 ans, en 1962.


On a mis en ligne sur Youtube quelques-unes de ses interprétations : un extrait de la Tosca de Pucini, Catari de Salvatore Cardillo et Le chant hindou de Blemberg.  Il avait une très belle voix.

Joseph Eugène Dosithée Boisvert est né le 24 février 1923 à Grand-Mère, fils de Thomas et de Marie-Anne Lacerte. Il s'est marié à 19 ans avec Rita Lacoursière, fille de Romulus et d'Anna Normandin, le 11 mai 1942 au Cap-de-la-Madeleine. Ils ont eu deux fils qui ont été baptisés dans la paroisse Saint-Marc de Shawinigan en 1943 et 1946. En 1957, le couple habite à Saint-Denis-sur-Richelieu où Boisvert occupe un poste de commis.

Dosithé Boisvert a participé à un concert donné à l'Auditorium de Shawinigan, le dimanche 3 juin 1951, dans le cadre des festivités du 50e anniversaire de la ville. Selon le programme souvenir, il avait alors chanté For you alone (Für dich allein) de Harry E. Geehl et La Danza de Rossini, accompagné par l'Union Musicale de Shawinigan dirigée par Philippe Filion.

En janvier 1950, le journal La Voix de Shawinigan a couvert ses débuts en concert dans des écoles de Shawinigan. Son professeur de chant, Madame Olga (et non Iga) Kondakova, l'accompagnait au piano.

La Voix de Shawinigan, 20 janvier 1950
Sa femme Rita Lacoursière s'est remariée avec Jean Desilets le 6 avril 1974 au Cap-de-la-Madeleine. Elle est décédée le 14 octobre 2004 à Saint-Antoine sur Richelieu, à l'âge de 80 ans.

Mis à jour le 10 janvier 2014.